‹ L'instinct [Texte imprimé]Chapitre 32 sur 44 · LA FEMME · texte numérisé non relu

LA FEMME

mains à la corruption. Vit-on jamais entre les pères et les fils de ces associations ténébreuses et perfides comme

les tribunaux en révèlent quelquefois entre les mères et les filles pour la débauche ou pour le crime ? Ce qui semblerait compléter encore la ressemblance de l’état ordinaire de la femme avec l’état instinctif, c’est qu’elle est bien plus que l’homme soumise à la loi de la périodicité. A intervalles réguliers, marqués aussi par la souffrance, reviennent en elle des phénomènes tenant de près aux fonctions de la maternité qu’elles préparent, et qui intéressent si fortement l’organisme entier que , troublés , ils peuvent produire toutes les variétés de la folie.

Mais y aurait-il là de quoi autoriser cette opinion que la femme est une créature intermédiaire, en qui la nature s’est essayée à former un être supérieur ? Sans parler des démêlés qu’une pareille thèse aurait avec la physiologie et l’anatomie, rappelons seulement que la femme a la raison. Il est possible qu’elle en use moins librement : mais son âme, c'est l’âme humaine ; et bien que ses facultés animales soient plus périodiquement et plus étroitement soumises que celles de l’homme aux nécessités physiologiques, bien que son imagination

soit plus fréquemment obsédée par des sensations plus

pénétrantes, elle a conscience de son état physique et moral, elle peut comprendre la grandeur de sa mission et en accomplir librement tous les devoirs. Les deux sexes font partie d’une seule et même espèce. Je croirais ridicule d’insister sur des vérités si évidentes.

On nous dira maintenant que l'humanité, dans l’un et l’autre des sexes qui la composent, n’arrive pas tout d’un coup à la plénitude de son développement, et que

RETOURS APPARENTS A L’iNSTINCT.

la raison n’est que bien tard en possession d’elle-même. L’enfance n’est-elle pas tout entière livrée à l’instinct? L’éducation des parents lui infuse, pour ainsi dire, la civilisation que les siècles ont accumulée à l’aide des croisements, de la sélection, de l’hérédité. Mais en attendant, les premiers jours de l’enfant ne peuventils nous donner une image fidèle de la condition primitive de notre espèce, et nous aider à comprendre les évolutions que l’animalité fut capable d’accomplir, s’il est vrai que chez l’enfant, ce soit de l’instinct que sorte peu à peu l’intelligence ?

L’enfant débute par un genre de vie instinctif, c’est ce qu’on ne saurait mettre en doute un seul instant : nous verrons bientôt quelle est la signification de cet instinct . Mais ce qui est d’abord incontestable , c'est que l’intelligence est soumise à la loi du développement successif et du progrès, et qu’il lui faut des instruments déjà montes et accordés. L’être physique a cependant des besoins qui ne peuvent pas attendre et qui doivent être immédiatement satisfaits. La sensibilité entre en jeu sous la pression de ces besoins, et elle contraint elle-même les organes à exécuter les mouvements qui doivent apaiser sa douleur. Voilà ce que nous avons indiqué quand nous avons parlé des premières tendances, des premières opérations sensorielles, des premières actions de l’homme. Comme la vie du corps devance de beaucoup celle de l’esprit, dont elle est une préparation nécessaire, un certain nombre de mécanismes, tels que celui de la respiration, par exemple, sont disposés de longue date et fonctionnent dès la naissance: la sensibilité concourt, sans que l’individu en ait conscience encore, aux mouvements qu’il exécute. Tout

l/ ENFANT.

parait donc durant les premiers jours comme* dans l’animalité proprement dite: c’est d’abord la partie animale de notre nature qui se développe et qui aspire à vivre. Les phénomènes si curieux de la succion n’ont pas d’autres caractères.

Pendant la vie embryonnaire, l’enfant, chacun le sait, * reçoit le sang de sa mère tout respiré, tout prêt à le nourrir ; il n’a donc pas à faire le moindre effort pour vivre. Burdach n’a point réussi, je crois, à faire accepter par les physiologistes que les eaux de l’amnios renferment un liquide alibile, et que ce liquide, baignant les lèvres de l’enfant, lui fait insensiblement prendre l’habitude des mouvements destinés à avaler. Seulement, quand le terme de la vie intra-utérine est arrivé, les organes de la succion se sont fortifiés comme tous les autres, et ils sont comme tous les autres animés de cette vitalité qui se faisait depuis longtemps sentir à la mère par des mouvements tantôt rythmiques, tantôt soudains et saccadés. Mais il faut que le temps voulu soit accompli pour qu’ils aient acquis, à un degré suffisant, la motilité et l’énergie 1 * * 4 .

C’est que la part du mécanisme est ici considérable.

1 D’après les observations de Burdach, un fœtus de six mois n’avale pendant

la première scmninc presque rien de ce qu’on fait couler dans sa bouche.

Les fœtus de sept mois ne savent pas encore téter; lorsqu’on leur met un

peu de lait dans la bouche, ils la ferment, y gardent quelque temps liquide et l'avalent avec difficulté, en exécutant de forts mouvements des muscles abdominaux. Peu à peu ia déglutition devient plus aisée et n’exige plus aucun ellort. Ceux de huit mois cherchent à prendre le sein, mais le quittent bientôt : ils avalent avec avidité les liquides qu’on leur verse dans la bouche. Ceux de neuf mois enfin sucent le mamelon, quoique cet exercice ne tarde pas à les fatiguer. Traité de physiologie, tome iv, p. il*.

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