‹ L'Institut de France et le second Empire: souvenirs anecdotiques d'après des documents inéditsChapitre 4 sur 6 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

l'élection de dumon et delangle la candidature magne

A TAcadémie des Sciences morales et politiques, la création par décret d'une section nouvelle et l'intrusion de dix membres avaient déplacé la majoritéetsingulièrementmodifié les chances des scrutins. Cependant, le parti libéral qui, jusque-là, y avait régfné en maître, ne perdit pas courage, et ne se résigna pas à abdiquer. Ne pouvant plus emporter les positions de haute lutte, il

Les compétiteurs étaient nombreux.

L'un des plus gênants était M. Renouard, conseiller à la Cour de cassation. D'opinions libérales, ancien défenseur du Globe^ sous la Restauration, M. Renouard était vu d'un très mauvais œil par tout ce qui touchait au régime nouveau. Il était, d'ailleurs, à ce moment, dans une situation assez délicate.

Bien que conseiller à la Cour de cassation, il exerçait, en effet, contrairement aux lois, les fonctions d'administrateur des biens de la famille d'Orléans, qui étaient incompatibles avec sa situation judiciaire. II était menacé de poursuites disciplinaires. Avant lui, le président Laplagne-Barris avait bien accepté et exercé les mêmes fonctions. Mais il avait

offert sa démission et n^avait conservé son siège que sur une intervention spéciale de TEmpereur, qui fait honneur à la générosité du souverain. Les adversaires de Renouard menaçaient de discuter cette situation. Ils allaient, colportant avec grand bruit, une lettre qu*il avait récemment adressée au garde des sceaux Abbatucci, et dans laquelle il sollicitait une faveur pour son fils. Ils menaient contre lui une vive campagne et, cette fois encore, les menaces qui s'étaient produites, au moment de la candidature Odilon Barrot, se renouvelaient contre TAcadémie.

Guizot résolut d'écarter Renouard.

Mais il avait des amis puissants... A plusieurs reprises, déjà, à leur instiga-

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lion, il avait posé sa candidature. Us désiraient vivement le voir arriver»

cette fois. Lui-même y tenait beaucoup.

Néanmoins, devant la tournure que prenaient les choses, et poussés par Guizot, quelques-^uns de ses partisans Tengag^èrent à se 'retirer. Cousin s'y employa d'abord, mais sans succès. Thiers et Mignet, à leur tour, firent près de lui des instances réitérées. Il résistait toujours. On députa Wolowski pour tenter un dernier effort. Renouard céda enfin.

Le premier obstacle était écarté.

Parmi les candidats se trouvait le garde des sceaux, M. Delangle, ministre de TEmpereur, mais ancien avocat de marque et magistrat éminent^ dont nul ne contestait la haute valeur profession-

nelle. Guizot se résigna à Taccepter et à le laisser entrer en même temps que Dumon. Mais il voulait les admettre sur le pied d'une parfaite égalité. Or, la place dans la section de législation était regardée comme supérieure aux deux places de la section administrative. Il fallait donc y pourvoir d*abord. Guiiot imagina une combinaison ingénieuse*

Il conçut la pensée de faire passer M. Laferrière, Tun des décemuirs nommés par décret, de la section politiquei administration et finances, dans la section de législation. Si cette proposition était acceptée par M. Laferriére et ratifiée par r Académie, Guizot attribuait les deux places vacantes dans la section administrative, Tune à M. Dumon,

H l'institut de frange

l'autre à M. Delangle. De cette façon, leur situation était parfaitement égale.

« Dumon ne se présentait pas contre Delangle, mais en même temps que lui. Hommes d*hier et hommes du jour»

tous étaient satisfaits. » — Sans doute»

le départ de M. Laferrière allait créer une troisième vacance dans la section d'administration. Pour celle-là, on avi* serait plus tard.

Ces idées arrêtées dans son esprit»

Guizot alla trouver Troplong et les lui soumit, tt Si vous voulez, lui dit-il, appuyer le passage de Laferrière à la section de législation, et vous engager, vous et vos amis, à donner vos voix i M. Dumon pour Tun des sièges à la section administrative, je m'engage et mes

amis s'engagent avec moi, àdoanerleurs voix à M. Delangle, pour Tautre. »

Troplong accepta Taccord et un arrangement formel fut conclu.

M. Laferrière se laissa aisément persuader et consentit à solliciter son entrée dans la section de législation. Tout semblait s'arranger selon les désirs et les prévisions de Guizot. Les choses, cependant, n'allèrent pas toutes seules, et il y eut a quelques scènes piquantes. »

A la séance du 29 janvier, M. Dupin, au nom de la section de législation, fit connaître à l'Académie le désir exprimé par M. Laferrière d'être admis dans cette section, « à laquelle le rattachaient plus particulièrement ses travaux sur l'histoire du droit public et

privé, et dont il avait auparavant ambitionné d'être membre ». — Et, « prenant en considération le désir comme les ouvrages de M. Laferrière, invoquant la même raison de convenance et d'utilité, qui fit obtenir, en 1837, par la section de philosophie que Jouffroy remplaçât M. Laromiguiére, et, en 1851, par la section de morale, que M. Yillermé remplaçât M. Droz, la section de législation demandait â TAcadémie de lui adjoindre M. Laferrière, â la place de M. Portalis. Cette adjonction, disait le rapporteur, est le vœu unanime de ses membres (1). «

Mais, M. Dunoyer, • peu au courant

(i) Procèt-yerbâl de la •tonce do S9 jaikTi«r.

des habiles et grandes combinaisons, ne put s'empêcher, avec sa rude et bizarre sincérité » , de s'élever contre ces conclusions. Il trouvait ce passag^e d'un membre d'une section dans une autre peu académique. » — M. Naudet parla dans le même sens. — Le secrétaire perpétuel, M. Mignet, réclame, à son tour, la parole. Gomme M. Dunoyer il juge que ces chasses-croisés d'une section dans une autre sont peu convenables. Puis il ajoute : « N'y a-t-il pas quelque chose de peu agréable pour l'Empereur qui a créé une section administrative, qui en a choisi les membres, de voir ces membres déserter le poste d'honneur où il les avait mis pour en briguer un autre ?... Quelle jolie et

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mordante épi^amme ! Et pourtant, ses coUègfues affirmaient qu'il avait parlé sérieusement. C'est qu'alors il croyait que l'argument était à la taille et à la mesure de ceux à qui il l'adressait et de la section administrative en particulier (1). »

Ces efforts furent inutiles. Par 23 voix sur 29 votants, l'Académie décida que M. Laferrière passerait de la section de politique, administration et finances dans la section de législation.

o Trouvant sans doute dans ce vote un baptême académique et purificateur, l'heureux élu se confondit en protestations d'indignité et d'humilité, en ao

(i) DvMU, Mémoirtt.

lions de grâce et de reconnaissance profonde, en promesses d*efforts, enfi»

tout un discours, les uns disent imprô^ visé dans la chaleur de Témotion, les autres couvé depuis huit jours dans le mystère du cœur et apporté tout bouillant pour rheureux moment de l'adoption par les grands magistrats qui rayaient élu. — Eh quoi, semblait-il dire, moi, collègue des Troplong, des Dupin, des Bérenger, des de Broglie.

— Allons, académiciens administrateurs par la grâce de César, Barthe, Gormenin, Clément et tutti quanti, inclinez-vous devant ce charmant adieu, devant le plaisir qu'on a de vous quitter !

• La sereine majesté de Guizot qui

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avait mené tout le jeu planait sur cette scône (1). »

Le 12 février, M. Barthe, au nom de la section d'administration, politique et finances, se déclara prêt à faire la présentation des candidats aux deux places vacantes.

Une vive discussion s'engagea sur le point de savoir si ces présentations devaient être successives ou simultanées.

On fit remarquer que des présentations simultanées pouvaient entraîner quelque confusion dans les esprits. Néanmoins, la majorité de l'Académie décida qu*elles auraient lieu simultanément.

En conséquence, à la séance du 19,

(i) DuBOM, Mémoirtt,

M. Barthe fit connaître que la section de politique, administration et finances présentait :

r En remplacement du baron Pelet :

En première ligne, M. Dumon;

En deuxième ligne, MM. Richelot et Faugère;

En troisième ligne^ M. Joseph Garnier.

2* En remplacement de M. Mesnard :

En première ligne, M. Delangle ;

En deuxième ligne, M. Boulatignier;

En troisième ligne, M. Husson.

Aucune adjonction ne fut proposée :

le 26, eut lieu la discussion des titres à laquelle prirent part MM. Passy, Barthe, Dupin atné, de Parieu, Cousin, Dunoyer et Charles Dupin.

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Huit jours après, le 5 mars, M. Dumon était élu le premier par S8 voix sur 34 votants. Troplonç et ses amis avaient été fidèles au pacte conclu avec Guizot. A leur tour, les opposants se crurent tenus de Tobserver et votèrent pour M. Deiangle qui fut élu par 26 voix, deux de moins que son nouveau confrère*

Restait à pourvoir à la place laissée vacante dans la section administrative par le départ de M. Laferrière. Une partie de TAcadémie poussait depuis longtemps M. Daru à se mettre sur les rangs, a Déjà une fois on Tavait engagé dans une situation douteuse. Une réparation lui était due. On s'attendait à le voir paraître, et les autres candidats croyaient que c'était lui qu'ils auraient

à combattre. Point du tout. Ce fut M. Magne qui surgit, et les gens habiles de dire : les autres candidats sont de bons commis. Entre commis et ministres, nous aimons mieux les ministres (1). • Que s*était-il donc passé? Quelques jours auparavant, aux Tuileries, le conseil des ministres Tenait de finir. On causait, et il était question des élections A r Académie, a Je trouve très bien, dit TEmpereur, que l'Académie choisisse M. Delangle et nomme M. Dumon, ministre des finances du précédent gouvernement. Mais je ne vois pas pourquoi elle ne prendrait pas aussi mon ministre des fnances* «

(i) DvBO», itémoirêê ùMiU.

M. Mag^e devenait le candidat de TEmpereur lui-même.

Il se mit aussitôt en campagne.

Sa candidature rencontra une vive opposition. Mais comment la faire échouer? Les compétiteurs ne manquaient pas. Cinq autres concurrents, MM. Boula tig^nier, Richelot, Joseph Garnier, Jouitteau, Victor Foucher, briguaient la succession de M. Laferrière. Aucun d^eux ne paraissait avoir des titres suffisants à opposer au ministre de TEmpereur. En conséquence, les adversaires de M. Magne imaginèrent de faire donner à M. Baude sa démission de membre libre et de le présenter comme titulaire. Ils se croyaient sûrs du succès, et il le fallait

bien, car» en cas d*échec, ils eussent fait jouer un vilain jeu à leur confrère o en Texposant à partager le sort de M. d^Hauterive» qui disparut autrefois dans le défilé de la place d'associé libre au fauteuil de titulaire » .

Malgré ce péril, et après quelque bésitation» M. Baude se décida A accepter Toffi'e qui lui était faite, et, le 19 mars, le secrétaire perpétuel donna lecture d'une lettre par laquelle il se démettait de sa place d'académicien libre et se portait candidat au fauteuil de M. Laferrière, dans la section d'administration.

« Le combat était ouvert et l'émotion grande dans les deux fractions de l'Académie. »

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Les partisans de M. Baude s*efforcèrent d*abord d'obtenir de la Commisune présentation ex œquo. Mais, l'un des membres, M. Barthe, véritable chef de la section importée par décret, tenait obstinément pour Magne, « par ordre, disaient les uns, pour plaire au ministre, disaient les autres. »

Le secrétaire perpétuel, Mignet, fit une démarche près de lui.

« Il serait bien, lui déclara-t-il, et fort académique, de vous faire accepter par quelques actes.

— Ah ! le décret, reprit Barthe ; mais je le défendrai tant qu'on voudra, le décret !

— Défendez-le tant que vous voudrez; c'est dans votre intérêt que je

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-VOUS parle. Car vous serez battus.

— Nous verrons, nous verrons.

— Une présentation ex œquo de fiaude et de Magne vous sauverait de l^échec.

— L'échec, Téchec! Eh bien, nous verrons. »

La section réunie, après avoir passé iout le temps de la séance en discus- •sion, ne pouvait parvenir à s'entendre.

Elle arriva enfin à se mettre d'accord, «t, le 2 avril, M. Barthe fit connaître •qu'elle présentait :

En première ligne, M. Magne;

En deuxième ligne, MM. Baude, Boulatignier, Richelot et Faugère.

MM. Passy et Dunoyer proposèrent l'adjonction de MM. Husson et Joseph

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Gamier. Elle fut admise par FAcademie.

L*élection de M. Baude semblait tellement probable que quelques académiciens, amis de la conciliation, crurent devoir faire avertir M. Fould, afin d'éviter, s'il était possible, à M. Magne, et, jusqu'à un certain point, au gouver^ nement, un échec pénible. Pour remplir cette mission ils firent choix d!un académicien a peu brave d'ordinaire » , mais qui, cette fois, s'était prononcé courageusement pour Baude, et qui aimait à s'entremêler, M. Franck.

M. Franck alla trouver le ministre d'État.

« M. Baude l'emportera, soyex-en sur » , lui dit-il.

— Mais, c'est une manœuvre.

— Non, c'est un pas légitime : de membre libre, il monte au rang de membre titulaire.

— Mais, Magne est un bomme d'esprit.

— Sans doute.

— Mais il parle bien.

— Alors, qu'il se présente à l'Acadé-^ mie française.

— Mais, il persiste et se croit sûr du succès. Ainsi, il aura la voix deDumon.

— Je n'en crois rien.

A son retour, Franck raconta cette conversation devant plusieurs académiciens au nombre desquels se trouvait précisément M. Dumon.

Celui-ci se mit à sourire. « Magne

est en effet venu me foire visite , en sortant, disait-il, de chez Guizot.

— En ce cas, lui répondis-je, je n ai rien à vous dire. Je ferai ce que fera Guizot.

— Mais si, vous pouvez agfir un peu sur lui.

— C'est lui qui agit sur moi et dispose de moi ; vous le savez bien. «

A la séance du 10 avril 1859, eut lieu la discussion des titres. Passy insista près de Cousin pour qu'il parlât le premier. Cousin s'exécuta et, dans « un discours plein de finesse, de mesure, de malice insinuante, de traits incisife, jetés avec une négligence pateline et gracieuse » il soutint la candidature de Baude :

tt — Je ne demande la parole que si personne ne veut la prendre. Je n*ai, d'ailleurs, que deux petits mots à dire.

Le premier, c'est que je regfrette que la section n'ait pas voulu écouter le conseil qui lui avait été donné de retarder la présentation. Si la dernière élection a eu un résultat heureux, celui d'établir la conciliation entre deux parties de l'Académie qui n'ont pas la même origine et de faire éclater, des deux parts, un égal désir de serrer des liens de fraternité si précieux, et d'une loyauté réciproque, cette élection n'en avait pas moins été laborieuse et avait mis en jeu des intérêts opposés et des susceptibilités fort délicates. L'Académie avait été réellement émue. Il n'est

pas bon de rapprocher les épreuves ; et, il eût été plus sage, et pour la section, et pour le candidat dont on voulait servir la cause, de laisser le temps faire le calme. -— Le second point, c'est que le mode de présentation n'est pas précisément le plus heureux. La section a cru devoir présenter M. Magne le premier. Je ne veux pas entrer dans une discussion parallèle trop vive de ses titres et de ceux de M. Baude. Peutêtre, cependant, pour l'Académie à laquelle celui-ci appartient déjà, n'eût-il pas été messéant de placer les deux rivaux sur le même rang. Mais enfin, la section n'a pas cru devoir le faire.

M. Baude, du moins, pouvait aspirer à l'honneur du second rang, seul et à

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part. AU lieu de cela^ on a pris à tâche de le confondre avec quatre autres candidats, lui, déjà académicien. Et, je le demande, quel agrément pour la section et pour son candidat préféré, si FAcadémie reprenant M. Baude au milieu de la foule où on a voulu le perdre à dessein, allait le mettre le premier. Je ne préjuge rien. Mais, enfin, cela est possible; et, si je suis bien informé, dans le sein même de la section, il y a eu une minorité qui a été d'avis que Tacadémicien méritait au moins d'être mis sur le même rang que le ministre. J'espère que cette minorité nous donnera les motifs de son opinion. Pour moi, je l'avoue, je suis aussi dans cette pensée. Quand M. Baude

681 venu me parler de 8on projet de donner sa démission d'académicien libre pour courir les chances de la candidature, je ne lui ai pas donné de conseil ; ety dans de telles circonstances, en effet, il n'appartient à personne d'en donner. Mais je lui ai promis ma voix.

M. Baude, en effet, TAcadémie le sait, et le savait, quand elle Ta choisi une première fois, a des ouvrages considérables. Je ne parle pas seulement de son livre sur TAlgérie, fort estimé, diton ; mais personne ne peut ignorer les nombreux et remarquables travaux dont il a enrichi un recueil célèbre; et ce sont bien là, j'en appelle à nos maîtres en histoire, des livres de belle et bonne administration puisés à des sources ou

inexplorées jusque-là, ou incomplètement étudiées, embrassant les plus g[rands intérêts du pays et écrits avec distinction. Je ne veux pas rabaisser les travaux de M. Magne. Mais ceux-ci sont bien et dûment académiques, etTœuvre personnelle de leur auteur... Je crois donc devoir donner ma voix à M. Baude, avec le regret que la section n*aitpas entendu les vœux qui lui avaient été exprimés. »

A ce discours, qui n'avait pas durer moins d'une heure. Cousin n'avait cessé de mêler les a parte les plus comiques, de prendre à partie M. Barthe, et de lui décocher les traits les plus moqueurs, a Vous voyez mon embarras, monsieur Barthe. » — « Je ne voudrais pas

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T0U8 contrarier^ monsieur Barthe » ; et, en même temps, a il disséquait au scalpel toutes ses gaucheries » . Guizot ne disait mot, mais riait de tout cœur de tous les traits du philosophe. Les partisans de Magne étaient embarrassés, et M. Delangle lui-même a marquait, par Texpression de sa physionomie et quelquefois par son sourire, la satisfaction intérieure que lui causaient certaines insinuations qui n^allaient pas au succès de son collègue » .

M. Barthe répondit que la section «vait consulté les usages et n'avait rien fait qui n*eût été fait plusieurs fois. Il accumula maladresses sur maladresses.

M. Naudet demande la parole. Il «commence par proclamer son incom-

pétence en matière administrative. » Si j'ai été administrateur^ dit-il, ce n'est qu'à mon insu, et alors que je croyais n'être préposé qu'à la garde de livres.

Mais, je suis depuis plus de quarante ans dans les Académies, et me crois le droit d'avoir une opinion et sur les procédés de la section, et sur les titres des candidats. Or, cette manière de placer un personnage à quelques pas d'une foule qui lui fait pour ainsi dire ombre, afin de le mieux mettre en vue, est un procédé, un jeu de perspective. Seulement alors, il faut bien observer de ne pas mettre dans ce qui est destiné à faire repoussoir un personnage qui brille au moins autant que celui qu'on veut faire valoir. C'est ce que, à mon

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avis, la section n'a pas observé dans le cas présent. » Et alors, il insiste sur les ouvrages de M. Baude, et expose avec vivacité ses titres, a Quant à ceux de M. Magne, ajoute-t-il, un ministre a, sans doute, un grand mérite à faire des rapports au chef de TÉtat, à exposer au Conseil d*État ou ailleurs de grandes mesures. Mais enfin, il n'est pas seul à Tœuvre. Depuis le commis qui rassemble les documents^ recueille les chiffres, fait les calculs, jusqu'au chef de division qui rédige et qui souvent même a l'initiative de plus d'une idée, il a tout un monde de collaborateurs. De même, un rapporteur dans les chambres a, prés de lui, une commission de membres choisis précisément pour leur connais-

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sance des questions, souvent très habilesy riches d^idées, sachant les faire prévaloir par la discussion, et les livrant tout élaborées au rapporteur qui, bien souvent, n'a que le mérite d'être un secrétaire intelligent. »

« Un peu embarrassé, comme toujours en commençant, mais se mettant peu à peu à Taise, lançant çA et là des traits amers, M. Naudet n'avait point compromis la cause qu'il voulait défen* dre; il avait souvent touché au vif les amis de M. Magne, leur rendant la situation délicate, et avec moins de bonheur que Cousin il avait très utilement servi les intérêts de M. Baude. »

Cousin avait provoqué les membres de la minorité de la section qui s'étaient

prononcés en faveur de M. Baude A faire connaître les motife de leur rote.

Il y en avait deux, MM. de Parieu et Dumon. Le premier garda le silence.

Le second, après s'être excusé d'intervenir, lui si novice aux usages et aux habitudes de T Académie, dit qu'il ne pouvait se refuser à l'appel réitéré que lui avait adressé M. Cousin, et alors, avec art, avec une argumentation à la fois calme et lente, spirituelle et fine, il donna ses raisons. Il rappela ses anciens rapports avec M. Magne dans les Ghambres et l'administration : a Je l'ai associé à mes travaux, quand j'étais ministre des finances, dit-il, et j'ai pu apprécier tout son mérite. » a II prenait ainsi tout doucement sur lui l'avantage d'un an-

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cien supérieur et le rangeait sous sa critique très nettement favorable à M. Baude, dont il fit surtout valoir la situation académique et releva aussi les services et les travaux administratif (1). »

Personne ne demandant plus la parole, tout le monde se leva et le vote fiit renvoyé à la prochaine séance. Guizot n'avait pas dit un mot. n Nous sommes sûrs du succès, disait en sortant Cousin, surtout si la politique de guerre persiste ft prévaloir. Nous sommes à la veille de si grands changements que tous cet gens-là nous reviennent. »

Il ne se trompait pas. Huit jours

(i) Souvenin inédits.

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après, dans la séance du 16 avril, M. Baude était élu par 22 voix contre 10 données à M. Magne et 3 à M. Boulatignier.

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