‹ L'instinct [Texte imprimé]Chapitre 35 sur 44 · RETOURS APPARENTS A ^INSTINCT · texte numérisé non relu

RETOURS APPARENTS A ^INSTINCT

tic particulier, sans faire appel à la faculté d’imitation qui parait complètement absente , on exercera l’idiot à certains jeux insignifiants, inutiles en eux-mêmes, on lui apprendra , par exemple, à distinguer les couleurs et à juger de leurs différences. On lui fera répandre sur une table de larges morceaux carrés de carton, rouges, bleus, blancs, verts, etc., et l’on mettra dans ses mains des octogones de même matière et de même couleur, en lui recommandant de juxtaposer les uns sur les autres les cartons semblables entre eux. Tous finissent par y arriver plus ou moins facilement, en nommant chaque couleur et même chaque nuance.

D'abord, dit le rapport à l'Académie de médecine, ils font tout mal, avec crainte et répugnance : ils ne comprennent rien à ce qu’on exige d’eux. Il semble même qu’ils soient privés de cet instinct d’imitation généralement si prononcé dans l’enfance. Mais à force de soins de répétitions, on parvient à leur faire exécuter, d’une manière convenables des actes que d’abord on aurait cru impossibles pour eux. A mesure qu’ils acquièrent plus de capacité, quelques signes d’amour-propre , d’émulation, de vanité même viennent remplacer cette apathie profonde qui rendait leur nullité plus complète. Peu à peu, ils finissent par répéter d’eux-mêmes ce qu’en grande partie on avait fait pour eux, et par s’accoutumer aux actes qu’il leur est possible d’accomplir. Ils les accomplissent volontairement, avec la prévision du résultat, et en y mettant une déférence affectueuse.

On ne peut apprendre beaucoup à l’idiot, parcequ'on ne peut reconstituer en lui les conditions organiques de l'intelligence : l’état de son cerveau ne lui permet

i/lDIOT.

pas la suite et l'enchaînement des idées, et son attention ne peut se porter que sur un petit nombre de choses. Mais si c’est à la partie animale de l’homme que semble réduit presque entièrement ce malheureux, on ne saurait dire néanmoins que l’instinct ait reparu chez lui et nous laisse voir un animal. L’âme et le corps formant 5 un tout naturel, la partie animale de notre nature n’est faite elle-même qu’en vue de l’intelligence. Quand l’ètre tout entier se trouve arrêté dans son développement, c’est la moindre partie de l’humanité, c’est une humanité dégradée que nous avons en face de nous, ce n’est pas l’animalité proprement dite. La dégradation même de l’idiot nous le prouve, en nous montrant où tombe la nature humaine, quand l’intelligence ne peut se développer, faute de conditions satisfaisantes. La physiologie de l'idiot démontre la même chose. Les microcéphales gardent toujours les caractères matériels de l’homme. Non-seulement ils ont une langue intelligible, articulée, abstraite, quoique excessivement pauvre, mais leur cerveau, inférieur en apparence à celui d’un orang ou du gorille est encore, suivant l’expression de Gratiolet, le cerveau d’une âme parlante.

Quant à l’éducation qu’on donne à l’idiot, on ne peut sans doute la pousser bien loin ; mais on voit dans quelle direction on fait avancer l’individu : c’est évidemment dans le sens de l'humanité qu’on le dirige. Amener l'idiot à faire attention , voilà le pivot sur lequel tourne toute cette éducation. Par cela seul, c’est une éducation non point instinctive et animale, mais humaine et intelligente.

Peut-être jugera-t-on qu’il est difficile de se prononcer sur le véritable état d’un être ainsi annihilé. Peut-être

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