CHAPITRE III
La rareté des documents relatifs aux anomalies psychiques chez les sauvages ne prouve pas qu'elles ne se produisent jamais ; elle peut être attribuée à ce que ceux qui en sont atteints sont dans l'impossibilité de vivre dans leur milieu. La même remarque peut s'appliquer aux animaux. Malgré leur rareté les documents que nous fournit la psychopathologie comparée pourront peut-être jeter quelque lumière sur la question qui nous intéresse.
Un bon nombre des troubles mentaux ou névropa*thiques qui sont fréquents chez l'homme se rencontrent chez les animaux *. On les observerait sans doute plus souvent si les animaux n'étaient pas soumis à la sélection naturelle et à la sélection industrielle. Cependant les néyroses comme l'hystérie ^ les tics 3, l'épilepsie sont fré-
(1). Ch. Fr. Heusinger. Recherches de pathologie comparée, 1853, l, p. 145.
(2) Eletti. Sloria di un isterimo annuo in una cavalla {Gaz. med. ilal. lomb., 1853, IV, p. 265). — Oliver, Uysieria in a mare [Vêler, j. andann. comp. path., London, 1878, VII, p. 367). — J.-M. Charcot. Episodes nouveaux de Vhystéro-épilepsie : zoopsie, catalepsie chez les animaux {Gaz. des hôp.^ 1878, p. 1097). — Aruch. Revue scientifique^ 1889, 3° série, XLIV, p. 443. — H. Iligier. Hystérie bel einer Katze and einem Kanarienvogel (Neurol. Centralbl.^ 1898, p. 597). — Stephen Arnault. Accidents hystériques chez un chat {Rev. scient., 1898. 4« série, t. X, p. 698).
(3) Iladden. The pathology of canine Choreà (Trans» of the path. Soc. of London. 1882-3, p. 308).
60 L*1NSTINGÏ SEXCEL
quentes chez eux ; Tépilepsie en particulier s'observe sous les formes les plus variées *, et elle peut simuler la rage ^. La folie chez les animaux n'est pas très rare, elle a fait l'objet de travaux assez nombreux ^ Les émotivités morbides ont souvent appelé l'attention*, en particulier les
(l) Laville de La Plaigne. Vépilepsie et la rage chez Vhomme et chez les animaux, in-8», 1864. BayoDne, p. 444, 490. — E, Leuck. Accès épileptifonnes citez un cheval pendajit le cours d'une pneumonie {Bull, de la Soc. méd. et pharm. de la Haute-Vienne., 1868,
359). — P. Mégnin. Sur une affection épileptifoi^me et contagieuse observée chez le chien, causée par un acarien du conduit auditif {C. R. Soc. de Biologie, 1881, p. 62). — Calissoni. Due casi di eclampsia nella vacca, in-8°, Milano, 1882. — Ch. Féré. Note sur Vépilepsie et le hromisme chez les oiseaux (C. R. Soc. de BioL, 1893, p. 601). — Note sur un poussin mort à la suite d'un accès d'épilepsie [ibid.^ 1894, p. 618). — Note sur Vépilepsie hémiplégique chez les oiseaux {ibid., p. 837). — U?i cas d'épilepsie procursive chez le chien {ibid.f 1896, p. 311). — Note sur un cas d'épilepsie spontanée chez un lapin (ibid., p. 42:2). — Epilepsie chez un coq (ibid., p. 514). — Note sur un corbeau atteint d'épilepsie {ibid., p. 575). — Note sur une zone épileptogène spontanée chez un chat {ibid., 1898, p. 698). — La faim-valle épileptique {Rev. de médecine, 1899, p. 497). — R. Bassi. V asimmetria del cranio, nelVepilessia del cavallo {Ajxh. di psichiatria, 1894, XV, p. 122).
(â) P. Mégnin. Les fausses rages chez le chien {Bull. Acad. de médecine, 19 janvier 1897).
(3) Ennemoser. Beitrâge zur Seelenkunde der Thiere (Zeitschr. f. psych. Aerzte, 1820, III, p. 49). — Nasse, Vom Irresein der Thiere {ibid.,1^. 170). — Pierquin. Traité de la folie des animaux, 2 vol. in-S", 1839. — Lindsay, Madness in animais {The Journal of mental science, 1871-1872, p. 181); The Pathology of mind in the lower animais (ibid., 1877, p. 17); Mind iti the lower animais, 2 vol., 1879. — Seguin. An instance of hallucination in a fowl {Arch. of comparative med. and surg., N.-Y., 1880, p. 100). — Mendel. Ueber paralytischen Blodsinn bei llunden {Allg. med. centr. Zeit., Berlin, 188i, 1. III, p. 569). — Vogel, Ueber Psychopathien besonders Tobsuchten bei den Hausthieren {Rep. der Thierheilk., Stuttgard, 1888, XLIX, p. 241). — Ch. Féré. L'immobilité du cheval (Revue neurologique, 1895, p. 38). — Thirion. Hallucination (de la vue) consécutive à la maladie du jeune âge chez une chienne {Rec. de Méd. vétérinaire, 1898, 8« série, V, p. 688).
(4) Rodet. Doctrine physiologique appliquée à la médecine vétérinaire, 1828, p. 272.
émotivités contagieuses comme les paniques ^ La contagion chez les animaux n'est pas limitée aux émotions passagères, elle peut s'étendre à des états morbides plus durables, à des phobies spécialisées, en particulier à l'agoraphobie ^
La contagion par imitation n'est pas le seul moyen de '
propagation de Thomme aux animaux; on a vu des ani- j
maux, chats, chiens, singes, devenir opiomanes, en pre- J
nant goût à la fumée dans la compagnie de fumeurs ^. ;
A côté des émotivités morbides on ne s'étonnera pas de retrouver chez les animaux des faits qui puissent être rattachés à l'histoire du vice et du crime *.
On peut retrouver chez les animaux la plupart des perversions de l'instinct sexuel que l'on observe chez l'homme. Ces perversions peuvent se manifester chez eux aussi dans les différents actes de la fonction génitale.
Les perversions de l'instinct sexuel chez les animaux peuvent consister : 1° en anomalies de la conduite relative à la progéniture ; 2° en anomalies instinctives relatives à la gestation ou à l'incubation; 3° en anomalies de l'appétit et des rapports sexuels.
(1) Decroix. La panique chez les animaux (Bull, de la Société imp, et centrale de méd. vétérinaire^ 1870, p. 104). — P. Delorme. Études sur les terreurs paniques chez les animaux {Recueil de inédecine vétérinaire, 1871, p. 733). — G. Fleming. Panics among horses [The Vetei'inarian, 1871, t. XLIV, 706, 777). — Lindsay. Mental Epidémies among Ihe lower animais {The Journ. of mental Science, 1871-1872, p. 425). — Abadie. Panique chez les animaux {Revue vétérinaire de Toulouse, 4887, t. H, p. 496).
(2) Ch. Féré. La folie communiquée de V homme aux animaux (C. R. Soc. de Biologie, 1893, p. 204).
(3) Jammes. Quelques cas de morphinomanie chez les animaux {C. R. Ac. des Se, 1887, CIV, p. 1195).
(4) E. Ferri. VOmicidio, 1895, p. 5.
FÉRÉ. — L'Instinct sexuel.
62 l'ixNsttnct sexuex
La perte de l'instinct familial, paternel ou maternel, se manifeste assez souvent chez les animaux. Les femelles aussi bien que les mâles peuvent, sous l'influence du rut, maltraiter ou tuer leurs petits. Burdach et Marc ont depuis longtemps comparé les tendances infanticides de la folie puerpérale de la femme, aux violences que les vaches et les juments nymphomanes exercent sur leurs petits, non seulement à l'époque du rut, mais aussi dans l'intervalle. D'autres mammifères et un bon nombre d'oiseaux sont capables des mêmes méfaits. Les dindons mâles dévorent souvent les œufs de leurs femelles, qui sont réduites à les leur cacher*. Les mâles détruisent les petits pour libérer la mère'. Mais en dehors de ces faits qui mériteraient plutôt d'entrer dans l'histoire de la fureur erotique, on observe quelquefois chez les animaux la perte de l'amour de la progéniture se manifestant en apparence isolément.
Un bon nombre de mammifères détruisent leurs petits en dehors de la période du rut. Les rongeurs, principalement, sont sujets à manger leurs petits, et souvent sans motif apparent ; quelquefois ces infanticides paraissent motivés par la constatation d'un dérangement dans leur nid et par crainte d'un nouveau danger à courir. Les rats, les lapins, les cochons d'Inde détruisent ou mutilent leurs petits quand on les a touchés. C'est même une circonstance fort gênante, au point de vue de l'étude de l'état des nouveau-nés. Dans le cas de maladie ou de malformation, si on fait l'exploration tout de suite après la naissance, on ne peut pas conserver les animaux ; si on attend,
(1) Audubon. Scènes de la nature^ t. I, p. 29.
(2) L. TiUier. V instinct sexuel chez V homme et chez les animaux, 1889, p. 146.
on ne peut plus savoir si les lésions ou les difformités que Ton constate sont congénitales ou acquises. Celte tendance à l'infanticide peut être attribuée dans un certain nombre de cas à une disposition individuelle ; on élève à l'hospice de Bicêtre un grand nombre de lapins qui servent à la fois à l'utilisation des débris de légumes et à l'alimentation des malades ; oti a remarqué souvent que quand une lapine a tué une fois ses petits, elle recommence à la portée suivante, quelques "précautions qu'on prenne. On élimine tout de suite ces mères dénaturées.
Les rongeurs ne sont pas d'ailleurs les seuls mammifères qui soient capables de tuer leurs petits; nous avons cité déjà les vaches et les juments ; les chiennes, les chattes peuvent être accusées des mêmes actes, quoique exceptionnellement. Les femelles des ouistitis mangent quelquefois la cervelle de leurs petits, ou leur écrasent la tête contre un arbre quand elles sont fatiguées de les porter.
Un bon nombre d'oiseaux abandonne leur nid s'ils s'aperçoivent qu'on a touché leurs œufs ; d'autres, dans les mêmes conditions, brisent leurs œufs ou tuent leurs petits. Cet abandon ou cette destruction est peut-être en rapport avec l'horreur qu'inspirent à ces animaux, les difformités et les maladies. On voit souvent les poules abandonner ou même tuer leurs poussins chétifs ou difformes, tout en continuant à prendre soin de ceux qui sont bien constitués et vigoureux. Ce n'est là d'ailleurs que la manifestation d'un sentiment qui n'est pas spécial aux mères. Boh nombre d'animaux mahifesteht leur horreur JîoUr les difformes et les malades, principalement parmi les oiseaux; j'ai déjà relevé que la tendance agressive ehvers eux se manifeste chez les poussins dès les premiers jours*.
Dans tous ces actes on ne peut découvrir que difficile-
(l) Ch. Féré. Note sur lés dijfoi^nitès congénitales des membres inférieurs chez les oiseaux [C. H. Société de Biologie, 1895, p. 3H).
ment les mobiles qu'on retrouve ordinairement dans la criminalité humaine et même dans la criminalité des premiers âges de la civilisation ou chez les peuples arrie'rés qui ne sacrifient guère les enfants, les vieillards et les infirmes ou les difformes ', que lorsqu'il y a évidence d'intérêt personnel. II semble que les animaux réagissent contre une douleur, dont on peut découvrir quelquefois la cause dans un désir actuel qui trouve un obstacle à sa satisfaction ; le plus souvent l'origine de cette douleur reste à déterminer.
Cette douleur, on en comprend bien les effets dans les cas oii les petits portent obstacle à la satisfaction d'un désir actuel, commeà l'époque du rut, lorsqu'ils constituent une cause de fatigue ou de privation de nourriture; mais on saisit moins bien son rôle lorsque l'infanticide se produit à propos d'un dérangement du nid, ou de la présence d'un ennemi réel ou supposé. On peut admettre que ta peur agit à titre de douleur morale.
J'ai observé un fait qui me parait de nature à jeter quelque lumière sur la psychologie de ces actes criminels =.
Une poule conduisait dans un verger huit poussins nés
depuis dix jours. Ils étaient éloignés d'elle de deux mètres
au plus, sauf un qui était à environ six mètres. Une pie
qui était perchée sur un pommier voisin s'élança tout à
coup vers le poussin isolé; mais apercevant sans doute
objet qui l'effraya, elle changea subitement de
1, si bien que dans le crochet qu'elle exécuta dans
, elle n'approcha pas le poussin à moins d'un
-a pie était déjà loin et dans une autre direction,
a poule arriva près du poussin qu'elle paraissait
eMolinari. iû ViricuUui-e, 1897. p. 167.
Féré. Noie sur la psychologie de l'iiifanlicide ehei les a
R. Soc. de Biologie, 1897, p. 669).
LES PERVERSIONS SEXUELLES CkÈZ LES ANIMAUX B5
vouloir âecôurib, mais aiiquel elle éhvbya Utl éotip de bée qui le tua net, puis elle s'en retourna en courant cDtlvrlr ses autres petits de ses ailes. La poule a éU péUr, elle a réagi à la douleur, en frappant Tobjet qui occupait le plus fortement son attention. Ge n*est pas àbUser de Thypo- Ihëse que d'admettre qUe des aniiiièiUi, qui, ayant trouvé leur nid éh désordre, ou ayant entendu un bruit suspect, ont sous rimpresèion d'Un datiger actuel, ou de la représentation d*uh danger Supposé, eu peur coitittie cette poUlè, et réagi de thème.
Ge n'est pas seUlèrtient chez les animaux que la peur efet suivie des manifestations d'un état sthéniqUe secondaire, qui caractérise la colère, oii voit la ttiêrile succession de phénoniëties éttiotitinnels chez l'homme ^ aussi bien à l'état physiologique qu'à l'état pathologique ; un exemple fréquent, c'est celui d'une iiière qUi vient d'assister, terrifiêej à un accideht doiit son enfant â failli être victime, sans qu'on puisse l'accuser d'autre chose que de faiblesse, elle se précipite sur lui avec l'exprfessiorl de la fureur, et lui administre une correction disproportionnée même à une faute grave.
G'est Un processus psychologique qui tient Uhe place importante dans les manifestations si contradictoires des dégénérés qu'on voit s'emporter conthe les personnes qu'ils chérissent le plus, pout» la seule raison qu'une attention bienveillante a manqué son effet pour une cause fortuite. Ge sont d'ailleurs des faits qu'on peut retrouver dans la conduite de gens parfaitement sains.
Dans plusieurs espèces la mère se conduit bien à l'égard de son produit comme s'il s'agissait d'une vériLable excroissance de son pi^opre individu. On le toit par exemple, dans les soins de propreté qUe la mère n'interrompt qu'en raison de conditions physiques qu'il est
(l)Ch. Féré. La pathologie des émotions ^ï^^'è,^. 3bO(Paris,F.AlCë,h).
possible de déterminer et qui sont liées à révolution du produit * .
Dans ses intéressantes recherches sur le développement psychique des jeunes animaux, Wesley Mills cite un jeune chat qui réussissait mal à prendre du lait, dans une coupe, le vingt-huitièmejour et qu'on avait vu deux jours auparavant chercher un coin en criant pour évacuer *. Le rapprochement de ces dates m'a frappé, parce qu'il était en contradiction avec une observation que j'ai faite, il y a quelques années et que j'avais communiquée, en 1896, à M. Ballion, parce qu'elle me paraissait entrer dans le cadre de ses études ^.
Je reproduis cette communication :
«... J'avais, l'année dernière à la campagne, une chatte à laquelle on n'avait laissé qu'un petit qu'elle allaitait. Nous avions placé la mère et l'enfant dans une caisse dont le fond était garni d'un coussin recouvert d'un linge parfaitement propre. La mère ne quittait ce local que pour ses besoins personnels et il était facile de constater qu'elle n'emportait jamais son fils. Cependant le linge de la caisse était resté parfaitement immaculé. Cette remarque me fit supposer quelque habitude bizarre, ou du moins inconnue pour moi. Je surveillai de près les deux bêtes, et je remarquai bientôt qu'aux heures où on devait servir son repas à la mère, prévoyant qu'elle allait sortir, elle se mettait en devoir de lécher la région ano-génitale du petit avec une énergie remarquable, et on pouvait s'assurer qu'elle exprimait du rectum aussi bien que de la
(1) Ch. Féré. Note sur la durée de V allaitement maternel exclusif chez le jeune chat, et son influence sur V excrétion [C. R. Soc, de Biologie, 1898, p. 924).
(2) Wesley MiUs. The nature and dévelopment of animal intelligence, 1898,' p. 183, 185.
(3) P. BaUion. De Vinstinct de la propreté chez les animaux, in-8'» Bazas, 1895, p. 151.
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vessie les matières. Lorsqu'elle sortait de son local et qu'on la retenait dehors, à sa rentrée, elle se précipitait pour répéter cette opération dont Turgence s'objectivait par cette circonstance que sitôt que le petit était retourné sur le dos on voyait perler une goutte d'urine aussitôt recueillie. Ce devoir maternel n'a cessé d'être accompli que le dix-huitième jour de la naissance, époque à laquelle le petit avait accepté une petite quantité de lait de vache. A partir de ce moment, la mère sortait le petit de la caisse pour qu'il s'exonérât dehors. »
J'ai répété l'expérience au mois d'août 1898 avec un résultat identique, sauf que le petit chat n'a accepté que le vingtième jour le lait de vache qu'on lui offrait dans une soucoupe depuis le quinzième ; sa tentative de la veille avait été suspendue par des éternuements répétés.
Si le changement des ingesta agissait directement sur le petit, la modification imprévue de sa conduite laisserait des traces sur la litière. C'est la conduite de la mère qui change : il est vraisemblable que ce changement est commandé par un changement des caractères organoleptiques des excréta. A en juger par les cris du petit, les premières excrétions en masse sont très douloureuses.
Ce parallélisme n'est pas constant chez les animaux. On en voit, avons-nous dit, qui abandonnent leurs petits ou même les détruisent. On peut invoquer pour l'explication de ces soi-disant crimes un besoin de satisfaction sexuelle auquel les petits peuvent mettre obstacle ou une douleur dans l'amour des jeunes peut être le point de départ et qui provoque une réaction aveugle. En somme les écarts de conduite chez les animaux peuvent généralement s'expliquer par des conditions physiques.
68 L'mSTINCT SÈXCEL
Passons ttiàintenàtlt aux atioiiialies inslitictives relatives à la gestation ou à l'incubatioii.
Les anomalies de la gestation chez les maminirères présentent des analogies assez intéressantes avec celles qu'on observe dans l'espèce humaine.
On décrit chez la femtne, sous le nom de grossesse imaginaire, grossesse nerveuse, grossesse hystérique, grossesse fantôme, un ensemble de phénomènes tant soniatiques que psychiques qui imitent la grossesse véritable, h tel point que dans certains cas ils en imposent aux accoucheurs les plus compétents : suppression des phénomènes périodiques, augmentation de volume du ventre, troubles digestifs, sensations associées dans les mamelles, sécrétion lactée même, rieii n'y manque. Aussi l'illusion est complète et on assiste à tous les préparatifs qtie peut inspirer TamoUr maternel.
Le plus souvent, la grossesse imaginaire se produit après une longue attente chez des fèrnmes mûres, mais elle peut se reproduire dans les conditions les plus diverses. Les manifestations psychiques ont souvent une intensité qui n'est pas en rapport avec les conditions physiques ; mais, dans certains cas, ces conditions physiques se présetitent sous title forme telle que le doute est bien permis : tels sont ceux où il se produit une tuméfaction nettement limitée, et o(i la sécrétion lactée s'établit *.
(1) Ville brun. Des fausses grossesses, th. 1865. — Solomé Ilern. Conlrib. à Vét. de la grossesse imaginaire^ thèse de Paris, 1896. — Dubruel. Consitt. stff^ la psettdô-gi^ossesse, th^se de Ëotdeaux, 1896. — B. Pailhas. Signes de grossesse nerveuse chez une hystérique ayant simulé la grossesse et l'accouchement [Arch. d'Anthrop. crim., 1896, p. 379). — S. Kheifetz. Des fausses grossesses et fausses tumeurs hystériques, th. 1898.
Ces manifestations qu'on attribue généralement à Timagination lorsqu'il s'agit de la femme et qui peuvent être la conséquence d'une illusion pure ou d'une illusion motivée par une lésion locale*, se reproduisent chez un grand nombre de femelles d'animaux qui présentent les mêmes phénomènes physiques et psychiques et font des préparatifs analogues. On en a cité des exemples chez la plupart des animaux domestiques, surtout chez les quadrupèdes : chezlajument (Delore), la vache (Girard), chez des femelles de daim (Harvey), chez la lapine, chez la chienne ; on l'a observé chez une femelle de zèbre du jardin zoologique de Dublin. Certaines femelles ont présenté le même phénomène à plusieurs reprises : Bouchacourt cite une chienne qui eut trois fausses grossesses ^.
Chez les chiennes on observe souvent deux mois après le rut un état mélancolique, avec apathie et inappétence, s'accompagnant d'un gonflement des mamelles, dont on peut faire sourdre un liquide lactescent; sous l'influence d'un purgatif, ces phénomènes tant somatiques que psychiques disparaissent en quelques jours.
Chez une ânesse qui vivait avec un zèbre, Haughton a observé plusieurs grossesses nerveuses successives qui se terminaient brusquement à l'époque du rut ^.
Des influences nerveuses peuvent aussi chez les animaux, précipiter l'issue de la gestation; on a signalé la contagion de l'avortement*.
L'existence de la fausse grossesse chez les animaux rend vraisemblable que le développement de ce complexus
(1) Eustache. Des fausses grossesses ou gi'ossesses par illusion {Nouv. arch. de Gynécologie, 1894, p. 481).
(2) Lyon médical, t. LXIX, p. 20.
(3) Haughton. Case of phantoin tumour simulaling pregnancy whick occurred in the zoological garden [Dublin journ. of vied. se, 1880, LXIX p. 340).
(4) Heusinger. Loc. cit., p. 475.
symptomatiqùe peut être sous la dépendance d'une lésion organique, d'une irritation locale.
Ce n'est pas seulement chez les quadrupèdes, que ces illusions relatives aux fonctions de reproduction peuvent se produire : les .oiseaux domestiques y sont aussi sujets, notamment la poule. Des faits analogues peuvent être observés chez des oiseaux captifs. M. Larcher a rapporté le cas d'un linot mâle et d'un hybride femelle, provenant de l'union d'un chardonneret et d'une femelle de serin qui s'accouplèrent, firent un nid, et se mirent à couver sahs qu'aucun œuf ait été pondu dans le nid*.
On reconnaît généralement aux oiseaux la connaissance instinctive de l'état de leurs œufs pendant l'incubation. Les poules, par exemple, ont la réputation de reconnaître les œufs pourris et de les rejeter de leur nid, de reconnaître que les œufs contiennent des poussins vivants ou morts et de ne les abandonner, dans le dernier cas, qu'au terme normal de l'incubation. J'ai une poule, issue dans l'étuve d'un œuf qui avait reçu avant l'incubation une injection d'alcool, et qui a présenté pendant longtemps d'ailleurs Une répulsion marquée pour le mâle ; elle a fait preuve de défaut d'instinct remarquable pendant l'incubation. Le garçon de laboratoire qui lui donnait à manger, lui plaçait ses aliments assez près de son nid pour qu'elle pût les prendre sans se lever. Il en résulta que ses œufs se trouvèrent barbouillés d'excréments et que le développement fut arrêté à une période plus ou moins avancée dans huit œufs sur douze. Ces huit œufs pourrirent, cependant la poule les couva avec les autres jusqu'au vingt et unième jour ; elle laissa passer à peine de quelques heures le terme. Quand elle les eut abandonnés, on examina les œufs : ceux dans lesquels on n'entendait pas de fluctua-
(I) 0. Larcher. Note sur un cas d'illusion génésique observé chez deux oiseaux- de Vordre des passereaux [C. R. Soc. de BioL, 18G5, p. 167).
h&S PERVEnStONS SEXUELLES CHEZ LES ANIMAUX Tl
tion, forent rais à l'éluve, et, le lendemain les quatre poussins brisèrent leur coquille spontanément. L'instinct s'était trouvé en défaut sur deux points : la poule n'avait pas éliminé les œufs pourris qui avaient pourtant une odeur non douteuse ; el elle n'avait pas reconnu ceux qui contenaient des poussins vivants. Elle commit exactement les mêmes fautes à la couvée suivante ; on lui avait donné sa nourriture à distance du nid et ses œufs étaient restés intacts; mais, avant l'incubation, ils avaient été soumis k des vapeurs de musc, et il ne s'était produit que quatre développements sur douze. Les quatre poussins brisèrent leur coquille le vingt-troisième jour dans l'étuve. Il n'est pas sans intérêt de remarquer que les erreurs de réaction de la poule en rapport avec l'évolution de l'œuf ne sont pas limitées au domaine psychique. On sait que certaines poules, dans des conditions de santé défectueuses, donnent des œufs sans jaune qui sont quelquefois expulsés en dehors d'une période de ponte. Les organes sécréteurs de l'albumen et des éléments de la coquille ont réagi à une irritation qui n'était pas celle qui est produite par la descente du jaune. Les réactions cérébrales qui sont beaucoup plus complexes, peuvent être au moins aussi facilement provoquées par des excitations diverses.
On pouvait s'attendre à retrouver chez les animaux les diverses perversions de l'appétit sexuel ; c'est ce qui arrive en effet.
Les animaux sont sujets au satyriasis et â la nymphomanie ', aux habitudes les plus variées d'onanisme '.
(1) Laudcr Lindsay. The pulholony of mbid in the tower animalu {T/iejoam. of menial se, 1877, p. 17).
(2) Blanc. Can d'onanisme dans le cheval (ilec. de méd. vét. pratii}ue,\%\>^, p. S6S|.
On en a observé chez le cheval, chez le chien, le chameau, l'éléphant*, etc.
La fureur erotique est commune à un grand nombre d'animaux. Elle ne se manifeste pas seulement par des luttes entre concurrents mâles ; mais encore par une lutte plus ou moins inégale entre les deux partenaires. Dans certaines espèces, les rapports sexuels ne s'accomplissent jamais sans lutte ; c'est le mâle qui attaque. L'impatience du désir constitue un état pénible et provoque une émotion sthénique secondaire, une véritable colère qui se traduit par ses manifestations propres *, La fureur erotique des animaux peut se reproduire chez l'homme comme manifestation morbide ^. Elle n'indique pas du tout l'existence chez eux d'une cruauté morbide analogue à ce qu'on appelle le sadisme chez l'homme. Les blessures que certains animaux se font à propos de l'acte sexuel paraissent même quelquefois avoir une utilité : « Les colimaçons sont munis d'une sorte de dard ou appendice calcaire rigide que les deux hermaphrodites se fichent dans la peau près de la vulve avant leur double accouplement. Le dard reste souvent dans les tissus et y détermine l'excitation que l'imagination seule suffît à produire chez les animaux supérieurs*. »
La non- satisfaction d'un besoin organique détermine souvent chez les animaux des réactions de fureur. Le chat par exemple a l'habitude lorsqu'il va exonérer son intestin de préparer une cavité dans le sol; en général cette préparation lui parait suffisante en quelques coups de patte d'une énergie modérée ; s'il fait des efforts
(1) De Montègre. Art. Continence. Dict, des sciences mécL^ 1813, VI, p. 119.
(2) Ch. Féré. La pathologie des émotions^ p. 330 (Paris, F. Alcan).
(3) Ch. Féré. L'ivresse erotique (Revue de médecine, 1895, p. 553).
(4) Espinas. Les sociétés animales, 2« éd., 1878, p. 286.
ji
inutiles d'expulsion on le voit s'exciter à creuser la cavité avec une fureur croissante, envoyant au loin la terre dont il aura besoin tout à l'heure.
Les perversions de l'appétit génésique se manifestent sous d'autres formes K
L'instinct génésique non satisfait pousse souvent les. animaux des étables, des écuries et des basses-cours à des actes contre nature entre animaux du même sexe., H. Sainte-Claire Deville ^ a r.elevé l'importance de l'isolement des sexes dans la genèse des perversions sexuelles. Il cite l'exemple des béliers isolés des brebis qui reprennent leurs habitudes normales en revenant à la vie commune. Les chevaux, les ânes peuvent fournir des exemples analogues. Huber a observé que, lorsque les fourmis mâles manquent de femelles, elles violent les ouvrières qui en meurent, parce que leurs organes atrophiés ne comportent pas l'exercice de la fonction. Dans plusieurs espèces, on a vu des mâles violer des femelles non nubiles.
L'isolement des sexes est la condition la plus générale des perversions sexuelles acquises, aussi bien chez les animaux que chez l'homme.
L'histoire de la castration nous montre que la suppression des organes génitaux modifie les caractères sexuels accessoires, le système pileux, les mamelles, les dents ', etc. Les lésions pathologiques unilatérales peuvent produire le même effet; un cerf femelle peut avoir une corne ou une
(1) Lombroso. Vhomme criminel^ 1887, ch. i (Paris, F. Alcan). — Lacassagnc. De la cviminalilé chez les animaux {Revue scientifique^ 1882, 3» série, t. III, p. 35). — A. Goubaux. Des aberrations du sens génésique et de Vhybridité chez les animaux : les jumarts {Souv. Arch. d'obstétrique et de gynécologie, 18S8, t. III, p. 455, 492). — E. Marchi. Jm delinquenza negli animali {Arch, di psichiatria, scienze penali e antrop. crim., 1898, p. 145).
(2) II. Sainte-Glaire Deville. Vinternat dans Véducation {Revue des cours scientifiques, {'SI [^ 2» série, t. I, p. 219).
(3) Heusinger, loc. cit., p. 181.
FÉRÉ. — L'Instinct sexuel. 5
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74 î.'ïNSTÏNCT SEXUEL
poule un éperoîx et dans cos c^s on découvre souvent un( maladie des ov9.ires *.
Sous l'influence des nfiodiflcations spontanées ou arti ficielles des organes sexueU, on voit souvent se modifiai aussi la conduite sexuelle des animaux ; Ip fait n'est pas rare chez les poules, qui devenues vieilles prennent les allures du coq. La castration parasitaire, si bien étudiée par M. Giard, nous en montre des exemples chez d'autres espèces : les succulines en s'attaquant aux crabes mâleg déterminent de fausses femelles.
Les éleveurs savent depuis longtemps que les individus de races diverses d'une même espèce ont moins de disposition à s'unir que les individus de la même race *. Cependant on observe chez nombre d'animaux la possibilité d'unions avec des individus d'une autre race et d'une autre espèce et même d'un autre genre : diverses races de cygnes, cygne et oie, oies et bernaches, tétras noirs et faisans, sarcelle mâle et cane ^, paon et canard (Montègre), faisan et poule, canard et poule, et vice versa, perruche et serin, bouc et brebis, lapin et lièvre, cheval et âne, et vice versa, taureau et jument (Bufl*on), cheval et vache (Bourgelat), taureau et ânesse, âne et vache (Goubaux), élan ou bison et vache domestique, chien et chacal, chien et loup, chien et truie (Buffon), saumon et truite, etc. \ Réaumur avait pris le soin d'observer par lui-même le lapin et la poule de l'abbé de Fontenu qui avaient des rapports fréquents ^. Broca cite d'après un témoin ocu-
(1) Geddes et Thomson. L'évolution du sexe, p. 95.
(2) Agassiz. Nature et définition des espèces {Revue des cours scientifiques, 1868-69, t. VI, p. 167).
(3) Darwin. La descendance de V homme, trad. Barbier, S*» éd., 1874, t. II, p. 122.
(4) Ilouzeau. Études sur les facultés mentales des animaux, comparées à celles de l homme, Mons, 1872, t. II, p. 395.
(5) De Réaumur. Art de faire éclore, 1749, t. II, p. 309,
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LES PERVERSIONS Sf;}^i:ELt.Eii CHEZ LES ANIMAUX 75
ne laire le cas d*un chien et d'une oie de Guinée ^ M» Cadiot a rapporté récemment à la Société de médecine vétériti- naire le cas analogue, d'un chien et d'une poule *, ;er L'histoire de l'hybridité contient un grand nombre (Je
•as faits d'accouplements spontanés ou provoqués d'animaux es de différentes races. Le plus souvent les rapports anorée maux ne sont obtenus qu'au prix d'une séquestration es exclusive, et c'est surtout chez les animaux domestiques es que l'expérience réussit, au moins pour le premier acte de la génération ; les autres animaux échappent souvent à ce us genre de criminalité expérimentale par la bonne raison, 0- qu'en captivité, le rut leur fait défaut.
a- En captivité, ces accouplements anormaux ne s'obtien-
té nent pas aussi facilement avec tous les animaux dômesle tiques de même race : ils s'obtiennent plus facilement
îs avec les jeunes mâles qu'avec les vieux, Les plus aisés
)t sont ceux qui sont le plus susceptibles d'être féconds : che-
), val et ânesse ou âne et jument, lièvre et lapin, bélier et
e chèvre, hémione et âne, hémione et jument, cbftoal et chien.
t On a vu s'accoupler des animaux de même sexe et d'es-
e pèce différente (coq et canard) réduits au strict isolement.
I, En général ces unions anormales paraissent d'autant
1 plus monstrueuses qu'elles se font entre sujets de races
plus différentes et qu'elles ne peuvent pas être suivies de î fécondation.
> Les différents procédés de masturbation se retrouvent
chez les animaux, notamment chez les singes, les moutons, les chiens, les chevaux; Montègre^ accuse aussi le cbft' meau et l'éléphant. On observe assez souvent des animaux
{\) P. Broca. Mémoire sur Vhyb^idité en général siir la distinction des espèces animales et sur les métis obtenus par le croisement du lièvre et du lapin [Journ. de la physiologie de Vhomme et des animaux^ 4858, p. Q±2).
(2) Société centrale de médecine v^lérifiaire, ftvril 1896.
(3) Montègre. Art. Continence, pict. des se» méd.^ t. VI, p. 118.
qui au moment du rut se frottent les parties génitales contre des objets résistants qui se trouvent à leur portée. La belette de Buffon se satisfaisait sur un autre animal empaillé. La masturbation mammaire s'observe aussi chez certains animaux femelles et même mâles, comme le chien et le chat ; elle est en général provoquée au début par une irritation locale.
En somme, les animaux se laissent rarement dépasser par rhomme dans la variété des perversions sexuelles acquises.
Il faut remarquer que, dans tous les cas que nous venons de rappeler, les rapports anormaux sont déterminés par des conditions spéciales, comme l'absence d'un animal de même espèce et de sexe différent, ou la perte des caractères sexuels chez un animal vieux ou mutilé. L'anomalie fonctionnelle disparaît quand les conditions normales sont rétablies. En réalité, l'existence de l'inversion sexuelle telle qu'on l'entend chez l'homme, l'amour homo-sexuel congénital n'est pas du tout démontrée chez les animaux : leurs perversions sont accidentelles ou acquises. On pourrait accuser les vaches taurelières d'inversion sexuelle, mais en général elles ne refusent pas le mâle et d'ailleurs, dans leurs démonstrations, les organes sexuels ne sont guère enjeu.
Jusque dans ces derniers temps on considérait les anomalies de l'appétit vénérien, chez les animaux supérieurs, comme des perversions acquises en raison de conditions connues. Ils cherchent à satisfaire leurs désirs, comme s'il s'agissait d'un besoin d'expulsion. On ne peut guère trouver plus de perversion dans les cas qui précèdent que dans le cas du crapaud, qui, trompé par la ressemblance, répand son sperme sur des œufs de grenouille.
Muccioli a signalé chez des pigeons des pratiques homosexuelles malgré la présence d'individus du sexe con-
ABÉenaÎBBHBHM
traire*; maisil ne dit passi c'était à l'exclusion de rapports normaux antérieurs ou contemporains. Ce défaut d'exclusion supprime toute la valeur de Tobservation au point de vue de la perversion instinctive congénitale. On voit en effet assez souvent des poules qui après avoir vécu normalement pendant plusieurs années, cherchent des contacts homosexuels en même temps qu'elles chantent comme des coqs. On sait que les changements des caractères sexuels accessoires sont souvent liés à des lésions irritatives ou destructives des organes génitaux qui peuvent modifier du même coup les fonctions génésiques. D'autre part les anomalies des caractères sexuels accessoires sont propres à provoquer des réactions anomales chez un individu de même sexe. Un anomal peut donc éprouver et provoquer des anomalies de la conduite sexuelle par le fait de son anomalie, qu'elle soit congénitale ou acquise.
Les accouplements anormaux ne sont pas très rares non plus chez des insectes *. On les a observés chez des lucanus cervuSy chez des abeilles, et particulièrement chez des hannetons. On conserve au musée de Turin, dit Lombroso, deux hannetons mâles accouplés. M. Laboulbène ^ l'abbé Maze *, M. Gadeau de Kerville^ en ont observé des exemples. Ce dernier auteur est le seul qui désigne ces faits sous le nom de pédérastie ; et il admet deux groupes :
(1) Muccioli. Degenerazione e çHminalita nei columhi (Arch. di psichialHa, 4893, p. 40).
(2) Paul Noël. Les accouplements anormaux chez les insectes [Miscellanea entomologica, 1895, t. III, n» 9).
(3) A. Laboulbène. Examen anatomique de deux melolontha vulgaris trouvés accouplés et paraissant du sexe mule {Ann. de la Soc. entomologique de France^ 1859, p. 567).
(4) Abbé Maze. Journ. off. de la Uép. frant'., 18 août 1884, p. 2103 (Congrès des sociétés savantes) .
(5) Gadeau de Kerville. Perversion sexuelle chez des coléoptères mâles (Bull, de la Soc. entomol. de France, 1896, p. 85).
pédérastes par nécessité et pédérastes par goût. Les pédérastes par nécessité seraient ceux qui se trouveraient sons l'influence d'un impérieux besoin de s'accoupler en l'abrnelles disponibles ; les pédérastes par goût [qui copuleraient avec un autre mâle malgré le femelles disponibles. Au premier abord, on isidérer ces derniers comme des invertis :
Une me paraît pas sufOsamment établi. On odeurs sexuelles sont setitics à dès distances i par les insectes, ce sont elles qui paraissent . grand rôle dans les escitations sexuelles ; tnâle qui vient de se livrer à la copulation ■ement empreint d'odeurs bien faites pour tre mâle, et d'autre part, il est à demi mort , et parfaitement incapable de résister ; il se peut mieux, à l'erreur, tout aussi bien que utres espèces féminisés par un parasite. Il ler que la dissection de M. Laboulbéne mons'agissait pas d'une pédérastie vulgaire, la avait eu lieu dans la gaine pénienne laissée 'étraetion de l'organe mâle du succube.
note ultérieure, M. Cadeau de Kerville cite ions de Peragallo' relatives à l'accouplement nâles avec des têléphores du même sexe, de i&les avec des lucioles mâles, el il fait suivre ; la conclusion singulière qui suit i « Certes lans Cette fort Intéressante observation ématomologiste sérieux et distingué, la preuve nycha mâles étaient des pédérastes par goût.
iBt important de faire observer que ces mâles ir à leur disposition, sinon des femelles de tout au moins des lucioles femelles, puisque
les cas de pédéràstîe en qiiestioti furent observés en des endroits où abondaient les deux sexes dès lucioles dont il s'agit. En conséquence ces ragonicha mâles étaient des pédérastes par goût et non des pédérastes par nécessité *. » Entre deux déductions contradictoires, M. Gadeau de Kervîlle interpose une supposition gratuite *.
J'avais déjà fait des réserves sur cette interprétation pensant que l'odeur des femelles dont peuvent sHtnprégner les mâles est capable de provoquer une erreur. Cette supposition était d^autaUt plus probable que les expériences de Raphaël Dubois 3 montrent clairement dans quelle mesure l'olfaction peut produire des erreui*s de l'appétit sexuel chez certains insectes. Ayant touché avec une baguette de verre qui avait été en contact avec les organes sexuels d'une femelle de bombyx mori, des femelles de diverses espèces de papillons, 11 vit les mâles de bombyx mori chercher à pratiquer l'accouplement malgré l'impossibilité opposée par la disposition des organes.
J'ai réalisé la démonstration expérimentale de mon hypothèse de la manière suivante '\ J'ai fait recueillir un grand nombre de hannetons qui ont été d'abord séparés par sexe. Le lendemain, on mettait dans un large vase de verre rempli de feuillage un nombre déterminé de mâles et de femelles. Les hannetons accouplés étaient mis à part, et à mesure qu'ils se séparaient, les mâles émérites étaient placés avec autant de mâles neufs dans un récipient convenable.
(1) II. Gadeau de Kerville. Ohs. relatives à une note intitulée *< Reversions sexuelles chezles coléoptères mâles » B ? 8", floueil, 18&6, p. 10.
(2) Gh. Féré. Les perversions sexuelles chez les animaux {Hev* phiL, 1897, t. XLIII, p. 499).
(3) Raphaël Dubois. Sur le rôle de Volfaclion dans les phénomènes d'accouplement chez les papillons. Ass, pour l'avancement des sciences, 1895, l^fl partie, p. 293.
(4) Ch. Féfé. Expériences relatives aux rapports homosexuels chez les hannetons [G. U. soc. de Biologie, 1898, p. 549).
D'autre part, des mâles isolés au moins depuis vingtquatre heures étaient imprégnés d'odeurs de femelles en introduisant leur extrémité caudale dans le cloaque de femelles où se déversent des glandes dont la propriété excitante pour les mâles a été signalée depuis longtemps * ; on plaçait ces mâles avec autant de mâles neufs non préparés dans un récipient semblable au précédent, où on pouvait les surveiller.
L'observation a donc porté sur trois groupes : 1° des mâles neufs ; 2*^ des mâles neufs avec des mâles imprégnés artificiellement d'odeurs de femelles ; 3^ des mâles neufs avec des mâles émérites, ayant eu récemment des rapports normaux. Les hannetons imprégnés et émérites étaient rendus reconnaissables par la section d'un h]
élytre.
Le tableau suivant montre bien le résultat de l'expérience.
NOMBRE NOMBRK
des couples des accouplements en expérience. homosexuels.
1*» Hannetons neufs 300
2^ Hannetons neufs et hannetons
imprégnés 208 2
3° Hannetons neufs et hannetons
émérites 210 17
Dans ces 19 accouplements, tous les « passifs » ont un élytre coupé, c'est-à-dire qu'ils ont été choisis par les mâles neufs parmi les imprégnés ou- les préalablement normalement accouplés. Dans 2 accouplements, 1 du 2® et 1 du 3® groupe, V « actif » et le « passif » avaient un élytre coupé : ces exceptions prouvent seulement que la
(l) Straus-Durkheim. Consid. gén. sur Vanatomie comparée des animaux articulés, auxquelles on a joint Vanatomie descriptive du melolontha vulgaris (hanneton) ^ 1828, in-4o, p. 300.
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section d'un élytre n*empêche pas Texcitation sexuelle ; et cet accouplement du 3® groupe montre que l'excitation sexuelle peut se reproduire chez le hanneton mâle après un intervalle de vingt-quatre heures.
Le grand nombre d'accouplements homosexuels dans le 3® groupe, semble montrer que ks conditions de fatigue des hannetons qui viennent d'accomplir le coït normal les prédispose au rôle passif; mais la condition la plus favorable est la rétraction du pénis : car, comme l'avait déjà vu M. Laboulbène, et comme je l'ai vérifié, la pénétration se fait dans la gaine de la verge et non dans Tanus. Les figures de Boas font bien comprendre comment la pénétration ne peut se faire que dans l'état de repos ^
L'état de repos qui est mieux réalisé chez les hannetons émérites n'est pas la seule condition favorable, il faut encore que l'attention 'de l'animal neuf ou reposé soit appelée par l'odeur de la femelle : il n'y a aucune victime parmi les mâles non imprégnés, soit parmi les mâles isolés, soit parmi les mâles qui vivaient avec les femelles.
Le rôle de l'odorat peut, peut-être d'ailleurs, être illustré par l'expérience suivante.
Cinquante hannetons mâles auxquels on avait coupé les antennes, placés dans une caisse bien aérée avec le même nombre de femelles, n'ont donné aucun accouplement eu deux jours; tandis qu'on en a trouvé 18 dans une autre caisse contenant le même nombre de hannetons intacts.
Lorsqu'on tue ces hannetons accouplés pour les conserver, il arrive, quelquefois, qu'ils se séparent; cependant, en dehors de deux couples qui ont servi à la dissection, je puis montrer encore 13 couples homosexuels. Ce sopt des hannetons pris au piège bien plutôt que des
(I) J.-E.-V. Boas. Organe copulateur et accouplement du hanneton, Oversigt over clet Kgl. Danske Videnskabeimes Selskabes, etc. Copenhague, 1892»
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hannetons Invertis ou criminels. Tant qu'on n*aUra pas exclu les conditions qui peuvent constituer un piège, les observations des faits isolés ne pourront pas prouver la réalité de l'inversion volontaire ou instinctive dont on a accusé ces animaux.
Plusieurs des observations faites sur les hannetons méritaient confirmation *.
1° Lorsqu^ôn itiettalt en présence un nombre correspondant d'individus des deux sexes, on n^observait jamais de rapprochements homosexuels ; il en était de même lorsque des mâleë neufs étaient réunis à l'exclusion de femelles ;
2° Rarement on a vu un mâle neuf s'ïiccoupler à un autre mâle Imprégné artificiellement d'odeur de femelle;
3° Assez souvent on a observé des mâles récemment séparés d'une femelle se soumettre à des mâles neufs. Cette dernîèrd constatation Indiquait que le rôle passif dans les rapports homosexuels est favorisé par la fatigue.
Le fait que quelques mâles imprégnés d'odeur de femelles sans avoir eu de rapports sexuels avaient pu être victimes de mâles neufs, semblait indiquer que l'odeur de la femelle avait pu jouer le rôle d'un excitant spécifique sur les mâles neufs actifs dans l'accouplement. L'influence des impressions de l'odofat, dont les antennes passent pour être les organes, pouvait encore être soutenue par les expériences ddns lesquelles des hannetons mâles privés de leurs antennes n'avaient eu aucun rapport sexuel avec les femelles qui vivaient avec eux en nombre égal.
J*ài repris ces expériences avec les bombyx du mûrier soigneusement isolés et observés depuis la sortie du cocon i
(1) Ch. Féfé. Ëjipêriences relatives à V instinct sexuel chez le bombyx du mûrier {C. R. Soc. de Biologie, 1898, p. 845).
LES PERVERSIONS SEXUELLES CtîÊZ LES ANIMAUX 83
1° Les lots de mâles placés avec un même nombre de femelles n'ont jamais fourni d'exemples du rapport homosexuel. Les lots de mâles privés de femelles ont présenté des périodes d'agitation qui n'ont jamais abouti à des rapports anormaux.
2^ Les mâles dont l'extrémité caudale a été imprégnée* de liquide provenant de femelles, ne se sont jamais soumis aux mâles neufs mis en contact avec eux.
3° Les mâles (émérites) récemment séparés des femelles, placés avec des mâles neufs leur laissent assez souvent réaliser un accolement solide par les parties génitales. Cet accouplement peut durer une demi-heure ou une heure, même plus ; puis le bombyx passif commence à s'agiter et se dégage. Les tentatives pour fixer l'accouplement dans la mort dans le but d'une dissection ont échoué.
hP Le bombyx mâle qui vient de se séparer de la femelle, est beaucoup moins épuisé que le hanneton dans les mêmes conditions, et il est souvent capable de résister aux tentatives des mâles neufs, mais il peut être mis artificiellement dans un état de réceptivité remarquable par la section des antennes au ras de la tête.
Immédiatement après la section, l'agitation cesse et il subit l'accouplement si un autre mâle se trouve là pour le rechercher. La même section peut avoir le même effet, mais plus rarement, sur des mâles qui ont eu une longue période de repos après un coït normal, ou même sur des mâles neufs *.
5^ Les mâles qui, après avoir eu des rapports normaux, ont été privés de leurs antennes et se sont laissé subjuguer par des mâles neufs, sont capables de retrouver leur
(1) Trois fois sur quatre, les mâles neufs auxquels on a coupé les antennes restent pour un temps incapables de rapports sexuels normaux et accessibles aux autres mâles ; les autres se précipitent sur la femelle immédiatement après l'opération .
i^ Mâles neufs
2^ Mâles émérites et mâles neufs.
3° Mâles émérites amputés des antennes et mâles neufs
4° Mâles neufs amputés des anten- ^' tes et mâles neufs
5° Mâles neufs imprégnés d'odeurs femelles et mâles neufs. . . .
En somme, chez le bombyx comme chez le hanneton, les rapports homosexuels ne se produisent que dans des
(I) Maurice Girard. Traité élémentaire d*entomologie, 1873, p. 87*
NOMBRB
des couples en expérience.