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CHAPITRE X

TROUBLES SOMATIQUES ET PSYCHIQUES ACCOMPAGNANT OU SUIVANT LES RAPPORTS SEXUELS

La fonction sexuelle peut être troublée non seulement dans sa manière de se manifester mais encore par les phénomènes anormaux qui accompagnent ou suivent sa manifestation. L'exercice de la fonction sexuelle doit laisser les autres fonctions intactes. S'il en est autrement c'est que la fonction sexuelle n'est pas normale, et que son activité constitué une cause de danger pour l'individu et pour sa descendance; ie sexe est en voie de dissolution.

Il existe des troubles de ce genre qui peuvent se manifester soit pendant les rapports sexuels soit à leur suite et qui peuvent affecter aussi bien les fonctions des nutritions que les fonctions de relation.

Les anciens avaient saisi une analogie entre le spasme cynique et l'accès d'épilepsie ; amor^ epilepsia brevis est une formule qui a été souvent répétée. Le fait est que l'analogie peut se vérifier par la ressemblance de quelques phénomènes moteurs communs aux deux paroxysmes ^ Des associations sensorielles peuvent rendre l'analogie

(1) Gh. Féré. Contrih. à la physiologie du sphincter de Vanus (C. R, Soc. de Biologie, 1885, p. 437). — Les épiîepsies et les épileptiques, 1890, p. 263. (Paris, F. Alcan.)

âlO l'instinct sexuel

plus frappante. J'ai déjà signalé un épileptique dont l'aura était constituée par des phénomènes d'érythropsie, qui se reproduisaient à chaque rapport sexuel au moment du spasme cynique ^ J'ai observé depuis* un autre épileptique qui présentait des phénomènes du même genre, mais les sensations associées sont des sensations olfactives. Chez le premier malade, les sensations visuelles ne s'étaient associées à l'acte génital qu'après s'être manifestées dans l'aura épileptique, et elles ont disparu avec les attaques épileptiques. Chez le second, les sensations olfactives ont présenté une marche différente et qui n'est pas sans intérêt.

Observation XII. — Epilepsie. — Sensations subjectives de Vodorat pendant lés rapports sexuels et figurant plus tard dans Vaura de l'attaque d'épilepsie, — Il s'agit d'un homme de 34 ans dans la famille duquel on ne découvre pas d'antécédents névropalhiques. Son enfance s'est passée sans aucun trouble convulsif, son développement a été normal, il n'a souffert que d'une rougeole et d'une scarlatine jusqu'à l'âge de 28 ans. Il était marié depuis un an. Sa femme était, accouchée depuis deux mois ; quand il reprit les rapports sexuels, il fut surpris d'éprouver, au moment du paroxysme, la sensation d'une odeur infecte qu'il compare à celle d'un fromage pourri. Il chercha naturellemetit, en dehors de lui, la cause de cette émotion qui se renouvelait à chaque rapprochement. Il s'en était suivi un dégoût profond et une répugnance presque invincible. Il n'avait pas eu de rapports depuis près d'un mois lorsqu'une après midi, à son bureau, il sentit tout à coup l'odeur infecte bien reconnaissable. Cette sensation ne s'accompagnant d'aucune sensation génitale et, en apparence au moins, d'aucun autre symptôme. Il y avait environ six mois que la sensation associée s'était manifestée pour la première fois. A partir de ce moment, qu'il eût des rapports sexuels ou non, les hallucina-

(1) Les épilepsies, p. 284.

(2) Note SU7' des sensations subjectives de Vodorat chez un épileptique (C. R. Soc. de Biol., 1896, p. 1036).

lions olfactives isolées se reproduisaient tous les dix ou douze jours sans cesser de se manifester à titre d'association.

Pendant plus d'un an, les mêmes accidents se reproduisirent sans modification. Un soir, en rentrant d'une course un peu longue, mais qui n'avait pourtant pas provoqué une grande fatigue, la sensation olfactive se produisit tout à coup et s'accompagna bientôt d'une obnubilation delà vue presque aussitôt suivie d'une perte de connaissance. Le malade se mordit la langue, urina dans ses vêtements : des convulsions très violentes ne durèrent que peu de temps, mais elles furent suivies dune période de sommeil bruyant avec état asphyxique, qui se prolongea plus de deux heures. Le malade ne sortit que peu de temps de ce sommeil, fît quelques questions et se rendormit sitôt qu'on l'eut débarrassé de ses vêtements et placé ^ur son lit. Ces attaques se sont renouvelées depuis, avec la même aura, environ toutes les six semaines ou tous les deux mois, en laissant persister les anciens accidents.

Divers traitements bromures, à doses suffisantes, sont restés sans résultat pendant près de trois ans. Sous l'influence de doses quotidiennes et graduellement croissantes, les troubles se sont éloignés et atténuéts. Depuis dix-huit mois que le malade a atteint et dépassé la dose de 12 grammes de bromure de potassium par jour, il ne s'est produit que deux crises convulsives, la dernière remonte à dix mois ; les hallucinations olfactives isolées ont disparu, mais ces hallucinations ne manquent jamais d'accompagner le spasme cynique qui, d'ailleurs, en aucune occasion, ne s'est accompagné de spasme.

Ce fait peut servir à l'étude des rapports si fréquents qui existent feutre l'odorat et le sens génital.

Dans rhîstoire des perversions sexuelles, nous avons distingué un groupe que KrafTt-Ebing * comprend sous le nom de sadisme et caractérisé par Tassociation d'actes de cruauté ou de violences aux plaisirs vénériens. Un grand nombre de ces pervertis ont besoin d'efTusion de sang,

(1) KrafTt-Ebing. Psychopathia sexualis. — Berger. Étude sur la cruauté^ th. Bordeaux, 1894.

ce sont les sanguinaires de Bail ^ ; quelques-uns augmentent leur plaisir en suçant le sang des plaies qu'ils ont faites, ou en dévorant les chairs de leurs victimes, ce sont les vampires. D'autres sont incapables d'éprouver aucun plaisir sexuel s'ils n'imposent un supplice plus ou moins atroce à leur, partenaire, qui peut être de l'un ou de l'autre sexe ou. même d'une autre espèce. Souvent le besoin de cruauté se manifeste en même que les désirs vénériens, auxquels il semble indissolublement lié, et il se traduit par des actes qui précèdent l'explosion génitale; ces actes sont en quelque sorte le prélude nécessaire de l'orgasme. D'autres fois, les actes de cruauté suivent l'acte vénérien; ils constituent un complément de la décharge. Si, en général, c'est l'excitation génitale qui entraîne les impulsions violentes, d'autres fois c'est la vue du sang ou l'exécution d'un acte violent qui provoque les désirs vénériens. Chez quelques malades les actes de brutalité remplissent toute la scène, et le plaisir est réalisé sans que les conditions spécifiques normales se manifestent ; le sadisme coïncide assez souvent avec l'impuissance. Il est remarquable que les diverses manifestations du sadisme sont de beaucoup plus rares chez la femme que chez l'homme ; c'est que dans l'accomplissement de l'acte sexuel, la femme joue à l'état physiologique un rôle passif, tandis l'homme joue un rôle actif, agressif si on peut dire. Dans certaines espèces animales les rapports sexuels ne s'accomplissent jamais sans lutte, et c'est le mâle qui attaque. Quelques actes de violence qui accompagnent l'acte sexuel chez les sujets excitables qui mordent, égralignent et vocifèrent des mots inconnus, comme l'Andalouse de Musset, ne peuvent pas être considérés comme les manifestations de perversions sexuelles. L'impatience du désir constitue un état pénible et pro-

(1) fe. Bail. La folit éroUqûe, 1888;

voque une émotion sthénique secondaire *, une véritable colère, qui se traduit par ses manifestations propres. Que la colère erotique ait pour point de départ une phase pénible du processus, c'est un fait qui n'est pas sans importance au point de vue de l'intelligence de quelques faits de sadisme qui coïncident sinon avec l'impuissance, du moins avec des perversions du mécanisme de la fonction génitale.

Le fait que je vais rapporter est de nature à mettre en lumière le rôle d'une phase pénible de Tacte génital dans la genèse de la colère, mais il mérite surtout l'attention à un autre point de vue ^.

Observation XIII. — Ivresse erotique, — M... a actuellement 34 ans *. On relève dans sa famille l'existence de troubles névropathiques : son père, qui est mort récemment à 65 ans, ne pouvait supporter l'obscurité ; un oncle paternel est mort dans un asile d'aliénés, de même qu'un grand-oncle; son unique frère est agorâphobe. Lui-même a eu des convulsions dans sa première enfance, et vers 17 ans, il a présenté des éblouissements qui, sous la direction de Legrand du SauUe, ont cédé au bromure de potassium. C'est un homme bien constitué en apparence, velu et à l'aspect viril, mais maigre. Il a fait un an de service militaire. Cependant, on remarque une asymétrie faciale très marquée aux dépens du côté droit ; l'iris droit est plus foncé et la corectopie est plus forte de ce côté ; dentition irrégulière, voûte palatine ogivale, exostose médio-palatine. Les organes génitaux ne présentent aucune anomalie. Il n'existe aucun trouble grossier de la sensibilité. En dehors des faits dont il va être question, l'intelligence paraît saine à tous égards, et on ne remarque aucun trouble important de l'émotivité, sauf une certaine crainte des lieux élevés : aux étages supérieurs, l'aspect de la rue suffit à de certains jours pour causer une angoisse intense. M... exerce avec succès des fonctions importantes et obtient un avancement au choix. C'est un

(1) Ch. Féré. La pathologie des émotions^ 1892, p. 350.

(2) Gh. Féré. L'ivresse erotique (Revue de médecine, 1895, p. 553).

homme d'un caractère calme et facile à vivre. L'interrogatoire le plus minutieux ne peut relever aucune perversion instinctive du côté de la fonction génitale. On constate chez lui quelques troubles neurasthéniques, tels que céphalée en casque, vertiges, une certaine indécision, surtout le matin à jeun, etc.

Les fonctions sexuelles paraissent avoir évolué tardivement. Ce n'est que vers 20 ans qu'il a commencé à avoir des sensations sexuelles et des pollutions nocturnes. Il n'avait alors qu'un faible penchant pour les femmes ; il fît quelques tentatives d'onanisme qui le jetèrent dans un état d'agitation extrême, se terminant par une sorte de colère dont l'explosion entraînait la cessation de l'érection. Ce n'est que vers 23 ans qu'il essaya des rapports sexuels. L'entrée dans la maison de tolérance lui avait inspiré un profond dégoût, il resta plutôt par curiosité que pour satisfaire un désir éteint. Ses tentatives furent longtemps vaines, puis il finit par entrer dans un état d'exaltation violente, se mit à chanter, à danser, à gesticuler ; l'activité génitale avait disparu sans éjaculation, il bouscula la femme qui voulait achever son initiation, il la brutalisa, brisa plusieurs objets, puis tomba comme étourdi sur un fauteuil ; il se sentait comme pris de boisson, avait des éructations et des nausées. Il se laissa piteusement expulser après avoir payé les pots cassés. Cet essai malheureux ne fut pas renouvelé pendant deux ans. Il avait assez souvent des érections spontanées, rarement des pollutions nocturnes qui le réveillaient et le laissaient dans un état d'agitation ; et le reste de la nuit il était condamné à l'insomnie. Il résolut de faire une nouvelle tentative dans une maison publique; mais le contact des femmes nues le mit dans un tel état d'exaltation qu'il redouta une nouvelle explosion. Il rentra chez lui, où il resta toute la nuit sans sommeil; le lendemain il était fourbu. Mais il était si humilié par l'idée d'impuissance qu'il voulut tenter un nouvel essai ; le soir il prit le chemin d'une autre maison publique. Cette fois la tentative réussit, mais l'orgasme tardant à venir, il se sentit exaspéré, et il mordit sa partenaire à l'épaule assez violemment pour qu'il en résultât une querelle.

Ces deux épisodes caractérisent l'état morbide qui a persisté . Les tentatives de rapports sexuels qui suivent une période de

continence et de repos aboutissent constamment à un accès d'ivresse qui commence à se manifester peu de temps après que l'érection est devenue complète ; les phénomènes d'exaltation générale, psychique et physique dominent rapidement la scène, l'exaltation sexuelle tombe. En général ils'agit d'une ivresse gaie, hilarante ; mais s'il éprouve une résistance, il devient furieux, brise et frappe. Les nausées manquent rarement; à peu près dans un tiers des cas, l'explosion se termine par un vomissement.

Lorsque au contraire les tentatives ont lieu le lendemain de la scène précédente ou à la suite d'une fatigue, d'une insomnie, les rapports sexuels s'accomplissent naturellement et s'accompagnent de sensations normales; mais le plus souvent, si l'orgasme tarde à se produire, il survient une excitation pénible, qui confine à la rage suivant que la décharge nerveuse tarde plus ou moins. Dans ces actes de fureur, il lui est arrivé plusieurs fois de blesser des femmes qu'il a dû'indemniser. Peu à peu, il s'est étudié à obtenir le degré de fatigue convenable pour rester en mesure de maîtriser son exaltation.

En réalité, il n'avait pas de besoins fréquents; mais il était poursuivi par l'idée du mariage et il voulait arriver à régler en quelque sorte ce qu'il avait dû reconnaître comme une anomalie. Quand il avait décidé une cohabitation, il s'y préparait par une veille volontaire, il restait debout jusqu'à deux ou trois heures du matin ou faisait une marche prolongée dans la soirée et se faisait réveiller à sept heures comme d'ordinaire. Grâce à cette sorte d'entraînement, il était arrivé à n'éprouver que très rarement des accidents, sauf quelques actes de brutalité et qui pouvaient passer pour des bizarreries de tempérament.

Après plus de dix ans d'apprentissage il résolut de se marier. Depuis longtemps, il avait un penchant pour une personne de quelques années moins âgée que lui et qui depuis son enfance vivait dans l'intimité de sa famille et le payait de retour. Le mariage eut lieu. Il comptait sur l'efficacité de ses précautions habituelles. Mais sous Tinfluence sans doute de l'émotion nouvelle qu'il éprouvait, l'excitation provoquée par les premières caresses dégénéra rapidement en une scène d'ivreàse qui se ter-

mina plus vite que d'ordinaire par l'évacuation gastrique suivie d'une période de plusieurs heures d'étonnement. A la sortie de cet état, une nouvelle tentative fut couronnée de succès : à part quelques vociférations intempestives, tout se serait passé normalement. A partir de ce moment les relations conjugales ont donné lieu aux mêmes faits que les rapports sexuels antérieurs, mais les crises d'ivresse étaient beaucoup plus fréquentes et les rapports effectifs étaient beaucoup plus souvent accom-, pagnes d'actes de brutalité que dans les dernières années de l'entraînement. Ces excès étaient suivis de scènes de désespoir, mais l'expression des regrets ne suffisait pas à calmer la jeune femme chez qui la révolte avait fini par succéder à l'étonnemenl. Bien qu'il y eût entre les époux une entente complète à tous les points de vue et une conformité de goûts remarquable, et que l'affection survécût, on convint que la vie en commun était impossible s'il n'y avait pas de remède ù ces accidents.

M... a parfaitement conscience de ses emportements morbides ; mais il n'en éprouve, tant s'en faut, aucune satisfaction; ses actes impulsifs n'ont aucun rapport avec un plaisir de faire souffrir, et il n'en résulte aucun accroissement du plaisir sexuel qui est au contraire obnubilé ; ils n'ont rien à faire avec les manifestations sadiques. Quant aux accès d'ivresse, ils se manifestent au moment le plus inattendu, quand l'excitation génitale est arrivée rapidement à son maximum d'intensité.

Les troubles commencent par une sensation d'étourdissement vague, les représentations sexuelles se sont évanouies en même temps que l'érection; l'excitation spéciale est remplacée par une scène d'hilarité dont la terminaison varie; mais en tout cas cette exaltatation ne complète pas l'excitation sexuelle, elle la supplée.

Bien que le patient ait une hérédité assez chargée, les troubles dont il souffre n'ont pas les caractères formels de la perversion instinctive congénitale. On pourrait en l'absence d'autres phénomènes de dégénérescence soupçonner cette faiblesse irritable d'être liée à un état neurasthénique susceptible d'amélioration sinon de guérison.

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A la suite d'une cure hydrothérapique à l'eau froide et d'une médication tonique où figuraient le fer et l'arsenic et des doses de bromure de potassium (4 gr.) prises chaque soir, en même temps qu'il se produisait un léger embonpoint, l'irritabilité qui aboutissait aux crises d'ivresse s'est rapidement atténuée et a disparu, mais les accès d'exaltation qui accompagnaient l'orgasme trop tardif continuent à se reproduire, bien que moins intenses et plus rares. Mais si le traitement a pu améliorer Tétat de faiblesse irritable et la nutrition en général, il est certain que les anciennes précautions prises par le malade et l'habitude ont joué un rôle important dans le retour à une situation tolérable, puisque le malade avait déjà pu obtenir une condition très analogue avant son mariage. Cependant il renoncerait très difficilement au bromure.

En somme, ce malade qu'on pourrait considérer au premier abord comme atteint d'une perversion de l'instinct sexuel ne présente pas les caractères décrits par les auteurs, et en particulier par Krafft-Ebing, des diverses formes de cette afifection ; jamais on ne trouve la satisfaction liée aux actes de brutalité ou de violence.

Les troubles qu'il présente paraissent plutôt liés à une faiblesse congénitale du système nerveux. Suivant qu'il est en repos ou dans un état de fatigue relatif, l'excitation génitale s'accompagne d'un état d'exaltation générale qui se traduit par une sorte d'ivresse, ou d'un état pénible d'impatience qui provoque des réactions de colère plus ou moins intenses, et qu'on pourrait rapprocher, surtout en raison des éblouissements antérieurs, de l'épilepsie.

Ces derniers phénomènes sont bien connus, ils touchent à la physiologie normale de l'homme, et on les observe assez souvent chez les animaux qui vivent dans l'intimité de l'homme. Le fait actuel ne fait qu'éclairer un point de leur genèse, le rôle d'une phase pénible d'impatience.

Quant aux phénomènes d'ivresse, s'ils n'ont jusqu ici

Féré. — L'Instinct sexuel. 13

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pas fait Tûbjet, à ma connaissance du moins, d'une des-> cription précise : ils ne sont pas de nature à exciter l'étotinement . A Tétat physiologique , l'activité psychique trouve un excitant dans la mise en jeu de Tactivité physique * ; ou, pour mieux dire, ces deux aspects de ractiv.ité sont inséparables. Chez certains individus particulièrement excitables, chez bon nombre de névropathes, les effets généraux et en particulier les effets psychiques de l'activité musculaire s'accentuent au point de constituer un état vraiment pathologique, en tout comparable à ceux de l'ivresse bachique, et qui méritent bien le nom d'ivresse mécanique (Bain) ou d'ivresse de mouvement. Ces faits ne sont pas sans importance au point de vue de la psychologie morbide, car il n'est pas douteux qu'un bon nombre de bouffées délirantes des dégénérés, d'accès de folie dite instantanée, de décharges psychiques des épileptiques et des hystériques, puissent reconnaître pour cause l'excitation provoquée par un violent exercice musculaire. J'ai observé des faits d'ivresse mécanique chez des paralytiques généraux^. Les émotions morales peuvent aussi être le point de départ de phénomènes d'ivresse ^, ou d'accès d'excitation passagère de même ordre que celles qu'on voit se produire à la suite d'activités physiques intenses. Il n'y a pas lieu d'être surpris que la mise en activité de la fonction génitale, qui met en jeu en même temps des activités physiques et des activités psychiques , soit capable de provoquer des phénomènes d'ivresse chez des individus qui souffrent d'une faiblesse irritable du système nerveux.

(1) Sensation et mouvement y 1887. — La pathologie des émotions^ 1892, p. 101.

(2) Note sur Vivresse du mouvement chez les paralytiques généraujc [G. R. Soc. de Biologie, 1892, p. 779).

(3) Gh. Féré. Vivresse émotionnelle [Revue de médecine, 1888, p, 937). — La pathologie des émotions, p. 223.

L'ivresse erotique peut se présenter sous la forme gaie ou hilarante et sous la forme furieuse. Cette dernière forme pourrait donner lieu à des actes de violence capables de rappeler certaines formes du sadisme. Il est vraisemblable qu'autant par sa gravité que par sa nature elle diffère des perversions sexuelles proprement dites, et qu'on peut espérer de bons effets d'un traitement convenable.

Les troubles psychiques qui accompagnent l'acte sexuel ne se manifestent pas seulement par des émotions subjectives ou de l'ivresse, mais aussi par des paroxysmes angoissants, susceptibles d'interrompre la tension locale et ' par conséquent de faire manquer le but, la fécondation *.

Les excitations du sens génital déterminent un état d'éréthisme général du système nerveux qui se traduit par une exaltation de la plupart des activités physiologiques. Cette exaltation dure tant que l'orgasme ne s'est pas produit. Appuyé par une observation de Haller, Debreyne avait déjà relevé que la rétention du sperme est une source de force et de vigueur soit pour le corps, soit pour l'esprit ^, et Mattéi ^ avait affirmé son action tonique chez la femme. Aussi Brown-Séquard n'hésitait pas à conseiller à ceux qui ont à exécuter un important travail physique ou intellectuel, de se mettre dan« un état de vive excitation sexuelle en évitant l'éjaculation *. Les effets immédiats de cette pratique sont incontestables. Ils

- 'r-''.CT

-Ci*

(1) Santarel. Des obsessions inhibitoires et en particulier de Vinldbition génitale, th. Bordeaux, 1898.

(2) Debreyne, Mœchialgie, etc., p. 24, 208.

(3) Mattéi. De la résorption de la liqueur séminale, de son action tonique^ excitante sur l'homme et sur la femme; nombreuses conséquences pour la physiologie et V hygiène, in-8», Paris, 1878.

(i) Brown-Séquard. Seconde note sur les effets produits chez Vhomme par des injections sOus-cutanées d'un liquide retiré des testicules frais de cobaye et de chien {C. R. Soc. de Biologie, 1889,

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coDCordeat avec des faits bien connus : on sait bien le rapport qui existe entre le développement des organes crà,>iir,„r M l'énergie physique et morale; on n'ignore ;e des mutilations génitales, etc. Toutefois la is excitations sans conclusion est loin d'ètra : à la longue la pratique préconisée par ird peut amener l'impuissance comme je l'ai , et à longue échéance des lésions anatomi- ! l'hypertrophie prostatique (Reliquet)-. Le et, les fraudes matrimoniales sont fréquembien chez l'homme que chez la femme, mais cette dernière, la cause déterminante d'une nerveuse qui se traduit par des émotivités ! formes les plus diverses. Le coït réservé id rôle dans la production de la neurasthénie ulier de la neurasthénie sexuelle '; si l'effet Lstant, il ne peut pas être nié.

vite physique et psychique qui accompagne génésique s'accompagne chez un certain limaux d'actes de violence qu'il faut distines de cruauté qui se manifestent dans cer-

:. Quelques i-emarques à propos de la méthode de uard (0. R. Soc. de Biologie, 1893, p. 580).

n. Patkogénie et causes de VkypeHrophie sénile de lu i-ibiine médicale, i890, p. 610).

Du nenosisme aigu et chronique, 1" éd., 1877, p. 3i. unvolhtdndige Beiscldaf (congreisus inlei-ruplua, onaalit) und seine Folgen beim mânnlicken Geicbleckie, ). — Eulenburg. Vebef co'Uas i-eservalua als Vnache tstltenie bel Mânnem (Inlern. Central, f. d. Fhys. ii. I. unrl sexual O'-gane, IS'JÏ, p, 3). — ■ E.-L. Crutchinsidei'utions /■egai-ding coilua among the mari'ied {The lin, 18B6, XVIII, p. 283). —J. -A. de Armand. Coilion body wrecker {ibid., 1897. XIX, p. 90.) — CrutchfielJ. 'pulatioB iletHmenlal lo heallh (ibid.. 1897, XIX,

V, Tschisch. Epilepsie in Folge ton Coilus inlerriipliis falbl., 1897, p. 699). — L. Loewenfeld. Se.vaalleben deii, Wicsbad, 1X99, p. IIS.

taines perversions sexuelles. Ces actes de violence qui précèdent ou accompagnent l'acte caracte'risent souvent une phase d'un état spécial qui mérite le nom d'ivresse erotique. Chez quelques individus la dépression consécutive s'accompagne d'une véritable antipathie sexuelle qui peut être assez intense pour se manifester par des violences.

L'excitation générale qui accompagne l'acte génital peut provoquer un grand nombre de troubles nerveux.

Le coït peut provoquer l'épilepsie : Sauvages cite une personne chez laquelle il était constamment suivi d'un accès; Zimmermann a connu un jeune homme qui avait un accès chaque fois qu'il s'était livré à l'onanisme ^ KrafiTt-Ebing cite un fétichiste qui avait des accès d'épilepsie à propos d'onanisme et en touchant les bottines des femmes au service desquelles il était. Ilammond parle d'un inverti qui avait un accès pendant l'acte pédérastique ; Mauriac cite un chien qui était atteint d'épilepsie chaque fois qu'il s'accouplait 2, Guersant, un nourrisson qui était pris de crises convulsives, chaque fois que sa mère, très impressionnable, lui donnait le sein après s'être livrée au plaisir conjugal. Du reste chez quelques individus, certains phénomènes sensoriels, érythropsie, vision colorée, sensations subjectives de l'odorat, se manifestent à la fois dans l'attaque épileptique et dans l'acte vénérien, et certains phénomènes moteurs sont communs aux deux formes d'orages. Quelquefois les manifestations épileptiques et les excès vénériens marchent de pair, les premières commencent et disparaissent avec les seconds ^.

(1) Esquirol. Maladies mentales, t. I, p. 301.

(2) Ch. Mauriac. Onanisme et excès vénériens {Dict. de méd. et de chir. pratiques, 1877, t. XXI V, p. 528).

(3) Morel. Traité des maladies mentales, 1860, p. 176. — Ch. Féré. Excès vénériens et épilepsie (C. R. Soc. de Biologie 1897, p. 331).

222 L'iUiSTINGT SEXUEL

;, D'autres névroses peuvent encore être provoquées par

i les rapports sexuels : la migraine, l'angine de poitrine,

I Tasthme (Salter) * qui afTectent quelquefois un type mens-

truel-, l'hystérie (Rosenthal, Grasset^).

': La folie peut être la conséquence des premiers rappro-

' chements sexuels (post-connubial insanity des Anglais),

surtout chez les jeunes femmes prédisposées *.

L'éréthisme général qui accompagne les excitations peut déterminer un certain nombre d'accidents liés aux conditions physiques du complexus. Pendant la phase j tonique il peut se produire des troubles moteurs liés à

l'exagération de la tension musculaire et qui peuvent se manifester non seulement dans le domaine des muscles de la vie de relation, mais aussi dans celui des muscles de la vie organique : tremblement local ou général, crampes, grincements de dents, toux, éternuement, borborygmes, éructations, émissions de gaz intestinaux, constriction pharyngée, etc. Brantôme avait ouï parler d'une grande dame « que quand on lui faisait cela elle se compissaità bon escient». Mac Gillicuddy cite une femme qui vidait sa vessie chaque fois que son mari l'approchait ^ Farez^ a observé un trouble analogue chez une hystérique qui présentait en même temps un trouble émotionnel de la miction caractérisé par l'impossibilité

(1) J.-Y. Sympson. Clinical lectures on diseuses of women, 1872, , p. 618.

(2) Salter. On asthma, 1868, p. 26. - J. Scheinmann. Zur Dinr/-' nose and Thérapie der nasalen Heflex neurosen (Berliner KUn. Wochens., 1889, p. 420;.

(3) Petit. De Vhystérie chez V homme, th. 187o.

(4)- T. -S. Clouston. Clinical lectures on mental diseases, 2" éd.. 1887, p. 615. — G. -H. Savage. Insanity and allied neuroses,^^ éd., 1886, p. 363.

(5) Mac Gillicuddy. Functional disorders of the nervous system in ' women, 1896, p. 110.

(6) P. Farez. Un cas singulier d'incontinence ur inaire spasmodi que pendant le cdit [L'indépendance médicale, 1899, p. 244).

kA^.

2i24 l'instinct sexuel

sueur profuse se produit sous forme de crises brusques qui interrompent Téréthisme vénérien. Vickery cite les excès sexuels comme cause de diarrhée*.

La suractivité ne survit guère aux paroxysmes : si quelques individus sont capables de l'utiliser, ils sont exceptionnels ^ ; et en général les hommes adonnés aux travaux de Tesprit plus encore que ceux qui doivent utiliser leurs bras peuvent s'en rapporter à l'opinion du pythagoricien Clinias, dont parle Plutarque dans les Symposiaques^ qui, lorsqu'on lui demandait quel était le temps le plus favorable pour se rapprocher de sa femme, répondit : (c Lorsqu'on veut se nuire. » En général lorsque l'excitation génitale a dépassé son acmé, on voit se produire une dépression physique et morale : Pbst coitum animal triste, nisi gallus qui cantat. Cette dépression, ce collapsus', comme dit Robin, passagère dans les conditions physiologiques, devient continue à la suite d'excès répétés.

Les anciens auteurs signalaient le danger du coït pendant le travail de la digestion; chez certains individus le coït après le repas provoque un épuisement des activités gastriques et tous les phénomènes de l'indigestion. Chez divers mammifères on observe une inappétence qui dure des jours et même des semaines*; Double^ attribuait encore à Ja pratique exagérée ou intempestive de cet acte les accidents pernicieux des plaies et les complications des fièvres.

(1) Vickery. Sexual excess, a cause of diarrhea (Boston med. and surg.journ., 1890, CXXII, p. 287).

(2) Feuchtersleben. The 'principles of médical psychology, éd. Lloyd, 1857, p. 181.

(3) Gh. Robin. Art. Fécondation {Dict. encycl. des se. méd., 4" sér., t. 1, 1877, p. 326).

(4) Ch. Robin. Loc, ci7.,p. 329.

(5) Double. Séméiologie générale, 1817, t. Il, p. 313-314.

L'orgasme génital est suivi d'une diminution brusque de la tension artérielle qui peut aniener la syncope et la mort subite. Le refroidissement périphérique qui se manifeste souvent à la langue et aux lèvres peut aller jusqu'à la production du doigt mort. On peut observer encore d'autres troubles de la circulation qui se traduisent par la polyurie, par la congestion pulmonaire avec ou sans hémoptysie.

Hutchinson * cite un malade qui, à la suite du coït^ éprouvait une sensation effroyablement douloureuse derrière la tète, se sentait menacé de mort, et restait quelques minutes inconscient. Un autre éprouvait une sensation analogue dans les reins ^. Ces phénomènes douloureux qui diffèrent par l'intensité, sont signalés par plusieurs neurasthéniques qui se plaignent aussi de l'apparition du casque, de la rachîalgie. Chez les hystériques, qui sont aussi plus sujets à l'exagération de la dépression consécutive à la décharge, on peut relever l'amblyopie capable d'aller jusqu'à la cécité complète, l'obtusion ou l'abolition passagère de l'ouïe, l'anesthésie cutanée. C'est surtout chez ces deux catégories de sujets aussi qu'on observe le sommeil invincible, stuporeux, narcoleptique ^. Une hystérique, qui ne peut que rarement arriver à l'orgasme parce que l'éréthisme provoque presque toujours des hallucinations visuelles ordinairement terrifiantes, tombe constamment alors dans un sommeil comateux, dont elle ne sort qu'au bout de plusieurs heures avec amnésie rétroactive comprenant plusieurs heures avant l'acte. Le même sommeil comateux peut s'observer encore chez les paralytiques généraux dans la période de préparation, chez les diabétiques.

(1) J. Hutchinson. Arch. of Surgery, vol. V, p. 262.

(2) J.-H. Robertson. The Lancei, 1832, t. 1, p. 527.

(3) Gh. Féré. Le sommeil 'paroxystique [Là Semaine médicale^ 1893, p. 465).

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226 l'instlnct ï^ex^ël

La sensibilité peut être affectée d'ailleurs en dehors de l'hystérie. Plusieurs neurasthéniques signalent une obtusion générale des sens, principalement de l'ouïe et de la vue ; mais on peut observer une véritable amaUrose qui se fait remarquer par la brusquerie de son début et sa courte durée *.

Ces effets du coït chez les individus dont le sysitème nerveux est déprimé méritent d'être rapprochés de ceux qu'on observe chez un certain nombre d'insectes. On pensait autrefois que si l'abeille meurt pendant la copulation, c'était que la reine la tuait par ses coups. En réa* lité elle meurt d'épuisement provoqué par l'éréthisme ; et elle meurt aussi bien lorsqu'on provoque l'érection artificiellement par un contact approprié sur les ailes ou sur le dos. La mort subite ou rapide qui se produit chez plusieurs insectes après l'oviparturition paraît aussi due au choc, à l'épuisement. Le hanneton mâle est aussi dans une torpeur profonde après la copulation, et cette torpeur en fait une victime facile pour d'autres mâles.

Aux phénomènes d'épuisement physique correspondent des phénomènes d'obnubilation intellectuelle qui peuvent présenter une systématisation remarquable : un neurasthénique perd pour un temps la mémoire des formes des organes génitaux de l'autre sexe, et le toucher est incapable de la réveiller.

Parmi les éléments les plus intéressants de cet épuise* ment, il en est un qui mérite une place particulièrement distinguée et que nous avons laissé de côté pour lui prêter une attention plus spéciale.

J'ai déjà relevé que, chez des hystériques, on a pu noter à la suite de la copulation un relàchernent des muscles qui peut aller jusqu'à là paralysie et atteindre les muscles

(1) J. Hutchinson. Post-marital amhlyopia [Arch. of Surgery^ 189:i, IV, p. 200).

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de la vie de relation sous forme d'hémiplégies et de paraplégies, ou le8 muscles de la vie organique sous forme de météorisme plus ou moins persistant*, de relâchement des sphincters. Hammond cite deux femmes atteintes de paralysie des membres inférieurs à la suite de rapports multiples pendant une même nuit.

Ces phénomènes, plus fréquents chez les hystériques, ne leur appartiennent pas exclusivement.

Un certain nombre de neurasthéniques, après les rapprochements sexuels , éprouvent des modifications du timbre et une diminution d'amplitude de la voix, du nasonnement, indiquant une modification de la tonicité musculaire du voile du palais, du pharynx et du larynx. A la suite d'excès, ces manifestations peuvent se produire chez des individus parfaitement normaux d'ailleurs. Mais on peut voir survenir dans les mêmes circonstances des troubles paralytiques plus graves, sans parler de ceux qui sont liés h des maladies chroniques du système nerveux, de Tataxie locomotrice, des myélites, dans l'étiologie desquelles on voit souvent combinées à Tinfluence du coït, celles de l'alcoolisme, de la syphilis, des traumatismes, etc. Au point de vue des lésions médullaires, on a surtout incriminé le coït debout*.

Chez les hystériques ces paralysies post-paroxystiques ne font que mettre en évidence une impotence habituelle qu'elles exagèrent. Ce que font les rapports sexuels, la fatigue, une émotion morale vive, une intoxication peuvent le reproduire. Les sujets qui se plaignent d'engourdissement, de parésie, à la suite des rapports sexuels, avaient éprouvé en général ces mêmes symptômes dans d'autres circonstances, avec la même localisation des

(1) Ch. Féré. fM pathologie des émotions, 1892, p. 100.

(2) Bourbon. De Vinfluence du coït et de Vonanisme dans la station sur la production des paralysies^ th. 1859. — Marius Carre* Nouv, recherches sur Vataxie locomotrice, 1865, p. 257.

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troubles; c'est-à-dire que l'acte sexuel, ne faisait que mettre en évidence une prédisposition bien établie. C'est du reste ce qu'on observe aussi dans les paralysies émotionnelles.

Cette prédisposition générale et locale se retrouve chez d'autres sujets capables de présenter les mêmes troubles dans les mêmes circonstances.

Observation XIV. — EpilepsiCy hémiplégie transitoire consécutive aux accès; — hémiplégie transitoire consécutive aux rapports sexuels *. — M... avait 20 ans quand il est entré dans mon service pour la première fois en 1887.

Son père est mort à 75 ans d'une affection des voies urinaires ; il avait eu trois fils d'un premier lit actuellement encore bien portants ; d'un second lit il avait eu trois enfants dont un est mort du croup, et une autre fille est mariée et se porte bien, et notre malade, qui est né quand son père avait 60 ans. La mère est morte du diabète à 68 ans. Elle racontait qu'elle avait été effrayée par un fou qui avait fait irruption dans sa boutique pendant qu'elle était grosse de son dernier enfant.

M... cependant est né à terme, bien conformé, s'est développé normalement jusqu'à 6 ans, époque à laquelle ses accès auraient débuté. Ils étaient d'abord nocturnes, annoncés par un tremblement du membre supérieur gauche qui réveillait l'enfant ; il avait le temps d'appeler; ses accès étaient constamment accompagnés de miction involontaire. Ils n'étaient pas alors suivis de paralysie. Au bout de quatre ans les accès qui se renouvelaient tous les deux ou trois mois se sont suspendus pour dix-huit mois ou deux ans. Ils ont reparu à 12 ans, se manifestant alors aussi bien le jour que la nuit. L'attaque était annoncée par une sensation de bourdonnement dans l'oreille gauche, par un tremblement dans le membre inférieur gauche et dans la face du même côté. Quand le membre inférieur commençait à trembler, l'enfant perdait connaissance. Son

(1) Ch. Féré. Conirib. à la pathologie des rapports sexuels, paralysies post-paroxystiques {Revue de médecine, 1897, p. 620).

frère raconte que quelquefois il se levait brusquement d'un air égaré et tombait à la renverse en poussant un cri. Il était uniformément raide, puis surgissaient des convulsions qui le laissaient dans un état de torpeur profonde, existant d'ailleurs après les aqcès précédés de prodromes. Il est en outre sujet à des vertiges qui se sont manifestés à partir de la prise de 12 ans.

Il ne présente aucun stigmate hystérique, aucun trouble latéral de la sensibilité cutanée, ni de la sensibilité spéciale. L'acuité auditive est diminuée également des deux côtés. Il existe une légère parésie faciale du côté gauche et le dynamomètre donne 34 à la main gauche au lieu de 49 à la droite. Le réflexe patellaire est plus fort à gauche ; mais il n'y a pas de diminution appréciable du volume des membres de ce côté. Nystagmus latéral, augmentant à la suite des accès ; iris gauche plus foncé et pupille plus étroite de ce côté, mais aussi mobile que l'autre. Yitiligo de la verge.

Pendant la première année que le malade a passée à Bicêtre, il avait trois ou quatre accès par mois, quelquefois cinq (49 en douze mois), les vertiges étaient un peu plus fréquents. Les révulsifs appliqués sur le côté droit de la tête n'ont amené aucune modification des accès, qui alors n'étaient pas suivis des troubles apparents de la motilité.

Soumis à la bromuration progressive, ses accès ont diminué de nombre, les vertiges ont disparu. Mais à mesure que les accès s'éloignaient, ils devenaient plus intenses, et ils étaient suivis de paralysies transitoires du côté gauche. Ces paralysies qui ne s'accompagnaient d'aucune modification grossière de la sensibilité duraient d'une heure à vingt-quatre heures après le réveil de l'attaque. Quand l'attaque était survenue dans la soirée, la paralysie pouvait persister après le sommeil naturel de la nuit. La paralysie était tout à fait flasque; les mouvements commençaient à revenir dans le pied ; dans la main ils restaient souvent maladroits plusieurs heures après que le malade avait repris son activité. Les réflexes tendineux restaient quelquefois exagérés pendant plusieurs jours du côté gauche, de même que le nystagmus. En 1891, le malade n'ayant plus eu que deux accès dans l'année, demanda et obtint sa sortie.'

!230 ' l'instinct sexueî.

Depuis cette époque il continue son traitement bromure ; il a encore de un à quatre accès par an, souvent nocturnes et toujours suivis d'une hémiplégie transitoire.

A plusieurs de ses. visites, il a attiré notre attention sur un phénomène nouveau. Il avait eu avant son entrée des rapports sexuels qui ne s'étaient accompagnés d'aucun trouble. Mais depuis sa sortie chaque acte sexuel est suivi d'une paralysie temporaire qui rappelle en tous points les paralysies qui suivent ses accès d'épilepsie, sauf qu'elles sont un peu moins durables, au moins quand Tacte est accompli dans la position horizontale : elles ne dépassent guère une demi-heure ou trois quarts d'heure. Il lui est arrivé une fois d'avoir un rapport dans la station ; U est resté huit heures sans mouvement dans le côté gauche et n'a pu regagner son domicile qu'au matin.

Les anciens avaient remarqué entre le spasme cynique et Taccès d'épilepsie des analogies qui peuvent se vérifier par l'étude de quelques phénomènes moteurs et sensoriels. Il n'y a guère lieu d'être surpris de voir ces deux genres de paroxysmes suivis de phénomènes analogues et ces phénomènes présenter la même localisation, dans les parties les plus faibles.

Observation XV. — Retard de la marche. Exhaustibiliiê des membres inférieurs. Neurasthénie. Paraplégie transitoire consécutive aux rapports sexuels. — M. P..., 48 ans, est issu d'une famille de paysans dans laquelle les accidents nerveux étaient inconnus. Son père et sa mère ont succombé à 64 et 68 ans, l'un à une affection pulmonaire, l'autre à un cancer de l'utérus. Il n'a qu'un frère, qui est de deux ans plus âgé et d'une santé vigoureuse; il a trois fils aussi bien portants. P... n'avoue aucun antécédent morbide personnel ; cependant il n'aurait marché que vers deux ans, et pendant toute son enfance il était sujet à faire des chutes, surtout quand il courait; ses camarades disaient : il a les pieds ronds. Etant jeune homme, quand il lui est arrivé de prendre un peu plus de vin que de coutume, c'étaient ses jambes qui payaient, dit-il ; il trébu-

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