‹ L'instinct [Texte imprimé]Chapitre 25 sur 44 · L* INTELLIGENCE HUMAINE · texte numérisé non relu

L* INTELLIGENCE HUMAINE

perfection. Nous ne nous sentons complets que si nous, sommes unis, au moins par la pensée, à cet être infini qui par cela seul qu’il agit 'sur nous, se distingue de nous, mais nous révèle aussi clairement son existence, que les forces diffuses dans le monde physique nous révèlent la leur, en résistant à notre propre activité. Dès lors, ce n’est plus seulement une causalité semblable à la nôtre que nous cherchons dans les choses, c’est cette causalité idéale et parfaite qui , en créant tous les êtres , leur imprima une tendance irrésistible à remonter jusqu’à elle.

Tel est, rapidement résumé, l’ensemble de nos facultés intellectuelles. Aucune d’elles, on le voit, 11e peut se comprendre sans les autres. Quand l’intelligence humaine connaît, quel que soit l’objet de ses .connaissances et quelle qu’en soit l’étendue, toutes ses facultés, sans exception, travaillent de concert. En exercer une, c’est exercer toutes les autres. Et si elles forment un seul tout, ce n’est pas qu’elles soient des transformations variées et des produits inégalement perfectionnés de la sensation primitive ; c’est qu’en chacune d’elles se manifeste l’action d'un principe personnel qui partout élabore les produits de nos sens et agit avec toutes ses lois dans les moindres de ses opérations.

Pour compléter cet aperçu, voyons enfin comment du seul jeu de ces facultés raisonnables peut sortir le langage. Longtemps la psychologie a professé que nous interprétions la plupart des signes et que nous parlions en vertu d’un instinct particulier. Mais de récents écrits ont je crois, fait bonne justice de cette opinion. Suivant la vieille étymologie, le langage (oratio, X07 èr) n’est autre chose que la raison; ajoutons la raison

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prenant possession d’elle-même dans la réflexion et la conscience, et appliquant ses principes à la connaissance analytique des phénomènes extérieurs.

Un point que M. Jouffroy avait déjà mis en pleine lumière, c’est que l’homme pour arriver à parler, doit être à même de dire je ou moi . Quand il a établi un certain rapport entre sa personnalité et les affections variables qu’elle subit, il est à même de décomposer sa pensée, pour en exprimer les éléments chacun à part : il peut donner un sens au mot est (signe caractéristique, dit très bien J. -J. Rousseau, d’un être actif et intelligent), puis concevant hors de lui des personnalités qu’il place d’abord indistinctement partout et qu’il imagine semblables à la sienne , il peut enfin exprimer l’idée qu’il a des choses, distinguant en elles des substances et des attributs. Jusqu’à ce qu’il en soit arrivé là, il peut comme l'animal exécuter des mouvements, pousser des cris, qui racontent, à son insu, les affections qu'il subit. Pour avoir un véritable langage , il faut qu'il exprime volontairement les idées qu’il se fait et de luimême et des objets qui l’entourent : et pour avoir de telles idées , il faut au préalable que sa conscience ait opéré ces distinctions fondamentales dont nous venons de parler.

Mais pour exprimer ces idées, il faut quhl parvienne à comprendre la valeur des signes. Un signe est un phénomène qui éveille en nous l'idée d’un autre phénomène. Or, qu’on examine tous les exemples des signes quels qu'ils soient qui viendront à l’esprit, on verra qu’un phénomène est le signe d’un autre phénomène, parce qu’il est lié à lui par quelqu’un de ces rapports que la raison nous fait chercher et découvrir en toutes

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choses : il en est le commencement ou la fin ou une partie plus ou moins essentielle , il en est la cause ou l’effet ou le but, etc. Pourquoi les premiers bourgeons qui poussent aux arbres sont-ils les signes de l’approche du printemps ? Parce qu’ils sont les effets de cet ensemble de phénomènes physiques et météorologiques que nous appelons le printemps. Pour un médecin expérimenté, tout dans l’état physique et moral d’un malade, sera signe relativement à la nature et aux progrès de la maladie : pour un homme inexpérimenté, rien ne le sera. Il est facile de multiplier les exemples : on constatera que dans la nature, si tels ou tels, phénomènes sont pour nous des signes intelligibles, c’est à la condition que nous ayons compris le rapport qui existait entre le signe et la chose signifiée, l’un étant, comme nous l’avons dit, le commencement, la fin , le symptôme de l’autre.

Les signes de la physionomie et de la parole sont-ils soumis à d’autres lois? Il est permis d’affirmer que non, depuis les savants travaux de Charles Bell, de Gratiolet, et les analyses à la fois si sensées et si ingénieuses de M. Lemoine 1 . Les mouvements de la physionomie peuvent être signes à plusieurs titres. Quand les opérations de l’intelligence ou de la sensibilité sont faciles, les organes qu’elles font travailler nous montrent aussi un jeu facile, et rien ne trouble leurs proportions habituelles, bien que la vivacité et la continuité de leurs mouvements les rendent plus vivants , pour ainsi

1 De la physionomie et de la parole , (Bibliothèque du philosophe contemporaine). — De la physionomie par Gratiolet.

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