Scène III
LEON, ADRIENNE
LÉON. — Embrasse-moi à l'instant.
Adrienne. — Voici, mon chéri.
LÉON. — Hein? Qui est-ce qui ne prenait pas son mari au sérieux, avant d'avoir entendu un éditeur le couvrir d'éloges? Qui est-ce qui le prenait pour un amateur sans importance, pour une espèce de bourgeois poète qui veut se hausser jusqu'à l'art?...
Adrienne. — Je ne suis pas poète... je pouvais me tromper... alors, je n'osais rien dire.
LÉON. — Mais, quand je te lisais mes vers, tu n'étais pas emballée... Si tu ne m'avais pas aimé, tu les aurais trouvés idiots...
Adrienne. — Pardon... je sentais bien que tu avais du génie... mais je n'étais pas sûre que tu avais du talent.
LÉON. — Et, maintenant, tu en es sûre?
Adrienne. — Oui... autant qu'on peut être sûr
de ces choses-là, bien entendu... Moi, tu sais, je suis d\ine famille de petits commerçants de rien du tout... et il faut que je me fasse à l'idée que tu es devenu poète. Mais ça vient... ça vient. Il me semble que je commence à t 'admirer. Mon pauvre chéri, j étais injuste envers toi souvent, je m*en rends compte... Je gênais ton inspiration... Allons ! je te laisse travailler...
LÉON. — Oui, je me sens en verve! Vas-tu chez ma belle-sœur?
Adrien NE. — Non, je vais justement faire des courses avec la baronne...
LÉON. — Ah! oui... Vous allez vous faire mettre des tas de choses sur les joues et sous les yeux!...
Adbienne. — Mais pas du tout!... Nous allons visiter un Institut de beauté... qui appartenait à une cousine de la baronne... Elle en a hérité... c'est toute une histoire...
Léon. — Bon ! bon ! Ça m'est égal.
Adriekne. — D'ailleurs, ce ne serait pas un crime d'aller là, toutes les femmes y vont, même les plus jeunes... Quant aux autres!... As-tu remarqué comme les femmes de soixante ans sont jolies depuis quelques années?
LÉON. — C'est \Tai... c'est vrai... Je me demandais à quoi ça tenait...
Adrienne. — Aux Instituts de beauté. Et je suis curieuse de connaître une de ces maisons... On ne sait ï)as ce qui peut arriver... A un moment donné, je peux vieillir...
LÉON. — Ça m'étonnerait.
Adrienne. — Tout est possible, mon cliéri...
Entre la femme de chambre.
La Fkmme de chambrk. — C'est M"' Célina, madame.
Adrienne. — Qu'elle entre!
LÉON. — Célina?...
Adrienne. — ("est la dame de compairnie do la f)aronne... sa lectrice... une très brave fille... (A Célina. ) Entrez, Célina, entrez!... Qu'y ^-i-Wi