‹ L'Institut de beauté, comédie en 3 actesChapitre 21 sur 45 · Scène V · texte numérisé non relu

Scène V

ADRIENNE, LEON, JULIETTE, puis LEOPOLD

Adrienne. — Oui... oui... mon chéri, entre... entre !

LÉON. — J'arrive du Palace, je viens t'embrasser en passant.

Adrienne. — Tu as bien travaillé?

LÉON. — J'ai écrit quelques vers que m'a demandés Brochin pour corser le volume... Maintenant, je vais prendre l'air, (il va pour sortir.)

Adrienne. — Oh ! tu ne sais pas ce que tu ferais avant, si tu étais bien gentil?

LÉON. — Non.

Adrienne, le conduisant dans le petit bureau et lui montrant un gros registre. Tu Vois toUS CCS chiffreS?...

C'est le montant des pots de pommade que j'envoie dans les cinq parties du monde... Il y en a, hein? Eh bien, si tu étais gentil, tu me ferais cette addition... Voilà trois fois que je m'y mets. Je n'en sors pas, on me dérange tout le temps. Ça ne t'embête pas trop?

LÉON. — Pas du tout. J'espère que je sais encore faire une addition ! Bigre ! elle est longue !

Adrienne. — Installe-toi dans ce fauteuil, comme ça... Tu es bien?

LÉON. — Parfaitement.

Adrienne. — Désires-tu un cocktail?

LÉON. — Merci... Je préférerais fumer une cigarette.

Adrienne. — Tant que tu voudras, mon chéri... Dis? crois-tu que tu ne serais pas à ton aise pour travailler dans ce petit bureau?

LÉON, riant. — Dans cette cage?

Adrienne. — Je l'ai installée exprès... tu serais près de moi!...

LÉON. — Ma pauvre enfant, ma pauvre enfant, tu me fais rire!... Tu n'as aucune idée de ce que c'est que le travail poétique!... Il serait impossible d'écrire une ligne dans cette boîte-là... Demande à n'importe quel poète. C'est un endroit pour faire des comptes, ce n'est pas un endroit pour faire des vers !

Adrienne. — Il me semble, m9i, que quand on a envie de travailler, on travaille partout... Victor Hugo a assez écrit en exil...

LÉON. — L'exil, c'est plus grand que ça...

Adrienne. -^ Enfin! nous recauserons de tout ça un de ces jours... Fais mon addition, mon chéri...

A ce moment, Juliette introduit Lcopold, qui a une petite cassolette à la main. Costume de laboratoire, manches de lustrine.

Juliette. — Oui... vous pouvez entrer, monsieur Léopold.

Adrienne, l'apercevant par la porte laissée ouverte. —

Ah! voici Léopold... (A Léon.) Tu le connais, c'est le chef de notre laboratoire, un petit Marseillais très gentil.

LÉON. — Oui, je l'ai aperçu quelquefois.

Adrienne. — Il vient me montrer la crème que nous lançons dans huit jours... la crème de Vénus. Je suis à vous, Léopold.

LÉOPOLD, s'avançant avec la cassolette. — Humez ça...

ma petite patronne... Humez ça! (Apercevant Léon par la porte.) Bonjour, patron!

LÉON, vexé, à part. — C'cst curicux comme ça m'agace quand on m'appelle patron!

LA PCTITE ILLUSTRATION

LÉOPOLD. — Humez donc ça!... Pourquoi ne vous voit-on jamais au laboratoire? Ça vous intéresserait, vous qui avez fait des sciences.

LéoN. — Je n'ai jamais fait de sciences.

LÉOPOLD. — Ah ! pardon, je croyais que vous aviez été à Polytechnique.

LÉON, fièrement. — J'ai été refusé.

LÉOPOLD. — J'ignorais, mes compliments... Au

revoir, patron, (il revient vers Adrienne.)

LÉON, seul. — Encore! (il se replonge dans l'addition et

murmure.) Huit et Sept quatorze, et quatre dix-sept, et trois vingt et un...

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