‹ L'Institut de beauté, comédie en 3 actesChapitre 38 sur 45 · LEON, ADRIENNE, BOMBEL, CELINA · texte numérisé non relu

LEON, ADRIENNE, BOMBEL, CELINA

Adrienne, prenant le rouleau qui est sur la table, à Bombel et à Célina. — Je VOUS quitte ! J'ai quelques courses à faire... Je rentrerai à la maison vers sept heures ou huit heures et demie.

LÉON. — Enfin, pour dîner?

Adrienne. — Pour dîner.

LÉON. — Ah! quand je sortais on a apporté un tableau de l'hôtel des ventes,

Adrienne. — Oui... je sais... je l'ai acheté hier. J'avais oublié de te prévenir.

LÉON. — L^ne femme en robe violette, avec une grande boucle noire, étendue sur un tapis...

Adrienne, éclatant de rire. — Ah! ah! en robe violette! comique!

LÉON, vexé. — Mais oui... en robe violette!

Adrienne. — Elle est nue... elle est entièrement nue!

LÉON. — Entièrement nue?... avec cette robe violette...

Adrienne. — C'est la chair... tout simplement... et ce que tu appelles une boucle...

Bombel, riant. — Ah! ah!

Célina, sévère. — Ne riez pas de ça! Ça ne vous vaut rien !

LÉON. — Jamais vous ne me ferez encaisser ça!

Adrienne. — Ce tableau est une merveille, mon oncle, vous verrez... Une toile de Barnabe... qui est le plus grand peintre de la femme moderne... (A Léon.) Tu n'aimes pas ce que fait Barnabe, n'est-ce pas?

LÉON. — Je n'ai jamais dit que je n'aime pas ce que fait Barnabe. C'est un jeune peintre de beaucoup de talent... Je dirai même qu'il a de lavenir... Barnabe...

Adrienne. — Il a soixante et dix ans... et ij est célèbre dans le monde entier... Tu n'es pas fort en peinture!

LÉON. — Je suis ce qu'on est convenu d'appeler... d'une jolie force... d'une jolie force moyenne...

Adrienne. — Evidemment, Barnabe, ce n'est pas des machines à examiner avec une loupe... Ça se sent plutôt que ça ne se regarde... (A Léon.) Toi, tu es un bourgeois. Tu en es encore à la musique de Wagner. Ce n'est pas de ta faute. J'ai été comme ça, jadis...

LÉON. — Oui, ma chérie.

Adrienne. — Tu me l'as même assez reproché. Et puis, subitement, mon esprit s'est ouvert à tout, à la musique, à la littérature, à l'art... Que veux-tuf Il y a des esprits qui s'ouvrent et il y a des esprits qui se referment!

LÉON. — Oui, ma chérie! Et combien as-tu payé ee tableau de Barnabe?

Adrienne. — Oh! je t'en prie!... Ne faisons pas intervenir l'argent dans les questions d'art... Cependant^ si tu tiens à le savoir, je l'ai payé douze mille francs.

LÉON, réprimant un bond. — Douze mille f Bien, ma chérie.

Bombel. — Oh! oh!

CÉLiNA. — Bigre!

Adrienne. — C'est un tableau qui vaudra un million dans cent ans.

LÉON, toujours très calme, — Ça, je le Crois.

Bombel. — Alors, c'est un placement de père de famille.

LÉON. — De grand-père de famille.

Adrienne, froidement. — Joli!.., (A Céiina.) Vous n'aviez pas des tentures à me montrer?

CÉLINA. — Oui... Vous qui avez tant de goût, je voudrais votre avis sur une étoffe, pour le cabinet de toilette de monsieur Bombel que je suis en train d'installer.

Bombel. — Ne la prenez pas trop austère... C'est un cabinet de toilette, ne l'oubliez pas...

Adrienne. — Nous allons voir. (A.Léon.) A propos, la baronne est à Paris.

Léon, indifférent. — Ah!

Adrienne. — Tu devrais t 'in former de l'hôtel où elle est descendue... Oh! ce doit être le Palace... et l'inviter à dîner. C'est la moindre des choses.

LÉON. — Si tu y tiens...

Adrienne. — Oui, elle pourrait croire que je lui garde rancune... Pauvre femme ! Si elle savait comme tout cela est loin!

Elle sort d'un air supérieur.

Bombel, à Cciina, bas. — Pas trop austère, Célina, pas trop austère!...

Célina, bas. — Pourquoi pas avec des dessins libidineux! Ah! si l'on vous laissait faire, oii irionsnous î

Elle sort.

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