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Les développements dans lesquels nous venons d'entrer sur les accroissements que reçut sous la monarchie l'Académie des Sciences portent en eux-mêmes leur intérêt; ils mettent aussi en évidence l'estime et l'autorité de plus en plus p^rande que la savante comj)agnie avait su acquérir. Au moment de sa création par Colbert. la philosophie de Descartes triomphait dans notre pays; mais Leibniz, Newton, les Bernouilli allaient, par leurs immortelles découvertes, donner des bases nouvelles à la philosophie naturelle. L'esprit de la première Académie des Sciences, c'est l'esprit même de Huygens, grand homme, mais cartésien au fond et hostile, en vertu d'idées préconçues, à l'attraction de Newton. Les tourbillons de Descartes, sa géométrie surtout, demeurèrent longtemps la loi de l'ancienne Académie. Le plus habile disciple de Leibniz, le marquis de l'Hôpital, mourut prématurément en 1704, sans être parvenu à faire prévaloir le calcul infinitésimal, ce que l'on appelait alors la géométrie de l'infini. Heureusement les esprits habitués à la méthode scientifique finissent toujours par se rendre à la vérité. Il était réservé à Clairaut, à d'Alembert, ce rival d'Euler, et plus tard à Laplace et à Lagrange, de ramener en France le sceptre de la géométrie et de compléter par leurs immortelles recherches l'explication du système du monde, laissée inachevée en des points essentiels par Newton.
Parmi les questions soulevées par la discussion du système de Newton, se trouvait celle, demeurée douteuse, de l'aplatissement terrestre. Pour la résoudre, l'Académie n'hésita pas à envoyer Glairaut et Maupertuis en Laponie ; Godin, Bouguer et La Condamine au Pérou. La Caille, « qui travailla à lui seul autant que tous les astronomes de son temps », allait au Cap déterminer la position de dix mille étoiles du ciel austral et y mesurer la longueur d'un degré
terrestre. PingTts à Tile Rodrigues; Le Gentil, dans Flnde: Gluippe, t'n Sibérie et en Californie, participaient en 1761 et 1761) à l'observation du passage de Vénus. Les Cassini poursuivaient la mesure de
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ainsi dire, thins toutes les parties du monde, elle poursuivait à Paris même une foule de travaux; elle continuait à publier la.Connaissanc/' des t e?nps in-dugurée en KiTD par Picart; et, quand Bernouilli vint à Paris en 1760, il y trouva, à coté de l'Observatoire un peu délaissé de Perrault, buit ou dix autres observatoires, sérieusement organisés, occupés presque tous par des académiciens. Lalande, qui fut toujours un critique sévère, a pu écrire en 17()() : « La collection des Mémoires de l'Académie des Sciences renferme Je plus ricbe trésor (jue nous ayons en fait d'astronomie. »
L'influence bienfaisante de l'Académie se marqua mieux encore en ce qui concerne l'observation de la nature et les sciences expérimentales, si peu avancées au moment de sa création. Les analyses brutales, les distillations de Du Clos et de Bourdelin, firent place progressivement aux travaux plus relevés de Homberg et de Macquer, pour aboutir à la création de la cbimie moderne par Lavoisier. Est-il nécessaire de rappeler que cette nomenclature, qui excitait l'admiration de Lagrange et qui a régi la cbimie pendant plus d'un siècle, fut l'œuvre de membres de l'Académie : Lavoisier, Berthollet, Fourcroy, alliés à Guyton de Moji^veau. On sait ce que l'bistoire naturelle doit à Réaumur, à Bufl'on, à Daubenton, à Dubamel du Monceau, à Haiiy, le fondateur de la minéralogie. Si l'Académie n'a pu inscrire le nom de Linné que sur la liste de ses associés étrangers, elle a compté parmi ses membres Tournefort, Magnol, Geoffroy, les trois Jussieu, qui sont, pour ainsi dire, les créateurs de la science des plantes. On peut dire en toute justice que, depuis Colbert, le long et métbodique travail de l'Académie avait porté la science française à un état de prospérité qui, jusque-là, n'avait jamais été égalé. L'Académie des Sciences est peut-être le plus parfait modèle de ces institutions qui, nées d'une pensée juste et élevée, ont su dégager et réaliser de la manière la plus complète les vues et les espérances de leurs fondateurs.
Ces connaissances théoriques que ses membres s'attachaient sans cesse à acquérir, l'Académie ne nég-Hgea jamais de les employer pour le bien de l'État et pour l'utilité publique. C'est sous sa direction que Réaumur publia la Description des arts et métiers, collection
A.-L. Lavoisier (1743 1794).
(Ce porlrail a t^U'' agrée de l'Inslilut par lettre du 1:5 mai 180(5.)
iiniiicnse qui, malgré les défauts inhérents à toute granth» entreprise, a été très utile au pays et a contribué à transformer un grand nombre d'industries insalubres. Les ministres, les parlements, les administrateurs, lés assemblées des États soHicitaient souvent ses avis et lui demandaient mAme quelquefois des décisions. KUe était consultée sur les sujets les plus variés : U^ maji^nétisme animal, bi vaccine, la falsification des aliments, bi canalisation des rivières.
28 [L'INSTITUT DE FHAiNCE
l'adduction d«'s eaux dans Paris. Elle lit la lumière sur rHôlel-Dieu et les hôpitaux de Paris ; le rapport de Bailly sur ce sujet suscita un des plus beaux élans de charité qu'on ait jamais vus dans aucun pays. Dix mille rapports, conservés encore dans ses archives, sont la meilleure preuve de la déférence qu'on eut de* tout temps pour ses lumières et ses intentions. C'est à elle naturellement que s'adressa la Constituante, quand il s'agit de procéder à la réforme des monnaies et de doter le pays d'un système uniforme de poids et mesures, et l'on sait comment l'Académie répondit à cet appel.
Quand vint le moment où toutes les Académies furent condamnées dans leur nom et dans leur principe, l'Académie des Sciences dut subir le sort commun ; mais elle reçut des marques de considération particulière. Dans le rapport qui précède le décret du 8 août 1793, portant suppression des Académies, Grégoire lui rendait pleine justice. « L'Académie des Sciences, disait-il, qui fut toujours composée des premiers hommes de l'Europe, a décrit plus de ([uatre cents machines et publié cent trente volumes qui sont un des plus beaux monuments de l'esprit humain. Elle continue avec une activité infatigable les travaux dont vous l'avez chargée sur l'argenterie des éghses supprimées, sur le titre des monnaies d'or et d'argent, sur la production du salpêtre et sur la mesure d'un degré du méridien. » Aussi, tandis que l'article premier du décret portait que toutes les Académies et Sociétés dotées et patentées par la nation étaient supprimées, l'artice 2 stipulait « que l'Académie des Sciences demeurerait provisoirement chargée des différents travaux qui lui avaient été envoyés et qu'elle continuerait en conséquence, et jusqu'à nouvel ordre, à jouir des attributions annuelles qui lui avaient été accordées ». Cet arti(;le 2 fut confirmé huit jours après, le 15 août,
AGADÉMIK DES SCIENCES 29
par un décret spécial, rendu sur la proposition de Lakanal et ainsi conçu : « Les membres de la ci-devant Académie des Sciences continueront de s'assembler dans le lieu ordinaire de leurs séances pour s'occuper spécialement des objets qui leur ont été ou pourront être renvoyés par la Convention Nationale. En conséquence les scellés seront levés, etc. »
Lavoisier et ses confrères ne crurent pas pouvoir se servir de ce décret. L'opinion dominante à la Convention était hostile aux Académies en général. D'ailleurs ces académiciens, dignes successeurs de ceux dont Fontenelle nous a retracé l'attachante histoire, étaient des gens timides, modestes, peu habiles à se diriger dans des circonstances si difficiles, plus préoccupés de leurs études que des événements extraordinaires qui s'accomplissaient chaque jour sous leurs yeux. On peut, à ce sujet, emprunter le récit suivant à Joseph Bertrand :
« L.i l{('\ olution trouva Messier à son observatoire de l'hôtel de Cluny et ne l'y dérangea pas. Privé de ses modestes appointements, il supporta stoïquement la misère. Delambre l'a vu plus d'une fois venir chercher de l'huile chez Lalande pour les observations de nuit. Au plus fort de la Terreur, il découvrit une comète. Les astronomes dispersés ne pouvaient lui en calculer l'orbite ; il songea au président de Saroii (jui, condamné déjà parole tribunal révolutionnaire, l'eçut les observations de Messier et employa les dernières heures (le sa \ le à en <l«''«hiirr 1rs «''l«''iiH'nls (h' l'orbite. »
Le présidnit da Saron in' lui pas le seul membre de l'Académie i|ui uioiiia sui- l'échafaud. On conuail \v sort de Bailly et de Lavoisier. « Il ne leur a fallu qu'un moment pour faire tomber cette liite, disait Lagrange en parlant de Lavoisier; et cent ans peut-ôtre ne sufliront pus pour en faire une sembhible. » Condorcet échappa au supplice par une mort volontaire. IVaulies furent emprisonnés ou 'massacrés. Mais Ja (Convention, inidanl un dernier iiomiiiage à
30 L'INSTITUT DE FHANCi!:
rAcadéiilie, n'hésita pas à s'adresser à ceux qui restaient, pour leur demander, avec une confiance justiliée par le résultat, de rendre, soit au pays, soit à la défense nationale, tous les services qu'on pouvait attendre de leur patriotisme et de leurs talents.
Deux ans à peine après la suppression des Académies, l'Institut était créé par la loi du 25 octobre 1793, et TAcadémie des Sciences reparaissait sous un autre nom dans la première Classe du nouveau •orps. Personne ne s'y méprit : on donna à la Classe le logement [ue l'Académie avait eu au Louvre, et le peu (jui restait de la belle ollection de machines, lentement formée depuis 1()66. La première Classe était composée de dix sections, de six membres chacune : mathématiques j arts mécaniques, astronomie, phijsique expérimentale^ chimie, histoire naturelle et minéralogie, botanique et physique végétale, économie rurale et art vétérinaire. C'était, à peu de chose près, la division que l'ancienne Académie avait reçue en 1783, sur l'initiative de Lavoisier. Mais là s'arrêtaient, il faut le dire, les ressemblances entre les deux Compagnies. Dans la nouvelle forme, plus d'honoraires et surtout plus de hiérarchie. Tous les membres avaient les mêmes droits. Le législateur avait voulu supprimer « ces formes ministérielles, ces institutions aristocratiques, qui, dans les anciennes Académies, dégradaient les sciences et les savants ».
Plus d'officiers perpétuels. « Ces hommes privilégiés, disait le rapport présenté aux Cinq-Cents, étaient les tuteurs des sciences ; il est temps qu'elles soient vengées de ces sanglants outrages. » Chaque classe eut un président et deux secrétaires. Le président devait être renouvelé tous les six mois, et les secrétaires tous les ans.
Dans son beau livre Vne Académie sous le Directoire, Jules Simon a mis en évidence de la manière la plus saisissante les résultats
Ki.'uillo de prcbunco do id suancu louuo par Iti {'• classe do l'Institut (ancienne Aiadomic dos Sciences), le C nivùse an VI, poi-lunt la sigaalure du gunéral Uonaparlo.
32 I/INSTITUT DE FHAiNCl-:
de celte première organisation de l'Institut. Sans y insister davantage, bornons-nous à indiquer comment la Convention avait essayé de faire passer dans les faits ce caractère d'institution nationale qu'elle voulait assurer îi sa création : VInstitut national des sciences et des arts. Les anciennes Académies n'étaient pas des sociétés locales; elles avaient toujours été considérées comme s'étendant à tout le royaume. L'Académie des Sciences, en particulier, avait eu de tout temps, dans les provinces aussi bien qu'à l'étranger, des cor-
UBLIQUE FRANÇAISE*
ItmaPiTUT NATIONAL #;y SCIENCES ET ARTS.
■ 'a ictffubUçue dm i5 Mettidoty o« 6, commeH' i uiic à nnq /.tUrtg et demie trifprécîse* du soir.
i , Les portes «'ourriront à quatre heure» et
deioic.
I On entrera par t« porte à gaucie <ia Tr J»?jr«plie ,
Carte d'entrée aux séances de l'Institut national des Science» et Arts. (Époque rôvoluLionnairo.)
respondants, qu'elle clioisissait elle-même, sans avoir besoin de l'approbation royale, et dont le statut fut fixé par un règlement ({ui porte la date de 1753. Les Académies avaient fait plus encore : elles étaient allées jusqu'à s'affilier certaines Sociétés de province. Une ordonnance curieuse de 1706 dispose que la Société rovale des Sciences de Montpellier sera regardée comme une extension cl une partie de l' Académie des Sciences ; elle fixe les droits respectifs des membres des deux Compagnies, et ordonne que celle de Montpellier sera tenue de communiquer cbaque année ses meilleurs travaux à l'Académie des Sciences. Il y avait là peut-être une idée à suivre, et qui depuis a été réalisée en partie dans notre Comité actuel des Sociétés savantes, La Convention eut recours à une tout, autre
oombinaison. Elle se borna à relever le titre des correspondants et à en faire des associés de rinstitut des départements, en entourant leur nomination des mêmes formes que celles des membres ordinaires. Chaque Classe devait avoir autant d'associés qu'elle comptait de membres ordinaires. La première en eut donc soixante, également répartis entre ses dix sections. Les huit associés étrangers furent conservés.
On sait que cette première organisation dura près de* huit ans. L'arrêté du 23 janvier 1803, rendu par les Consuls, apportait des liiodifications profondes à hi constitution de Flnstitut. La Classe des sciences morales et politiques, que Bonaparte avait en horreur, était supprimée; et la section de géographie, qui lui avait été attribuée, on ne sait pourquoi, en 1795, revenait, pour une part au moins, à la première Classe.
Celle-ci se trouvait de nouveau, comme en 1785, partagée en deux grandes divisions et était composée de onze sections, distribuées comme il suit :
sciKNCKS :\iathi:mati(jui:s
(icométrie.
Mécanique.
Astronomie, (léogrnpliii' cl ii;i\ IMi^V.siqiie y/'m'r.ili
ion.