‹ L'Institut catholique de Paris, 1875-1901Chapitre 77 sur 112 · IbicL, 16 novembre · texte numérisé non relu

IbicL, 16 novembre

Cependant le jardin botanique créé par M. le docteur Tison continuait à être entretenu aux frais de l'Institut, et semblait être conservé à dessein pour nourrir l'espérance, lorsqu'on crut utile, dans le budget de 1891, de faire quelques économies sur ce chapitre. La botanique céda donc le pas à la culture maraîchère ; aux plantes et aux arbustes savamment étiquetés succédèrent de modestes légumes dont l'économat du séminaire tira le meilleur parti possible, en attendant, pour la science, un retour de fortune.

Ces jours meilleurs ne sont pas encore levés; cependant il semble qu'on en voie poindre l'aube. La nouvelle organisation officielle de l'enseignement des sciences est, en effet, de nature à préparer les voies à une reprise sérieuse de l'étude des sciences naturelles.

Un décret du 22 janvier 1896 est venu modifier profondément les conditions de l'examen et du diplôme de licence es sciences.

Il règle que les Facultés de sciences délivreront des certificats d'études supérieures, correspondant à chacune des matières enseignées par elles ; et que le diplôme de licencié sera conféré à tout étudiant qui justifiera de trois de ces certificats, avec mention des matières correspondantes à chacun d'eux.

Il est donc aujourd'hui loisible à l'étudiant de sciences de composer lui-même sa licence, en prenant les divers certificats qui répondent le mieux à ses aptitudes ou à ses besoins.

Dès lors, rien de plus facile que de faire figurer au nombre des certificats requis, un ou plusieurs des certificats de sciences naturelles, sans être astreint, comme autrefois, à les prendre tous.

Aussi, depuis ce moment, l'étude de cette partie des sciences tend à se relever. Déjà le cours de géologie.

LÉCOLE DES SCIENCES

assez longtemps interrompu, a recommencé avec grand succès ; des étudiants se présentent aussi pour la zoologie et la botanique, les collections se réorganisent, et tout fait espérer, dans un prochain avenir, la reprise complète de l'enseignement de toutes les sciences naturelles.

Dans les années 1SSG et suivantes, le personnel enseignant de cette Ecole subit quelques changements, et le nombre des maîtres et des coins s'augmenta.

M. Paul Serret se retira cette même année et, en 1888, le R. P. Joubert, absorbé par les travaux de l'Ecole Sainte-Geneviève, résigna lui-même ses fonctions.

Le R. P. d'Esclaibes, de la Compagnie de Jésus, docteur es sciences, qui lui succéda, n'occupa que deux ans la chaire de calcul différentiel et intégral, et la céda, en 1890, sans cesser d'en être titulaire, à un suppléant, le R. P. Fouet, licencié es sciences mathématiques, ancien professeur de mécanique rationnelle à l'Université d'Angers,

En 1887, M. André, docteur es sciences mathématiques, fut chargé d'un cours d'analyse.

Le départ de M. Fiot, arrivé la même année, fit confier les conférences de mathématiques spéciales à M. Bourguet, docteur es sciences mathématiques, qui les conserva pendant sept ans. On lui associa, en 1890, un jeune maître, ancien élèAre de l'Institut, M. l'abbé Nau, qui s'était signalé par des aptitudes exceptionnelles. M. Nau devint titulaire de la chaire en 1894, et ne tarda pas à être reçu docteur es sciences mathématiques.

Le cours de chimie, suspendu à la suite de la démission de M. Godefroy, et insuffisamment compensé pendant un an par des conférences, fut repris, en 1892, par un chimiste de grand talent, M. l'abbé Hamonet, docteur es sciences, ancien professeur à la Faculté libre d'An-

gers, qui s'acquit bientôt de la réputation par son enseignement et ses découvertes de laboratoire.

Enfin, en 1893, l'enseignement de la mécanique et de l'astronomie fut confié à M. Chailan, licencié es sciences mathématiques, membre delà Société mathématique de France.

Se sentant ainsi, d'année en année, plus vivante et plus forte, l'École des sciences songea, à l'exemple de celle des lettres, à se reconstituer aussi sur le plan d'une Faculté. Déjà elle avait ses assemblées périodiques tous les mois. Elle élabora, en 1896, un règlement intérieur qu'elle fit approuver provisoirement par le Conseil supérieur des Évoques, et elle mit à sa tète un doyen, élu par ses collègues pour une période de deux ans et rééligible.

Les publications scientifiques des professeurs de cette École sont trop nombreuses et trop Avariées, pour que nous puissions essayer d'en donner même un simple aperçu. On en trouverait le relevé dans les registres du secrétariat de l'Institut.

Outre les articles presque innombrables dont la plupart d'entre eux nourrissent les revues scientifiques, plusieurs firent des découvertes dans le champ de la science, ou produisirent des ouvrages qui leur valurent la plus légitime notoriété, et même la célébrité.

M. André publia, chaque année, de savants mémoires sur des points de hautes mathématiques, dans les revues scientifiques de France et de l'étranger ; la série en serait presque infinie.

S'inclinant en même temps vers les plus humbles, il ne composa pas moins de sept volumes relatifs à l'enseignement de l'arithmétique dans les écoles primaires.

Dans le même ordre des sciences mathématiques,

l'école des sciences 189

M. Ghailan écrivit, pour les écoles primaires et pour les classes de mathématiques élémentaires, divers traités d'arithmétique, d'algèbre et de géométrie descriptive.

M. Nau publia d'utiles ouvrages manuels sur l'arithmétique et la trigonométrie, et présenta à l'Académie des sciences des études sur le calcul différentiel et intégral, qui méritèrent d'être couronnées.

Le R. P. Fouet donna au public un ouvrage de haute valeur sur la Théorie des Fonctions analytiques.

M. Hamonet se livra, avec autant de persévérance que de perspicacité, à des recherches de laboratoire qui l'amenèrent à de remarquables synthèses et à la découverte de corps nouveaux jusque-là inconnus.

Les études de M. de Lapparent sur l'écorce de la terre, non seulement se formulèrent pour le public dans des Traités de Géologie et de Minéralogie qui sont devenus classiques et qui font autorité dans tous les pays, mais elles aboutirent à la création d'une science nouvelle, la Géographie physique, dont les règles furent exposées par lui, pendant l'hiver de 1892, dans ses leçons à l'Institut catholique.

Il s'ensuivit une polémique assez retentissante, dont le résultat final fut la consécration de la nouvelle théorie. Au cours de la discussion du budget de l'Instruction publique, qui eut lieu au Sénat, en 1895, M. Bardoux souligna môme, d'une façon très expressive, l'initiative de l'éminent professeur de l'Institut catholique : « Messieurs, dit-il, je voudrais, en quelques mots, appeler l'attention de M. le Ministre de l'instruction publique sur une lacune de l'enseignement supérieur. Je veux parler de l'enseignement de la Géographie physique...

a Savez -vous ce que sont obligés de faire les étudiants qui sont candidats à l'agrégation d'histoire? Ils sont obligés d'aller dans un établissement libre, l'Institut

catholique, pour suivre le cours, très remarquable, du reste, de M. Lapparent (1). »

Aussi l'Etat s'empressa-t-il de mettre à profit la nouvelle création, en instituant une chaire de géographie physique et un certificat spécial.

L'Institut de France rendit, à son tour, hommage au mérite de l'émment professeur, et l'Académie des sciences l'appela, le 28 juin 1897, à prendre rang dans son sein pour la section de minéralogie.

Quelques années auparavant, le laboratoire de physique de l'Institut catholique avait été témoin d'une découverte dont il est à peine possible, jusqu'ici, de mesurer les destinées. En même temps qu'il se livrait à l'étude de la physique générale, qu'il en répandait la connaissance au dehors par des Traités de Physique d'une remarquable clarté, et quïl publiait des travaux importants sur l'identité de la matière colorante du sang chez les différents vertébrés, sur la déperdition de l'électricité par les rayons très réfrangibles, par la lumière du jour et à l'obscurité, sur la conductibilité des gaz au contact des corps incandescents, M. Branly concentrait ses recherches sur un chapitre spécial de l'électricité. En 1890, il parvint, comme il résulte de ses communications à l'Académie des sciences, à la merveilleuse constatation des phénomènes de conductibilité électrique intermittente, déterminée à distance par des étincelles électriques, sans conducteur apparent, qui allait apporter, dans toutes les applications de l'électricité, et tout d'abord dans la télégraphie et la téléphonie, une révolution jusque-là inouïe.

Sur les données de sa découverte, il construisit le RadiocoiiducI<'<ir qui porte son nom, simple tube de

1. Bulletin de l'Œuvre de Saint-Thomas d'Aquin, 25 janvier 1879,

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