‹ L'instinct (volume 2)Chapitre 5 sur 72 · OU COMMENCE L’INSTINCT · texte numérisé non relu

OU COMMENCE L’INSTINCT

soit à la fin des mouvements dus à la volonté ou à l’instinct, des phénomènes identiques à ceux auxquels se réduit l'existence des animaux inférieurs. Non-seulement le foetus des espèces plus élevées débute par un mode d’existence purement végétative et passe par des états analogues à l’état permanent de toutes les espèces moins élevées; mais, dans la suite de la vie , notre existence ne se maintient que par le concours de forces physiques et chimiques que les mouvements instinctifs et volontaires supposent nécessairement. Aussi ni les phénomènes de la digestion, ni ceux de la circulation, ni ceux de la respiration, ni ceux de la reproduction même, si l'on écarte, bien entendu, les actes par lesquels nous les préparons , n’appartiennent à l'instinct. Depuis le moment où l’aliment a été introduit dans l'œsophage, jusqu’à celui où ses éléments décomposés auront été s'ajouter à notre sang, puis à nos os et à nos muscles, les mouvements qui s'accomplissent dans notre corps se produisent les uns les autres et ne dépendent pas de nous.

La moderne théorie des mouvements réflexes est venue mettre cette vérité dans tout son jour, en donnant la véritable cause d'un très-grand nombre de phénomènes qu'on attribuait à l'instinct, ou à ce qu’on appelait la sympathie, en un mot à une force agissant spontanément. Un nerf sensitif

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reçoit une excitation , il la transmet à un centre nerveux quelconque; dans ce centre nerveux servant de transition , un nerf moteur reçoit cette excitation et la transmet au muscle, voilà ce qu'on appelle un mouvement réflexe. Or ces mouvements sont parfaitement indépendants des mouvements directs produits par la volonté ou par 1 instinct, ils sont même en opposition avec ces derniers : ils se combinent avec eux, il est vrai , mais ils sont affaiblis par cette combinaison, et si l'on veut les exagérer, on n'a qu'à décapiter l'animal. « Or, ce genre de mouvement, » dit M. Claude Bernard, « est le plus commun dans l'organisme vivant : tous les phénomènes de la vie de nutrition s’accomplissent sous son influence... Les actions réflexes président à toute la vie organique, et on peut dire que bien des fonctions ne sont qu'une suite de mouvements réflexes régulièrement enchaînés. » En effet, les impressions produites par la seule présence de l'aliment déterminent toute une série de mouvements qui « échelonnés le long du tube digestif, se succèdent les uns aux autres, se provoquent mutuellement et président ainsi aux différentes phases de la digestion, laquelle s’accomplit sous leur empire exclusif. » Comme les actions chimiques qui se passent dans le corps humain sont produites par le système vasculaire, et que ce dernier lui-même est soumis à l'action du système

nerveux, ce sont encore des mouvements du même genre qui tantôt resserrant, tantôt dilatant les vaisseaux , gouvernent toutes ces actions. Quoique la respiration puisse augmenter ou diminuer à notre gré d'intensité, suivant la manière dont nous contractons les muscles respiratoires, il est bien connu que, la plupart du temps, ces mouvements sont mécaniques. Succédant à une impression qui n’est sentie que lorsqu'elle se prolonge et que le besoin de respirer tarde à être satisfait, ils sont dus à une véritable action réllexe. Ainsi, grâce à ce réseau du système nerveux qui enveloppe et pénètre les parties les plus intimes et les plus délicates de l’organisme, toutes ces parties, solidaires les unes des autres, correspondent entre elles, et tel mouvement qui paraît produit spontanément par un organe, ne fait que. réfléchir une impression subie par un autre : que ces impressions aient été apportées du dehors par l'intermédiaire de nos sens, ou qu’elles soient nées dans le corps luimême, d’une perturbation momentanée des fonctions de la vie.

Ce ne sont donc pas seulement des phénomènes permanents de la vie physiologique qui se ramènent à des mouvements réflexes , ce sont encore des phénomènes accidentels nombreux qu'on se plaisait autrefois à rapporter «à l’instinct. 11 n'est plus permis de voir aujourd’hui dans la force mé-

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dicatrice autre chose qu’un rapport nécessaire entre (leux espèces de phénomènes dont les premiers, dans de certaines conditions , que la science détermine, engendrent les seconds ; ils produisent euxmêmes, quand ils parviennent à un certain degré, la réaction qui doit les détruire. Il en est de même des convulsions tendant à rejeter un corps étranger qui blesse l’organisme, ou des mouvements automatiques que nous exécutons à la suite d’une impression soudaine et violente ; quand, par exemple, un éclair brille tout à coup devant nos yeux , ou que la chute rapide d’un corps nous contraint de fermer les paupières. Sans doute ces actions paraissent tendre à la préservation de telle ou telle partie du corps; mais évidemment cela ne suffit pas pour faire croire à un mouvement spontané soit de l’orgauisme, soit d'une cause supérieure quelconque résidant dans l’organisme; car tous les mouvements de l’univers en général et surtout ceux des corps organisés aboutissent en définitive à l’ordre et l’harmonie, c’est-à-dire à la conservation et au développement des êtres, et cependant il est bien prouvé que la plus grande partie, sinon tous, ne sont que des mouvements mécaniques.

L’instinct n’apparaît donc que lorsque apparaît un mouvement qui n’est plus, comme nous l’avons dit, la continuation d’un mouvement antérieur.

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