‹ L'instinct sexuel: évolution et dissolutionChapitre 7 sur 25 · LA DISSOLUTION DE L INSTINCT SEXUEL · texte numérisé non relu

LA DISSOLUTION DE L INSTINCT SEXUEL

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fonction du retard. En général aussi les embryons partiellement anormaux sont en retard. Toutefois il arrive que dans les mêmes conditions certains embryons non seulement ne sont ni retardés ni anormaux, mais prennent une avance notable par leur évolution et leur volume ; d'autres qui présentent des arrêts de développement partiels présentent un développement général au-dessus de la moyenne. C'est qu'en somme les agents troublants agissent en provoquant une tendance à la variation * qui est souvent minorisante ou dégénérative mais qui peut aussi être majorisante et progressive.

C'est ce qui se passe aussi dans la dissolution de l'hérédité dans les familles pathologiques ; souvent les produits sont défectueux, mais quelquefois aussi, sont surnormaux. Si on peut discuter la nature névrosique du génie et du talent on ne peut guère nier, du moins, leurs rapports familiaux avec les névropathies. La dégénérescence est la manifestation d'une tendance à la variation, qui, produit aussi des surnormaux auxquels est réservé un rôle important dans l'évolution de l'espèce. Souvent le mouvement intellectuel débute en plein désordre sociaP.

S'il est impossible de prévoir les effets de la suppression des conditions de la dégénérescence qui sont souvent liées aux conditions de la civilisation, il n'est guère permis de chercher à la réaliser par des mesures générales.

Cependant on a proposé des mesures de ce genre sur lesquelles nous aurons à revenir encore.

M. Pinard' qui accepte un peu trop facilement les con-

(1) Ch. Féré. Faifs relatifs à la tendance à la variation sous Vinfluence du changement de milieu [C. R. Soc. de BioL, 1896, p. 790). — Influence du repos sur les effets de V exposition préalable aux vapeurs d'alcool avant l'incubation de Vœuf de poule [ibid., 1899, p. 255).

(2) Ad. Coste. Les principes d'une sociologie objective^ 1899, p. 16 (Paris, F. Alcan).

(3) A. Pinard. De la conservation et de l'amélioration de Vespèce (le Bulletin médical^ 1899, p. 145).

clusions d'expériences discutables * sur Tinfluence des états morbides des pères sur le produit, les conjure, sans épargner les mères d'ailleurs, de « s'abstenir de procréer autrement que dans un état physiologique aussi bon que possible »; il exclut de la procréation « le syphilitique, l'alcoolique, le goutteux, le convalescent » et aussi « les surmenés et les déprimés ». L'obligation de ne procréer qu'après un examen bien consciencieux de leur état physiologique pourrait bien être une cause de dépression pour les générateurs, et limiterait sans doute le nombre des produits. utiles dans les ménages les plus normaux. Il est plus prudent de laisser à la sélection naturelle le soin de l'élimination que de prohiber la production.

La civilisation agit sur la fonction reproductrice en multipliant les variations et en diminuant la fécondité. Les variations sont plus souvent défectueuses que progressives. L'intensité du travail implique un accroissement de déchets ; les peuples dont l'évolution est la plus avancée fournissent le plus de dégénérés; mais s'ils disparaissent, rhumanité n'en continue pas moins l'évolution dont ils ont marqué un stade.

Le progrès intellectuel et moral correspond à l'évolution de l'instinct sexuel. A mesure que ses manifestations les plus élevées se perfectionnent on voit la natalité diminuer et se réduire au minimum dans les races les plus avancées en organisation sociale. D'autre part, nous voyons le nombre des dégénérés, des non-valeurs et des nuisibles augmenter chez les peuples les plus civilisés. La dégénérescence constitue un déchet de la civilisation; elle est d'autant plus intense que la civilisation évolue plus rapidement. Les dégénérés sont les moins résistants à toutes les causes de destruction; leur disparition est en somme la conséquence de la sélection naturelle qu'on ne

(1) Ch. Féré. La famille ncvropathique, e/c, 2» éd. 1898, p. 240.

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peut pas comprendre sans élimination. La diminution de la natalité et la dégénérescence sont des conséquences nécessaires de la civilisation, mais elles n'entraînent pas la déchéance de la race. La diminution de la natalité peut être compensée en parti.e par la diminution de la mortalité, conséquence nécessaire des progrès de l'hygiène. La puissance numérique d'un peuple peut diminuer au bénéfice de rhumanité. Les progrès de l'humanité ne peuvent s'effectuer comme les progrès d'un peuple, que par l'évolution intellectuelle qui entraîne la dégénérescence et la diminution de la natalité, se manifestant d'abord dans les nations les plus civilisées, et qui doivent s'attendre à s'éliminer les premières. Le progrès de l'espèce est au prix de la déchéance des nations qui y ont pris part les premières. Telle est la signification de la dégénérescence. Si la nature paraît favoriser l'évolution de l'espèce, elle n'a pas plus souci des nations que des individus.

Les pays les plus civilisés sont exclusivement peuplés de métis; on n'y trouve plus aucun représentant d'une race pure ; une race ne peut ni se flatter ni se plaindre d'être la première dans l'évolution et dans la dégénérescence. Il s'est passé sur son territoire des faits ^e biologie générale auxquels les peuples des pays limitrophes ont pris une part plus ou moins active.

La dégénérescence est le procédé d'élimination nécessité par l'évolution ; il rend inutile les précautions inspirées par Malthus.

La dissolution de l'instinct sexuel paraît le phénomène de dégénérescence le plus propre à mettre en évidence la tendance naturelle à l'élimination des dégénérés.

Si le suicide n'est pas l'équivalent d'une psychose ni lié à une psychose caractérisée, il n'en constitue pas moins la manifestation d'une anomalie. A de rares exceptions près, il est moins lié à l'impossibilité matérielle de continuer à vivre qu'au défaut de sympathie pour l'environ-

nement. Que le suicide soit intimement lié à la dissolution deTinstinct sexuel et des instincts familiaux, on en voit la preuve dans sa fréquence relative chez les célibataires ; il est d'ailleurs favorisé par les conditions qui réalisent la dissolution des liens conjugaux et des liens de famille, par le veuvage, par le défaut de progéniture, par toutes les conditions qui éloignent de la vie conjugale, qui la rendent moins intime ou la troublent ^ Adolphe Bertillon - a attribué au célibat une mortalité plus forte, une plus grande fréquence de l'aliénation, du suicide, des violences contre les personnes, des attentats contre les propriétés ; mais le célibat n'est pas la cause, il est la résultante d'une infériorité somatique, psychique, économique. La crainte des risques du mariage est déjà une manifestation de l'infériorité mentale.

La nature dégénérative de la dissolution du sexe et de ses perversions est souvent mise en lumière par la coïncidence d'autres stigmates fonctionnels et de stigmates tératologiques de la dégénérescence.

L'étude succincte des variétés de perversion de l'instinct sexuel que nous allons entreprendre, montrera que chacune d'elles tend à la restriction et à la suppression de la descendanôe. Si l'intervention médicale paraît servir les intérêts privés, c'est souvent aux dépens de l'intérêt de la société et de l'espèce.

(1) P. Hauviller. Du suicide, th., 1899.

(2) A. Bertillon. Art. Mariage, in Dicf. encycl. des se. méd., 2" série, t. V, 4874.

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