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L*INSTINCT ET LES THÉORIES TRANSFORMISTES

t-on, en face des millions de siècles que notre imagination peut rêver dans le passé de la terre. . . Mais n’est-ce pas encore une idée très arrêtée dans les esprits de la

plus grande partie des savants que tout est le produit

des causes qui agissent encore actuellement? D’ailleurs, noos rayons tu, la théorie ne repose nullement sur l’action prolongée du temps. « Les variétés intermédiaires n’ont qu’une existence passagère et elles se succèdent très vite. Une fois qu’une espèce est ébranlée, les variations se répètent avec rapidité, elles se renouvellent à chaque génération ; et les types transitoires ne sont souvent représentés que par un seul individu L Cet argument est très ingénieux, et il tend à expliquer pourquoi nous ne retrouvons pas les types intermédiaires. Il répond donc à l’objection tirée de la paléontologie ; mais par contre il rend plus forte l’objection historique : il la rajeunit, pour ainsi dire, et en double la valeur. Si une espèce nouvelle peut se former si vite, d’où vient qu’il ne s’en forme pas sous nos yeux?

En résumé, s’il y a des causes accidentelles, diverses, passagères 1 qui tendent à transformer les espèces, il y a des causes constantes qui tendent à les maintenir. Or, quel est le premier principe du calcul des probabilités ? Quand les événements dépendent de deux ordres de causes, les unes accidentelles, les autres constantes, plus le nombre des cas observés est considérable, plus l’action des premières diminue relativement à celle des secondes ; elle finit même par s’évanouir et par devenir, quant au résultat final, absolument nulle.

1 Darwin, t)e l'origine des espèces , p. 209, avec note du traducteur. — Cf. Claparède, article cité, p. 235.

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Ceci à nos yeux tranche la question et, malgré l’immense talent de M. Darwin, relègue encore sa théorie dans la région des hypothèses et des hypothèses invraisemblables. Sans avoir à nous prononcer sur les vraies limites des races et des espèces, questions controversables sur lesquelles les naturalistes seuls sont compétents, nous comprenons très bien qu’il y ait dans l’organisation et les instincts des variations accidentelles, parce qu’il y a des causes également accidentelles et très nombreuses qui peuvent les produire. Mais comme on ne peut démontrer l’existence d’une loi constante portant l’animalité en général à se modifier et à s’élever, et qu’on ne peut faire remonter l’origine de ces transformations prétendues qu’à des mutations toutes fortuites, comme d’autre part un certain nombre de lois, parmi lesquelles la concurrence vitale et la sélection naturelle elles-mêmes luttent constamment pour maintenir le type spécifique, l’application du calcul des probabilités semble toute faite, et dans un sens tout à fait opposé à celui de M. Darwin.

L’instinct et l’organisation étant solidaires, tout porte donc à croire, jusqu’à présent, que les instincts ne sont pas des facultés sans cesse en voie de formation. Assurément, nous ne pouvons remonter à leur première origine. La paléontologie peut replacer sous nos yeux des organismes disparus ; elle peut nous faire connaître à la rigueur les premiers représentants d’un grand nombre d’espèces actuelles. Est-il besoin de dire que l’histoire des instincts ne remonte pas aussi haut? Maintenant, il faut l’avouer, parmi les instincts des animaux, il en est dont l’origine est relativement très récente : il en est qui s’affaiblissent et cessent d’agir ; il en est enfin des nouveaux qui apparaissent.. Or, une habitude transmise

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par hérédité ne peut, chez les animaux, se distinguer d’un instinct; dans un très grand nombre de cas, il est impossible de savoir si l’on se trouve en présence d’un instinct primitif ou d’une habitude héréditaire. Pour savoir si tout instinct a commencé par être une habitude, il faudrait remonter aux temps préhistoriques; mais l’homme seul a pu y laisser des traces de son industrie. Si l’on voulait une démonstration directe, la question serait donc insoluble.

Mais tout nous dit que l’instinct dépend de l’organisme, qu’il ne prend par lui-même aucune initiative, et que s’il subit des modifications persistantes , c’est que l’une ou l’autre des fonctions organiques dont il dépend a subi elle-même des modifications durables, transmissibles par voie d’hérédité. La question de l’origine des instincts, pour le répéter une dernière fois, est donc subordonnée à celle de l’origine des espèces. S’il était vrai que tous les organismes dérivent d’une première cellule primitive, n’ayant d’autre attribut que celui de la vie réduite à son expression la plus simple, tous les instincts dériveraient de la pure tendance à vivre, qui serait peu à peu déterminée par les complications croissantes de l’organisme. L’histoire de l’individu serait ainsi l’histoire du règne animal tout entier. N’hésitons pas à le dire : on chercherait en vain quels inconvénients pourraient résulter de ce système, au point de vue philosophique. Mais ce système est-il vrai ? Sous la forme qu’il revêt en ce moment, il présente des difficultés considérables qui nous empêchent de l’accepter. Ce que l’on peut considérer comme acquis, dans l’état actuel de la science, c’est qu’il existe des instincts qu’on peut appeler spécifiques; ils répondent aux besoins et aux

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ressources provenant de l’organisation commune à l’espèce et du milieu constant auquel elle est adaptée. Puis, comme le type spécifique admet une certaine flexibilité, comme l’organisation s’accommode de quelques variations de milieu , peut perdre d’anciens caractères et en acquérir de nouveaux, nous ne devons pas nous étonner que chaque instinct soit flexible et qu’il puisse, dans de certaines limites, présenter des variations peu profondes, pareilles à celles que nous avons décrites et que nous croyons avoir expliquées.

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