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CONTRADICTIONS APPARENTES

perspicacité et de l’espèce de divination qui l’accompagne. L’agneau, l’enfant nouveau-né sucent le doigt porté dans leur bouche. Un œuf de craie suffit pour décider une poule à couver. On trompe non moins lourdement une de ces araignées qui portent leurs œufs avec elles dans une coque de soie. Une boule de coton substituée à celle-ci devient l'objet de soins affectueux. Une chenille dont le corps vient d’étre déchiré par des larves d’ichneumon , s’éprend pour elles d'une affection toute maternelle , et vient tendrement revêtir de ses fils les cocons dans lesquels se sont abrités les parasites près desquels elle meurt épuisée.

Qu’on altère ou qu’on mutile certains organes sensoriels , immédiatement l'instinct disparaît. Dugès prit un jour dans la campagne deux mâles du bombyx paionia minor qui vinrent voltiger autour d’une femelle. 11 leur coupa les antennes et les laissa libres, dans son cabinet, où il tenait aussi la femelle enfermée dans un cornet de papier imparfaitement clos. Ni l'un ni l’autre, durant les trois jours qu’il les conserva, ne vinrent à sa recherche. Une autre fois, il coupa les antennes à un assez grand nombre de mouches bleues qu’avait attirées l’odeur d’une viande en voie de putréfaction. Dès lors, aucune ne s’approcha de ce qui les avait attirées peut-être de fort Iqin. Enfin une grosse mouche vivipare, mise sous un verre avec un linge

RAME-NKES A LA Mf.ME LOI.

rempli de viande, y jetle une douzaine de vers. Ap rès la section des antennes, elle n'en jette plus aucun, bien qu’elle en renferme encore une certain nombre prêts à naître.

Nous avons insisté sur la liaison de l’odorat avec les fonctions génitales, l’accouplement, etc. Nous pouvons faire la contre-épreuve de celte observation. Le naturaliste Scarpa (1) assure que si, après avoir manié des grenouilles ou des crapauds femelles, on plonge les mains dans l’eau, les mâles qui s’y trouvent s’empressent d'accourir de loin pour les embrasser étroitement. C’est également l’odorat qui nous paraissait devoir expliquer l’admirable instinct des nécrophores. Ces insectes n’ont point connu leurs parents, ils ne connaîtront pas leurs petits. Bien souvent le régime des parents n’est pas le même que celui des petits : car ces animaux, herbivores à l’état adulte , sont carnivores à l’état de larve. Or, ils pondent précisément leurs œufs sur des chairs putréfiées, seul aliment qui puisse convenir à leur progéniture. C'est l’odorat qui les attire, disions-nous. Cela est si vrai que l’odorat quelquefois les trompe et (jue rien ne peut les soustraire à cette erreur. Tantôt ils vont s’insinuer dans les linges qui enveloppent les cadavres, et pondent leurs œufs sur le tissu qui ne peut pas

(1) Citô par Longet. Physiologie, t. II, p. 137.

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être traversé. Tantôt ils déposent ces œufs sur des plantes fétides comme les stapélias ou les arums, qui exalent une odeur toute pareille à celle de la viande pourrie, et les petits, quand ils éclosent, meurent d’inanition. Quelques-uns enfin les logent dans les tissus d’un animal vivant; mais si ce dernier se trouve être un ver à soie, la larve parasite ne pourra sortir du cocon, et, à peine née, elle périra ( I).

Il y a des cas plus mystérieux où il est aussi difficile d’expliquer la disparition des instincts qu’il peut l’être d’en expliquer la présence ordinaire. Mais le fait seul de la perte momentanée de cet instinct, dans des circonstances données, nous donne à supposer qu’il est dû à certaines conditions physiologiques momentanément disparues. La mère abeille, dans les dix premiers mois de l'année, produit indifféremment des œufs d’ouvrières et des œufs de môles. Ni elle ni les ouvrières de la ruche ne les confondent ; elles placent les œufs de femelles dans des cases spéciales où elles leur donnent une gelée qui doit les féconder ; elles n’en portent pas aux œufs de môles, malgré leurs soins. Elles ont donc alors l'instinct de distinguer les œufs marqués d’avance d’un caractère sexuel que l'œil de l'homme

(t) Duges, Ptii/siologic. — F, -A. Poucliet, iUnicers.

RAMr.NKES A LA Mf.ME LOI.

armé du microscope ne peut découvrir (I). Eh bien! quand la mère abeille devient incapable do produire aulre chose que des œufs de milles ou de faux-bourdons, soit naturellement au onzième mois, soit parce qu’on a provoqué celle demi-slérilité en la renfermant dans la ruche (car elle ne peut être fécondée que dans les hautes régions de l’atmosphère), elle et les ouvrières perdent leur instinct. Les œufs, tous mâles, sont indislinctement portés dans toutes les alvéoles. Les faux-bourdons futurs reçoivent la même alimentation que les futures reines ; mais ils restent quand même et à jamais faux-bourdons. Lorsque les pontes ne sont pas normales, l’instinct de l’abeille est donc dévoyé.

L’instinct, avons-nous dit, s’explique par une impulsion qui part de l’organisme; mais l’organisme lui-même subit l’action des circonstances extérieures avec lesquelles la conformation de l’espèce est généralement en harmonie. Il n’est pas étonnant dès lors que parfois, les circonstances n’étant plus les mêmes, telle ou telle partie du mécanisme animal se trouve condamnée à l’inaction, soit parce qu’elle est gênée, soit parce qu’elle devient inutile et que l’attrait qui la mettait jadis en mouvement ne s’exerce plus. Sans doute, s’il s’agit d’un organe chargé d’une fonction absolument nécessaire à la

(t) Costc, ncvue des cours scientifiques , 1 1 juin tSC4.

17Ü CONTRAnlCTIONS APPAnEXTËS

\ie de l'individu, nous pouvons ôtre sûrs que l'animal tentera de l’employer, et s'il ne peut y parvenir, il périra. Mais si ce sont des organes qui, susceptibles d’usages divers, peuvent néanmoins, sans grand inconvénient, rester inactifs, jusqu’à ce qu'ils trouvent un emploi, on s’explique très-bien que ceux-là n’agissent qu’autant qu’une impression venue du dehors provoque l'individu. Or, cette impression tantôt se produira, tantôt ne se produira pas : l’instinct variera donc. Ainsi les castors, traqués et chassés, cessent de construire. Ainsi, Erasme Darwin aflirme que dans l'île de Corée, les liirondelles avaient été vues restant toute l’année, parce que la chaleur du climat restait toujours à leur convenance et qu’elles y trouvaient leur nourriture en tout temps. Ainsi les oursins de la Méditerranée, quoiiiue armés du môme appareil de perforation (jue ceux de l’Océan, n’ont pas les mômes habitudes perforantes. D’où vient celte différence? C'est que les oursins de l'Océan ont besoin de creuser des trous dans les pierres pour s'abriter contre les brisants des vagues. Ceux de la Méditerranée, vivant dans une mer sans marées, n’ont pas les mômes nécessités (1). Chez un grand nombre d’espèces, le mode de construction du nid peut varier légèrement selon la situation particulière.

(l) Itevue dr zuulogie, stTie, t. IX.

RAMENÉES A LA MÊME LOI

selon la nature du sol et la température de la contrée, où l’animal aura été amené et fixé par un attrait quel qu’il soit (1). En dehors de toute combinaison intelligente, la forme du nid ne peut-elle être modifiée par la forme même des lieux où il s’appuie (2)? Elle peut l’être encore par la nature des matériaux que l’oiseau trouve autour de lui. Si ces matériaux sont abondants, il prendra ceux qui l’attireront davantage par leur couleur ou par leur forme, ceux qu’il trouvera plus doux ou plus soyeux, plus faciles à tisser. S’ils sont plus rares, il se contentera de ceux qu’il aura. Ainsi un jour ou l’autre, un concours de causes auxquelles l’animal est étranger lui fait des conditions d’existence nouvelles, mais assez peu différentes de celles où se meut habituellement son espèce, pour qu’une adaptation nouvelle de ses moyens d’agir à ces conditions extérieures soit, pour ainsi dire, toute prête à se réaliser. Des abeilles trouveront dans le voisinage de leurs ruches des matières sucrées, comme on l’a vu dans quelque raffinerie d’un facile accès. Nul ne s’étonnera qu’elles délaissent un instant les fleurs : ce sont toujours des sensations analogues qui les attirent. Mais peut-être ce premier change-

(l) Audubon, cite- par Darwin, p. 203.

C2) De mc'nu" que le choi.N des lieu-N (K'iit être impo.sê par mille circonstances , e.xposilion, Voisinagi', etc.

rONTRADHTIOXS APPARKSTES

nient pourra-t-il amener, par un enchaînement insensible de besoins et d'attraits nouveaux, des actions inaccoutunn^es. Rien de tout cela ne sera contradictoire à l’instinct spécifique de l'abeille. 11 n’y aura là en réalité qu’une série de conséquences découlant de cet instinct primitif lui-méme aussi fatalement les unes que les autres.

Les causes de variation peuvent encore être plus intimes et par conséquent plus puissantes. Il se produit évidemment (sous l’empire de quelles influences et dans quelles limites, peu nous importe), mais enfin il se produit dans les espèces de nombreuses variations portant soit sur les organes des sens, sur leur acuité, leur portée.... soit sur les organes intérieurs et les fonctions de la vie végétative. Comment n’entraîneraient-elles pas dans les instincts des variations correspondantes? Cette question nous amène tout naturellement à celle des milieux et des changements qu’ils produisent.

Tout est si bien ordonné dans la nature que les facultés physiques de l'animal et le milieu constant où il vit sont en parfait accord; et le fait de cet accord est si général que chaque région a ses genres et ses espèces; entre l'habitation et l'habitant l'harmonie est telle qu’on peut conclure de l’un à l’autre. « Qu’on me donne, » dit Audubon, « la nature d’un terrain quelconque, boisé ou découvert, haut ou bas, sec ou mouillé, en pente vers le nord

RAMKNÉES A LA Xi^.ME LOt.

OU vers le sud ; qu'on me dise quelle en est la végétation , grands arbres ou simples broussailles ; d’après ces seules indications, je me fais fort de vous dire, presque à coup sûr, quelle est la nature de ses habitants. » enfin, le rapport entre la nature des animaux et celle du milieu est si étroit qu'on a cru pouvoir poser cette loi ; « faire moyenne des espèces est d’autant plus petite que la classe dont elles font partie a une organisation plus complète, plus développée, ou, selon l’expression usitée, plus parfaite (1). »

« Toutefois, » dit un autre naturaliste, « si les êtres ont en quelque sorte un milieu absolu avec lequel ils sont en harmonie, ils trouvent aussi dans ce milieu des conditions variées et comme des milieux secondaires et relatifs. Dans ces conditions, l’espèce peut vivre en s'adaptant... et quoique les traits distinctifs de l'organisation demeurent, aucune vérité n’est mieux établie en histoire naturelle que l'influence du climat sur les caractères superflciels des espèces animales, la taille , la couleur, les formes, la nature des téguments, des poils qui les recouvrent, etc. (2). »

Qu’une môme espèce ait ce qu'on appelle sa province zoologique, et que cette province soit très-

(I) De Quatrefages, Rapport sur 1rs progrès dr l'anthropologie, (i) E. Faivre , Dr la variabiUld des cspi'ces, j>. 20, 3U.

CONTnADICTlONS APPARENTES

étendue, on trouvera aux deux extrénaités deux races plus ou moins éloignées l’une de l’autre, et entre elles des races intermédiaires, dont toutes les diversités physiologiques répondront aux diversités du milieu. Si des représentants d’une même espèce sont transportés ou chassés d’un lieu dans un autre, il s’accomplit en eux des changements durables qui mettent leur organisation en harmonie avec les climats où ils sont désormais destinés à vivre. Encore une fois, il n’y a pas lieu de nous prononcer ici sur l’étendue de ces changements organiques ; nous n’avons encore à prendre parti ni pour ni contre Lamarck et M. Darwin. Mais si les théories de la transformation des espèces sont attaquables, les faits sur lesquels elles se flattent de s’appuyer ne le sont pas tous. Des naturalistes distingués qui repoussent le système de Darwin prétendent avoir reconnu, même avant lui, l’action modificatrice du milieu et la sélection naturelle, et s’ils ne veulent pas voir dans ces phénomènes de quoi expliquer la formation des espèces, ils y trouvent de quoi expliquer l’apparition des races. M. de Quatrefages va même plus loin , dit-il, en un sens, que M. Darwin. Car pour lui , le milieu n’agit pas seulement sur les races par une élimination pure et simple des organismes qui ne peuvent se mettre en équilibre avec lui ; il agit aussi directement sur ceux qui survivent, et après

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avoir réprimé ou suspendu en eux certaines énergies physiologiques, il en provoque certaines autres, développant des aptitudes et des puissances nouvelles et rétablissant ainsi l'harmonie (1). On prévoit aisément que les instincts doivent subir l’influence de ces modifications organiques ; et là seulement peut être l’explication d'apparentes anomalies qui, pour toute autre théorie, gardent leur mystère.

Si nous cherchons les faits que fournit la science à l'appui des considérations qui précèdent, nous nous trouvons d’abord en face d’une loi digne d’ètre notée. Quand l’homme n’intervient pas, ces modifications sont beaucoup plus rares et de moindre importance ; « les races naturelles sont relativement peu nombreuses (2). » Quand l’animal au contraire se trouve en rapport avec l’homme, le milieu , c'est-à-dire l’ensemble des conditions d’existence variant davantage, l’organisation et les instincts s’altèrent plus profondément. Nous ne pouvons donc mieux faire, pour élucider ces questions, que de recueillir les principales comparaisons faites par les naturalistes entre l’état sauvage et l’élat soit de domesticité soit de simple captivité.

(1) Do Quati'of.igo.s, [{apport, p. 132.

(2) Do Quatix-fagos , [{apport.

CO.NTIUDICTIONS APPARK.NTES

De ces états, quel est celui où ranimai manifeste le mieux et le plus complètement ses facultés et ses tendances? C’est un point sur lequel il est bon d’écouter en passant l’opinion d’un juge des plus compétents, Frédéric Cuvier. Les idées du dix-lmitième siècle sur l’état de nature de l’humanité, sur les vertus des sauvages et la corruption de l’homme civilisé, avaient trouvé un écho, le croirait-on, jusque dans l’histoire naturelle. Des savants du plus grand mérite disaient, par exemple , avec un parfait sérieux ; « L’homme n’est pas le seul être de la nature que l’esclavage dégrade et abrutisse. » L’esclavage change très-souvent le naturel des animaux, cela est vrai; nous allons bientôt le constater et l’expliquer. Mais F. Cuvier trouve avec raison qu’il serait absurde d’attribuer aux animaux une liberté semblable à la nôtre, et de croire que la domesticité gène et entrave cette prétendue liberté. Pour lui, au contraire, c’est dans nos ménageries que nous pouvons le plus aisément connaître le naturel de ces animaux ; et voici les raisons qu’il en donne.

Dans leur indépendance naturelle, les animaux, dit-il, se trouvent sous l’empire de forces prépondérantes. Ils peuvent bien alors nous apprendre quelle place ils occupent parmi les autres êtres soumis aux mêmes forces qu’eux, quels sont les rapports qu’ils ont avec ces êtres; mais, dans cet

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HAMENKES A LA MÊME LOI. 177

état, ils ne peuvent nous donner que des notions très-restreintes et toujours douteuses sur leurs facultés générales : car dans ce cas, il ne dépend pas de nous de les soumettre à des expériences pour confirmer nos conjectures. La captivité nous donne les moyens de les soustraire aux forces qui, dans l'état naturel, les contraignent et les dominent, puis de les soumettre à d’autres forces; elle nous permet d’en faire une étude plus complète et plus exacte.

Peut-être y aurait-il quelques réserves à opposer à cette théorie. Mais ce qui parait en ressortir de vrai et d’important, c’est que les animaux, êtres purement sensibles, subissant passivement l’action constante ou passagère des causes extérieures, ne prennent, dans aucune circonstance, de libre initiative. On ne peut donc être étonne que certaines causes perturbatrices puissent , à travers l'organisation et la sensibilité, modifier les instincts de l’animal, sauvage ou domestique.

Ce qui d’abord est universellement admis , c’est que les instincts ne sont plus les mêmes quand l’animal devient domestique. Les instincts naturels se perdent souvent dans la domesticité: l’animal devient incapable de se suffire à lui-même. Tel oiseau en cage ne sait plus construire son nid. Le ver à soie ne peut plus se tenir sur les feuilles inclinées et mobiles du mûrier en plein air, agité par le

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vent. Il n'a plus l’adresse do se cacher sous les feuilles pour éviter l'ardeur du soleil et échapper 'à ses ennemis. Mais si la domesticité affaiblit souvent les instincts, parfois aussi elle les perfectionne et les développe, .\insi, selon le grand-père de M. Darwin, le porc aurait beaucoup de sagacité, il surpasserait peut-être le chien lui-mèrae, s’il était élevé comme lui, tandis que les chiens nourris et engraissés comme provisions de bouche, dans quelques îles de l’Océanie, ne montrent pas, dit-il, plus d'intelligence que nos porcs.

A propos de faits de cette nature, M. Darwin demande si ce sont les habitudes qui changent d'abord et l'organisation ensuite, ou si de légères modifications de structure conduisent naturellement à des habitudes nouvelles. 11 conclut en disant que le changement des unes et des autres est simultané. Ce qui [laraît cependant résulter d’un grand nombre de faits et de ceux , entre autres, qu’il a cités, c’est que ces deux espèces de changements, s’ils sont durables, se supposent l'un l’autre, mais que c'est tantôt l’un, tantôt l’autre qui commence. Dans le canard domestique, les os de l’aile pèsent moins, les os des cuisses pèsent plus, relativement au poids entier du squelette, que dans le canard sauvage. On sait depuis longtemps que l’abondance du lait chez la vache et la chèvre vient de l'habitude que nous avons de les traire.

U-tMENÉES A I.A MÊME 1.0) .

Mais il n’est aucun organe sur lequel la domesticité laisse de plus fortes empreintes que les oreilles. Droites et érigées, toujours mobiles, à l’état sauvage, où des bruits soit inconnus, soit alarmants, mettent l’animal en éveil, elles deviennent pendantes à l’état domestique ; on peut donc présumer qu’à un moment donné elles ne sauront plus transmettre à l'animal des avertissements aussi rapides et aussi sûrs.

Dans les cas que nous venons de rappeler, ce sont évidemment des habitudes imposées par l’homme qui fortifient ou affaiblissent certains organes par l’exercice ou l’inaction , et <lès lors ces habitudes primitivement imposées deviennent naturelles ; elles rentrent ainsi complètement dans la sphère même de l’instinct.

11 semble d'autres fois que le milieu préparé par l’homme agit d’abord sur l’organisation, .\insi, le fait seul de la captivité trouble gravement, s’il ne suspend tout à fait les fonctions de. reproduction. Ainsi encore quelques modifications dans le traitement des ruches et dans le mode de nourriture donneront chez les abeilles des races récoltant le miel et des races essaimantes (1).

Pour vérifier ces résultats , voyons maintenant

(t) Darwin, De l'origine des espives , p. tC, t7 , 339. Cf, De la variation des animaux, p. 137, 317.

CONTRAniCTIOXS API’AnEXTES

ces animaux revenant à l'étal sauvage, où ils reprennent à la fois et leurs formes organiques et leurs instincts.

Les habitudes d'indépendance amènent aussi leurs changements; et ces changements, en général , tendent à faire remonter les espèces domestiques vers les espèces sauvages qui en sont la souche (1).

Effectivement, la vie libre développe de nouveau dans l’animal cette pénétration et cette sûreté des sens dont font preuve, en maint endroit, les peuples de l’Afrique ou de l’Australie. Dans presque toutes les espèces affranchies de la domesticité, les oreilles se redressent ; chez le porc, les défenses se prolongent, le crâne reprend sa forme primitive; en un mot, le sanglier réapparaît. Chez d’au-

(1) Dans son savant mômoiro, devenu si justement et si promptement classifiuc , sur les cliatiRements offerts par les espèces domesti<iues transportées dans le nouveau-monde , M. Roulin a conQrmé cette proposition par les faits les gilus décisifs. « I>a nature, ndit-il, «ne compte pas seulement sur la prudence de l’homme |)Our la conservation des animaux transportés dans d’autres climats ; elle dévclopitc encore des instincts conservateurs qui ncs’étaient gtas manifestés Jus(pie-là. Un cheval élevé à l’écurie, que l’on abandonnerait en hiver dans certains pays froids, mourrait certainement de faim. Mais le cheval repassé à l'étal sauvage écarte de son pied la neige aux endroits où elle est le moins épaisse et arrive aux hei’bes et aux lichens. D’ailleurs, il sait où il trouvera plus facilement sa nourriture , et il s’y transporte en temps utile. »

RAMK.VÉKS A LA MÊME LOI.

très, comme la chèvre, la taille diminue, les mamelles se resserrent et se tarissent; mais l’agilité revient, et avec elle le goût pour grimper. Quand ce sont des espèces que la domesticité perfectionnait, parce qu’elles étaient plus intimement mêlées à la vie du maître et plus constamment dressées à exécuter ses fantaisies, elles dégénèrent. Les chiens deviennent impropres à la chasse; mal nourris, ils se transforment naturellement en voleurs et en pillards. Si toutefois iis rencontrent un gibier nouveau qu’ils aient intérêt à chasser, les difficultés particulières de cette chasse, en leur imposant telles ou telles manœuvres, créeront en eux des instincts nouveaux (1).

Dans la plus grande partie des faits que nous venons de citer pour démontrer par les exceptions mêmes qu’une corrélation étroite existe toujours entre les organes et les instincts, on ne saurait, est-il besoin de le dire, faire abstraction du pouvoir de l’hérédité. Ces changements dont nous venons de parler ne peuvent être , ni à l’état domestique ni à l’état sauvage, brusques et soudains. Comme il faut souvent un certain temps et l’accumulation plus ou moins prolongée des mêmes caractères physiologiques pour imprimer à l’organisation des changements durables, de même « les

(l) Roulin, mémoire cité, p.C2.

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