ACTE TROISIÈME 14'J
GEORGES
Oui. J'avais reconnu son automobile au coin de l'avenue. Il nous mènera donc?
Jusqu'à Fontainebleau, où nous attendrons le premier rapide.
GEORGES
Il n'a pas hésité ?
MAHTflE
Lui ! Il était enthousiaste de pouvoir nous être utile.
Brave garçon 1
Est brave celui qui vous aime, Georges. Et je réponds qu'il vous est dévoué, celui-là !
GEORGES, pensif.
Je suis trop heureux .. J'ai peur.
MARTHE, souriaut.
Peur?... Vous?
GEORGES
Du bonheur, ma foi oui 1 Je n'y suis pas accoutumé !
Une habitude que vous prendrez vite.
GEORGES
Après l'avoir presque évitée.
MARTHE, souriante
J'ai toute ma vie pour vous pardonner.
GEOIU'.ES
Vous ne regrettez rien, Marlhe?
ir,o MAIITIIE
MAUTliK
Si... (Un temps.) D'avoir été si longtemps sans vous
connaître, (a ce moment, elle porto brusquement les jeux sur le cartel^ qui va marquer onze heures. Elle pâlit, dans un frisson d'effroi.) Ah ! mon
Dieu I... Je n'y avais pas pensé... Mais j'étais donc folle I Allez-vous-en, Georges!... Passez par là... (Biie désipùe u porte du hall.) VOUS traverserez le petit salon et gagnerez le hall, où vous m'attendrez avec La Berronnière... Vite, allez-vous-en !
GEORGES
Pourquoi?.,. Qu'avez- vous?
Allez-vous-en... Ne me demandez rien...
GEORGES
Mais pourquoi ?
Je vous en supplie, Georges, allez-vous-en !...
GEORGES
Pas avant que vous m'ayez expliqué cette terreur. Qu'y a-t-il? Marthe, qu'y a-t-il?
11 y a... il y a que j'allais commettre la pire des folies ! Un crime, peut-être !... Ah! heureusement que j'y songe à temps. Vous n'avez pas deviné pourquoi je vous ai fait venir ici, alors qu'U était simple de nous retrouver ailleurs pour ce départ?
GKORGES, simplement.
Mais si, je l'ai deviné. Vous avez voulu que je sois là pour vous défendre, c'est tout simple.
Ah! me défendre !... Je suis femme à me défendre !... J'espérais surtout que cet éclat le ferait renoncer à la
AGTi': tiioisji:me loi
lutte, puisque je ne n'ai pas d'autre moyen pour le forcer au divorce !
GEORGES
Eh bien?
Eh bien, je n'oubliais qu'une chose, c'est que, vous trouvant ici, il a le droit de vous tuer !
GEORGES
Quel enfantillage I
Il est capable de tout !
GEORGES
Sauf d'une pareille sottise! Ce meurtre -là... mais pensez-y donc! Ce meurtre-là serait la ruine de toute sa diplomatie !
Ah ! vous me rassurez I... (La pendule sonne.) Chut! (Pendant que les onze coups du timbre tombent dans le silence, Marthe, à distance de Georges, près de la porte, murmure très bas, et d'une voix profonde.)
Comme je VOUS aime, Georges... Comme je vous aime!...
(D'Aiguerose entre.)