‹ L'instinct sexuel: évolution et dissolutionChapitre 17 sur 25 · EJ · texte numérisé non relu

EJ

chait' facilement. Il a toujours été incapable de grandes marches. Cependant il a mené une vie très active, étant presque constamment debout. Il s'est marié à 34 ans; il n'a jamais rien remarqué de spécial dans ses rapports sexuels, il parait du reste avoir toujours été assez réservé à cet égard. Il a deux filles qui ne présentent aucune tare apparente. Il y a trois ans, à la suite de préoccupations, il a commencé à éprouver des troubles neurasthéniques, insomnie, céphalée, courbature matinale, indécision. Puis sont survenus des troubles gastrique!*, inappétence, flatulences, somnolence après le repas. Sous l'influence d'un repos de deux mois en 1895, il s'était à peu près remis; le sommeil était revenu, mais était resté peu réparateur. L'impotence matinale était toujours marquée. Trois semaines après son retour, il fit une perte d'argent importante, mais insuffisante pour changer rien à sa situation ; il en fut affecté outre mesure, il le reconnaît, et les troubles neurasthéniques s'accentuèrent. Aux anciens symptômes s'ajoutèrent des vertiges, des sensations subjectives auriculaires, une sensation d'angoisse à chaque bruit inattendu, une émotivité considérable, des colères inusitées. Il suivit divers traitements où les phosphates, la kola, la coca tinrent les principaux rôles, mais sans aucun bénéfice. Pendant cette période, ses rapports sexuels, qui ne se renouvelaient guère que toutes les trois semaines ou tous les mois, étaient suivis d'un engourdissement des membres inférieurs avec picotement aux extrémités, sensations de froid, et une faiblesse dés jambes telle que la station était impossible ; lorsqu'il essayait de se tirer du lit, ses jambes fléchissaient, et il était obligé d'y renoncer ; au bout d'un quart d'heure ou vingt minutes les sensations subjectives et l'impotence s'atténuaient graduellement. Comme il restait généralement couché d'ailleurs, il n'était pas précisément renseigné sur la durée des troubles, qui le laissaient le lendemain dans l'état ordinaire. Il faisait le possible pour dissimuler cet état et il y réussit pendant plusieurs mois : à la fin de mai 1896, sa femme ayant entendu du bruit voulut le faire lever; sitôt qu'il eut mis les pieds sur le parquet, il s'effondra et fut incapable de se relever. Sa femme dut se faire aider pour le remettre au lit. Il fallut bien avouer que chaque rapport était

suivi de troubles semblables, à l'intensité près. Le lendemain, après sept ou huit heures de sommeil, la marche était redevenue possible. Quand je le vis pour la première fois, deux jours plus tard, il ne restait plus trace de paraplégie, mais les réflexes rotuliens étaient très exagérés et le redressement de la pointe du pied provoquait un légère trépidation épileptoïde. La sensibilité cutanée n'était pas altérée aux membres inférieurs pas plus que sur les autres parties du corps ; les testicules ne sont pas sensibles, ni les régions funiculaires et hypocondriaques. Entre la onzième et la douzième apophyses épineuses, il existe un point douloureux spontanément et à la pression profonde ; la sensibilité cutanée n'est pas affectée à ce niveau. Les sens spéciaux ne présentent qu'une diminution légère d'acuité; mais l'ouïe et la vue sont atteintes d'une dysesthésie bien marquée ; l'éclairage trop intense, mais surtout les bruits déterminent une véritable douleur avec des réflexes exagérés. Il a de l'insomnie, de l'impotence matinale, des vertiges avant les repas, de la céphalée en casque, 4es craquements occipitaux, de l'inappétence, de la flatulence, du météorisme, de l'indécision, un état panophobique bien marqué, et surtout une préoccupation anxieuse relative à l'impuissance et à ses conséquences. Il avait maigri de douze livres depuis la rechute de sa maladie.

Après quatre mois de solitude à une altitude de 1200 mètres dans les Alpes vaudoises, malgré le mauvais temps, M. P... est revenu débarrassé de ces troubles neurasthéniques, et depuis son retour les rapports conjugaux se sont effectués aux mêmes intervalles sans aucun des troubles anciens.

Dans cette observation, nous retrouvons la même localisation des troubles dans les parties désignées par une faiblesse congénitale. Cette localisation élective est propre à illustrer une fois de plus les rapports qui existent entre la malformation et la prédisposition morbide ^

(1) Ch. Féré. La famille névropathiquCy théorie tératologique de V hérédité et de la prédisposition morbides et de la dégénérescence, 1898, 2* éd., p. 208.

Quelquefois chez les névropathes, on observe à la suite des orages sexuels des troubles trophiques des cheveux OU des poils qui tombent ou se dessèchent ou se fendillent comme on le voit à la suite des attaques hystériques ou épileptiques *. Ce ne sont pas d'ailleurs les seuls troubles trophiques observés ; Ferrand note le retard de la cicatrisation des plaies ^.

Les phénomènes d'épuisement ne se bornent pas aux fonctions motrices sensorielles et végétatives; on peut les observer dans le domaine de l'intelligence et du sentiment, comme dans toutes les conditions de fatigue. Après la satisfaction du besoin certains individus éprouvent pour leur partenaire un « sentiment contraire », leur sympathie fait momentanément place à un sentiment qui peut varier du dégoût jusqu'à la haine.

Les troubles somatiques ou psychiques qui accompagnent ou suivent les rapports sexuels rappellent quelquefois des phénomènes qui s'observent à l'état normal chez d'autres organismes ; mais ils n'ont rien à faire avec l'atavisme et constituent des caractères de dissolution, tout comme les anomalies de l'appétit sexuel.

(1) Ch. Féré. Note sur un trouble trophique des cheveux survenant à la suite des attaques chez les hystériques {C R. soc. de Biologie, 1885, p. 594). — La pelade post-épileplique {Nouv. Icon. de la Salpê Mère. 1895. p. 217).

P) Debreyne. La théologie morale y etc., p. 56.

Page 1