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dans ces dernières années sur celte manière. Nous n’en concevons que mieux encore la |Mofoiulo inanité des tentatives qui ont été laites jus(ju‘ici pour trouver dans le cerveau tout seul on dans lencépliale entier la cause génératrice île l’instinct.
La liste de ces essais infructueux serait longue à énumérer. Donnons seulement quelques exenqiles. Le nombre et la nature des instincts dé[)endenl-ils de la niasse du cerveau*? A cela Gall répondait d'une manière assez piquante ; si tout est dans la niasse, la carpe construira comme le castor, la grenouille chantera comme le rossignol ; les dauphins cl les marsouins feront de la philosophie, d'autant meilleure que celle de MM. Jourdan et Bérard, que la masse centralisée du cerveau de ces messieurs est surpassée par celle des métaphysiciens de l'Océan. Mais Gall , qui se moquait si spirituellement de ces théories, n’a pas échappé, on le sait de reste, aux railleries et, qui pis est, aux réfutations péremptoires de ses propres adversaires. La question des localisations, telle qu'il les entendait, peut être considérée comme jugée. Les fonctions du cerveau sont abolies toutes ensemble et reparaissent toutes ensemble, voilà ce que nous démontre M. Flourcns. Les différentes parties du cerveau ont les mémos modes variés d’activité. Elles peuvent se suppléer réciproquement; une partie relalive-
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ment minime peut remplir les fonctions du tout, voilà ce que nous prouve M. Vulpian.
La forme aura-t-elle en elle-môine une importance plus décisive? Mais, dit M. Leurel, la forme du cerveau est sensiblement la même chez les animaux dont les instincts sont différents... on trouve des cerveaux tiès-différents pour la forme chez des animaux semblables pour les mœurs.
Est-ce à dire que les dimensions et les formes du cerveau , la prédominance de l’une ou de l’autre de ses ])arties n’aient pas une grande importance? .\ulment. On peut conjecturer que le cerveau, selon sa disposition, réagit plus particulièrement sur telle ou telle pièce du mécanisme nerveux, qu'il donne par exemple une certaine prépondérance ou aux fonctions auditives ou aux fonctions olfactives, qu’il rond les unes ou les autres plus parfaites; mais aucune de ces hypothèses, il est facile de le voir, ne prouverait rien en faveur d'un prétendu dynamisme cérébral spontané et indépendant.
D’autre part, quel que soit le travail du cerveau, ce travail existe: on ne saurait en douter. Quand on dit que les cellules du cerveau tranforment les impressions sensorielles en idées par une élaboration qui leur est propre, assurément on ne peut se vanter d’étro bien clair; et quand on veut réduire, je ne dis pas seulement tout le travail de la pensée humaine, mais la plus simple sensation de plaisir
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ou de douleur à cette élaboration mystérieuse, on n’est plus intelligible. Malgré tout, il est évident que le cerveau , pour sa part , sort à rendre les sensations plus distinctes, à en permettre l'association et le retour. .Sf nous prenons ceci comme accordé, il est évident qu’à telles proportions du cerveau correspondra tel mode d’activité rendant ce dernier travail plus soutenu et plus facile. Ce mode d’activité, soumis lui-méme à un certain automatisme, ne déterminera pas à lui seul mais contribuera à déterminer et par conséquent annoncera plus de variété, plus d’abondance dans les sensations et les mouvements : nous approcherons des conditions qu’exige le développement de l'intelligence.
Telle me semble être, dans l'état actuel de la science, la seule manière possible de comprendre les fonctions du cerveau.
Mais ici, dit-on, ne convient-il pas de <listinguer deux choses : l’impulsion proprement dite et le mouvement qui la suit? on pourrait prescpie dire l’instinct et le mouvement instinctif, si le mot d'instinct n’était pris trop souvent dans les deux sens. Or, ajoute-t-on, étant donné un acte instinctif quelconque, il est clair que c’est de l’ensemble de l’organisation qu’émane l’impulsion , et c’est ce qu’on exprime en disant que le siège ou le point de départ de l’instinct est dans la périphérie du corps plutôt que dans le centre cérébral.
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Il est certain, dit Gratiolet, que le principe des instincts n'est pas dans le cerveau, mais dans les orj’anes du corps et dans « les dispositions innées de rautomale. » Ainsi la tendance à respirer n’est pas perdue tant (pie le Indbe est intact; la tendance à naiçer n'est pas perdue dans la carpe ou la grenouille à (pu on a enlevé les hémisphères cérébraux. Or cette tendance de la machine est sentie par le cerveau, qui la subit et y cède, et qui est dès lors le principe et la cause du mouvement instinctif.
Certainement cette explication contient une trèsgrande part de vérité. Je ne crois pas cependant qu’il faille prenilrc au pied de la lettre la division un peu artiiiciellc qu’elle établit. Dans les animaux qui ont un cerveau, il n’est pas très-exact de dire que, le cerveau supprimé, l’automate conserve une tendance soit à volei' , soit à nager , s’il ne vole et ne nage, comme le prétend M. Vulpian, que par une suite de mouvements purement mécaniques. Une machine , si bien montée qu’elle soit , n’éprouve par clle-mèmc aucune tendance à fonctionner. Or, le corps d’un animal qu’on a décapité nous est donné, on l’a vu, comme une machine privée du dernier ressort qui la ferait, ainsi qu’on dit vulgairement, marcher toute seule, mais qu’on peut faire aller, dans une certaine mesure, avec la main.
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D'autre part, la carpe et la grenouille décapitées conservent-elles réellement une ceiiainc tendance à nager ? sentent-elles celte action du milieu liquide qui, dit-on, met en jeu le mécanisme de la nage? J'avoue qu’il est assez diüicile de le nier ; cl dans ce cas, voilà la tendance (pii est sentie, subie, et, si l’on peut dire, suivie, même sans cerveau.
Vulpian lui-méme, après avoir dit que, selon toute probabilité, les instincts sont abolis par l’ablation des hémisphères, ajoute que néanmoins il conserve quelques doutes. Ainsi, dit-il, dans les premiers Jours de la naissance, le cerveau est impuissant, et cependant nous voyons se manifester des instincts. D'autres physiologistes ont cité des faits plus précis encore. Sans doute, au bout de peu de jours, le cerveau a contracté avec l'organisme des rapports si étroits, le dévcloi>pemenl de la vie exige tellement son concours qu'il ne peut être lésé profondément sans donner la mort. Mais on a vu des fœtus ancncéphales qui, pendant quelques heures ou même quelques jours , vivaient ; ils poussaient des cris, ils exécutaient des mouvements de succion quand ils sentaient quoique chose entre leurs lèvres, et lorsqu’on plaçait un corps étranger dans leur main, ils fléchissaient les doigts pour le saisir. Restons dans le règne animal. Qui peut nier que dans un très-grand nom-
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bre d'animaux, l instinct existe sans cerveau , cliez
quelques-uns môme sans système nerveux?
Maintenant , que concluons-nous de cette analyse? Les causes prochaines de l'instinct, disionsnous, paraissent être les organes de préhension et de locomotion, les organes des sens, les organes de la vie végétative, en un mol l'organisation générale dont l’action est en harmonie avec celle du milieu constant où vit l’espèce. Tout cela s’accorde, tout cela concourt et conspire; toutes ces parties réagissent les unes sur les autres. Aussi peut-on dire sans métaphore que l’animal contient en lui une admirable machine. Seulement, dans les espèces inférieures, cette machine n’a qu’un faible travail à donner ; toutes les parties de l’organisation sont réunies et confondues, réduites à leur dernière simplicité ; elles n’ont donc pas besoin d’un appareil qui les relie et leur impose l’unité d'action. Mais peu à peu, la division du travail s’établit dans le corps de l’animal ; la machine se complique, et néanmoins l’unité se resserre encore davantage. C’est le système nerveux qui permet cette unité toujours croissante, et quand on arrive au sommet de l’échelle animale, il semble que la machine tout entière soit composée d'une multitude de ressorts, tous placés sous la dépendance d’un ressort principal qui, dans le sens mécanique du mol, peut être considéré comme l’Ame de la machine.
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Ainsi que l’organisation ait ou n’ait pas besoin d'un système nerveux et d’un système nerveux plus ou moins centralisé, c’est dans l'organisation tout entière agissant sur la sensibilité qu’il faut chercher les causes immédiates ou procliaines des phénomènes instinctifs. N'ayons donc tout d’abord recours, pour expliquer les industries des animaux, ni à l’art aveugle de l’ûme stahlicnne, ni au principe vital, ni à une force quelconque indépendante de l’organisme. Franchir ainsi la série des causes intermédiaires n’est pas scientifique. Mais ne disons pas non plus que la machine organisée s’explique par elle seule, qu’elle se meut elle-même et qu’elle a conscience d’elle-mémc. 11 ne faut ni faire intervenir hors de propos l’action d’une cause première ou tout au moins plus lointaine pour se dispenser de chercher la cause prochaine , ni s'arrêter à celle-ci de parti pris, en s’interdisant de rechercher si elle n’en suppose pas d’autres, soit de la même nature, soit d’une nature opposée.
Résumons donc ce (pii nous semble acquis. Sous l’empire d’une cause quelconque, dont nous n’avons pas eu à nous occuper jusqu’ici, l’organisation se développe d’abord d’après un plan déterminé. Au fur et à mesure que les différents organes s’ébauchent et s’achèvent, l’action générale de la vie tend à les mettre en mouvement. Ce mouvement s’accuse et SC précise de plus en plus. A époques
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fixôcs, do nouveaux foyers s’allument et de nouveaux ressorts sont mis on jeu. Enfin, la machine (ont entière est prête à fonctionner. One dis-je? Elle se meut déjà, poussée par des excitations internes ou externes. Bientôt nous ne pouvons plus douter de l'existence de quelque chose qui, lié à la machine, ne peut toutefois se confondre avec elle, et dont le mode d’apparition n’est ni plus ni moins mystérieux que celui de la vie même. Ce quelque chose se révèle enfin clairement à nous par le plaisir cl la douleur, phénomènes d'un ordre nouveau et qui se déroulent parallèlement avec les phénomènes de la vie.
En effet, avec le sentiment de la vie apparaît le lie.soin de la développer. De là les mouvements spontanés que sollicitent et dirigent tout à la fois le sentiment de la vitalité des organes et le besoin de mettre en jeu la force acquise. Do là une individualité d'autant plus accusée que les phénomènes qui mettent l’animal on relation avec le monde sont plus variés, et que tous néanmoins .se fondent mieux dans une harmonie dominante, par suite du concert que l’unité de l’organisme établit dans toutes les fonctions. De là la douleur, quand une influence étrangère, troublant les ressorts de la machine, en compromet l’unité; le plaisir, quand, au milieu de la variété des impressions, se fait sentir riiarmonie des forces vitales, puis les actions qui
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lendent fuir la douleur et à chercher le plaisir, à placer Tétre dans des circonstances favorables à la satisfaction de ses besoins.
Donc tout être qui vit et se sent vivre tend à vivre. Voilà le premier postulatuin de toute psychologie.
Mais à part les modes fondamentaux de la vie, chaque espèce a sa vie propre; et, comme le dit Gratiolet, on peut considérer tous les animaux comme autant d’harmonies dont tes tons diffèrent. Par conséquent, la tendance de chaque espèce varie. Voilà le premier point de départ des instincts. Cette tendance doit aboutir à des actes spéciaux qui s’accomplissent dans une sorte de conflit avec le monde extérieur. C’est ici que les accommodations des organes sensoriels et des organes locomoteurs et préhenseurs achèvent de déterminer la tendance et de conduire l’ètre à ses fins. Que l'animal sente, sans se les expliquer ni les juger, ces impulsions concourant toutes ensemble à le pousser vers un même but ; il cède et il atteint le but marqué. Voilà les actes instinctifs.
Prenons comme exemple une fonction particulière, la fonction de reproduction. Tel être se reproduit par une sorte de segmentation ou par la formation d’une excroissance comparable aux bourgeons dos végétaux ; cette excroissance se détache de son corps, elle se développe ensuite hors de lui
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et forme un nouvel ôlre. Quelque chose d'analogue se retrouve au début des générations plus compliquées; ici nous n’avons rien autre chose; par conséquent, nous n’avons encore aucun instinct : la fonction s’accomplit toute seule, d’une manière purement mécanique. Montez un peu plus haut : voici les femelles qui , à un moment donné , se débarrassent de leurs œufs. Ici nous sommes au plus bas degré de l’instinct ; on peut môme douter (ju’il y en ait un, parce qu’on peut douter que l’animal sente ce qui se passe en lui et y concoure. Dans tous les cas, cet instinct est réduit à la plus extrême simplicité, parce que la fonction elle-même est de^ plus simples, et que l'instinct n’est là qu’une extension de la fonction. Mais telle femelle doit déposer ses œufs dans un endroit choisi, seul propre à les faire éclore : un sensation, soit olfactive soit autre, l'y attire, et la fonction s’y accomplit. Là commence de s’exercer un certain attrait; l’instinct est visible. Mais si les fonctions se compliquent, si elles mettent en mouvement des organes plus nombreux et plus distincts, entrant on exercice l’un après l’autre et produisant par contrecoup une série de sensations dont tous les phénomènes concomitants, au dedans comme au dehors, assurent l’unité, augmentent la vivacité; si ces fonctions réclament le concours de deux animaux à la fois semblables et divers, attirés l’un vers l’autre à
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point nommé, trouvant l’un dans l’autre la satisfaction de besoins qui s’éveillent simultanément, avec une énergie proportionnée, comment la complication des instincts ne suivrait-elle pas la complication des fonctions? Le mouvement organique commence; la fonction entre en jeu comme d'cllemême. Mais à peine l’animal sent-il ces mouvements, qu’il les accompagne pour ainsi dire, et que bientôt il les achève, marchant aveuglément dans le sens qui lui a été marqué, trouvant à chaque instant sur sa route des attraits nouveaux, des sensations nouvelles, qui le maintiennent dans un direction toujours la môme et le poussent en avant.
En un mot l’animal n’est pas une pure machine, car l’animal jouit et souffre; mais son corps est une machine admirablement adaptée dans scs moindres détails à un but précis. La vie commence à faire mouvoir cette machine; les sensations qui en résultent accélèrent encore et fortifient ces premiers mouvements ; puis l’animal , excité par le plaisir et la douleur, en provoque incessamment de nouveaux qui lui font chercher le plaisir et fuir la douleur. Comment ce mécanisme est-il senti par l’animal? Il se peut que ce soit un mystère, mais c’est de la liaison certaine de ces deux faits que découlent tous les actes instinctifs.