Scène V
Les MEMES, LA BARONNE
LÉON, va à sa rencontre. — Madame...
La Baronne.
mettez ?
J'enmiène votre femme, vous per-
LA PETITE ILLUSTRATION
LioN. — Certes.
La Baronne. — C'est une si charmante compagnie pour moi... (A Adrienne.) Chère amie...
Elle lui serre la main.
Adrienne, à la femme de chambre qui a suivi la baronne.
— Un chapeau...
Elle se chapeaute pendant les répliques suivantes.
La Baronne, à Léon. — Je n'ose yous demander de nous accompagner... Vous devez avoir autre chose
à faire... (Sur un signe de Léon qui lui montre de loin sa table de travail sur laquelle il y a des papiers.) Oui... je
comprends... une page commencée... une belle page que nous verrcMis quelque jour... Brochin m*a dit qu^il vous avait révélé sa petite indiscrétion et la mienne, par conséquent... Ah! ces « Impressions de tunnel »! J'ai hâte de les relire en volume... Vous avez beaucoup voyagé?
LÉON. — Très peu. Je suis allé dans le Midi, comme tout le monde.
La Baronne. — Moi, j'ai parcouru dix fois l'Europe... j'ai mené une vie internationale et passionnée. Comme vous avez bien noté tous les frémissements du voyage!...
Adrienne, se retournant. — N'est-ce pas?
La Baronne. — Ah! j'ai retrouvé dans vos vers des impressions que je croyais avoir été la seule à éprouver... Quand vous parlez, par exemple, du « bruit noir des tunnels ))...
CÉLiNA. — Le bruit noir !... Oh ! là, là !... C'est beau !
La Baronne. — Oui, c'est beau... A l'entrée de la voûte, le wagon s'illumine soudain, tandis que de chaque côté de la voie on dirait que des troupeaux de bêtes furieuses et affolées par la lumière le poursuivent avec des cris rauques. Il y a là une angoisse unique et secrète que vous avez rendue admirablement... Excuséz-moi de vous le dire si mal...
Adrienne. — Je connais mon mari, vous êtes tout excusée.
LéoN. — Et vous n'êtes que trop indulgente, madame.
La Baronne. — Non... non... si vous saviez la joie que j'ai eue à vous rencontrer, vous et madame Lagraine... Je n'ai presque plus de relations à Paris... et je craignais l'isolement dans cette ville qui ne me fait plus l'effet d'être en France, mais en Europe.
AERIENNE. — Vous n'allez pas la quitter avant longtemps, j'espère?
La Baronne. — Ah ! je ne demanderais pas mieux... Ça dépend de tant de choses!
CÉLINA. — Nous en avons des affaires à régler à Paris!
La Baronne. — Entre autres, celle de cet Institut de beauté oii je vous emmène précisément... Comme je vous l'ai dit, je viens d'en hériter d'une de mes parentes qui était en train d'y faire une grosse fortune.
LÉON. — Tant mieux!
La Baronne. — Elle gagnait je ne sais combien... Célina a les comptes.
CÉLINA. — Cent mille francs par an. Quel bon métier! Voilà ce qu'il me faudrait...
Adrienne. — Cent mille francs!
La Baronne. — Et vous comprenez que je ne voudrais pas laisser péricliter la maison faute de direction. Ce que je cherche, c'est une Parisienne chic, élégante, ayant de la souplesse, du goût... une vraie femme de tête comme était ma cousine... J'abandonnerais la moitié des bénéfices, et il n'y a aucune mise de fonds, la maison est tout installée.
Adrienne. — Mais vous savez que j'ai votre affaire!... J'ai tout à fait votre affaire...
La Baronne. — Vous connaissez une ^personne qui serait capable...?
Adrienne. — Je crois bien!
La Baronne. — Qui?
Adrienne. — Moi!
LÉON, riant. — Ah ! ah ! Je m'y attendais., je m'y attendais...
Adrienne. — C'est étonnant comme je gagnerais volontiers cinquante ou soixante mille francs par an !...
La Baronne. — Et même plus.
Adrienne. — Et même plus, si c'est nécessaire... (A Léon.) Qu'est-ce que tu en penses, mon chéri?
LÉON. — Je te vois dirigeant quoi que ce soit, et surtout un Institut de beauté !
Adrienne. — Ah ! tu ne m'y vois pas !... Eh bien, et si la baronne y consent?...
La Baronne. — Ce serait le rêve.
LÉON. — Allons! allons! pas d'enfantillage!
La Baronne. — Vous avez l'air de plaisanter, monsieur Lagraine... mais c'est une situation tout ce qu'il y a de plus honorable, une profession nouvelle, qui convient merveilleusement à une femme...
^Célina. — Ça vaut rudement mieux que d'être institutrice !
La Baronne. — Il y a vingt employés à diriger... un laboratoire de chimie, de la correspondance avec, les cinq parties du monde... Venez donc voir ça et puis nous en recauserons.
LÉON, toujours riant. — Voilà! AIlcz... allcz !
Adrienne. — Dépêchons-nous... Tu m'attends?
LÉON. — Oui.
La Baronne. — Au revoir, monsieur Lagraine.
CÉLINA. — Au revoir, monsieur Léon.
Elles sortent toutes les trois.