ACTE DEUXIÈME 2W
JEAN
Parce que ni le temps, ni le travail, ni la science, ni l'éducation ne nous améliorent!
ANDRÉ
Que dis-tu là?
JEAN
Je dis qu'il y a au fond de nous quelque chose de plus fort que tout cela, quelque chose d'arbitraire et de bas, dont nous sommes les esclaves aux heures de crise. Décidément, tout eflbrt est vain... On lutte pour savoir, on va aux sources mêmes de la vie, on bourre son pelil cerveau de grandes idées... et puis, les cheveux déjà givrés, on se retrouve tout à coup comme l'enfapt devant un jouet cassé, parce qu'une femme vous a menti!
(Un silence. André est nerveux. A la dérobée son regard oblique sans cesse vers la porte qui conduit aux appartements de Cécile.)
ANDRÉ
En somme, le résultat de la belle expédition?
JEAN
Comment?
ANDRÉ
Oui... Qu'as-tu surpris, là-bas?
JEAN
Rien. Une maison endormie.
ANDRÉ
D'Arteuil lui-même n'était donc pas au rendez-vous?
JEAN
Il n'y était pas.
ANDRÉ
Alors?
JEAN, sombro.
Alors, tant mieux pour lui ! ^
■2o0 I.INSTINGT
Tu vois comme cela est peu sérieux.
JEAN
Espérons-le.
ANDRÉ
Du reste, je me tue à le réitéter, rien ne prouve que la copie du fameux brouillon de lettre que tu possèdes a été envoyée.
JEAN
Le document lui-même n'en est pas moins là comme une preuve irrécusable de mensonge!
ANDRÉ
J'y vois surtout une preuve certaine que rien n'est irréparable!
JEAN
L'irréparable! Oix cela commence-t-il?... Je sais, je sais, elle n'est pas la maîtresse de d'Arteuil!... Elle n'est pas sa maîtresse!... Ah! voilà une distinction qui m'échappe ! Sa maîtresse ! . . . Elle le serait bien moins si elle avait cédé à une minute de vertige!... La chair, la chair, nous en avons assez pétri pour la mépriser!... Non! ceci
est pire!... (Avec une exaltation croissante.) ToUS leS jOUrS Un
homme lui parle d'amour, lui murmure des mois de tendresse et de désir et de passion ! Et elle laisse parler cet homme, elle l'écoute, elle lui répond, elle s'englue dans cet adultère moral, elle le savoure longuement !... Elle se donne à petite dose, mais tout entière, avec son cœur, avec ses nerfs, avec son cerveau!... Tout est pour l'autre, effusions, confiance, caresses, tout est pour l'autre i^. Elle s'évade de moi, elle m'échapp.e par le mystère et par le mensonge!... Le mensonge!... C'est ça, c'est ça qui me soulève!... Pendant qu'on me vole, je suis eoiniuré dans ., le mystère et dansle mensonge !... C'est la nuit!... Je ne/ia> vois plus rien!... Je sens seulement que mon bonheur