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CHAPITRE VII

LES ANOMALIES DE L'INSTINCT SEXUEL CHEZ L'HOMME

PARESTHÉSIES PSYCHIQUES

Si on considère avec Krafft-Ebing la paresthésie sexuelle comme une excitabilité des fonctions sexuelles par un stimulus non approprié, on doit ranger parmi les paresthésiques les individus qui aiment à se procurer la satisfaction sexuelle par l'évocation d'images diverses et sont capables d'obtenir Torgasme. Cette forme d'onanisme psychique est moins rare qu'on ne pense dans les deux sexes. Si son histoire est brève, c'est que c'est une des plus discrètes des perversions sexuelles bien qu'on l'ait vue s'exercer en public ^ Cette perversion n'est du reste intéressante qu'au point de vue de l'intensité de l'excitabilité spéciale. Il faut distinguer l'excitabilité mise en jeu par des représentations évoquées à plaisir, des obsessions génitales qui peuvent provoquer une excitation angoissante. Toutefois les deux phénomènes ne sont pas sans analogies et se développent sur le même terrain.

Cette excitabilité tient une place importante dans les rêves erotiques, qui peuvent s'accompagner de représentations tellement vives qu'elles persistent quelquefois

(I) Ch. Féré. ha médecine (Vimaginalion (le Progrès médical , 1886, p. 742).

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au réveil avec une intensité telle qu'elle entraîne la conviction de la réalité d'un attentat.

Le sadisme consiste en un besoin d'association de violence ou de cruauté à la jouis8a,nce sexuelle. La violence ou la cruauté peut être ou non exercée d'ailleurs par celui qui* recherche le plaisir sexuel dans cette association. Il suffit d'un spectacle de souffrance dans un bon nombre de cas. La violence active et le spectacle de la souffrance peuvent à eux seuls provoquer une satisfaction générale qui n'a qu'un rapport indirect avec le sens sexuel. Le goût des spectacles sanglants, des combats d'animaux ou d'hommes, des exécutions capitales, en est une manifestation : il se retrouve d'ailleurs souvent chez les imbéciles et chez les criminels, chez les prostituées; chez les enfants il se traduit par des mauvais traitements infligés aux animaux. La satisfaction éprouvée dans ces conditions parait avoir pour base le sentiment de puissance personnelle éveillé par la souffrance ou l'impuissance de la victime. Chez certains individus doués d'une irritabilité sexuelle particulière l'effet de l'excitation se manifeste avec une prédominance marquée sur le sens génital. Le nom qui a été donné à cette perversion instinctive est tiré de celui du marquis de Sade dont les livres obscènes contiennent les descriptions de la perversion dont il était lui-même atteint.

Le sadique éprouve de la satisfaction lorsqu'il inflige des douleurs morales, des humiliations K C'est souvent sous cette forme que le sadisme se présente chez la femme, quelquefois avec une périodicité remarquable, qu'on observe aussi pour d'autres formes *. Brantôme cite

(t) Marciat. Le marquis de Sade el le Sadisme^ in Lacassfigna, Vacher Véventreur, p. I8.'i.

c2) V.-X. Peskov. In cas de nuinie sexuelle pendant les rèf/lcM 'icec sadisme féminin {Arch. d'Anthrop. crim., 1898, p. 0681.

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une femme qui ne se laissait soumettre en aucune circonstance et qui ne tolérait pas le rôle de succube.

Le sadisme peut précéder, accompagner ou remplacer le coït. Certains individus ne peuvent arriver à l'intensité ' efficace du désir sans provoquer ou au moins être témoins d'une souffrance; chez d'autres la conjonction ne peut arriver à sa conclusion naturelle, à l'orgasme, sans la même association. D'autres fois l'orgasme peut se produire sans aucune excitation locale, sans aucun contact des organes sexuels. Les cas dans lesquels l'acte sadique est un équivalent du coït, qu'il remplace, montrent bien que cette anomalie n'est pas un retour à une manière ancestrale de faire l'amour. Si on a pu voir une analogie entre le sadisme et la brutalité des moyens de conquête, des animaux et des sauvages^ elle est tout à fait superficielle.

Comme la plupart des perversions instinctives le sadisme peut se manifester dans le rêve ; des pollutions se produisent à propos d'une scène de carnage ou de brutalité, ou de tel autre acte qui s'est associé une première fois à la satisfaction sexuelle. Ces rêves peuvent se produire chez des individus qui n'ont jamais eu, et n'auront jamais de tendance sadique à l'état de veille. Ils peuvent se manifester au cours de troubles généraux de la nutrition et disparaître avec eux.

Les mêmes représentations peuvent se montrer dans la rêverie; le sadisme peut n'exister qu'en imagination. La représentation d'actes de cruauté, comme la flagellation provoque une excitation sexuelle, sans aucune tendance à l'exécution. Le sadisme imaginaire peut être partiellement soumis à la volonté ou se produire sous forme d'obsession; on ne le voit guère d'ailleurs que chez les névropathes.

Le sadisme vrai s'objective par les actes les plus variés.

(1) Lasserre. Origine animale^ innéité et éclosion de la perversion sadique, th. Bordeaux, 1898.

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Krafît-Ebing cite un homme auquel il n'arriva qu'une fois d'éprouver la volupté sexuelle: c'est lorsqu'il viola une jeune fille. Tantôt tout se borne à des mauvais traitements ou à des souillures : pincement, piqûres, flagellation, badigeonnages avec des substances malpropres, injonctions humiliantes \ etc. Tantôt c'est la mutilation ou le meurtre qui s'impose. On a observé plusieurs sadiques qui n'éprouvaient une véritable satisfaction sexuelle qu'en étranglant leur victime ou en la découpant, en la mutilant (Jack l'éventreur. Vacher). Le sadique ne prend pas toujours une part active au meurtre; le spectacle suffisait au marquis de Rays.

Le sadisme manifeste souvent son caractère morbide par la forme impulsive des procédés, par l'angoisse qui raccompagne. Il se traduit souvent identiquement par le même acte. On retrouve cette criminalité à répétition stéréotypée chez plusieurs assassins célèbres, notamment chez plusieurs découpeurs qui enlèvent ou mutilent les organes génitaux ^. Le plus souvent c'est la vue du sang qui parait plus particulièrement efficace. Un sadique cité par Brierre de Boismont forçait sa victime à se poser des sangsues aux organes génitaux avant d'avoir des rapports avec elle. D'autres ont du plaisir à sucer le sang des plaies qu'ils ont faites.

Les médecins légistes ont observé des variétés multiples de piqueurs de filles qui s'attaquent toujours aux mêmes parties, il y a des piqueurs de fesses, des piqueurs de jambes, des piqueurs de doigts, des piqueurs de bras^.

(1) E. Régis, Un cas de perversion sexuelle à forme sadique (Arch. danthrop.crim,, 1899, XIV, p. 399).

(2) J. G. Kiernan. Se xual perversion, and the Whifechapel mnrders {Med. Standard, nov. 1888). — Lacassagne. Vacher Véventreur et les crimes sadiques^ 1899.

(3) L. Thoinot. Attentats aux mœurs et perversions du sens génital, 1898, p. 450.

Oïl a arrêté il y a quelques années au bois de Vincennes un coupeur d'oreilles.

Le sadique est souvent satisfait par la seule exécution de Tacte de cruauté qui attire l'attention et provoque l'intervention de la police*. Ce s.ont quelquefois des animaux qui sont victimes de ces actes de cruauté ^ ; dans plusieurs circonstances on a observé sur des troupeaux des accidents qui pouvaient éveiller l'idée d'une épizoolie 3.

Le sadisme est souvent combiné chez le même individu à d'autres anomalies. Krafft-Ebing rapporte plusieurs cas dans lesquels il coïncide avec le masochisme sur lequel nous reviendrons et qui consiste à associer le plaisir sexuel à sa propre souffrance.

Le plaisir sadique n'est pas toujours provoqué par une personne de l'autre sexe en âge d'éveiller l'instinct sexuel normal. Le sadique s'adresse quelquefois exclusivement aux enfants de l'un ou de l'autre sexe ou à une personne de son propre sexe : le sadisme peut coïncider avec Tinversion sexuelle. Certains individus éprouvent des sensations voluptueuses à voir torturer des animaux ou abattre du bétaik Hoffmann cite un « monsieur aux poules » qui avait besoin dé s'exciter en faisant tuer des poules devant lui ; un autre faisait torturer des poules et des lapins. La vue de la souffrance d'un animal dans ;un exercice forcé peut avoir le même effet ; je citerai un exemple dans lequel l'excitation sexuelle est provoquée par le spectacle

(1) Mac Donald. Obs. pour se7*vir à l'étude de la sexualité pathologique et criminelle [Arch. de Vanthrop. criminelle, 1892-93). — H. Goutagne. Note sur un cas de perversion sanguinaire de Vinstinct sexuel {Ann, méd.psych,, 1893, 7« série, t. XVIII, p. 88).

(2) Vernant. De la masturbation de la jument par V homme ; de ses conséquences et de Vétat des organes sexuels au point de vue médico-légal {Rec. de méd. vétérinaire, 1879, p. 251).

(3) A. Guillebeau. Des blessures faites aux animaux domestiques par des personnes atteintes de psychopathie sexuelle [Journ, de méd. vétérinaire et de zootechnie, 1899, p. 1).

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de chevaux surmenés. Dans un cas de Payer, l'excitation sexuelle était provoquée par la vue de tableaux de bataille (Krafft-Ebing).

Le sadique peut s'adresser aux cadavres. On a observé plusieurs nécrophiles particulièrement excités par le contact de cadavres et surpris en flagrant délit de viol. Le sergent Bertrand déterrait des cadavres des deux sexes qu'il mutilait. Il éprouvait plus de plaisir à les déterrer qu'à les violer.

Krafi*t-Ebing cite un individu chez lequel la simple représentation du sang ou de scènes sanglantes était suffisante à produire l'orgasme ; Mac Donald* en cite un autre qui éprouvait la même sensation à la lecture d'actes de violence. Il semble que l'émotion suffise à réaliser l'excitation sexuelle chez ces sujets prédisposés par une irritabilité spéciale. Les émotions les plus diverses d'ailleurs peuvent provoquer cette surexcitation : Lacassagne a observé un individu qui était excité aux cérémonies funéraires, Schulz un qui ne pouvait avoir de rapports sexuels qu'après s'être mis eu colère ; il est des hommes qui ne retrouvent leur puissance que lorsqu'ils ont à craindre d'être surpris et qui recherchent le plaisir dans les lieux publics.

Plusieurs auteurs comprennent dans le sadisme, l'excitation brutale qui se manifeste après les rapports sexuels. Ces manifestations ne sont pas associées au plaisir sexuel puisqu'ils ne servent pas à le provoquer, ne l'accompagnent pas, puisque leur suppression même n'empêcherait pas le fait principal ; ce sont des phénomènes d'excitation consécutive qui se rapprochent de l'ivresse émotionnelle * et qui caractérisent une véritable ivresse erotique sur laquelle nous reviendrons.

(1) Mac Donald. Ohserv. pour servir à V étude de la sexualité pathologique et criminelle, trad. Coutagne [Arch. d'antkrop cr'im., 1892, p.' G37).

(2) Ch. Féré. La pathologie des émotions, p. 226.

Le sadisme peut se développer tardivement : le trop fameux sire de Rays fut inspiré à un âge déjà avancé par la lecture de Suétone ; mais plus souvent il coïncide avec une précocité sexuelle anormale.

Krafï't-Ebing a désigné sous le nom de masochisme j du nom du romancier Sacher Masoch qui a mis en scène des individus qui en étaient atteints, une anomalie de l'émotivité consistant dans la recherche de souffrances réelles ou imaginaires, soit pour exciter et faciliter le plaisir sexuel, soit pour constituer un véritable équivalent des excitations sexuelles provoquant l'orgasme. L'acte physiologique peut n'être même pas tenté. Il s'agit d'une sorte d'algophilie sexuelle *; les individus qui sont affectés de cette anomalie ne trouvent de plaisir que dans des pratiques douloureuses ou honteuses, à jouer un rôle passif ^ ; ils se font fouetter, pincer, frapper, piétiner par l'objet de leur passion, lui lèchent les pieds, etc. Hammond ^ rapporte le cas d'un individu ordinairement d'une moralité exemplaire et bon père de famille qui de temps en temps se rendait dans une maison mal famée, se déshabillait jusqu'à la ceinture, gardant son pantalon et ses bottes, et se faisait piétiner la poitrine et la face par trois filles plantureuses, qu'il payait sans leur avoir demandé autre chose. D'autres éprouvent du plaisir à la flagellation ; M"® Lambercier fouettant Rousseau ne tarda pas à s'apercevoir que le « châtiment n'allait pas à son but ». « Être aux pieds d'une maîtresse supérieure » constituait encore pour Rousseau une <( très douce jouissance ».

Les anciens avaient déjà noté l'influence de la douleur dans certaines régions sur la fonction sexuelle et en parti-

(1) Ch. Féré. La pathologie des émotions, 1892, p. 445, 446.

(2) Stefanowsky. Le passivisme (Arch. d'anthrop. criminelle, 1892, p. 294).

(3) W. Hammond. Sexual impotence in the maie, 1883, p. 32.

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culier des applications chaudes et caustiques sur la région lombaire * ; Acton * recommande de ne pas fouetter les enfants sur les fesses pour ne pas les exciter.

Le masochisme se révèle le plus souvent dès les premières manifestations de Tinstinct sexuel. Non seulement il est précoce, mais souvent il paraît spontané et provoqué par des coïncidences. Quelquefois cependant il est acquis et se développe tardivement. Cette algophilie acquise peut s'expliquer par Teffet de l'habitude qui émousse les sensations. Les auteurs du Compendium de médecine citent une prostituée qui éprouvait un vif plaisir quand on lui coupait des végétations de la vulve. Une perversion sensorielle du même ordre se retrouve chez les individus qui cherchent le plaisir sexuel en s'introduisant dans le rectum (masturbation pédérastique) ou dans l'urèthre (pseudonanisme) des corps étrangers' plus ou moins bizarres qui ont souvent exercé la patience des chirurgiens ^. Kraift-Ebing cite un masochiste qui présentait à l'anus une zoae érogène, dont l'irritation avec les doigts suffisait à provoquer l'orgasme.

Le masochisme existe dans les deux sexes. Il est plus fréquent chez la femme dans les formes atténuées. La femme veut être conquise; chez elle, dit Michelet « c'est une sensualité d'amour que d'obéir, que de sentir qu'on est possédée ^> ; « ce que la femme entend par amour, dit Nietzsche est assez clair : complet abandon de corps et d'âme sans égard ni restriction »; les plus grossières aiment non seulement à être dominées mais même à être battues, dit-on. Doit-on considérer chez elles le maso-

(1) Meibomius. De usu flagrorum in re medica et venerea lumhorumque et renum officia, Francfurts, 1C50.

(2) W. Acton. Fonctions et désordres des organes de la générationj trad. 1863, p. 11.

(3) L. Frigerio. Anomalie sessuali, autopederastia e pseudonanismo (Arch. de Psich., vol, XIV. 1893).

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chisme comme une exagération d'une tendance spontanée. Il n'est pas douteux que lorsque l'excitation douloureuse constitue un équivalent, il s'agit d'une anomalie tout aussi négative de la fonction génitale chez la fernrnç que chez l'homme. Le masochisme peut être homosexuel dans les deux sexes, c'est-à-dire coïncider avec Tinversion du sens sexuel. Bien que Krafft-Ebing l'ait considéré comme l'opposé du sadisme, on trouve dans ses observations plusieurs coïncidences des deux anomalies qui se montrent sur des sujets affectés d'autres anomalies de l'instinct sexuel comme le fétichisme et d'autres signes de dégénérescence, de névropathies, et appartenant à des familles morbides.

L'importance du rôle de la douleur physique ou morale est très différente chez les masochistes. Chez les uns la douleur met en éveil l'activité sexuelle dont les derniers actes s'effectuent normalement ; c'est une excitation préparatoire. Chez d'autres la douleur doit continuer son action jusqu'au bout et le partenaire ne joue qu'un rôle effacé et absolument passif. Chez d'autres enfin, elle suffit à elle seule à procurer la satisfaction avec tous ses accompagnements physiques ; le contact d'une personne de l'autre sexe est tout à fait inutile et peut même provoquer une répugnance absolue ; les rapports, sexuels peuvent perdre toute signification et n'inspirer que le dégoût. La représentation mentale de mauvais traitements ou d'une subjection quelconque suffit souvent à provoquer l'éréthisme sexueL Quelques masochistes éprouvent une grande déception quand ils subissent en réalité les mauvais traitements sur lesquels ils fondaient tant d'espérances.

L'excitation provoquée par la flagellation ou toute autre manœuvre douloureuse est souvent indépendante de toute expérience préalable. Les pratiques religieuses de Flagellation, peuvent faire naître l'excitation sexuelle, si elles n'ont pas eu pour but sa recherche.

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L*intensitè des violences capables de produire Téréthisme sexuel est très variable ; le masochiste peut désirer la mort et n'éprouver de jouissance que sous la menace ; d'autres fois il lui faut des blessures d'où le sang coule, il peut se contenter au contraire de manifestations purement symboliques (Krafft-Ebing) ; il lui suffit d'être abandonné nu dans l'obscurité d'une chambre, d'être mis à la porte.

On peut rapprocher du masochisme la tendance à exécuter des actes humiliants systématisés, comme le désir de lécher les bottines de femme , qui se confondent d'autre part avec le féticliisme. Krafft-Ebing considère comme du masochisme larvé la satisfaction que certains individus trouvent dans des actes dégoûtants, lécher des régions couvertes de sueurs, les aisselles, les pieds (Cantarano), se faire souiller d'urine ou de matières fécales (Cantarano, Pelanda) ou à sentir les odeurs des excréments (renifleurs de Tardieu).

Certains individus recherchent les femmes présentant des particularités morphologiques qui peuvent paraître répulsives : on a accusé Beaudelaire d'avoir du goût pour les négresses, les naines et les géantes; d'autres. recherchent des difformités, du rachitisme. La double luxation congénitale de la hanche qui produit un balancement bien caractéristique du tronc pendant la marche peut aussi avoir des effets électifs. On cité des individus qui recherchent les femmes obèses. Lydston rappelle le cas d'un homme qui recherchait des femmes dont un membre inférieur avait été amputé *.

Mais l'idée d'humiliation n'entre guère dans la pathogénie de ces spécialités qui paraissent surtout se développer chez les débauchés comme effet d'une curiosité

(I) G. Frank Lydston. Addresses and essciys, 2* éd. 1892, p. 257.

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spéciale. On n'observe pas chez ces sujets la spécialisation des rêves que Ton observe chez les masochistes comme chez tous les pervertis congénitaux ou précoces et qui reflète exclusivement les idiosyncrasies.

Le félichisme, culte des brimborions (Max Mûller), lient une place importante dans l'évolution des religions ; le fétichisme religieux consiste dans l'adoration d'un objet matériel auquel on attribue un pouvoir mystérieux. L'excitation sexuelle obsédante que certains individus éprouvent à l'occasion d'une qualité physique ou psychique, d'un vêtement ou de tout autre objet d'usage habituel, d'une personne de l'un ou de l'autre sexe, mérite bien la dénomination de fétichisme que lui a donnée M. Binet *.

Tandis que dans l'amour normal tous les éléments de la personne semblent concourir à l'attraction; dans le fétichisme amoureux, c'est une partie seulement et exclusivement qui joue ce rôle. Il n'est pas douteux que chaque individu soit particulièrement sensible à certains caractères spéciaux tant physiques que psychiques, soit attiré par certaines couleurs ou certaines formes du vêtement. C'est le rôle exclusif de ces divers facteurs qui constitue la monstruosité, le caractère de la dissolution de l'instinct sexuel et du sexe, puisqu'il le détourne des fins de la reproduction.

Les caractères physiques qui ont fixé le fétichisme sont des plus variables. Un malade de Bail était obsédé par l'œil ; un jeune homme cité par Binet était attiré par la main ; d'autres ne sont préoccupés que des cheveux. L'odeur, la voix peuvent jouer le même rôle. On a remarqué souvent que les fétichistes sont particulièrement touchés]des grandes dimensions des organes ou des parties

(1) A. Binet. Études de psychologie expérimentale^ 1888. P. Garnier. Les fétichistes pervertis et invertis sexuels, 1896.

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qui les obsèdent : ramant de l'œil, de Bail, admirait les yeux énormes, et en figurait de démesurés ; l'amant de la main de Binet, préférait aussi les mains de grandes dimensions. C'est Toeil, la main, la bouche, l'oreille, la nuque, qui résument l'être aimé, etc.; il peut manquer de toute autre qualité physique ou morale. Le choix est déterminé exclusivement par une partie du corps dont le contact ou la vue, etc., peut déterminer plus facilement la satisfaction sexuelle que les rapports normaux. Tel trouvera sa satisfaction au contact, ou à la sensation en général, des cheveux appartenant à une femme quelconque, cependant des cheveux de femme détachés à la montre d'un coiffeur par exemple, n'ont aucun effet sur lui. De simples particularités physiques ou mentales peuvent affecter une personne de l'autre sexe comme un fétiche qui constitue un symbole individuel ayant nécessairement un effet individuel. L'amour est un instinct secondaire complexe qui présente beaucoup plus de variétés individuelles que tous les autres instincts.

Le fétichisme peut s'adresser non seulement aune partie du corps, ou à des qualités psychiques ; mai« il peut aussi s'attacher à un objet (amour azoophilique) ^ On a cité des amants du costume, costume d'italienne (Binet), de nourrice (Garnier), l'amant du bonnet de nuit, l'amant des clous de bottines, l'amant du tablier bleu, les amants du mouchoir, des gants, des bottes vernies, etc.^. Tantôt l'objet n'a d'effet que s'il est porté par un individu de l'autre sexe, tantôt il agit par lui-même.

Les amants des cheveux et les amants des mouchoirs sont ceux qui se sont acquis le plus de notoriété en

(l) J. Chevalier. L'inversion de Vinstinct secvuel au point de vue médico-lé ff al, 1 885.

(i) G. Petit. Fétichisme de la toilette, perversion sexuelle {V Indépendance médicale, 1898, p. 98). — A. Pichon. Un cas d'obsession fétichiste de la robe (Journ, de méd. de Bordeaux, 20 fév. 1898).

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raison des actea impulsifs auxquels leur perversion donne lieu. lU sont souvent arrêtés comme coupeurs dâ nattes

... jijg voleurs de mouchoirs. On constate souvent

impie possession de l'objet dont ils se sont empait à leur bonheur, quelques-uns se masturbent en implant, mais ils n'en sont pas moins en dehors !s qui conduisent à la reproduction, sont pas seulement les objets qui servent à la des. femmes en eux-mêmes qui peuvent fixer on des fétichistes , c'est aussi leur constitution couleur : tel a une préférence exclusive pour un it de soie, de velours, de fourrures, de plumes ; e pour un objet de couleur rouge ou verte ; tel our des chaussures de cuir verni : Krafft-Ebing en qui était excité par les vêtements de femme ient mouillés mais non s"iU étaient secs. Quelqueest nécessaire que l'objet apppartienne à une ie particulière d'individus. Les fétichistes n'ont rement de pollutions nocturnes qu'à propos de tichistes.

ndance du fétichiste à s'attacher à un caractère ramène à ne tenir aucun compte de la personne isède ce caractère. La présence du fétiche est la m sine quà non de la puissance (KrafTt-Ebing). ! caractère qui t'attire partout oii il le rencontre, lix n'a guère de chance de se lixer sur une seule le ; or cette fixité est une condition de l'amour : c'est la plus favorable à la reproduction. Quelques tes peuvent avoir des rapports sexuels en l'absence objet de prédilection i mais le succès est dû à la nlation qu'ils peuvent s'en faire. C'est cet objet ire dans leurs rêves erotiques. Chez quelques-uns ports sexuels sont passibles en dehors dil fétiche sa représentation , mais alors le but est pénit atteint et l'orgasme est suivi d'une prostration

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inaccoutumée. Les rapports sexuels ne sont pas toujours nécessaires pour amener la satis'faction ; souvent il suffit du contact ou de la vue du fétiche qui ne rappelle aucune personne de l'autre sexe ou du même sexe, mais agit par lui-même.

On admet généralement, avec Binet, que les fétichistes ont eu dans leurs antécédents une circonstance qui s'est associée une fois^ pour toutes à l'excitation sexuelle. On rapporte que Descartes ayant eu dans sa jeunesse une affection pour une femme louche ne put s'empêcher pendant toute sa vie d'avoir un penchant pour celles qui avaient ce défaut. Roubàud cite un homme qui ayant eu ses premiers rapports sexuels avec une femme vêtue et chaussée était impuissant dans toute autre circonstance ; Howe a rapporté un cas analogue *. J'ai observé moi-même un fait du même genre, où on voit que l'association s'est produite sur un terrain préparé par la névropathie ; du reste Krafft-Ebing a fait remarquer que le fétichisme est lié aux psychopathies et souvent combiné à l'inversion du sens sexuel ou à d'autres perversions et à l'hyperesthésie sexuelle.

Observation V. — Emotivité morbide. — Amour des femmes 7'ousses. — M. B..., diabétique, âgé de 60 ans, est un névropathe héréditaire; il offre plusieurs anomalies anatomiques, et a été migraineux pendant trente ans. Il présente une particularité qui consiste en ce que chaque fois qu'il rencontre dans la rue ou ailleurs une femme rousse, il cherche à s'en rapprocher, la suit et pousse Taventure jusqu'au bout, si les circonstances s'y prêtent; que la femme soit jeune ou vieille, belle ou affreuse, élégante ou repoussante de malpropreté, peu ''' importe. Il lui est arrivé souvent de se livrer à ces poursuites,

its qu'il juge à leur valeur, même au voisinage de sa demeure ; le rencontrant sa propre femme, il trouve un subterfuge pour

(1) J.-W. Howe. Excessive venenj, masturbation and continence^ N.-Y., 1884, p. 80. .

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continuer l'expédition. L'impulsion se produit même lorsque l'objet est à une distance considérable ; il est difficile de croire que l'odeur contribue à sa détermination. M. B... a parfaitement conscience de l'inconvenance de ses démarches : il a eu d'ailleurs plusieurs fois l'occasion d'en supporter les conséquences matérielles et morales ; mais il lui est impossible de résider, aussi bien depuis que les fonctions génitales sont affaiblies par l'âge et la maladie que lorsqu'il était plein de vigueur. C'est une femme rousse qui aura ses dernières caresses. M. B... explique son émotivité spéciale par cette circonstance que la première femme qu'il ait aimée et possédée à l'âge de dix-huit ans était rousse *.

L'impossibilité de la satisfaction en dehors de la présence du fétiche entraîne aux tentatives de pollution des régions qui n'ont aucun rapport avec le sexe, au vol et à la pollution d'objets. Les fétichistes sont souvent des collectionneurs : on retrouve chez eux un grand nombre de mouchoirs, de mèches de cheveux et autres objets qu'ils ont achetés et plus souvent volés. J'ai eu dans mon service un individu qui avait un nombre considérable de paquets de « petits cheveux » qu'il avait coupés au pubis ou dans les aisselles de filles qu'il avait poursuivies sans autre but. La contemplation prolongée de ces « petits cheveux » amenait la satisfaction complète. C'était en même temps un fétichiste de la couleur : il suivait les femmes qui portaient des étoffes rouges ou vertes. Magnan ^ a cité un fétichiste de la peau qui ne se satisfaisait qu'en mordant la peau d'une fille, la peau fine des naseaux d'un cheval et qui fut arrêté au moment où il se mutilait lui-même le bras. Il y avait combinaison de fétichisme et de sadisme. Du reste le fétichisme est aussi quelquefois lié au besoin

(1) La pathologie des émotions, p. 443*

(2) Magnan. Héréditaires dégénérés (Arch. de NeuroL, 1892, XXXlil, p. 304).

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de destruction : on cite des fétichistes qui n'avaient de satisfaction qu'à déchirer du linge de femme (Diez). A défaut de leurs fétiches, plusieurs en sont réduits à l'excitation psychique ou aux formes variées d'onanisme.

Parmi les émotivités morbides*, les sentiments excessifs pour les animaux tiennent une place intéressante ; on peut voir d'ailleurs les sentiments inverses se succéder chez la même personne : la zoophilie faisant place à la zoophobie ^. L'amour exagéré des bêtes, n*est pas sans intérêt au point de vue des perversions sexuelles auxquelles on peut le trouver lie.

Les animaux qui vivent habituellement dans la société de rhomme lui inspirent souvent des sentiments qui paraîtraient devoir s'appliquer à son semblable. Ces sentiments sont d'autant plus vifs que l'homme est plus misérable et plus isolé : son compagnon Adèle a partagé avec lui les intempéries, la faim et la soif, il est venu à son secours dans le danger, il ne lui a jamais refusé ses caresses, jamais il n'en a subi un rebut ni un reproche : c'est sûrement son meilleur ami. Dans ces cas on ne peut guère considérer ces sentiments d'affection, même exclusifs, comme une perversion.

La passion de l'homme s'adresse quelquefois, suivant les conditions d'isolement où il est, en raison de leur bizarrerie ou de leur rareté, à des animaux qui ne vivent pas ordinairement dans son intimité et qui ne peuvent lui rendre aucun service : des souris, des tortues, des lièvres, des lézards, des araignées, etc., saint François d'Assise avait plaisir à parler aux hirondelles, saint Bernard tremblait pour un lièvre poursuivi par un chien. Les animaux

(1) Ch. Féré. La pathologie des émotions, 1892, p. 448,

(2) Ch. Féré. Zoophilie et zoophobie (la Belgique médicale, 1897, t. II, n» 47).

peuvent vieillir et devenir répugnants par leurs infirmités sans que les sentiments qu'ils inspirent soient en rien modifiés : saint Philippe de Néri aimait une vieille chatte qu'il soignait avec passion *.

Mais ce sont surtout les animaux qui répondent le mieux à l'affection de l'homme qui lui inspirent les sentiments les plus vifs : on ne saurait s'en étonner. Les passions inspirées à l'homme par les chiens a été connue de tous temps : les poètes grecs et latins nous renseignent sur un grand nombre de faits *.

La mode joue un rôle important dans le développement et dans la spécialisation de ces passions. Les idées religieuses, la croyance à la métempsycose ont dû les favoriser singulièrement, de même que certaines idées philosophiques. Le transformisme a sans doute contribué pour sa part à féclosion d'une nouvelle forme épidémique de l'amour des bêtes qui se manifeste assez souvent en notre temps. Sur le fait qu'aux premières périodes de leur développement embryologique de grandes ressemblances de formes existent entre l'homme et les animaux qui ne sont pas même voisins de lui à l'état adulte, on peut appuyer des arguments à tournure scientifique relativement à leur parenté. L'homme peut à bon droit considérer les animaux comme ses frères et les faire bénéficier du précepte : il faut traiter ceux qui sont au-dessous de vous comme vous voudriez être traité par ceux qui sont audessus de vous. On a institué des hôpitaux d'animaux, dont les installations plus ou moins confortables, ont provoqué les protestations d'humanitaires qui contestent la légitimité de ces générosités tant qu'il existe des hommes manquant d'assistance \

(1) II. Joly. Psychologie des sai?iis, 1897, p. Oi.

(2) Engeraad. La dévotion aux petits chiens dans V antiquité et en France [Revue des Revues^ l»"- sept. 1897).

(3) G. Tyrrell. Zoolatnj [The Month, sept. 1895). — Frances

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Quand l'amour des animaux coïncide avec des sentiments normaux pour l'homme et quand il ne se manifeste pas avec des caractères d'excentricité bien marqués, on ne peut guère le qualifier de morbide. Il n'en est plus de même quand il se montre exclusif et surtout chez des individus qui n'ont jamais eu à souffrir de leur milieu ou de la société. Quelques individus sont portés invinciblement à aimer un animal, souvent un animal appartenant à une espèce faible ou même dégénérée spontanément ou artificiellement. Son caractère acariâtre, sa malpropreté, ses. infirmités, ses maladies ne constituent pas des obstacles. Il devient la préoccupation exclusive et constante. Le moindre mouvement de l'animal suffit pour attirer l'attention du zoophile qui devient incapable de suivre une conversation, de s'intéresser à rien de ce qui se passe autour de lui ; un mouvement d'oreille ou de queue suffît pour fixer son regard et son esprit. Il n'est pas rare de voir un maniaque de ce genre enlever avec une infinité de précautions son chien pour lui faire traverser là rue à sec, tandis que son jeune enfant suit au hasard, abandonné aux risques. Le caractère exclusif de ces sentiments antihumains n*a pas manqué de frapper l'observation vulgaire qui a relevé qu'en général ceux qui sont entraînés vers les bêtes manquent de sentiments normaux envers leurs semblables et même envers leurs proches. Un proverbe dit : ami des bêtes, ennemi des hommes. Souvent en effet les zoophiles négligent non seulement leurs devoirs sociaux, mais aussi leurs devoirs de famille et même assez souvent leurs devoirs envers eux-mêmes, les soins personnels. Il en est surtout ainsi lorsque la sollicitude s'adresse à un grand nombre d'animaux qu'ils appartiennent ou non à la même espèce. On voit de temps en

Power Cobbe. The ethic of zoophily [The contemporary review, oct. 1895).

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temps de ces déséquilibrés qui consacrent leurs dernières ressources à prodiguer leurs soins à des animaux recueillis au hasard de la rue et souvent repoussants par leurs infirmités, et finir par être réduits à partager leur nourriture et leur abri sordide.

La zoophilie est plus fréquente chez les femmes, mais elle ne leur est pas exclusive. Si elle peut être une manifestation d'un état d'affaiblissement général, un symptôme neurasthénique, elle se développe souvent sous des influences tellement légères qu'elle paraît spontanée et liée à un état constitutionnel héréditaire ou congénijtal. Elle se manifeste souvent dans les premières années de la vie, ou au moment de la puberté comme un grand nombre d'autres formes d'émotivité morbide.

Les zoophiles sont peu prodigues d'explications relatives à leur penchant. Quelques-uns invoquent la supériorité morale des animaux qui ne connaissent pas les intérêts humains ; d'autres invoquent la fraternité et la solidarité universelle des animaux, sans se demander si l'homme n'est pas plus frère de l'homme que des autres animaux. Quelques-uns reconnaissent que leur penchant tient à des conditions individuelles qui excluent toute générosité. L'amour immodéré des animaux peut servir à mettre en lumière un défaut d'adaptabilité au milieu humain. On en trouve la trace chez quelques enfants qui préfèrent les animaux qui supportent leurs tracasseries aux personnes qui leur prodiguent les soins les plus affectueux et les plus dévoués. Les dégénérés qui ne tolèrent que difficilement la résistance à leurs désirs et la discussion qui met facilement en évidence leur infériorité, s'accommodent mieux de la société des bêtes qui tolèrent leurs caprices et ne discutent pas. On peut s'expliquer de la même manière le goût persistant pour les poupées, qui n'est pas rare non plus chez les dégénérées et que l'on voit quelquefois durer toute la vie. Je connais un^

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maniaque raisonnante de 60 ans, qui toute sa vie a vécu dans le monde en faisant le tourment de ceux qui l'ont approchée et qui déclare n'avoir encore de bons moments que ceux qu'elle passe avec une poupée emballée avec sollicitude dans le coin le mieux abrité de sa chambre : elle oublie enfants et petits-enfants.

Les médecins ont bien reconnu qu^en dehors de quelques conditions spéciales de milieu, l'amour exclusif des bêtes est souvent lié à la folie. Campagne ^ a signalé sa fréquence chez les fous raisonnants ; elle n'est pas rare dans les autres catégories de dégénérés. Elle paraît plus fréquente chez les individus qui en raison de défauts physiques ou psychiques sont restés dans le célibat, chez les femmes stériles ; il n'est pas rare non plus chez celles qui plus ou moins volontairement tendent à constituer le troisième sexe ^.

Suivant que la zoophilie s'adresse à un animal en particulier ou à une espèce particulière ou à tous les frères inférieurs, elle entraîne des particularités différentes de la conduite. Ceux qui ne chérissent qu'un individu unique se contentent de mesures de précaution, des soins individuels qui peuvent ne choquer que par leur singularité. Ceux au contraire dont les sentiments s'étendent à toute une espèce ou à l'ensemble de Tanimalité, prennent plus volontiers une attitude d'apôtres préconisant l'assistance, détendant les intérêts des animaux maltraités. C'est dans cette catégorie que se recrutent les anlivivisectionnistes militants dont M. Magnan ^ a biea établi le bilan psy- ^chique.

La zoophilie peut se manifester par l'abstinence systématique d'aliments d'origine animale, par le végétarisme

(1) Campagne. Traité de la manie raisonnante y 1869, p. 100.

(2) Ferrero. Le troisième sexe {Revue des Revues^ 1895, n« I, p. 9).

(3) Magnan. La folie des anlivivisectionnistes [C. R. Soc. de Biol.^ 1884, p. 99).

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qu'il ne faudrait pas considérer d'ailleurs comme lié nécessairement aux émotivités morbides et qui repose sur des bases très physiologiques.

Les animaux ont souvent à souffrir de ces sentiments morbides. L'attention dont ils sont l'objet n'est pas toujours dirigée vers la satisfaction de leurs besoins ou de leurs désirs, mais bien plutôt par la bizarrerie du maître qui apporte souvent des restrictions nuisibles à leur liberté et à leur santé. Le baiser est autant que le rire le propre de l'homme, et les animaux n'en partagent guère le plaisir. En raison des liens étroits, et de la communauté constante de la vie il se produit quelquefois des phénomènes d'induction psychomotrice, de contagion des sentiments par l'imitation des gestes et on peut voir les anomalies de la conduite du maître gagner la bête. On peut citer des cas de phobies communiquées de l'homme à l'animal *.

Si la zoophilie peut conduire aux perversions sexuelles, elle n'a généralement rien à faire avec la sexualité.

La bestialité au contraire est moins une anomalie de l'affectivité qu'une perversion sexuelle. Elle consiste dans la recherche des rapports sexuels avec des bêtes. Cette perversion qui peut être acquise chez les animaux montre bien que l'appétit génésique n'est qu'un des facteurs de la reproduction de l'espèce, il excite l'individu à dépenser son excédent de vitalité même avec des êtres tellement différents que la fécondation est impossible. Il n'est guère douteux que cette perversion sexuelle peut être favorisée par un contact prolongé dans l'isolement.

Mais souvent la tendance se manifeste avant l'âge de l'évolution normale du sexe. On a vu des hommes attirés

(1) Gh. Féré. La folie communiquée de Vhomme aux animaux C. R. Soc. de Biologie, 1893, p. 20i).

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par des oiseaux, oies, canards, poules - ou par des mammifères, jumentSj brebis, chèvres. Les femmes atteintes de cette perversion sont surtout attirées par les chiens. La preuve des rapports anormaux a pu être faite par la constatation de la présence de spermatozoïdes d'une autre espèce qui ont une forme caractéristique (Guillebeau).

(1) P. Mantegazza. L'amour dans Vhumanitéy 1886, p. 124. — Boissier et Lachaud. Peri^ersion sexuelle à forme obsédante [Arch. de Neurologie, 1893, t. XXVI, p. 383).

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