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LA DISSOLUTION DE L'INSTINGT SEXUEL

d'une région particulièrement sensible. Ce n'est vraiment qu'à radolescence que l'onanisme se rapproche physiologiquement de Tacte sexuel vrai *. Chez les vieillards on peut voir les mêmes habitudes s'établir indépendamment de l'instinct sexuel, il s'agit souvent d'une sorte d'automatisme. Venturi cite un célèbre philosophe italien, mort il y a peu de temps à un âge avancé, qui se masturbait tranquillement devant des personnes qui lui rendaient visite en continuant à s'entretenir avec elles. On peut voir l'onanisme s'établir à la suite de maladies qui avaient supprimé complètement toute trace d'instinct sexuel. Cet onanisme asexuel peut se fixer comme une autre activité qui devient automatique par l'habitude et amener une véritable impuissance sexuelle pouvait servir de base aux anomalies les plus variées. L'onanisme dans l'idiotie sexuelle est une manifestation de l'arrêt de développement, et dans tous les cas l'onanisme habituel est une marque de la dissolution du sexe. Il aboutit d'ailleurs souvent à l'abolition de l'instinct sexuel et quelquefois même à l'atrophie des organes ^.

La dissolution de l'instinct sexuel, et aussi bien la dissolution du sexe, ne se manifeste pas seulement par des perversions sexuelles qui en somme ne peuvent pas se multiplier indéfiniment puisqu'elles aboutissent àla stérilité, mais aussi parla diminution générale des tendances sexuelles. Cette diminution se traduit par la fréquence croissante de l'efi'émination chez l'homme et de la viraginité chez la femme.

L'efl'émination et la viraginité marquent la tendance à l'efTacement des différences sexuelles. Cet effacement peut

(1) Venturi. Corrélations sexuelles, p. 6.

(2) R.-H. Alnatt. Case of atrpphy of the testicule from excessive masturbation {Th^ ^mc9U 1«42-3, jl, p. §54).

se comprendre comme le résultat d'une modification de la nutrition.

On conçoit aujourd'hui la matière vivante ou protoplasma comme une substance complexe ou instable dont les changements constants ont reçu le nom de métabolisme. Le protoplasma est sans cesse reconstitué par de nouveaux apports de matière nutritive qui subit des changements multiples avant d'atteindre la limite de sa complexité et de son instabilité. Cette synthèse est désignée sous le nom d'anabolisme. Mais le protoplasma vivant d'autre part, subit une transformation continuelle en composés de plus en plus stables constituant des produits de désassimilation. Les processus de désassimilation sont compris sous le nom de catabolisme. Les théoriciens du sexe considèrent la femelle comme l'expression de fanabolisme prépondérant, et au contraire le mâle comme Texpression du catabolisme prépondérant. Nous appelons mâle, dit Rolph, l'organisme le moins nourri et le plus petit, le plus affamé et le plus mobile... Les petites cellules mâles affamées recherchent les cellules femelles grandes et bien nourries dans le but de la conjugaison, but pour lequel la dernière plus grande et mieux nourrie a pour sa part moins d'inclination *. La plus grande variabilité des mâles ^ concorde avec leur catabolisme prépondérant. On peut voir dans l'effémination une tendance à la diminution du catabolisme masculin et dans la viraginité une tendance inverse. La tendance à l'égalisation réalise la négation du sexe ou sa dissolution. L'effémination et la viraginité s'accompagnent de modiflcations physiques d'intensité très variable, quelquefois nulles ou peu s'en faut, quelquefois si marquées que l'illusion peut être complète, comme dans le féminisme et le

(1) Rolph. Biologische Prohlem, Leipzig, 1884.

(2) W.*K. Brooks. The Law of heredity, Baltimore, 1883..

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masculisme ; l'androgynisme et la gynandrie constituent des formes intermédiaires.

Si les tendances anaboliques de TefTémination s'affirment par l'inaction, les tendances cataboliques de la viraginité sont encore mieux mises en évidence par l'activité du mouvement féministe qui est à la fois un symptôme et un facteur de la dissolution du sexe; il objective la tendance au nivellement et l'exagère en dérivant les activités les plus utiles à l'efficacité de l'instinct sexuel, en détournant la femme de son principal rôle social, la maternité *.

L'homme et la femme étant l'un et l'autre, disent les féministes des personnes humaines, doivent avoir les mêmes droits, les mêmes devoirs, les mêmes libertés dans une égalité absolue. L'éducation sera égale et commune pour les garçons et pour les filles ^. On oublie un peu trop qu'il leur manque l'égalité biologique. En réalité, comme disait Kant, l'homme et la femme ne constituent l'être humain complet que réunis ; un sexe complète l'autre. Michelet ne changeait que les termes en disant que « l'homme et la femme sont deux êtres imcomplets et relatifs, n'étant que deux moitiés d'un tout^ »

Les adversaires les plus intéressés du féminisme sont bien obligés de convenir que le sort de la femme n'est pas réglé pour le mieux par les lois humaines*; mais la nécessité du nivellement ne ressort pas de cet aveu. La tendance au nivellement des caractères sexuels secondaires et tertiaires indispensables au fonctionnement des instincts relatifs à la poursuite et à l'attrac-

(1) AnnaLampérière. Le rôle social de la femme, 1898, p. 35 (Paris. F. Alcan).

(2) S. Bebel. La femme dans le passé, le présent et Vavenir, trad. fr.,1891, p. 307.

(3) J. Michelet. La femme, 9« éd., 1872, p. 330.

(4) Aug. Rosier. La question féministe, iTa.à.. de Rochay, 1899.

tion sexuelles, est exagérée par la tendance au nivellement dans l'éducation et dans l'instruction. Mais la réalisalion de cette communauté d'éducation et d'instruction sera heureusement impossible. Si on admettait celte autre proposition, beaucoup mieux justifiée de Bebel : (( La connaissance de la physiologie et de l'anatomie des organes sexuels et de leurs fonctions tant chez l'homme que chez la femme, devrait être tout aussi largement répandue que toute autre partie de la science humaine'», la femme apprendrait qu'elle ne peut lutter contre l'homme qu'en cessant d'être femme ;'elle peut y tendre d'abord en renonçant au rôle de mère. Tout ce qu'on doit demander pour elle, c'est la liberté qui lui permette une évolution naturelle*. Il n'est pas douteux d'ailleurs qu'il existe une tendance à mettre au même rang, l'homme et la femme devant la justice ' et que si les garanties sont encore insuffisantes *, l'égalité se prépare dans les démocraties les plus avancées =.

Cliez les organismes les plus simples, la conjugaison se fait entre des individus de formes semblables qui ne présentent entre eux aucune différence sexuelle. Le dimorphisme n'apparaît que chez les organismes plus complexes. Les différences sexuelles les plus prononcées se montrent dans les types plus élevés et les plus récents". Elles ne se produisent qu'en raison des avantages qu'elles présentent relativement à la reproduction et à l'éducation des jeunes, et elles coïncident nécessairement avec des différences intellectuelles et morales. La tendance au nivel-

. I.ourhet. La femms devant la science conlemporaine, 189G. itarcke. La famille dans les différentes sociélés. 1899, p. 14. Iridel, Les droits de la femme et le mariage, 1895, p. 93. rjce. T/ie américain commonwpollh. 3* éd., 1895, t. Il, p. 737. . Berry Ilayuraft. The rote of sex {\aturnl science, !89j, VIT

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lement de ces différences tant somatiques que psychiques, ne peut donc que trahir une tendance à la dissolution.

La nationalisation des enfants, qui est la conséquence nécessaire de l'égalisation des sexes au point de vue social, et qui, d'ailleurs, ne paraît pas répugner aux apôtres du féminisme, ne paraît pas sur la voie d'une évolution progressive. Substituer l'État à la famille dans la direction de l'éducation, sous prétexte que beaucoup de familles sont incapables, ne constitue pas un perfectionnement. L'uniformité de l'éducation tend au nivellement et à l'arrêt de l'évolution qui est graduelle et pour laquelle il faut des réserves.

La tendance à l'égalisation par des procédés artificiels, légaux, est négative du progrès ; en augmentant les chances du plus grand nombre, elle contraint l'élite de la race à perdre sa force dans la lutte et elle retarde son perfectionnement.

S'il y a un rapport nécessaire entre le bon fonctionnement du cerveau et la santé générale, s'il est tout à fait paradoxal d'affirmer que le penseur est un mauvais animal S il n'est pas moins vrai qu'une culture trop intense applicjuée à des individus insuffisamment préparés par l'évolution, peut avoir des effets désastreux.

La démographie nous montre que la natalité tend à s'abaisser dans les diverses catégories d'individus qui s'élèvent dans la hiérarchie sociale. La culture intellectuelle tend en même temps à diminuer les aptitudes physiques et à multiplier et à exalter les besoins qui aboutissent à des excitations diverses dont les excès ont pour effet de diminuer la vitalité de l'individu et sa valeur reproductive. D'ailleurs, la culture intellectuelle, en dehors de son action dégénérative directe, en développant la

(1) A.. Lalaude. La dissolutmi opposée à révolution dans les sciences physiques et morales, 1899, p. 166 (Paris, F. Aiçan).

prévoyance, tend à limiter la nalalité en inspirant les restrictions. Elle constitue en réalité un agent de dissolution de la race.

Si, considérés individuellement, les dégénérés tendent à choisir le régime qui, en les relevant momentanément, en apparence du moins, tendent à leur élimination, les nations dont la diminution de la natalité trahit une évolution fatale, manifestent les mêmes tendances. L'intérêt d'un peuple qui va disparaître est de s'efforcer de laisser le plus possible de monuments scientifiques, artistiques et littéraires : l'éducation intégrale dont le programme consiste à apprendre tout à tous, parait Je plus propre à atteindre ce but; mais il est aussi le plus propre à précipiter la stérilité de la race.

Les perversions sexuelles bien accentuées qui s'objectivent par des rapports anormaux habituels, caractérisent une tare organique. Même si elle est acquise, la pédérastie trahit en général une constitution anormale chaque fois qu'elle se manifeste dans un milieu où elle est exceptionnelle et condamnée, qu'elle soit liée i la névropathie ou à la délinquance, ou qu'elle paraisse isolée. Dans certaines conditions de milieu, les habitudes pédérastiques ont pu se montrer avec une grande fréquence sans qu'on puisse dire qu'il s'agisse de perversions instinctives. Lorsque, comme chez les Grecs, on fait de tels efforts pour sauver la chasteté de la femme qu'elle devient inaccessible en dehors du mariage ou du gynécée ', lorsqu'en raison des occupations habituelles, la vie commune entre : la femme n'existe pas et lorsque les hommes cesse rapprochés dans les camps et sur la ique ^, la pédérastie peut se développer en

a,rd. La morale avant les philosophes, 2> éd.. 48G3,

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dehors de toute perversion instinctive. Si les anthropologistes ne confondent pas les deux ordres de faits *, il n'en est pas de même des médecins, qui tendent à établir que l'inversion sexuelle a toujours existé, quand en réalité on ne la connaît que depuis un quart de siècle, depuis le travail de Westphal. Il n'y a que l'état de conscience des sujets incriminés qui puisse nous renseigner sur sa réalité, or l'enquête ne peut pas être faite dans l'histoire et elle ne peut même pas être faite chez les contemporains qui ont échappé à la civilisation et sont incapables d'exprimer leurs sentiments d'une façon précise.

Il est certain que dans les conditions de la vie moderne, les agents provocateurs n'agissent que chez des individus qui ne se recommandent guère par leurs qualités physiques ou morales.

Quant aux perversions congénitales, ou innées, ou précoces et à l'inversion sexuelle en particulier, elles constituent, à n'en pas douter, des formes de dissolution du sexe qui, même lorsqu'elles ne coïncident pas avec des troubles psychiques ou nerveux, ou avec des malformations iératologiques ou des anomalies de développement trahissent une tendance à la dégénérescence.

Krafft-Ebing a soutenu que les tendances aux perversions, qu'elles soient congénitales ou acquises, ont quelques chances de s'accentuer dans la descendance. Cette transmission héréditaire montre bien qu'elles sont liées à des conditions somatiques. Rien ne prouve actuellement que les habitudes acquises et se traduisant par une activité automatique, peuvent se transmettre par hérédité; mais des troubles de la nutrition embryonnaire peuvent se manifester non seulement par des malformations tératologiques grossières, mais aussi par des malformations tardives qui entraînent des troubles fonctionnels et des

(1) P. Mantegazza. L'amour dans Vhurrianitéy 1886^ p. 111;

perversions instineUves qui caractérisent les dégénérescences.

Que leur perversion soit congénitale ou acquise, la descendance des pervertis n'est pas souhaitable, et elle Test d'autant moins que la perversion a été plus précoce et plus tenace. Sans doute on peut considérer comme moins exposés à une progéniture défectueuse, ceux qui n'ont conservé que peu de temps des perversions développées sous l'influence de conditions pathologiques ou de conditions temporaires d'environnement, comme on considère comme guéris et non exposés à la transmission héréditaire, des sujets qui ont été atteints de troubles nerveux passagers, comme un accès de chorée, une attaque de convulsions au cours d'une intoxication, etc. ; mais on ne peut pas en dire autant des sujets atteints de perversions instinctives permanentes et devenues constitutionnelles.

Ces réserves sur la valeur reproductrice des pervertis ne peuvent rester sans influence sur les indications du traitement qui leur convient.

Le rétablissement des rapports normaux peut paraître, au premier abord, le but à atteindre ; mais le danger ne réside pas dans l'anomalie des rapports sexuels, il est dans l'avenir de l'espèce qui est menacé par leur descendance. La multiplication des dégénérés constitue une charge sociale croissante qui impose aux sujets normaux un surcroît de travail au moins inutile. Le rôle du médecin n'est pas de favoriser la reproduction des dégénérés, mais, au contraire, d'éviter les conséquences de la dissolution du sexe^ Le rétablissement des rapports normaux a rarement pour effet de donner la satisfaction aux anormaux congénitaux. La nécessité de limiter ou de supprimer la descendance des dégénérés a conduit à proposer des me-

(1) Harry Campbell. An essay on the marriage of the unfil {The Lancet, 1^98. iJ, p.678).

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sures légales contre le mariage des aliénés, des épileptiques (Texas, Massachusetts), des syphilitiques, etc. On tente même de trancher les difQcultés des restrictions au mariage des dégénérés en préconisant la stérilisation chirurgicale * dont on ferait bénéficier les pervertis sexuels *.

N*est-on pas autorisé à chercher à obtenir le même résultat par la suppression des rapports sexuels? Cfette suppression n'est-elle pas plus facile à obtenir que la modification des rapports anormaux d'origine instinctive? On sait quelles angoisses accompagnent souvent les tentatives de changement chez les invertis. Si, comme on le dit, la suggestion peut donner des résultats merveilleux, en ramenant aux rapports normaux les invertis, elle a au moins autant de chances de les convertir à la continence. Il est bon de rappeler d'ailleurs que l'excitation sexuelle que l'on peut combattre par un traitement médicamenteux, par certains agents physiques et surtout par la discipline, est loin d'être constante ; un grand nombre de pervertis sexuels sont plus près de l'impuissance qui est même souvent le point de départ de la perversion.

(1) Hammond. A new substitutè for capital punishmen t. and means for preventing the propagation of criminals {Neiv-York med.Exam., 1891-2, I, p. 190), — E. Stuver. Asexualisation for the limitation awd punishment of crime {Ohio med. joutm., 1895, VI, p. 193). — Flood. Intestinal antisepsis and castration in relation to epilepsy {The journ. of Amer, med. nss., 1896, t. XXVII, p. 69). — The advanlages of the castration i?i the defectives (/6u/.,1897, t. XXIX, p. 833). — Lydson. Asexualisation iti prévention of crime {Med. News, N.-Y., i89C, LXVIII, p. 573). — W.-J. Corbett. Plain speaking about lunacy {The Westminster revieWy 1897, vol. GXLVIII, p. 117). — Alf. Wilmarth. The rights of t/ie public in dealing with the defective classes {The journ. of Amer. med. ass., 1898, XXXI, p. 4276). — J.-Il. Me Cassy. How to limit the over production of defectives and criminals {ibid.,i^. 1343). — Forel, Milnchener medivin. Wochenschifft, 1898, p. 68.

. (2) E. Stuver. Would asexualization of chronic criminals, sexual perverts, and hereditary defectives benefit society and elevate human race'i {Ohio med, journ., 1897, VIII, p. 4.)

Si la discipline sociale s'établit automatiquement pour favoriser les processus d'évolution, en ce qui concerne les anomalies sexuelles, elle doit favoriser l'élimination. L'évolution spontanée des pervertis tend à la stérilité; les meilleures mesures à prendre à leur égard sont celles qui peuvent favoriser cette tendance naturelle. Il faut leur conseiller la continence et réduire autant que possible à l'impuissance ceux qui résistent au conseil.

Si les changements qui se manifestent entre les réactions du nouveau-né et celles de l'adulte, tiennent à des changements de structures, nous pouvons penser aussi que les changements de réaction liés à l'évolution et la civilisation tiennent encore à des changements de structures. L'évolution de la sympathie qui réunit dans les agglomérations croissantes de nos immenses cités les descendants des sauvages qui toléraient à peine une seule compagne pendant la durée d'une gestation suppose une évolution des structures qui rend impérieuses les réactions sympathiques des peuples cultivés relativement aux incompétences pour lesquelles les sauvages et les barbares sont sans pitié.

On est frappé de ne rencontrer chez les sauvages et chez les barbares que de rares infirmes, fous ou idiots. Ce n'est pas qu'il n'en naisse jamais ; mais ils périssent faute de soins si on ne les détruit pas volontairement. La sympathie des peuples civilisés favorise une cause de misère en favorisant la survie et la reproduction d'une grande quantité de dégénérés qui constitue une charge sociale ; elle s'affirme encore par la tendance à l'adoucissement du traitement des criminels.

Cette sympathie se montre aussi relativement aux anomalies sexuelles.

Les conditions qui troublent le développement de l'embryon agissent le plus souvent en produisant des retards généraux ou des arrêts partiels ; l'anomalie paraît

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