ET LE PRINCIPE DE LA VIE
exécutés par nos organes dans l'acconj plissement des fonctions vitales engendrent en nous un certain degré de chaleur. Quand nous ne sentons pas la température ambiante, c’est qu’elle est en équilibre avec la nôtre. Quand nous la sentons, c’est que cet équilibre est seulement en voie de se réaliser, soit à notre détriment, soit à notre profit ; et c’est ainsi que la prolongation d’un état de température qui nous a primitivement affectés peut nous habituer peu à peu, c’est-à-dire nous rendre peu à peu presque insensibles à cet état même, une fois que l’équilibre est établi.
Les sensations du chaud et du froid supposent donc autre chose qu'une impression et qu’un état purement passif. Elles attestent une activité intime, animant toutes les parties de l’organisme , et dont les mouvements se rencontrent dans certaines conditions avec les mouvements qui émanent des forces étrangères. Or, si le chaud et le froid ne sont que des cas particuliers de ce conflit qui existe entre le jeu des fonctions de la vie et les conditions extérieures, qui ne voit que cette loi peut être étendue à toutes les sensations en général, et que la sensibilité n’est qu’un des états particuliers de l'activité ?
De plus, quand la sensation n’est pas encore ou quand elle a cessé d’étre claire et distincte, ce n’est pas que cette activité elle-même ait cessé
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d’agir : c’est simplement que le rapport qui existe entre elle et les circonstances de son développement est changé. En un mot, la sensibilité marque un moment, une phase particulière dans l'expansion d’une activité , dans l’évolution d'une force ; et cette force doit être conçue comme agissant déjà lorsque l’action du dehors vient provoquer la sensation.
Allons maintenant plus avant. Quand la sensation accompagnée de conscience a disparu, faut-il croire que toute sensibilité ait cessé? Non. Il reste encore ce que Maine de Biran appelait les modes affectifs, impressions qui, sans être senties chacune à part et distinctement, contribuent à produire par leur opposition ou leur accord une sensation claire et distincte. Ce sont ces différents modes que Leibnitz comparait si heureusement aux innombrables petits bruits imperceptibles dont se compose le bruit de la vague. Ce sont eux qui, sans lien encore , constituent l’obscure sensibilité de l’enfant quand il s’agite dans le sein de sa mère. Ce sont eux enfin, qu’unesubtile analyse jjourrait retrouver au fond de nos sympathies et de nos antipathies, de nos défaillances, de nos dégoûts, de nos indéfinissables malaises, toutes choses qui exercent une influence si connue sur le cours de nos idées et sur la nature de nos rêves. Quel que soit le nom qu’on donne à cet état, il est certain qu’il con-