CHEZ L'HOMME
En général on ne comprend parmi les perversions sexuelles que les perversions de l'instinct relatif aux rapports sexuels. Mais l'histoire de l'évolution de l'instinct sexuel nous apprend que les sentiments relatifs aux produits et.au conjoint qui concourt à leur éducation sont devenus aussi instinctifs dans la suite des générations. Les phénomènes instinctifs les plus complexes et les derniers acquis sont les plus fragiles et les plus sujets à la dissolution non seulement sous l'influence des troubles de nutrition des individus, mais aussi sous' l'influence des mauvaises conditions du milieu.
Chez l'homme, l'instinct sexuel n'est pas seulement troublé dans ses premières manifestations; il peut encore l'être dans les phases ultérieures de l'évolution du produit pendant la grossesse, au moment de l'accouchement, pendant l'éducation. Nous avons déjà relevé chez les animaux un certain nombre de faits de cet ordre. S'ils ont été peu étudiés jusqu'à présent dans l'espèce humaine, ce n'est pas qu'ils manquent d'intérêt. Nous nous bornerons à quelques indications, nous réservant de revenir sur ce sujet.
Houzeau fait remarquer que c'est seulement pendant
LÇS ANOMALIES DE l'AMOUR PAEEXTAI. CHEZ I/HOMME 89
rallaitemeut que chez plusieurs animaux il existe des relations inlimea entre la mère et les petits. La mère éprouve un plaisir évident à la succion. Il en est d'ailleurs de même chez les femmes, quelques-unes prolongent l'allaitement pour leur propre plaisir. La succion mammaire provoque, on le sait, chez quelques femmes le plaisir en dehors de l'allaitement; elles la recherchent pour satisfaire leurs besoins sexuels. HyrtI, dans son anatomie topographique cite, d'après Ilildenbrandt, une femme qui provoqua un allongement le' de ses mamelles qu'elle arrivait à les sucer elle-même'. De même le besoin d'évacuation joue un rôle important chez la nourrice. Ce n'est pas par une hypothèse invraisemblable, que dans le discours sur l'origine et les fondements de l'égalité parmi les hommes, J.-J. Rousseau dit : « La mère allaitait d'abord les enfants pour son propre besoin ; puis l'habitude les lui ayant rendus ehers, elle les nourrissait ensuite pour le leur. » Chez les peuples primitifs, l'amour maternel semble s'éveiller avec l'allaitement; si la mère tue souvent l'enfant qu'elle n'a pas allaité, l'infanticide est rare plus tard. Mais de même que suivant les progrès de l'évolution, l'amour n'est plus lié exclusivement au développement et au fonctionnement des organes génitaux, l'amour maternel n'est plus lié non plus exclusivement au développement et au fonctionnement des glandes mammaires et aux soins corrélatifs que l'enfant nécessite. C'est là toutefois une concordance dont il pourra être intéressant d'étudier la fréquence.
L'observation nous montre qu'en général, dans la plupart des espèces, l'amour de la progéniture, considéré comme instinct, évolue parallèlement à la maturation de l'œuf. Certains préparatifs ont souvent précédé le terme;
90 L'tîîSTÎNCT SEXUEL
et à la naissance des petits, les parents, chacun dans xxtie mesure variable, sont préparés à leur donner les soins nécessaires à leur existence et à leur développement. Le parallélisme entre l'évolution des sentiments familiaux des parents et l'évolution biologique de leurs produits est une condition tout aussi indispensable de la perpétuité de la race que l'attraction sexuelle. Cette corrélation qu'on peut être tenté de considérer comme générale, n'est pas facile à constater chez les animaux, car satif les cas rares où on peut se livrer à une observation attentive de leui's actes, nous ne connaissons guère les sentiments des animaux que par leur analogie avec des sentiments que nous imaginons pouvoir éprouver nous-mêmes dans les mêmes circonstances. C'est ainsi que l'on peut admettre que l'infanticide chez les animaux peut s'expliquer encore par une condition qui montre son efficacité dans l'espèce humaine et sur laquelle noué pouvons obtenir quelques renseignements.
Dans l'espèce humaine, l'évolution de l'amour de la progéniture n'est pas toujours parallèle à l'évolution du produit.
Dans l'un et l'autre sexe on peut voir une ébauche de ce sentiment même avant l'apparition de l'appétit sexuel. L'amour des petits peut être indépendant de la fonction sexuelle. Mais les conditions dans lesquelles il s'en montre indépendant peut servir à mettre en lumière plusieurs facteurs importants de Famour de la progéniture. Si les manifestations en sont plus fréquentes dans le sexe fémiîilti, elles ne lui sont pas exclusives. Chez les petites filles elles se montrent très tôt dans les jeux, dans l'attraction pour les poupées, etc. L'amour des poupées peut s'installer définitivement et se substituer pour toute la vie à l'amour de la progéniture, coïncidant ou non avec d'autres anomalies effectives ; il n'est pas très rare de voir des femmes chez lesquelles l'amour de la poupée persiste
DE L'AStOUn PAHRWTAL CHEZ L'hOIIME 9l ^
dans tiQ âge avancé, ou est l'emplacé par une aiitre '
idiosyticraale : l'amourdes bêles. .
L'amour des petits Chez les jeunes enfants paraît sur- f
tout lié au plaisir de la puissance, de la protection, de (
l'autorité, de l'approbation, etc. Plusieurs de ces élémenta i
se trouvent représentés dans le complexUs sentimental f
de l'amour de la progéniture. i
L'amour des petits peut persister jusqu'à l'adolescence 1
et plus lard sans se combiner à aucune perversion émo- \
lionnelle. 11 peut se manifester pour la première fois avec j
intensité concurremment à l'attraction sexuelle. L'observation journalière fournit de nombreux exemples dans lesquels on voit les sentiments tendres h l'égard des enfants, chez des adolescents ou des adultes de l'un ou l'autre sexe, annoncer des tendances matrimoniales inavouées.
L'amour des petits du même sexe, surtout chez l'homme, peut être une manifestation de la tendance à l'inversion sexuelle.
L'amour de la progéniture présente des variéléa consi' j
dcrables au point de vue de la date de son apparition, au <
point de vue de son intensité, au point de vue de sa j
durée.
Chez le père surtout, dont l'amour pour les enfants n'a î
pas au même titre que chez la mère une base physioto- ,:
gique, mais est plutôt un produit de l'évolution sociale, les variétés sont fréquentes et étendues. Il n'est pas rare '
de voir des preuves évidentes de sa faiblesse et de son absence. A partir de la fécondation, le père est étranger a l'évolution du produit de la conception. Sa sollicitude envers lui est surtout liée aux sentiments qui l'attachent à la mère. On sait d'ailleurs que ces sentimenla peuvent être assez vifs pour se manifester par des phénomènes physiques. Il n'est pas très rare de voir des maris prendre leur part des vomissements de la grossesse, Weir Mit-
chelP en a cité des exemples qu'on pourrait aisément multiplier. On aurait même observé les vomissements du mari avant qu'on eût connaissance formelle de la grossesse ^. Ces faits permettent de comprendre comment par une sorte de contagion morale, le père peut participer de l'état affectif de la mère pendant la grossesse et au moment de Taccouchement ^.
La« couvade» est une coutume bizarre qu'on retrouve chez des peuplades d'origine très diverse et qui consiste dans rimitation par le mari du rôle de l'accouchée. Cette imitation, plus ou moins fidèle, se traduit principalement par une période de repos dans une attitude de souffrance. On l'a attribuée à la volonté du père de prendre à tous égards la place de la mère, au temps où le patriarcat se serait substitué à la filiation maternelle. On l'a attribuée aussi à l'intention de transmettre, par l'exemple de la patience à supporter la douleur, un courage viril aux enfants '*.
A ces explications qui ne reposent sur aucun fait d'observation, la clinique neuropathologique permet d'en opposer une autre qui n'est pas sans vraisemblance.
Les faits de contagion sont probablement plus fréquents que la pénurie de la littérature médicale ne semble l'indiquer. Depuis une douzaine d'années que mon attention a été appelée sur ce sujet par la lecture de la leçon de Weir Mitchell, j'ai eu connaissance de trois cas de
(1) S . Weir Mitchell. Lectures on diseases of the nervous system, especially in Women^ 2" éd., 1885, p. 63.
(2) Hamili. Morning sickness in the hushand {New-York med. journ., 1888, XLVII, p. 635).
(3) Ch. Féré. Contînt, à la pathologie de la sympathie conjugale; une interprétation physiologique de la couvade {C. R, Soc, de Biol.y 1899, p. 258).
(4) Ch. Letourneau. L'évolution du mariage et de la famille, 1888, p. 394. — C.-N. Starcke. La famille primitive, son origine et son développement, trad. fr., 1891, p. 49 (Paris, F. Alcan).
■li« . '" V ■"!■ ■ iHmC^W
LES ANOMALIES DE L'AMOUR PARENTAL CHEZ l'hOMME " 93
ce genre qui se sont tous présentés chez des neurasthéniques. Je rappellerai succinctement les principales circonstances d'un de ces cas, parce qu'aux vomissements se sont ajoutés d'autres troubles qui indiquent que l'imitation n'est pas le seul facteur, et ces cas sont particulièrement intéressants au point de vue de l'interprétation de la coutume de la « couvade ».
Observation I. — Sympathie conjugale ; couvade, — J'ai observé à différentes reprises, depuis une dizaine d'années, un neurasthénique dont les troubles psychiques se bornaient à de l'indécision et à des scrupules. Sous l'influence de changements de milieu, il obtenait d'assez longues trêves uniformément interrompues par un projet de mariage provoquant des scrupules variés, et aboutissant à une crise neurasthénique et au renoncement. Cependant, en 1895, ses scrupules de neurasthénique furent vaincus par une coïncidence remarquable de circonstances favorables. Il se maria dans les meilleures conditions possibles. Pendant dix-huit mois, il ne fut plus question des troubles neurasthéniques. Je le revis au mois de mai 1896, il avait trente-deux ans. Il se plaignait de vomissements qui avaient coinmencé dix jours auparavant et qui se produisaient soit' le matin, peu de temps après le réveil, soit après le repas de midi. Le vomissement de midi était alimentaire, il s'était produit Tavant-veille et le jour même ; le vomissement du matin s'était produit tous les jours avec une uniformité remarquable, il rendait un liquide filant et clair dont il estimai't la quantité à un quart de litre. Dans tous les cas, le vomissement était précédé d'une nausée qui apparaissait brusquement. Il fournissait spontanément l'explication de son mal : sa femme était enceinte de deux mois et demi. La veille du jour où il avait été pris, sa femme, qui n'avait jusquelà présenté aucun trouble notable, raconta en rentrant de la promenade, qu'elle avait eu des nausées et qu'elle avait rendu quelques glaires ;'elle était complètement remise, et n'éprouva rien de semblable jusqu'au moment où lui-même fut pris le lendemain matin. Il avait été frappé fortement par le récit de sa femme, parce que, disait-il, dans sa propre famille, les
94 ' î.'ïNSTïNCT ^mvm^
fenimes yomisseat pendant la. grossesse ; sa mèr^f sa tante et g^s deux sœurs, auraient eu, à cloaque grossesse,, des vomissements incoercibles, alarmants. L^ mèrç a confirmé plus tard ce renseignement, et elle affirma que la femme n'avait eu que sept ou huit crises de nausées avec expulsion peu abondante de glaires, dont le mari n*avait pas été témoin et qui lui avaient été dissimulées avec soin. Cependant, lui, a vomi chaque matin, pendant trois semaines ; la nausée arrivait d'emblée sans avoir été précédée d'aucune représentation mentale consciente. Il n*a jamais eu le temps de mettre en pratique les mesures préventives qu'on lui avait conseillées. Les vomissements ont cessé définitivement quand il eut quitté le domicile conjugal, et ils ne se sont plus reproduits à son retour qu'il n'a pu retarder de plus de huit jours. Tout alla bien jusqu'au mois de novembre: la femme, qui approchait du terme, se plaignait de douleurs dans les reins. Le mari commença à se plaindre de douleurs lombaires, d'affaiblissement des membres inférieurs. Au bout de deux jours, la marche était devenue très difficile ; il y avait une céphalée intense et continue, le sommeil était à peu près nul, interrompu par des chocs céphaliques très violents qui lui arrachaient des cris. On le transporta chez son père dans un état de neurasthénie aiguë, caractérisée par une anxiété permanente : sans cesse préoccupé des dangers de mort que courait sa femme, blessé par toutes les excitations sensorielles, redoutant autant Ja lumière que le bruit, que les odeurs, poussant des cris à chaque changement de position qui provoquaient des douleurs rachidiennes. La peau de l'abdomen et des régions mammaires était d'une sensibilité exquise. Aucun stigmate hystérique : les testicules n'étaient pas douloureux ; il n'y avait aucune modification des réflexes patellaires. Quand il apprit rheureuse terminaison de l'accouchement, il se fit une détente dans l'anxiété ; mais bien que Talimentation ait toujours été suffisante, l'amélioration ne commença réellement que lorsqu'il revit sa femme au bout de trois semaines. A partir de ce moment, la restauration fut rapide.
Une seconde grossesse est survenue à la même époque en 1898. On s'était bien promis de ne lui parler ni de vomissements ni de nausées, qui étaient rares comme la première fois,
LES ANOMALIES DE l' AMOUR PARENTAL CHEZ l'hOMME 98
majs il se produisit une crise en sa présence. C'était après le déjeuner du matin ; il fut pris imrnédiatement d'un vomissement alimentaire. Les jours suivants, sitôt après le lever, il se produisit un vomissement jglaireux ; la séparation opérée le dixième jour suspendit les vomissements. Il put revenir impunément au bout d'une semaine, sa femme étant libérée de cet accident rare et bénin chez elle. A la fin d'octobre, et cette fois sans aucune provocation, la crise neurasthénique à forme anxieuse s'est renouvelée, reproduisant la première, à quelques détails près, et qui suivit la même marche pour ne se terminer qu'en février dernier.
On retrouve dans ce fait, comme dans ceux de Weir Mitchell, les vomissements qu'on peut attribuera la contagion; mais la crise neurasthénique qui se manifeste aux approches de raccouchement, s'accompagne non seulement de douleurs, mais encore de troubles parétiques qui ne figurent pas dans la grossesse et qui paraissent les conséquences du choe émotionnel chez un sujet prédisposé.
Ces phénomènes réalisent une ce couvade » qui n'a rien de symbolique. L'imitation et la sympathie se sont combinées pour constituer un état morbide qui peut se reproduire dans différentes conditions de dépression générale plus ou moins analogues à celles de la neurasthénie, et communes chez les gens exposés aux privations, aux intempéries, et prédisposés à l'imitation par l'ignorance.
Il ne faut pas croire d'ailleurs que la couvade sympathique constitue un caractère de perfectionnement de l'instinct paternel, il s'en faut : travailler pour assurer le bien-être de la mère serait beaucoup plus utile au produit. Cette aptitude à la contagion est au contraire un caractère de dissolution.
Après la naissance, la voix du sang ne parle pas à tous les pères. Chez un bon nombre elle n'est que partiellement suppléée, au moins pour un temps, par leur attachement au
96 l'instinct sescel
foyer : c'est la mère qui sert de liaison entre les enfants et leur père, qui les lui fait aimer, et lui donne la confiance de les appeler siens'.
Le défaut de sentiment paternel n'entraine pas communément chez l'homme de réactions nuisibles; si le père ne sent pas ses obligations, il s'en décharge et ne soufi're guère de privation. Ce n'est que lorsque l'enfant est une cause de misère ou au moins d'embarras qu'il a à souffrir du défaut de développement de l'amour paternel. Mais en dehors des conditions où il s'objective par des mauvais traitements et un manque de soins, ce défaut peut exister à des degrés divers. Il se manifeste soit par une diminution, soit par un défaut de sympathie, soit par un retard de son développement. 11 n'est pas rare d'entendre des pères reconnaître que leur enfant a été tout d'abord pour eux un objet d'horreur et de répulsion, et que les sentiments tendres ne se sont éveillés que plus tard, quelquefois après quelques jours ou après quelques semaines, souvent après des mois et même des années. Le plus souvent l'évolution est lente et graduelle ; l'habitude, les diverses circonstances qui flattent d'autres sentiments y contribuent. Exceptionnellement le développement se produit à la suite d'un choc dont la banalité indique bien l'anomalie du terrain sur lequel il a pu agir. Un héréditaire qui a eu lui-même plusieurs accès hypochondriques n'avait jamais senti que de l' indifférence pour son fils, et il ne commence à éprouver pour lui des sentiments tendres que lorsqu'à l'âge de 17 ans. passés il lui entendit exprimer avec chaleur, relativement à un fait historique, une opinion que lui-même avait partagée autrefois et que d'ailleurs il avait abandonnée depuis, La reconnaissance dans un enfant d'un caractère physique, timbre de ta voix, démarche, attitude, geste, ou d'un caractère pay-
II) J.-J. Rousseau. Emile, liv. V.
LES ANOMALIES DE l' AMOUR PARENTAL CHEZ L'HOMME 97
chique, rappelant soit le père lui-même, soit un autre ascendant qui a pu agir de même. L'apparition tardive des sentiments paternels peut varier avec le sexe de l'enfant. Ces sentiments électifs sont souvent d'ailleurs très précoces et précèdent la naissance. Les projets faits dans Tattente et déçus par le sexe de Tenfant s'effondrent en laissant un sentiment pénible qui peut se manifester par une antipathie généralement éphémère, mais qui peut persister chez les individus mal équilibrés.
Des variétés du même genre peuvent se rencontrer dans révolution de Tamour maternel, qui peuvent présenter un intérêt particulier en raison de l'influence qu'elles impriment à la conduite.
Plus souvent que chez l'homme, l'amour de la progéniture se manifeste chez la femme à la même époque que l'appétit sexuel. Il peut se développer à la suite des premiers rapports sexuels sans aucun signe de fécondation. Plus souvent il s'éveille après la conception; et en dehors de tout autre signe, quelques multipares peuvent reconnaître la fécondation à la préoccupation qui s'impose de se préparer à recevoir un nouveau-né. Cette préoccupation peut se manifester exclusivement à propos des fécondations qui produiront un enfant d'un sexe déterminé. Chez certaines femmes, il se développe au cours de la grossesse soit isolément, soit concurremment à des phénomènes physiques, normaux ou pathologiques liés à la fécondation ou à une période de l'évolution du produit : vomissements, mouvements spontanés du fœtus, gonflement des seins^ apparition de douleurs. D'autres fois il n'apparaît qu'après l'accouchement, à la vue de l'enfant ou au cours de l'allaitement à une époque plus ou moins éloignée.
Il est exceptionnel que le sentiment maternel ne se développe pas du tout; mais des femmes avouent que la sympathie pour leur enfant ne s'est développée qu'après plusieurs années de soins rendus par devoir. Or-
FÉRÉ. — Llnstinct sexuel. 6
dinairement le retard d'évolution des sentiments maternels diminue à chaque nouvelle grossesse et c'est surtout chez les multipares qu'il se développe préventivement. Chez une femme qui avait eu 7 enfants, il n'était apparu à la naissance qu'à la quatrième grossesse. «Quelquefois le retard est plus grand pour les enfants d'un sexe déterminé.
Il est difficile d'obtenir des documents propres à établir la fréquence relative des anomalies d'évolution des sentiments maternels; mais l'aveu de nombreuses femmes qui ne sont pas dans le cas d'avoir à chercher une excuse ou une circonstance atténuante ne manque pas d'intérêt au point de vue de la criminalité féminine spéciale, de l'infanticide.
L'homme qui oublie plus facilement que l'amour est consentement et qui se laisse souvent aller à la brutalité dans la poursuite sexuelle, brutalité objectivée par le viol et le rapt, n'épargne pas toujours ses enfants. L'inceste est beaucoup plus fréquent chez Thomme que chez la femme.
Nous verrons que dans certaines conditions de prédisposition héréditaire ou congénitale, dans certaines conditions physiologiques ou pathologiques qui réalisent un état de dépression générale de l'organisme, des circonstances banales sont susceptibles de provoquer des perversions de l'instinct sexuel. Les anomalies d'évolution de l'instinct parental, la précocité aussi bien que les retards, indiquent aussi une tendance aux perversions sous, l'influence de conditions extérieures. Sous l'influence de causes de dépression générale d'ordre physiologique, comme l'accouchement ou l'allaitement, même en dehors de toute condition pathologique, ou d'ordre social, misère ou déboires de toutes sortes, des réactions violentes peuvent se produire isolées de tout autre trouble psychopathique apparent.
Ces réactions se traduisent par l'avortement, l'infanticide, l'abandon ou la négligence des enfants, la rupture
LES ANOMALIES DE l' AMOUR PARENTAL CHEZ l'hOMME 99
des liens conjugaux. Cette simple énumération suffit pour permettre de juger de la fréquence des manifestations de la dissolution des instincts les plus complexes relatifs à la fonction sexuelle. Il n'est pas besoin de statistiques pour faire comprendre que ce sont les instincts les plus élevés et les derniers acquis qui sont le plus souvent atteints dans la dégénérescence.
La forme la plus commune de la dissolution de Tamour parental se caractérise par l'absence de soins d'éducation, par la tolérance des actes réflexes et instinctifs et des tendaâces les plus contraires à l'hygiène et à la morale. Ce défaut d'éducation supprime toute chance d'adaptation ; l'enfant mal élevé tout comme le dégénéré congénital est dépaysé dans la société et dans la nature qui finissent par l'éliminer. Ce défaut d'adaptation n'est pas sans intérêt dans Tétude de la régression des instincts familiaux. La déchéance des enfants qui détruit toute harmonie entre eux et leurs parents a pour effet secondaire de détruire aussi l'intimité et le bon accord entre les parents *. L*amour des enfants a servi de base à révolution des sentiments conjugaux ; leur dissolution est souvent la conséquence de la dissolution des sentiments filiaux.
(1) F. Nicolaï. Les enfants mal élevés y iS^ éd., 1899, p. 49.
aMimBflaaMMfeff