‹ L'InstitutChapitre 4 sur 7 · PEINTURE · texte numérisé non relu

PEINTURE

Dix élèves ont concouru cette année, comme les années précédentes, pour le prix de peinture. Ce concours n'était ni mieux ni plus mal que l'an dernier. Parmi les concurrents, il y en avait de très-jeunes et de fort peu

expérimentés dans Part ; d'autres, vieux grognards, ayanl déjà lotîtes les ficelles du métier et leurs chevrons de médaillés aux expositions publiques. Ce qui nous a frappé dans l'ensemble des œuvres exposées en peinture, c'est ce qui nous a frappé dans les autres branches de l'art : c'est le manque absolu de naïveté, de jeunesse. Ils sont vieux nos jeunes élèves, ils sont bien vieux. Et ce que nous voyons sans cesse, et toujours, et avec un nouveau déplaisir, c'est que les professeurs, les membres de l'Institut, au lieu d'encourager chez les jeunes gens les qualités qui donnent de sérieuses espérances, qualités toujours exprimées par une grande sincérité, une naïveté complète, ils encouragent de préférence le faire, l'exécution, l'habileté matérielle, qu'ils préfèrent au sentiment. C'est une grande faute, c'est une faute capitale dont l'École et l'Institut portent la responsabilité tout entière.

Les attaques dont l'un et l'autre corps ont été l'objet n'ont jamais eu d'autres raisons que celles qui existent encore. Serait-ce donc un mal incurable, inféodé à l'institution? Rien n'y fait : ni critiques du public, ni encouragements de l'État... Ces messieurs disent sans doute :

— Bah ! à quoi sert de nous mettre l'âme à la torture pour chercher du nouveau, du raisonnable dans l'enseignement de notre art? C'est chose non seulement inutile, mais nuisible... Si mon camarade l'architecte pouvait se douter que je veux avoir plus d'esprit quo lui, autant seulement, il ne me donnerait plus sa voix ; le sculpteur ferait comme lui, et alors je ne • serais ni professeur à l'École, ni membre de l'Institut. Et pour les pauvres diables d'artistes, comme ils disent : C'est avoir son bâton de maréchal que d'être membre de l'Institut et professeur à l'Ecole des Beaux-Arts. Aussi, à moins d'une volonté suprême, il faut courber l'échiné, se faire tout petit, bien petit, afin de pouvoir entrer dans la catégorie et passer par la même filière que ses maîtres. Si les élèves de notre temps négligent les éludes générales, nous devons reconnaître qu'ils s'appliquent à suivre leurs maîtres dans les voies ténébreuses de l'intrigue, et que, ma foi ! selon nous, ils n'y réussissent que trop bien.

Le premier grand prix en peinture a été donné à 31. Ulman, le plus chevronné de médailles parmi les concurrents ; il a eu son premier prix malgré un malheur, un bras colossal, le bras droit de sonCoriolan, la figure principale de son tableau. Le second prix a étcdonnéàM. Lcfebvrc, qui avait peint le sien comme une peinture fur porcelaine. Une mention honorable aurait dû être donnée à M. Robert Flcury fils, qui avait fait une bonne

toile d'élève dans son tableau du concours, où il y avait de l'harmonie et de la couleur de bon aloi. On a préféré donner cette mention à un jeune élève de l'école gothique, mauvaise imitation des vitraux allemands.

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