‹ L'instinct [Texte imprimé]Chapitre 30 sur 44 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

RETOURS APPARENTS A L’iNSTINCT ET A L’ANIMALITÉ

Y a-t-il dans l’humanité des états où reparaisse l’instinct et où nous puissions trouver des marques de passage entre la nature de l’animal et la nôtre? — La femme. — L’enfant. — L’homme primitif. — Les peuples dits sauvages. — L’idiot. — Le fou. — L’homme endormi. — Les actes d’habitude. — Dans ces divers états, l’intelligence peut être altérée ou amoindrie plus ou moins par le trouble des sens ou l’insuffisance des conditions extérieures. Mais alors même que la partie animale de l’homme domine(cequi établit une certaine analogie avec l’instinct), il est visible que cette animalité n’est point et n’a jamais dû être destinée à un genre de vie instinctif. — Inductions morales.

Pour que les propositions que nous avons essayé de démontrer restent établies, nous avons encore à examiner et à réduire à leur juste valeur des objections considérables. On pourrait nous reprocher d’avoir pris uniquement comme type l’homme adulte, l’homme civilisé, riiomme moyen. On pourrait nous dire qu’en cherchant à quel point les facultés d’un pareil être different de celles de la bête, nous avons passé sous silence une immense partie de l’humanité. Or là peut-être trouverions-nous des transitions insensibles, des marques de passage entre la nature animale et la nature humaine, des phénomènes de retour ou d’atavisme tendant à faire reparaître dans la seconde les caractères de la première. Enfin les arrêts de développement subis

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par de nombreux individus ou par des races tout entières pourraient bien, dit-on, nous laisser voir à nu l’instinct et la bestialité primitives.

Telles sont les questions auxquelles nous allons nous efforcer de répondre , en examinant les faits qui les ont provoquées et les inductions plus ou moins légitimes qu’on a cherché quelquefois à tirer de ces faits.

Tout d’abord, l’humanité n’est pas absolument une, pourrait-on dire, car elle est composée de deux sexes , et il se pourrait que la part de l’instinct fût plus considérable dans l'un que daus l’autre. « La femme, et surtout la femme mère, disait Virey, est l’être le plus instinctif de la nature. » Il y a dans cette assertion quelque chose de vrai. Il est incontestable que l’organisation physique de la femme porte bien plus que celle de l’homme les marques d’une destination particulière. Tout au moins, son corps devant travailler plus longue, ment au renouvellement de l’espèce humaine , les devoirs de la maternité lui sont plus clairement indiqués, plus fortement imposés par ses fonctions physiologiques elles-mêmes. Sa sensibilité et son imagination subissent nécessairement l’influence de ces prédispositions organiques ; la gestation et l’allaitement rendent cette influence plus continue, créent dans son être tout entier un état durable, analogue à celui que nous avons constaté dans les espèces supérieures du règne animal. La femme voit l’être qu’elle a conçu sortir vivant de ses entrailles, puis se coller à son sein pour y puiser sa nourriture. Sa mémoire et son imagination en gardent à jamais l’impression^ profondément gravée par le plaisir et la souffrance. Aussi, le sentiment du lien qui rattache la mère à son enfant prend-il une puissance

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