ET LES LOIS SOCIOLOOIQLES
1er l’homme moyen. Il ne s’agit pas ici de la médiocrité à laquelle se résigne celui qui a éprouvé sa faiblesse. 11 s’agit de ce milieu où .\ristote voyait l'idéal même de vertu auquel , en tout genre d’activité, doit nous faire tendre la morale; de cet état de constance et de solidité qui résume tous les progrès acquis et où nul n'arrive et ne se maintient qu’en faisant effort sur lui-même. « C’est sortir do l’humanité, » dit Pascal, « que de sortir du milieu; la grandeur de l’àme humaine consiste à savoir s’y tenir; et tant s'en faut que sa grandeur soit d’en sortir, qu’elle est à n’en point sortir. » Pascal revient sur cette même pensée plusieurs fois avec une sorte de prédilection , et il dit encore admirablement : « Cet état qui tient le milieu entre les extrêmes se trouve en toutes nos puissances. » Ajoutons que l'homme tend indéfiniment à l’établir dans ce que l’on peut appeler ses puissances acxjuises, dans celles qu’il travaille à se donner à luimême et aussi dans toutes les œuvres do sa puissance, dans tout ce qu’il crée ou modifie hors de lui par son initiative intelligente. « Celte influence de l’homme ne s’est pas exercée seulement sur sa personne : elle s’est étendue sur tout ce qui l’entoure, sur les plantes et sur les animaux et même sur les climats dont il est parvenu à modifier la nature. Partout on voit la science resserrant les limites des éléments assujélis à des
LA LIIIERTH MURALE
variatioDs , en même temps qu’elle relève les moyennes (1). »
Si l'homme peut apporter le ()oids de sa raison dans le jeu des lois physiques elles-mêmes, non sans doute en les violant , mais en les connaissant et en modifiant les conditions dans lesquelles il sait qu elles agissent , sa liberté éclairée ne seraitelle pour rien dans le jeu régulier des lois sociales, quand les phénomènes que ces lois régissent sont le produit de son activité? Chaque jour naissent, avec des besoins nouveaux , des formes nouvelles de la vie sociale et politique. Les arts, les lettres , l'industrie , les institutions ouvrent chaque jour à l'initiative individuelle et à la force d’expansion des peuples des champs inexplorés. Ouanil cette activité encore neuve et inexpérimentée s'engage dans une direction inconnue, toutes ces manifestations sont d abord variables et inégales. Les moyennes sont faibles et difficiles à établir, les limites extrêmes sont aussi éloignées que possible lune de l'autre. Peu à peu cependant les oscillations se règlent et se modèrent. L'esprit trouve en chaque chose un point fixe et se crée comme un centre de gravité autour duquel se font équilibre les passions, les forces multiples qui, dans le principe, le ballot-
(1) , ouvr.Éfto |i.