‹ L'Institut de beauté, comédie en 3 actesChapitre 22 sur 45 · Scène VI · texte numérisé non relu

Scène VI

LEON, à gauche; LEOPOLD, ADRIENNE, à droite.

Adrienne. — Elle a Pair réussie, votre crème, Léopold.

LÉOPOLD. — Elle fera du bruit, je vous le garantis.

Adrienne. — A quoi allons-nous la parfumer?

LÉOPOLD. — J*ai pensé à l'héliotrope.

Adrienne. — Oh! non... trop sévère... pour une crème intime... il faudrait un parfum plus léger, plus frais. Que diriez-vous de l'aubépine blanche?

LÉOPOLD. — C'est ça... c'est ça... Vous avez trouvé!.

Adrienne. — Seulement, ce sera-t-il assez pénétrant?

LÉOPOLD. — Je crois bien ! D'ailleurs, nous n'avons pas besoin de l'aubépine blanche, ce serait malheureux! Le parfum de l'aubépine s'obtient avec un mélange d'acide oxalidrosalmique dont la formule est 04 H4 Az2 09 et d'hypobutirate d'éthyle.

Adrienne. — Vous êtes très savant, Léopold!

LÉOPOLD. — Un enfant sait ça... Mais c'est vous qui y mordriez, à la chimie, si vous vouliez... Vous avez une tête scientifique!... Vous avez le don, quoi!

Adrienne. — Moi?

LÉOPOLD. — Je l'ai obserA'é souvent... Vous savez, patronne, que vous êtes une vraie fenune, intelligente, alerte... c'est rigolo... Moi, je ne me lasse pas de vous voir aller, venir, commander, distribuer le travail à tout le monde, chercher à vous instruire... Et tout ça avec des yeux qui rient et des paroles <i:entilles... Alors, on est pris, il n'y a qu'à marcher !...

Adrienne. — Je fais de mon mieux, Léopold.

LÉOPOLD. — Les femmes comme vous sont joliment supérieures à leur mari, quelquefois... Tenez, le vôtre, par exemple, il n'est pas bête, certes...

Adrienne. — Comment, pas bête!... Mais c'est un homme éminent...

LÉON, à gauche. — Six et trois font douze... et neuf font dix-sept, je pose sept et je retiens trois.

LÉOPOLD. — Eminent, dans son genre, je ne dis pas... Mais qu'est-ce que c'est à côté de vous ?... Qu'est-ce que c'est?

Adrienne. — Mais, pardon, Léopold... pardon!

LÉOPOLD. — Il est absolument incapable de vous comprendre. Vous êtes des êtres trop différents.

Adrienne. — Pas du tout, vous vous trompez...

LÉOPOLD. — Oh! il vous aime... Ça, je ne dis pas... Ça se voit. Mais quant à vous comprendre, quant à sentir ce qu'il y a en vous de vibrant, d'original... Ça, je l'en défie! C'est pas possible! c'est pas possible!

Adrienne. — Etes-vous drôle!

LÉOPOLD. — Il ne se doute pas de votre valeur

et du chemin que vous ferez... Vous irez très loin, patronne, si vous consentez à étudier... à apprendre... c'est moi qui vous le dis...

Adrienne. — Je ne demande pas mieux.

LÉOPOLD. — Moi, je me charge de vous faire faire des progrès en science. Je vous donnerai des leçons, vous verrez... En ce moment, je suis en train de faire des expériences très curieuses sur la chimie de la femme... Figurez-vous que j'ai découvert que les rides... les rides du visage...

Adrienne. — Oui. Eh bien?

LÉOPOLD. — Oh ! ce n'est curieux qu'au point de vue scientifique, car on ne peut pas exploiter l'idée... J'ai découvert qu'autant il est difficile de faire disparaître complètement les rides, 'autant il serait facile d'en faire surgir de nouvelles.

Adrienne, riant. — Eh bien! comme découverte!...

LÉOPOLD. — Vous voyez, on ne peut guère exploiter.

Adrienne. — Je ne vous le conseille pas.

LÉOPOLD. — Ah! le jour où on voudrait employer la science à créer «la laideur et non plus la beauté, on arriverait à des résultats merveilleux!... Enfin! ce sera pour plus tai'<l, ce sera pour la société future...

Adrienne. — Ne nous pressons pas, voulez-vous? Et occupons-nous de la crème.

LÉOPOLD. — Dites donc, j'ai une idée... Puisque nous allons la lancer, si on priait le patron de nous composer quelques petits vers, comme on en met dans les journaux, à la quatrième page? Ça, c'est une chose qu'il ferait très bien.

Adrienne. — C'est-à-dire qu'il le ferait admirablement.

LÉOPOLD. — Ce serait un jeu, pour lui, puisqu'il est poète... Voilà une occasion de le montrer.

Adrienne. — Excellente idée, T^opold... Je vais le lui demander moi-même... Merci, Léopold.

LÉOPOLD. — Au revoir, ma petite patronne... Je retourne au laboratoire.

LÉON, se levant. — Là, j'ai fini... (Il ouvre la porte.) LÉOPOLD, à Adrienne, en s'en allant. — VouS me donnerez des nouvelles de mon enduit pour le massage électrique?

Adrienne, désignant la porte de la salle de massage. —

J'en fais l'expérience en ce moment sur une cliente.

LÉOPOLD, en sortant. — Une dcmi-heure, n'est-ce pas? pas plus d'une demi-heure...

Adrienne. — Soyez tranquille... Je surveillerai moi-même.

LÉOPOLD. — Au revoir, patronne, au revoir, ^latron !

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