Scène IV
ADRIENNE, M"* ORBIER, puis ELEONORE et JULIETTE
M"" Orbier. — Madame...
Adrîenne. — N'ayez pas peur, madame... J'ai eu rhonneur de recevoir de vous un mot un peu mystérieux...
M"* Orbier. — Je ne me suis pas expliquée par lettre... parce qu'on ne sait jamais avec les lettres... et qu'il s'agissait... Enfin, je vais vous dire franchement...
Adrîenne. — Allez! Allez! Nous sommes entre femmes !
. M"* Orbier. — Voici... Eh bien, je voudrais vous montrer mes seins!
Adrîenne. — Vos seins!... Ah! bien...
M*"" Orbier. — Je ne sais pas ce qu'ils ont, depuis quelque temps... Je ne les reconnais plus...
Elle commence à se dégrafer.
Adrîenne, — Vraiment! Oh! non, pas ici... Nous avons un salon exprès pour les seins... le salon framboise... et je vais vous confier à une personne unique à Paris!... Une véritable spécialiste... qui a fait des men'eilles dans cet ordre d'idées-là... (Allant à un
appareil acoustique.) EnvoyCZ-moi M"* EléonorC... (A
M"' Orbier.) M"" Eléonore a perfectionné le procédé nubien.
M"* Orbier. — Ije procédé nubien?...
Adrîenne. — Vous savez que les Nubiennes, pour conserver aux seins la fermeté du bronze, n'hésitent pas à leur appliquer de la mie de pain toute chaude...
M"* Orbier. — Mais ce doit être horriblement douloureux !
Adrîenne. — Rassurez- vous, on ne vous mettra jîas de la mie de pain. C'est pour vous indiquer le principe qui nous a guidées... (Entre Eléonore.) Je vous présente mademoiselle Eléonore.
Eléonore. — Madame...
Adrîenne, à Eléonore. — C'est pour le salon framboise.
Eléonore, regardant le corsage de M*** Orbier avec
attention. — Ah!... ah!... je vois, je vois bien...
M"* Orbier. — Comment ! c'est visible à ce pointlà!
Eléonore. — Oh! pas pour tout le monde, madame... mais pour moi...
Adrîenne. — Vous êtes en bonnes mains.
Eléonore. — A vos ordres, madame.
M"* Orbier. — Je vous suis... je vous suis... (A Adrienne.) Madame, je ne sais conunent vous remercier.
Adrîenne. — Oh! madame... c'est moi qui... Madame... (Sort M™* Orbier, précédée d'Eléonore. Adrienne à Juliette.) Ah! vous voilà, vous...
Juliette. — C'est M"* Séraphine qui...
Adrienne, enlève sa blouse. — A propos, est-ce qu-elle a terminé l'envoi de Melbourne?
Juliette. — Pas encore, maaame.
Adrienne. — Dès qu'elle sera libre, vous me renverrez... J'ai à lui parlef...
Juliette. — Bien, madame. (La porte s'ouvre. Appa-
raît Léon sur le seuil.) Ah! c'est monsieuT... Bonjour,
patron. (Entre Léon.)