‹ L'instinct sexuel: évolution et dissolutionChapitre 21 sur 25 · nv · texte numérisé non relu

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Verga, l'iafluence du célibat qu'il ne faut pas confondre avec la continence*, malgré Tétymologie soutenue par Scaliger (xoiTr, >.ei7ca), je néglige le lit) sur la folie, n'est qu'apparente. Le célibat est plus souvent la conséquence que la cause de l'anomalie; il a moins de part dans les aliénations mentales des célibataires que le mariage dans les aliénations mentales des gens mariés soumis à une multitude de soucis évités aux célibataires. On peut en dire autant des autres plaies attribuées au célibat par Bertillon. Dans la discussion qui eut lieu à la Société de médecine de Lyon, à propos du livre de Dufîeux* qui faisait l'apologie du célibat religieux, ses adversaires n'ont rien trouvé à objecter à la négation des maladies attribuées à la continence. Mantegazza, qui ne se fait pas remarquer parmi les apôtres de la continence, ne lui reconnaît cependant aucun inconvénient ^. Les physiologistes, au contraire, lui ont trouvé des avantages. Harvey et Haller connaissaient ses effets heureux sur la longévité chez les oiseaux, et la physiologie moderne n'est pas en contradiction avec eux sur ce point ^ La continence réalise une réserve de forces. L'économie sexuelle favorise la longévité et les diverses formes de l'activité intellectuelle.

On a souvent cité parmi les génies continents, Newton, Pascal, Leibniz, Kant, Beethoven; la continence n'exclurait pas la valeur guerrière : Scipion l'Africain et Bayard ont été rangés parmi les abstinents. On peut faire toutes les

(1) HçuUard d'Arcy. Le célibat et le mariage étudiés au point de vue de la morale, de lliygiène et du ralentissement dans Vaccroissement de la population (V Abeille médicale , 1867, p. 317, 329, 346, 353).

(2) Perrin, Diday, Devay, Brachet, Bonnet, etc. '(Annales de la Soc. de méd. de Lyon^ 1855, 111, p. 171.

(3) P. Mantegazza. Vhygiène de Vamom\ p. 232.

(4) E. Ray Lankester. On comparative longevity in man and the lower animais^ London, 1870, p. 85. •

réserves sur ces exemples légendaires, mais il n'est pas nécessaire d'appeler en témoignage, à l'exemple deDevay, tous les prêtres catholiques pour pouvoir affirmer que la continence est compatible avec la santé et qu'elle est généralement favorable à l'activité psychique, aussi bien qu'à l'activité physique. Ceux qui accusent la continence de causer tous les maux de la femme ne peuvent pas mieux faire que de préconiser le mariage comme le (c remède universel ' ». Ils font abstraction du sort du mari- médicament qui a intérêt à ne pas ignorer que l'obéissance impulsive aux besoins somatiques est négative des adaptations intellectuelles et morales.

On a reproché à la continence de réduire à leur minimum les désirs vénériens et l'activité des organes sexuels qui pourraient même s'atrophier; Galien rapporte que les chanteurs et les athlètes qui s'abstenaient, avaient les organes génitaux flétris comme des vieillards. Mais on a relevé que cette remarque ne concorde pas avec les faits bien observés. La continence somatique ne peut être nuisible que si elle coïncide avec une excitation psychique. L'impuissance n'est pas le produit die l'abstinence, mais bien souvent de l'abus. Hammond a bien montré que l'impuissance des Majerados du nouveau Mexique, et aussi peut-être celle des Scythes doit être attribuée surtout à l'onanisme ^.

La majorité des impuissants attribuent leur défaut aux excès sexuels et à l'onanisme, et les traités de l'impuissance ne citent guère de cas où la continence soit seule en jeu. Ce n'est même que chez des prédisposés que l'abstinence, coïncidant avec une excitation psychique d'origine

(1) J.-J. Virey. De la femme sous les rapports physiologique , moral et littéraire, 2« éd., 1825, p. 118, 127.

(2) Ilammond. Tke disease of the Scythians [morhus feminar um) and other analogous conditions [Amer. Journ. of neur, and psych.^ 1882, p. 339).

dOo L INSTIMCT SESrEL

sexuelle peut provoquer des élala neurasthéniques et secondairement l'impuissance.

C'est tout à fait sans nécessité qu'on se risque à conseiller une excursion à Cythère pour prévenir l'iinpuiseauce, ou dans tout autre but soi-disant hygiénique. Le conseil qu'on ne donne pas aux flUea ', on n'a aucune raison de le donner aux garçons. Les garçons préfèrent le vice à la réputation d'efféminé, mais ce sont les excès qui amènent l'efféminalion et non l'abstinence. Ceux qui les encouragent à jeter leur gourme, pourraient les avertir au moins des risques qu'ils encoiirrent. Si l'opinion de t'en- | vironnemcnt agissant depuis l'enfance même pendant la période qui précède la mémoire, serl de base à l'idée de devoir, on comprend que l'idée du devoir de la chasteté Boit assez vague. Le livre, le journal, le théâtre, la rue, se coalisent pour exaUer l'indépendance de l'instinct sexuel et provoquer les excès. L'Académie française a le soin d'encourager la vertu en lui distribuant des prix ; un de ses membres se sert de son titre pour attirer un public illusionné à un spectacle négatif de toute vertu ; il fournit un argument aux philosophes qui soutiennent que la moralité générale suit l'évolution de la moralité sexuelle.

L'idée de chasteté ne trouve pas toujours un refuge dans la famille. On pourrait citer des mères qui gardent la chasteté de leurs filles avec un soin jaloux et intéressé, mais n'hésitent pas à déclarer qu'elles ne les donneraient pas à un homme qui ne serait pas dûment « déniaisé u et pourrait courir le risque d'une curiosité malsaine ; il va sans dire que leurs Dis peuvent jeter leur gourme sans contradiction. Cette façon « lin de race n de comprendre la fonction sexuelle peut justifier les religions qui l'ont déclarée impure.

islriitilion par iemariaije

Il fa'est pas nécessaire de s'appuyer sur les religions pour mettre en évidence les mérites moraux de la chasteté en général , et en particulier de la chasteté en dehors du mariage. 11 nous suffit de prendre en considération exclusive la morale utilitaire. La morale, si variable suivant les conditions de la vie sociale n'est autre chose que TutHité dans le milieu : à ce point de vue qu'on accuserait à tort d'égoïsme, on peut affirmer sans hésitation que le défaut de chasteté est immoral.

Personne ne conteste que les excès vénériens soient aussi nuisibles à la santé morale qu'à la santé physique. Le mariage légal et le mariage religieux n'empêchent pas les excès d'avoir leurs effets naturels, et la chasteté s'impose aux gens mariés. On a souvent essayé de poser des règles à la fréquence des rapports conjugaux. Pour Ribbing, la pierre de touche, c'est qu'au jour qui suit leurs embrassements, les époux se trouvent l'un et l'autre frais, dispos et alertes de corps et d'esprit, plus encore s'il est possible qu'après les autres nuits. Ces conditions entraînent une chasteté périodique, et si on n'oublie pas que la famille est le but absolu de l'existence individuelle (Starcke), on comprendra que la grossesse et Tallaitement entraînent la nécessité de la chasteté. Les infractions à la règle comportent des sanctions naturelles.

Quant à l'exercice extra - matrimonial des fonctions sexuelles on ne peut nier que dans les conditions actuelles, il est dangereux; et non seulement c'est un danger individuel, mais c'est un danger social. C'est une notion qui résulte de l'étude scientifique des faits; mais elle préexistait à l'étude scientifique : dans la morale comme dans l'art, la pratique devance la théorie. Hésiode recommandait la chasteté et condamnait les relations des sexes en dehors du mariage.

L'onanisme constitue un danger, même en admettant que son usage modéré ne soit pas plus nuisible que le

coït pratiqué dans les conditions les plus compatibles avec l'hygiène, il reste dangereux parce qu'en raison de la facilité de son exécution l'usage devient facilement abus. On reconnaîtra bien qu'tt Qst peu- fait pour élever les sentiments, et que Tintempérance sous\ette forme est particulièrement propre à montrer l'incapacité de lutter contre l'instinct et la faiblesse du caractère qu'elle tend à déprimer encore.

Chaque médecin sait que le^ rapports sexuels extramatrimoniaux sont les causes les plus fertiles des maux privés et des maux sociaux.

La prostitution féminine peut avoir sa cause dans la misère organique, dans la misère physiologique ou dans la misère morale. Certains groupes de prostituées sont plus anormales que les. groupes de criminelles qui leur sont comparées. Cependant, en raison de son rôle aggressif dans l'amour, c'est l'homme qui séduit. Tant que le séducteur n'a aucune responsabilité, on n'a aucune chance de diminuer les inconvénients de la séduction. Après l'abandon, la fille séduite est disqualifiée au point de vue matrimonial; il est plus difficile de s'arrêter sur le chemin où elle s'est engagée que de n'y pas entrer : c'est la promiscuité qui l'attend. Or, la promiscuité ne peut s'exercer qn'aux dépens de la femme. Mais les risques de la promiscuité et de la prostitution ne sont pas les seuls que courre la femme séduite. Si elle devient la mère d'un enfant illégitime et abandonné , elle en supportera la charge à mt)ins qu'elle ne le tue avant ou après la naissance. S'il vit, elle sera misérable avec lui et sa santé périclitera un jour autant que sa valeur morale. Ce n'est pas sans raison que Scott conclut que la responsabilité du meurtre n'est pas plus légitime que celle de la procréation. Personne ne doute qu'on n'a pas le droit de se procurer des jouissances capables de provoquer chez ses semblables des peines ou des malheurs. Mais on oublie

ces risques quand l'entourage s'applique à les masquer ou à les traiter comme négligeables. L'égoïsme du débaiîcîfé s'exerce aux dépens des intérêts les plus chers de l'humanité^ Il ne risque pas seulement les intérêts matériels de la mère et de l'enfant, il risque leur santé et leur vie.

Je ne réfuterai pas l'opinion de ceux qui pensent qu'il n'y a pas d'intérêt à prendre à l'enfant illégitime comme si ce n'était pas un enfant *.

La femme est moins coupable que l'homme de la promiscuité : elle en souffre plus; mais tous ses inconvénients ne sont pas épargnés à l'homme. Si la promiscuité est une honte pour la femme, elle ne peut pas être un honneur pour l'homme. Elle obnubile chez lui les sentiments les plus délicats, diminue son respect pour la femme en général, provoque l'excès de désirs, pervertit le goût et le besoin, surtout chez les névropathes et favorise chez eux le développement des perversions. L'habitude des excitations supplémentaires qu'il trouve auprès des filles, des parfums, des vêtements luxueux , favorise une sorte de fétichisme. Les hommes habitués à la promiscuité deviennent incapables d'éprouver le plaisir de la possession exclusive. Une femme dont le mari a l'habitude des excitations multiples de la promiscuité a peu de cha,nces d'obtenir sa fidélité; et il n'a pas moins à souffrir de son incapacité.

Dans la promiscuité, l'homme aussi bien que la femme perd de sa valeur morale et de sa valeur physique et leurs produits sont plus exposés à la maladie et à la mort.

Les risques des rapports sexuels au point de vue de la fécondation ne peuvent être évités sans être compensés par d'autres risques. C'est à tort qu'on a pu croire avec

(I) Lombroso. Le crune^ causes et remèdes, 1899, p. 497.

F. -A. Pouchet^ Raciborsky2, Gourty % que la fécondation n'est possible que pendant les huit ou douze jours qui suivent la menstruation. Les spermatozoïdes qui sont par millions dans le liquide séminal, sont doués de mouvements qui leur permettent de pénétrer dans les voies génitales de la femme, même sans l'intromission de l'organe viril (on en a la preuve par la persistance d'un hymen à peine perforé au moment dç l'accouchement) et peuvent y vivre pendant huit ou dix jours et probablement plus. On peut dire qu'il n'y a pas d'heure propice aux rapports inféconds, et les sacrifices à la porte du temple n'assurent pas la sécurité. C'est dire que les rapports interrompus ne garantissent pas la stérilité; et la dérivation est au moins aussi restrictive de Tinstinct que l'abstinence : elle est beaucoup plus parente de la perversion sexuelle que l'abstinenee et elle est beaucoup plus préjudiciable à la santé. L'usage répété du contrôle qui exige un effort considérable peut provoquer des accidents nerveux divers chez les individus prédisposés et la neurasthénie, même chez des sujets sains. L'habitude «d'épier le mascaret » (Brantôme) et de se rendre maîtres de l'ajournement de l'orgasme, invite à prolonger les rapports ou à les diviser en plusieurs actes. Ces artifices amènent souvent un retard involontaire des réactions normales et même Timpuissance. D'autres fois ils provoquent une irritabilité habituelle, disgenesia anticipans, de Mantegazza, avec orgasme prématuré anîe portam. Cette irritabilité concorde souvent avec des pollutions nocturnes fréquentes qu'on a accusées de déterminer des

(1) F. -A. Pouchet. Théorie positive de Vovulation aponlanée et de la fécondation^ 1849, p. 274.

(2) Raciborsky. Traité de la menstruation^ 1868.

(3) Courty. De Vœuf et de son développement dans l'espèce humaine, p. 81.

troubles mentaux ^ mais qui prouvent déjà par ellesmêmes un état névropathique. Ce n'est pas seulement l'homme qui pâtit de ces excitations anormales prolongées, interrompues ; la femme qui souffre à la fois du traumatisme et de l'excitation spécifique, s'expose aux affections locales les plus variées et aussi aux troubles névropathiques les plus graves qui peuvent rendre les approches impossibles. Il est arrivé que le vaginisme est venu opposer une barrière infranchissable au temporisateur. Il ne faut pas garder d'illusions sur l'infrangibilité de la baudruche, ni sur l'immobilité des éponges, ni sur la fidélité de rirrigateur. Il va sans dire que le mariage, même religieux, ne met pas à l'abri de la pathologie des réserves sexuelles et des excès auxquels elles conduisent souvent.

En réalité, il n'y a p^s de réserve sexuelle qui ne laisse courir aucun risque, il n'y a pas de moyen préventif assuré de la fécondation ; et quand la fécondation est accomplie, elle n'a plus de remède qui ne soit un crime ; le produit est vivant et viable à partir de la fécondation, le tuer est un meurtre. L'avortement est devenu d'une fréquence extrême dans les démocraties les plus civilisées, où il ne répugne pas aux personnes mariées ^, mais sa fréquence ne l'empêche pas d'être un crime. Ce n'est pas non plus parce qu'elle se généralise que la licence sexuelle est plus justifiable, pas plus pour un sexe que pour l'autre.

La prostitution n'est pas négative de la descendance seulement parce que la fécondation est limitée ou que ses fruits sont détruits avant la maturité ^ ; elle est encore nui-

(1) Lisle. Des pertes séminales involontaires et de leur influence sur la production de la folie [Arch. gén. de méd., 18G0, t. I, p. 257 et 409).

(2) Scott. The sexual instinct^ etc., p. 229.

(3) L. Fiaux. La prétendue stérilité involontaire chez les femmes ayant exercé la prostitution [la Tribune médicale, 1892, p. 17).

sible par les maladies qui sont communes à toutes les formes de promiscuité. Ceux qui vivent dans la promiscuité échappent rarement aux maladies qui non seulement sont repoussantes dans leurs premières manifestations mais, restent dangereuses pour l'homme, pour la femme et pour les enfants pendant une longue période. On peut dire que presque tous ceux qui vivent dans la promiscuité, sont infectés par la blennorrhagie ou par la syphilis ou par les deux.

Il ne peut y avoir dans la promiscuité aucune garantie de sécurité, La police sanitaire est absolument insufftsanle à cet égard. La surveillance des maisons de tolérance est tout à fait illusoire ; elles ne diminuent en rien les chances d'infection * ; les pensionnaires n'ont pas le choix de subir ou non des rapports trop fréquents pour que l'examen médical soit utile. Si l'inspection permet de découvrir des lésions grossières, elle laisse nécessairement passer des éléments d'infection soit blennorrhagique, soit syphilitique. Les moins bien renseignés savent que la syphilis reste longtemps contagieuse, qu'elle pourra se transmettre plus tard à la femme légitime, que la femme la transmettra à l'enfant qui pourra en faire part à sa nourrice. Aucun organe, aucun tissu n'est respecté par la syphilis héréditaire ^ L'influence de la syphilis sur la mortalité des enfants et sur leur morbidi té ne s'arrête pas ù la première génération, elle se perpétue, et on peut dire que c'est un des facteurs les plus actifs de la dégénérescence. Demoor place avec raison la syphilis à côté de l'alcoolisme parmi les grandes causes des anomalies infantiles^. Ce n'est pas sans raison que l'on con-

(1) L. Fiaux. Les maisons de tolérance, leur fermeture, 3« éd. 1 896.

(2) II. Seringe. Le testicule dans la syphilis héréditaire, th. 1899.

(3) J. Demoor. Les enfants anormaux: et la criminolof/ie {Rev. de de ri'niversité de BrudelleSy avril J899;.

(1) Fournier. Le danger social de la syphilis [La médecine moderne^ J899, p. 297).

(2) Souplet. La blennorrhagie^ maladie générale, th. 1893. — Marcel Sée. Le gonocoque, th. 1896.

(3) Ahman. Zur Frage von der gonorrhoisches Allgemeininfeclion [Arch. fur Dermat. u'nd syphiL, 1897, XXXIX, p. 323).

Fkhé. — Lliistinct sexuel. 18

ïï

sidère la syphilis comme un danger social *. Ce danger,

elle le réalise, comme dit Fournier : 1° par les dommages

qu'elle cause à l'individu ; 2° par le dommage collectif

qu'elle inflige à la famille ; 3** par ses conséquences au

point de vue de l'hérédité ; ¥ par la dégénérescence de

l'espèce qu'elle détermine. fc

La blennorrhagie a passé pour une maladie bénigne J

3t locale, mais nous savons aujourd'hui que c'est une

maladie générale ^ dont les manifestations peuvent être

pour l'individu au moins aussi graves que celles de la

syphilis. La blennorrhagie se propage par continuité aux

organes génitaux et aux organes urinaires, aussi bien chez

la femme que chez l'homme. Si chez l'homme l'épidi-

dyme, la vessie, le rein, le péritoine même peuvent être

atteints; chez la femme, la vessie, l'utérus, les trompes, ^

Tovaire, le péritoine peuvent aussi être envahis. Les |

salpingites donnent souvent lieu à des affections doulou- |

reuses et longues qui nécessitent des opérations graves ^

et entraînent la stérilité, sans compter des accidents |:

nerveux et psychopathiques souvent incurables. La plu- ï

part des affections des organes génitaux internes chez la [

femme sont provoquées par le gonocoque. Comme pour !

la syphilis, l'infection ne pénètre pas seulement par les

voies génitales ; la contagion peut se faire par la bouche,

par les fosses nasales, par la muqueuse ano-rectale, par

la conjonctive, par un contact sans aucun rapport avec la

fonction sexuelle. L'infection gonococcique passe dans le >

sang^ et peut envahir tout l'organisme; elle atteint les |

synoviales articulaires et tendineuses, la plèvre, l'en- . j

docarde, les méniages cérébrales et médullaires *, la moelle^ et le cerveau ^; elle né respecte pas les gens mariés *.

Si la gonococcie n'est pas héréditaire, elle peut se transmettre d'une manière précoce; la conjonctivite purulente des nouveau-nés a souvent pour origine les sécrétions vaginales qui se sont exaltées à l'occasion du traumatisme puerpéral ^ Les écoulements vaginaux des enfants sont provoqués par le gonocoque dans une proportion qui varie de 35 à 100 p. 100, suivant les statistiques ®; et ils ne sont pas exempts de complications graves '. Russell n'hésite pas à ranger la gonorrhée auprès de l'alcoolisme, de la tuberculose, de l'épilepsie, de la folie, parmi les maladies qui rendent indignes du mariage ^

La blennorrhagie est souvent latente. La destruction du dernier gonocoque est difficile à obtenir; à la suite de circonstances variées, la maladie récidive sans contagion nouvelle. Elle reste souvent longtemps dans les régions profondes de l'urètre de l'homme, et non seule-

(1) H.Duval. Contrih. à l'étude des complications méningo-médallaires de la blennorrhagie^ th. 1899.

(2) Spillmann et Kaushalter. Contrih. à Vét. des manifestations spinales au cours de la blennorrhagie {Rev. de méd.^ 1891, p. 651). — C. Miliaa. Forme myélopathique du blenno-rhumatisme [la Presse médicale, 1899, n» 31, p. 201).

(3) Silvio Venturi. Folie blennorrhagique et pyophrénies (Aîin. méd. psych., 1895, 8*" série, t. II, p. 196).

(4) G. Van Schaiek. The frequency of gonorrhœa in married women {New-York med. jour., 1897, II, p. 598).

(5) A.-H. Burr. Gonorrhea us a factor in puerpéral fever {Th. journ. of amer. med. ass., 1898, XXXI, p. 533).

(6) L. Bouvy. Consid. bactériologiques cliniques et thérapeutiques sur la blennorrhée vulvo-vaginale des enfants, th. 1899, p. 22.

(7) M. Rousseau. La péritonite blennorrhagique chez les petites fdles, th. Bordeaux, 1899.

(8) Russell. A plea for posterity [The Philadelphia med. journ., 1898, II, p. 421),

ment elle continue à être contagieuse pendant de longues années, mais elle provoque souvent par l'irritation» locale des besoins d'une fréquence inusitée. Burr qui propose de subordonner la liberté du mariage à un certificat médical excluant les maladies contagieuses et héréditaires, n'hésite pas à classer la gonorrhée à côté de la syphilis ^

La syphilis et la blennorrhagie ne sont pas les seules maladies contagieuses qui servent de châtiment aux rapports extra-conjugaux; mais il est inutile d'insister sur le chancre mou, les végétations, les affections pédiculaires, etc., qui ne sont que la menue monnaie de la sanction naturelle.

Autant au point de vue de la syphilis qu^au point de vue de la blennorrhagie, Texamen des prostituées est sans effet parce qu'il est nécessairement incomplet et pas assez fréquent. Comme il y a au moins trois ou quatre fois autant d'hommes* que de femmes qui s'exposent aux dangers de la promiscuité sexuelle, et qui ne subissent aucun examen, on ne court aucun risque de limiter la contagion. Mauriac a déjà fait remarquer que si la santé publique est la loi suprême, les exigences de la loi doivent s'appliquer aux deux sexes. En hygiène publique, dit Martineau ^, les intérêts de tout le monde priment les intérêts de chacun, et c'est justice. Pourquoi n'aurionsnous pas de règle contre la contagion syphilitique comme nous en avons contre les autres contagions? Est-ce parce que, en pareil cas, l'individu contaminé ne l'est que par sa propre volonté ? En l'absence de mesures générales, la surveillance est absolument inefficace. L'assurance d'une garantie ne préserve pas des maladies, mais elle augmente le vice. Les maisons de tolérance ne constituent pas une

(1) A. -H. Burr. ^tate régulation of marriage for the prévention of communicable and hereditary diseases (The journ, of amer, med, ass., 1898, XXXI, p. i334).

(2) Martineau. La prostitution clandestine^ p. 11.

316 L.'lNSTmGT SEXUEL

garantie ; il est établi qu'elles ne diminuent pas la fréquence des maladies vénériennes ; mais si elles ne donnent que Tillusion de la sécurité, elles réalisent la certitude d*une satisfaction immédiate ; elles suppriment même le risque de la sélection qui reste à la prostituée libre ; elles laissent la plus complète assurance aux adolescents qui manquent encore des plus élémentaires moyens de conquête et qu'il importerait surtout de ne pas laisser s'engager dans une voie où on ne recule guère et aux gens mariés des deux sexes qui y trouvent un abri à toutes les formes de la débauche. Elles provoquent à la. promiscuité qui n'est pas plus justifiée pour un sexe que pour l'autre, sans en atténuer les dangers ; elles sont encore nuisibles par la provocation à l'alcoolisme qui rend à la prostitution le service qu'il en reçoit en abolissant le self-control et le pouvoir de négation.

La lutte contre les maladies vénériennes est inséparable de la lutte contre la séduction et la corruption. Dans son rapport sur la prophylaxie publique de la syphilis, M. A. Fournier *, après avoir insisté sur les dangers individuels, héréditaires et sociaux de l'infection souvent imméritée (nourrices, etc.), conclut à la répression de la provocation publique. Mais il s'agit dans cette conclusion d'une répression qui ne s'applique qu'à la provocation de la femme. Or c'est la provocation de l'homme qui est à la base de la prostitution. La prostitution féminine résulte de facteurs physiologiques et sociaux très complexes ; l'éducation élève beaucoup de femmes au niveau d'hommes d'une- condition supérieure et les rend impropres à vivre avefc ceux de la leur, mais l'observation montre (Martineau) que la plupart des prostituées ont été séduites par des individus de leur classe. Il y a plus d'hommes que de femmes qui vivent dans la promiscuité ; les hommes

(1) Bull. acad. de médecine, 1887, 2* série, t. XVlI, p. 397.

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ont le plus souvent le rôle agressif; on ne peut pas soutenir qu'ils prennent la plus petite part à la propagation des maladies contagieuses. On ne peut restreindre les maladies contagieuses qu'en restreignant la séduction et la corruption en général. On propose de fonder une ligue contre la syphilis ; elle réussira sans doute à alimenter quelques fonctionnaires, mais elle n'aura aucune action sur la syphilis tant qu'on admettra que l'instinct sexuel ne doit subir aucune contrainte.

La prostitution et la promiscuité sont deux faits connexes. Dans l'état actuel de notre civilisation, l'amour de l'homme ne peut subsister qu'en raison de ce que vaut la femme en plus de ses caractères sexuels. Celle qui se contente de l'union libre prouve qu'il lui suffît- d'être prise pour la satisfaction de l'instinct sexuel; et si même la pudeur ne consiste pas que dans la peur de dégoûter les autres ou de perdre quelque attraction sexuelle, comme le veut Havelock Ellis, elle ne se souciera du choix que tant que ses conditions sociales le lui permettront.

La connexité est telle que Ribbing n'hésite pas à dire que « pour que la prostitution puisse être logiquement qualifiée de délit, il faut que nos lois énoncent liautement que tout rapport sexuel en dehors du mariage est un délit *». Ribbing ajoute d'ailleurs qu'une loi semblable ne peut être proposée en dehors d'une législation appuyée sur des lois religieuses. Elle pourrait s'appuyer sur l'utilité privée et publique, sur l'utilité dans le milieu actuel qui est la morale actuelle. On objectera que les fautes sexuelles ont un caractère tellement privé que l'autorité publique ne peut avoir d'action contre elles qu'aux dépens de la liberté individuelle. A cette objection on peutVépondre que la liberté individuelle n'est pas plus sacrée pour un sexe que pour l'autre, et que si elle ne peut pas être violée chez l'un,

(l) Loc. cit.;ip, 215. . ^

elle doit aussi être respectée chez l'autre ; la conclusion inévitable c'est la suppression des lois et règlements relatifs à la prostitution féminine.

On remarquera que les lois et règlements relatifs aux maladies contagieuses ne peuvent produire leur effet utile sans que la liberté individuelle ait à en souffrir. C'est que l'évolution sociale nécessite le sacrifice des intérêts individuels aux intérêts généraux. En fait de sexualité, l'évolution nous a amené à un respect progressif de la femme, respect qui se montre comme la marque distinctive de la civilisation, et aune fofme d'union permanente, le mariage, qui réalise un lien perpétuel, puisque ses conséquences se perpétuent dans la postérité. Ce fait d'évolution qui paraît condamner d'une manière formelle la promiscuité sexuelle, la séduction en dehors de son but normal et la corruption sous toutes ses formes, ne peut-il pas servir de base à une loi ? On trouve la preuve d'une tendance dans cette direction dans l'élévation de Vage of consent qui s'introduit dans les lois d'un grand nombre d'États d'AméHque et qui a pour effet de prolonger jusqu'à dix-huit ans ou même plus la minorité sexuelle des filles, c'est-à-dire de les protéger plus longtemps contre le risque de délits sexuels. Cependant on ne peut pas admettre que, d'une manière générale, on puisse faire des applications légales dé ce qu'on appelle les lois de l'évolution et qui ne sont pas du tout des lois de la nature, mais des lois déduites par les philosophes, d'une certaine succession de faits passés et ne pouvant pas engager l'avenir; ces lois indiquent justement la spontanéité de l'évolution, dont les lois humaines ont été les effets et non les causes. La croyance que la nature est déterminée et due à une loi nécessaire du progrès oU de l'évolution, est impassible à soutenir par des preuves et tout à fait antiscientifique *.

(1) Brooks. The foundations of zoology, 1899, p. 126.

ÉDUCATlOîSf ET HYGIÈNE SEXUELLES 319

Si la loi connue sous le nom de loi de révoluUon n'est pas une loi naturelle^ si c'est une théorie philosophique qui rend peut-être mieux compte qu'aucune autre de l'état actuel, du présent, mais qui ne peut servir de base à aucune déduction pour l'avenir, les prévisions qui en déroulent sont tout aussi théoriques que la loi.

Si la réglementation de la promiscuité et de la prostitution ne trouve pas actuellement une base solide, on ne comprend guère la possibilité d'une application conciliable non seulement avec les mœurs, mais même avec la justice. La réglementation de la prostitution ne vise actuellement que le sexe qui a été le moins gâté par la partialité des lois et même un groupe restreint de personnes. Cependant elle est souvent l'occasion de méprises qui révoltent l'opinion ajuste titre. On frémit à la pensée des abus que pourrait provoquer l'application d'une loi qui, s'adressant à la totalité de la population, nécessiterait un personnel beaucoup plus nombreux et par conséquent beaucoup plus mal approprié que celui que nous voyons fonctionner. Si laloi, négligeantles maladies contagieuses, ne s'adresse qu'à la provocation, il lui faudra dire où commence la provocation.

On ne peut guère agir avec sécurité que contre la provocation grossière qui saute aux yeux de tous, soit dans la rue, soit dans les lieux publics, soit dans la presse, soit dans la littérature. Si on peut combattre le scandale, on peut plus difficilement combattre la démoralisation. Réduire la publicité c'est déjà restreindre le mauvais exemple. Mais cette réduction, si légitime soit-elle, on ne peut guère l'espérer dans un régime qui a tant de respect pour la liberté individuelle et pour les industries qui agissent le plus sur le suffrage universel. On fait des lois pour restreindre l'alcoolisme, mais on encourage Tintempéranee en l'autorisant à s'exposer au grand jour et même à encombrer les voies publiques; les terrasses des cafés

et les bars roulants des chemins de fer à court trajet n'ont guère de chances de développer le goût de la tempérance. On ne peut guère espérer des mesures plus efficaces pour propager la tempérance sexuelle, surtout dans les pays où on admet que la tolérçmce et la surveillance (c'est-àdire une carte de garantie) de la prostitution sont considérées comme une nécessité corrélative de celle de l'armée permanente.

En réalité, l'hygiène et la moralité sexuelle ne peuvent pas, dans le milieu actuel, être pratiquement réglées par des lois. On ne peut agir que contre la brutalité et la publicité. C'est à la famille et à l'individu qu'il faut s'adresser, en donnant la preuve du danger absolu de la promiscuité sexuelle autant au point de vue social qu'au point de vue individuel, autant au point de vue moral qu'au point de vue physique. Que l'avenir soit aux sobres, on n'en peut guère douter par l'étude impartiale des faits. « L'amélioration des conditions de la vie, dit Tolstoï, l'accord de la réalité et de la conscience se fera non par une réorganisation violente de la société, mais par suite des efforts personnels d'individus isolés *. »

Si la nécessité des actes est commandée par l'hérédité et par les influences du milieu, si le libre arbitre doit être nié au nom de la psychologie scientifique, il n'en résulte pas que la liberté individuelle et la responsabilité soient illégitimes et sa^ns utilité ^. J^a nécessité des actes est un fait d'ordre biologique ; la nécessité de la liberté individuelle et de la responsabilité est une nécessité de la vie sociale. La responsabilité est une nécessité du milieu social capable de modifier la nécessité des actes ; la connaissance des

(!) Ossip-Lourié. La philosophie de Tolstoï, 1899, p. 13G (Paris, F. Alcan).

(2) A. Sutherland. Necessity and responsahilily (The north amer, review., 1899, vol. 168, p. 269).

dangers du délit sexuel qui objectivent la responsabilité, est donc capable d'influer sur la conduite.

Les associations de tempérance qui préconisent l'abstinence, sont inefficaces parce qu'elles remplacent le contrôle individuel par l'appui des associés. L'engagement ou le vœu sont des appuis comme des béquilles ; mais c'est une force d'emprunt qui ne sert aux faibles que pendant un temps. Ce que les associations ne peuvent donner on ne peut guère l'espérer des asiles. C'est sur l'éducation individuelle qu'il faut compter. Mais pour obtenir la persévérance dans l'abstinence sexuelle aussi bien que dans la tempérance des boissons, il ne suffit pas d'en enseigner les avantages physiques et moraux, il faut encore enseigner la direction vers une catégorie de plaisirs exempte des dangers de l'incontinence et de l'intempérance. A côté des exercices physiques *, on a souvent recommandé le travail intellectuel . Grimaux de Caux et Martin Saint-Ange conseillaient les sciences mathématiques comme l'un des moyens les plus efficaces pour calmer l'excitation sexuelle *, et Broussais leur reconnaissait le même pouvoir '\ Mais un moyen si exclusif serait de médiocre ressource. Une éducation tellement diversifiée qu'elle permette de mettre en lumière les aptitudes spéciales de chaque individu et lui fournisse l'occasion de montrer dans son milieu une supériorité si localisée qu'elle soit, tend seule aii but, en réalisant le plaisir d'activité qui seul peut exclure la recherche des excitations malsaines. Mais pour prendre goût aux plaisirs d'activité, il faut être capable de réaliser avec succès une activité déterminée ; c'est justement ce qui est souvent refusé aux débiles qui sont poussés vers

(t) E.-J.-A. Monteilh. UéquiLation, ses effets physiologiques, psychiques et pédagogiques, th. Bordeaux, 1899.

(2) Grimaux de Caux et Martin Saint-Ange. Histoire de la génération de V homme ^ 1836, p. 183.

(3) Broussais. Cours de phrénologie, 1836, p. 183.

les excitants nuisibles. En variant les exercices, on peut arriver à mettr-e en valeur des aptitudes latentes, mais on ne peut pas s'attendre à en créer de toutes pièces*. La constance de l'intérêt dans diverses directions est la fln et le moyen de l'éducation (Herbart). Le moyen le plus sûr de la développer est l'enseignement manuel qui est le plus propre à remédier aux maux qui naissent de l'oisiveté, à développer la volonté et le courage et à s'opposer aux tendances dégénératives, à inspirer la chasteté sans abaisser le niveau intellectuel ^. Si on peut espérer prévenir un grand nombre d'abus sexuels, on ne peut pas compter les faire disparaître, pas plus que la débilité physique et mentale.

Si les soins relatifs à la nutrition et à l'éducation peuvent être de quelque secours c'est dans le premier âge. Pendant la période de développement le système nerveux réagit plus facilement aux influences morbides. Cette période dure d'autant plus longtemps et est d'autant plus dangereuse que le développement est plus défectueux. Les tendances pathologiques héréditaires sont aussi favorisées par la lenteur du développement. Pendant toute la jxériode de la croissance, un être vivant peut être considéré comme le produit de sa nutrition non seulement au point de vue physiologique mais aussi au point de vue morphologique. L'-hygiène de l'enfance est aussi importante au point de vue de la prophylaxie de la dégénérescence que l'hygiène de la procréation. C'est un fait qu'il ne faut pas oublier dans la prévention des anomalies qui nous occupent.

Si la surveillance de l'éveil de l'instinct sexuel est indispensable chez les sujets normaux, elle est encore plus

(1) Ch. Féré. Note sur un cas de toxicomanie variable (Journ. méd. de Bruxelles, 1897, n*» 48).

(2) C.-M. Woodward. Manual training in éducation, 1890, p. 31.

s^a^iSÊÊÊmmÊmÊimiiaSÊ

éd\3GATion et hygiène sexuelles 323

urgwite chez les sujets qui appartiennent à des familles nerveuses, surtout s'il s'y est déjà manifesté des anomalies psychosexuelles. Il ne faut pas prendre du côté plaisant les tendances hétérosexuelles relatives aux jeux et aux vêtements, ni les autres bizarreries qui peuvent se relier à une anomalie du sexe. C'est le plus tôt possible qu'il faut s'opposer au développement de ces tendances pour résister à l'éclosion de l'anomalie qui est d'autant plus grave qu'elle est plus précoce. Les sympathies électives doivent être surveillées avec le plus grand soin. L'entourage doit être l'objet d'une sélection soignée : il suffît souvent d'un mot ou d'un contact pour éveiller une idée qui deviendra fixe et obsédante. L'onanisme est particulièrement dangereux chez les enfants, il s'associe à des représentations relatives à la tendance anormale et ne peut que la fortifier. La connaissance de la valeur de la chasteté doit être introduite dans leur esprit par tous les moyens possibles. Son action n'est pas sans chances de succès.

Un bon nombre d'invertis ou d'anormaux en général n'ont pas de véritables impulsions ; assez souvent ils sont capables de résister à leurs désirs, même sans évoquer les risques de la sanction pénale.

Les exercices physiques et les travaux intellectuels peuvent produire une utile diversion. La fatigue, quel que soit son mode de production, peut réaliser un obstacle invincible. Il existe des moyens assez efficaces pour combattre l'excitabilité sexuelle : l'hydrothérapie, les bains. Les bromures peuvent rendre à cet égard de grands services sans aucun danger. Il faut éviter particulièrement les boissons et les aliments excitants. L'alcool joue un rôle néfaste chez les pervertis sexuels de tout ordre : il diminue leur force de résistance . Aux invertis on a souvent conseillé de recourir aux rapports normaux quelle que Sioit la répugnance qu'elle leur inspire. Il est souvent possible d'influencer les malades dans cette direction. Les

3â4 l'instinct sexuel

habitudes hétérosexuelles chez les invertis, les rapports normaux chez les anormaux en général, constituent en réalité des manifestations de perversion vicieuse, puisqu'elles sont pour ces individus des manifestations contre nature, des excitations sans satisfaction et par conséquent ne remplissant pas un rôle physiologique. Ces excitations répugnantes pour eux déterminent souvent une fatigue plus grande que celles qu'ils préfèrent, si anormales soient-elles, et tendent par conséquent, à augmenter leur répugnance. Le changement imposé d'habitudes chez les anormaux peut modifier leurs tendances par le même mécanisme que les habitudes vicieuses chez des individus considérés comme normaux; mais ces changements, quel qu'en soit le sens, ne peuvent se produire que chez les indécis qui sont à la frontière de l'anomalie.

La suspension par substitution des manifestations de la perversion a été considérée comme un moyen de traitement de la perversion elle-même. Peu à peu l'inverti complètement systématisé peut prendre goût aux rapports qui ne lui inspiraient que de la répugnance et arriver à s'en préoccuper exclusivement, même dans ses rêves. Confucius pensait que l'habitude de gestes et d'attitudes convenables détermine nécessairement des sentiments convenables : le cérémonial qui joue un rôle si important dans la religion, et on peut dire dans la morale des Chinois, est basé sur ce principe. La même observation a été utilisée par les observateurs modernes*, et elle est fort juste si on considère les sujets normaux; s'applique-t-elle aussi aux dégénérés doués d'une émotivité anormale? c'est un fait dont on peut douter, même si on considère les attitudes et les gestes soumis à la volonté ; mais dans le cas actuel, il s'agit d'attitudes qui échappent à la volonté et qui ne se prennent guère au commandement.

(I) Ch. Féré. Sensation et mouvement, 1887, p. i5.

Aussi les applications de ce genre de traitement sont-elles d'une utilité très restreinte.

La suggestion prohibitive pendant le sommeil normal peut donner des résultats intéressants. Plusieurs mères ont à ma connaissance réussi à combattre l'onanisme par ce procédé.

On a appelé l'hypnotisme à la rescousse pour provoquer le changement d'aptitudes; mais, comme doit en convenir M. Bernheim lui-même, tous les malades ne sont pas hypnotisables « si certains peuvent être endormis, la plupart ne peuvent pas l'être* ». Il faut le plus souvent se contenter de la suggestion à l'état de veille et de l'entraînement, qui n'a pas toujours une grande efficacité. Un bien petit nombre des observations que von Schrenk-Notzing a rapportées et sur lesquelles il a donné quelques renseignements complémentaires dans la traduction anglaise de son livre*, sont capables d'entraîner la conviction. L'opinion du malade n'est pas suffisante pour permettre d'affirmer la guérison. Souvent les sujets atteints d'anomalies sexuelles veulent guérir à la manière des morphinomanes : ils aiment mieux se dire guéris que continuer la tentative de guérison. On sait d'ailleurs que les hypnotiques les plus sensibles sont capables de résister aux suggestions en opposition à un sentiment profond».

Toutes les tentatives capables d'aboutir à la répression de la manifestation des perversions sexuelles sont légitimes. J'ai déjà soutenu que la meilleure solution est fournie par la continence, qui seule supprime les dangers

(1) Bernheilîi. Entrainement suf/fjesttf actif ou djpiamogénie psychique confiée les paralysies psychiques ou impotentes fonctionnelles [Reçue de médecine, 1898, p. 36Ô).

(2) A. von Schrenk-Notzing. Therapeutic suggestion in Psychopathia sexualis, trad. Chaddock, 1895.

(3) Ch. Féré. Les hypnotiques hystériques considérées comine sujets d'expérience en médecine mentale (Arch. de Neurologie, 1883, t. VI, p. 133).

FÉRK. — L'Instinct sexuel. 19

326 l'ixstixct sexuel

de la perversion. Mais l'anomal, inverti ou autre, traité par la substitution et étant devenu capable de rapports normaux, guéri en apparence, doitril être considéré comme un sujet sain, apte à la reproduction? C'est un point que laissent de côté les auteurs qui ont publié les cures les plus merveilleuses ; ils ne nous disent point si leurs sujets guéris sont devenus des reproducteurs dignes d'estime. Tout porte à croire qu'il n'en est rien. Les plus grands partisans du rôle prédominant des causes occasionnelles doivent reconnaître qu'elles sont surtout efficaces chez les sujets à tares névropathiques et appartenant à des familles de dégénérés dont ils portent les stigmates somatîques. Cette circonstance suffit à se défier des produits des invertis et les observations que j'ai données précédemment justifient cette défiance.

Le traitement doit se borner à la prévention de l'onanisme et à la répression des tendances anormales. L'idéal auquel il faut tendre dans les anomalies sexuelles dont il vient d'être question, ce n'est pas la réalisation de rapports normaux, c'est la continence.

Si chez les normaux la prescription des rapports illégitimes doit être réprimée, la même nécessité s'impose à plus forte raison chez les anormaux. Pousser les pervertis congénitaux au mariage ou aux rapports extra-conjugaux, c'est agir à la fois contre la loi naturelle de l'instinct, contre la loi morale de l'utilité et contre la loi philosophique de l'évolution.

La reproduction des dégénérés ne peut pas être proscrite d'une manière générale, parce qu'il est certain qu'on trouve dans la descendance des individus classés parmi les dégénérés, des produits utiles à l'évolution. Cette chance justifie la tolérance et l'assistance des dégénérés. Ceux qui présentent des signes de dissolution du sexe se font remarquer parmi les dégénérés par une tendance plus marquée à faillir à la reproduction. Ce n'est pas le rôle du

médecin de lutter par des procédés injustifiables d'ailleurs contre leur tendance naturelle à l'élimination.

Certaines perversions épisodiques se manifestent sous l'influence de conditions physiques déterminées et disparaissent avec ces conditions. Ces perversions sont nettement symptomatiques, et indépendantes d'une anomalie congénitale. Leur évolution naturelle éclaire la voie à suivre dans le traitement des perversions en général : cherchera rétablir les conditions physiologiques. Lorsque les mauvaises tendances ont disparu, soit sous l'influence du traitement physique, soit sous l'influence du traitement moral, si les instincts sexuels normaux reprennent sans provocation leur allure normale, quelles que soient les réserves qu'on puisse faire sur les risques d'une génération défectueuse, il ne reste qu'à laisser aller.

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