DES SCIENCES
En-tèto do papier à lettre.
réservés à ceux qui auront trouvé le moyen de rendre moins insalubre un art, ou un métier.
A l'époque où le choléra décimait notre pays, un homme de bien, M. Bréant, a eu la pensée de fonder un prix de 100.000 francs, destiné à récompenser celui qui aura trouvé les moyens de guérir la terrible maladie. Ce moment viendra peut-être, grâce aux découvertes de Pasteur et Robert Koch; en attendant, les arrérages de la fondation servent chaque année à récompenser les meilleurs travaux sur les maladies épidémiques ou contagieuses.
Dans son désir de servir la science, l'Académie accepte toute donation, pourvu qu'elle ait un côté utile. Le moment sans doute n'est pas prochain oii les astronomes auront trouvé le moyen de rommuniquer avec un astre (autre que la planète Mars !) ; et cependant, TAcadémie n'a pas cru pouvoir refuser un prix de 100.000 francs,
fondé par M"^ Guzman et destiné à récompenser une découverte si hypothétique, parce que les termes même de la donation lui permettent d'en attrihuer les arrérages tous les cinq ans aux travaux importants, de toute nature, publiés en astronomie.
Parmi les fondations les mieux conçues, il faut signaler celle du D'" Louis La Gaze, celui même qui a fait à notre Musée du Louvre un don royal. 11 a légué à l'Académie des Sciences les sommes nécessaires pour permettre la fondation de trois prix biennaux de 10.000 francs : l'un pour la physique, l'autre pour la chimie, le troisième pour la physiologie : « Je provoque, dit-il dans son testament, par la fondation assez importante de ces trois prix, en Europe et peut-être ailleurs, une série continue de recherches sur les sciences naturelles, qui sont la base la moins équivoque du savoir humain ; et en même temps, je pense que le jugement et la distribution de ces trois prix par l'Académie des Sciences sera un titre de plus au respect et à l'estime dont elle jouit dans le monde entier. Si ces prix ne sont pas obtenus par des Français, du moins ils :seront distribués par des Français, et par le premier corps savant de France. »
Ces marques de haute estime que des Français donnent kl'Aca- «démie, elle les a reçues aussi d'un grand nombre d'étrangers. 11 suffira de rappeler le prix Tchihatchef, destiné à récompenser les -«'xploriitions sur le continent asiatique, le prix Jecker, décerné tous l(^s ans au meilleur tra\ ail de chimie organicjue, le prix Jérôme Ponli eX le prix fondé récennuent pai* M. Wilde, pour récompenser une ^iécouverte sur les sciences expéiinuîntales.
Le prix le plus important dont dispose l'Académie est celui (jui porte le nom de Victor Leconte. 11 est triennal et il est destiné d'une manière générale à réfîOin,)t'nsei% soit une découverte capitale, soit iinr ;i|»[)lication réellement nouN^'ilc dr la science.
rarini toutes ces fondations, cl ceci esta riionneui* de l'.Vcmlémie, II. 4
plusieurs sont duos à ses membres, à ceux qui l'ont vue à l'œuvre et ont été môles à sa vie de tous les jours. C'est Lalande, si cruelleiiieiit traité un jour par Napoléon, qui a eu l'honneur de doinier l'exemple en 1802. Le prix Lallemand, les deux prix Montagne, le prix Serres,
-fr'^-J -l^'v'
Marcelin Bcrthelot (1827-1907). (Plaquette gravée pai" J.-C. Chaplain. )
le prix Vaillant, le prix Gay, la fondation du Moncel, la médaille Janssen, le prix Lannelongue, ont tous pour origine des acadé miciens.
Il est arrivé plus d'une fois aussi que des femmes à l'esprit élev(''. désireuses de perpétuer la mémoire de maris ou de parents regrettés, ont voulu fournir à l'Académie les moyens d'encourager les études auxquelles s'étaient voués pendant leur vie ceux qu'elles avaient
ACADKMIK l)i:S SCIIINGES 51
perdus. Telle est l'origine des prix Laplace, Delalande-Guérineau, Damoiseau, Valz, de Pontécoulant, du prix Jean Reynaud, décerné successivement par les cinq Académies, du prix Savignv, destiné à récompenser les jeunes zoologistes voyageurs et à perpétuer ainsi la mémoire « d'un martyr de la science et de l'honneur )>.
Plus d'une fois aussi, les Comités chargés de rendre Iiommage à quelque savant illustre ont attribué à l'Académie, en vue d'une fondation, les reliquats des souscriptions qu'ils avaient recueillies. C'est ainsi que l'Académie a pu créer le prix Cuvier et décerner, en témoignage de grande estime, les médailles Arago, Lavoisier, Berthelot.
Nous ne saurions oublier ici les fondations de l'État, et particulièrement celle qui est due à l'initiative de Charles Dupin, membre de la section de mécanique. Quand ce savant illustre devint ministre de la Marine, il constitua un prix de 6. 000 francs destiné à récompenser tout progrès de nature à accroître l'efficacité de nos forces navales; et depuis, cette belle fondation a toujours été maintenue par SCS successeurs. C'est sans hésitation que les concurrents, toujours nombreux, communiquent à l'Académie les inventions les plus secrètes; elle couronne les meilleures, sans pouvoir, on le conçoit, donner toujours les motifs de ses décisions, mais aussi sans que jamais, ni son impartialité, ni sa compétence aient été contestées. La créalioii d un prix analogue pour les sciences mih'laires aui'ait ccrlaiiicment les résultats les plus heureux.
Sans qu'il soit nécessaire d'entrer dans plus de détails, on voit (|ue l'Académie dispose de ressources considérables; mais il imporh' de ne pas perdre de vue que ces ressources ont une airectation rigoureuscriM'iil (h'tcrminée pai' 1rs donah^urs. Notre compagnie met tous ses
soins à respecter, dans leur lettre et dans leur esprit, les intentions exprimées par ceux qui lui ont fait confiance. C'est précisément parce qu'elle les respecte scrupuleusement, qu'elle désirerait parfois (jue ces conditions fussent moins rigoureuses et moins explicites. Les fondations Binoux et Petit d'Ormoy lui avaient seulement imposé l'obligation de fonder des prix. Cela lui a permis de combler des lacunes regrettables et d'encourager des études trop négligées chez nous. C'est ainsi qu'avec les fonds Binoux, elle a pu instituer un prix destiné à favoriser l'histoire des sciences, et qu'avec les fonds Petit d'Ormoy, elle a pu créer deux prix biennaux de 10.000 francs, destinés à récompenser les mathématiciens et les naturalistes, oubliés trop souvent par les donateurs.
Récompenser un travail," c'est une bonne chose ; l'Académie sera toujours prête à le faire quand on le lui demandera; mais provoquer et encourager des recherches, cela est mieux encore. Ne pourrait-on nous donner plus de liberté et nous faire des libéralités nouvelles dont il nous serait permis de disposer dans un but d'intérêt général ? H nous serait si facile d'associer à chaque don le nom du bienfaiteur, par exemple en rappelant dans nos programmes, dans nos séances publiques, et les noms des donateurs, et l'emploi de leurs libéralités.
C'est à une intention de ce genre qu'a obéi M. Godin de Lépinay, ancien élève de l'Ecole Polytechnique. Il a légué sa fortune à l'Académie en lui imposant l'unique condition d'en employer les revenus à encourager les recherches scientifiques, de quelque nature qu'elles soient. L'Académie n'est encore que nu propriétaire; mais quand le moment sera venu, elle n'aura aucune peine à remplir de si généreuses intentions. Elle saura aussi reporter régulièrement le mérite de ses libéralités à celui qui lui aura permis de les distribuer.
Parmi les fondations dues à des membres de l'Institut, j'ai négligé de mentionner celle qui est due à Antoine d'Abbadie, l'illustre explo-
rateur de rEthiopie. Originaire des environs de Saint-Jean de Luz, M. d'Abbadie revenait sans cesse à son pays natal; par ses efforts, il avait réussi à constituer une belle propriété de trois cents liectares. Il avait su choisir, au centre de son domaine, un emplacement merveilleux d'oii l'on a la plus belle vue, à la fois sur la mer et sur la montagne ; et il y fit élever, de 1860 à 1870, un magnili((ue
Chàluau d'ALbadia, à lloiidayc, Icguc à l'Acadcuiio des Sciences par A ni. d'Abbadic.
château, dont les plans furent donnés par Viollet Le Duc. C'est là qu'il venait se reposer chaque année. Il avait fait construire, attenant au cliàlcau, un petit observatoire ou plus exactement ur.e salle méridienne, où il faisait poursuivre, sous sa direction, des <»l)-<r\ liions astronomiques régulii'res. Passionnément attaché à son pays natal, il distribuait chaque année des prix destinés à maintenir l'originalité du p(;uph; basque et à assurer la conservation d«' sa langue et de ses exercices nationaux. 11 a voulu assurer jipii's hii la continuation de son (ruvre sociale connue de son
œuvre astronomique, et il l'a confiée tout entière à TAcadémie des
Sciences, dont il était un des membres les plus aimés et les plus
respectés.
Gaston Darboux,
Secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences.
Composition de Sébastien Le Clerc (1678), pour une carte de l'Académie des Sciences.
Frontispice du « Livre de Portraiture-» de Charles Le Brun, avec le portrait du peintre
Nous (levons peut-être chercher l'origine des académies modernes des H»'aux-Arts dans la compagnie de peintres qui se constitua, à Venise, en 1290, sous le patronage de saint Luc. La credulita che San Liica Evangelista fosse pittore a inspiré les premiers groupements corporatifs d'artistes et d'artisans. D'autres confréries similaires s'organisèrent à Sienne et à Florence. La première compagnie (|iii n'|Mil pour son coFnpte le nom nnti(|ue d'académie fut fondée à Milan (Cil Ludovic le More (1484). Léonard de Vinci la dirigeait.
Le vieux nom platonicien « d'académie » n'était pas choisi au hasard. En empruntant, pour désigner la compagnie qu'il allait présider, h^ vocahulaire de la Grèce antique, Léonard entendait définir une aristocratie intellectuelle. Entre les deux éléments qui constituaient les compagnies artistiques un conflit avait éclaté : les artistes créateurs se sentaient opprimés par la foule des artisans manuels. L'amour pur et désintéressé de l'art voulut affirmer sa volonté de s'affranchir des servitudes du métier. L'exemple de cette révolution des mœurs est donc venue d'Italie. Toutefois, à Rome même, on ne constate qu'en 1593 l'existence d'une académie composée d'artistes.
En France, les ouvriers et les artistes demeurèrent longtemps confondus dans la communauté des confréries. Nous n'avons pas à refaire ici l'histoire de la constitution corporative. Pendant tout le moyen âge et la Renaissance, nul ne pouvait peindre, sculpter ou hâtir s'il n'appartenait à une corporation et s'il n'en acceptait les charges. Le devoir d'ohéissance aux statuts primait tous les autres. De par la loi du compagnonnage, peintres et sculpteurs étaient confondus avec les gens de métier : hrodeurs, merciers, étoffeurs, doreurs et marbriers. Pour se soustraire à cette confusion, nul autre moyen que le caprice et la faveur. Nos rois et les seigneurs attachaient à leur personne les peintres et les statuaires habiles, mais ceux-ci n'échappaient à la servitude corporative qu'en se soumettant à des domesticités princières.
Plus d'un historien moderne a pris la défense des corporations. Nous ne nions pas qu'elles aient répondu, à Forigine, à un besoin des mœurs ; mais l'esprit de mercantilisme y domina vite. La loi du nombre et la vénalité opprimèrent dans les confréries artistiques tout sentiment de liberté et de progrès. Elles devinrent à la longue un obstacle à la civilisation. 11 fallut secouer le joug de leur despotisme égalitaire pour créer dans la société française, ne disons pas une aristocratie, disons seulement une élite artistique. Ce grand
événement de l'histoire de Tart se produisit pendant la minorité de Louis XIY.
Depuis un demi-siècle une g^uerre de procès était engagée] entre
La fonl;
<1.' la Minerve dans la seconde cour de l'Institut.
les iirlishs cl l,i (Corporation. Les airèts du lieutenant civil de lu Pré\(>h' (le l*;iiis dénouaient tant bien (jue mal ces conflits, pour les lais>( r rciiaîlre aussitôt. On pouvait distinguer dans, la corpora-
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lion trois catégories différentes : les maîtres-jurés, les brevetaires, et ceux enfin (jui n'étaient ni brevetaires, ni maîtres. Le brevet donnait, à défaut (le réelle indépendance, un certain lustre aux artistes distingués par la cour. Les brevetaires devaient à la faveur royale certains privilèges, tels que subsides ou exemptions de taxes. C'en était assez pour exciter contre eux la jalousie de leurs confrères. En U)46, les exigences de la corporation transformèrent en lutte
ardente les sourds dissentiments qui duraient depuis de longues années.
Les maîtres jurés émirent la prétention de réduire à quatre, à six au niaxiniuïji, les peintres de la Maison du Roi; à deux, les peintres de la Reine. C'était de la part de la Jurande une grande imprudence : elle s'attaquait à la prérogative royale. Elle prétendait imposer en outre aux brevetaires le devoir de travailler en cliambre pour les maîtres de la communauté . La corporation exposa ses prétentions dans une requête adressée au Parlement de Paris.
Un avant-faire-droit du Parlement, rendu au mois d'août 1647, jeta l'alarme parmi les artistes brevetaires. « Ceux qui prennent la qualité de peintres et sculpteurs du Roi et de la Reine » étaient assignés à comparaître. Le Parlement semblait disposé à consacrer les privilèges des maîtres-jurés.
Il appartint à un artiste de comprendre que ce qui allait être mis en jeu, c'était la liberté et la dignité de l'art.
Charles Le Brun était déjà célèbre.. Doué d'une rare énergie, à la fois audacieux et prudent, le jeune peintre se dévoua passionnément à celte noble cause. Il avait du savoir et de l'expérience. Un
Médaille commémorative de la fondation de l'Académie royale de Peinture et de Sculpture (1667).
séjour à Rome, pendant lequel il avait reçu Tauslère enseignement de Poussin, lui avait permis d'étudier le fonctionnement des compagnies artistiques de Rome et de Florence. Il résolut d'affranchir ses confrères et de les réunir en un groupement semblable à l'Académie romaine de saint Luc.
Le Brun connaissait trop bien la société de son temps pour croire (ju'une création pareille pourrait se passer de la tutelle d'un grand seigneur. 11 comptait parmi ses protecteurs M. de Charmois, (ju'il avait connu à Rome en qualité de secrétaire de l'ambassadeur du Roi, le maréchal de Schomberg. M. de Charmois remplissait maintenant les fonctions de conseiller d'État. Il était lettré et amateur éclairé des arts, avec cela fin courtisan et homme de bon conseil. Le Brun lui fit part de ses projets et sollicita son intervention. M. de Charmois conseilla aussitôt à Le Brun d'en appeler à l'autorité royale.
Le Brun avait groupé autour de lui La Hyre, Jacques Sarrazin, Sél)astien Bourdon et Lesueur. Les autres brevetaires ne tardèrent pas à se joindre à ce premier groupe. M. de Charmois les réunit sous sa présidence. Le chancelier Séguier, qui honorait Le Brun (le sa bienveillance, s'était déclaré favorable à la cause de l'alfranchissement des brevetaires.
Celte assemblée tenue chez M. de Charmois, et que nous pouvons coiisi(hM'er comme la première séance d'une académie française des Ih'.Mix Ails, commença ])ar un acte touchant de solidarité. Elle débnhi p.ir rouxciliiic d une souscription en faxcur d'un confrère malheureux. On lit dans h's Mémoires pour servir à Ihistoire de r Acadhnie Royale : « Ciiacun (h»s assistants s'écria que ce jour était trop heureux pour les arts pour (|u'il fût permis de laisser dans la souffrance; un confrère dénué des ressources de la fortune et (|ue rA<adémie ne pourrait se former sous des auspices plus favorables (juc ceux de l'humanité et de la miséricorde. » 11 est charmant que
(iO L'INSTITUT I)l-: FUANGK
la coiiipagiiio (les arlisles de France ait pi'éludé à ses travaux par une bonne action.
M. de Charmois voulut se charger lui-même de rédiger la requête
Pierre Mignanl (1610-1693), peintre du Roi. (Peint par lui-môme. Gravé par Edelinck.)
au Roi. Cependant Le Brun, conseillé par le chancelier Séguier, multipliait les démarches.
Le cardinal Mazarin vit d'un œil favorable les artistes français s'inspirer des institutions italiennes. Il prit en main les intérêts de l'Académie naissante. La Reine-Régente signa la charte d'affranchissement.
L'acte de l'autorité royale du mois d'août 1648 « faisoit très
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expresses inhibitions et défenses aux maîtres et jurés, peintres et sculpteurs de donner aucun trouble et empêchement aux peintres et sculpteurs de l'Académie soit par visites, saisies de leurs ouvrages, confiscations, soit en les voulant obliger à se faire passer maîtres, ni autrement, en quelque sorte et manière que ce pourroit être, à peine de deux mille livres d'amende ».
La liberté des artistes était fondée en France. La volonté royale entendait nettement soustraire à la tyrannie de la Jurande « ceux qui avec le plus d'iionneur et de capacité professent les arts libéraux ». Elle les dispensait « de travailler sous des broyeurs de couleur ou sous des polisseurs de marbre qui se sont fait î^ececnir 2naîtres pour de T argent ». A la corporation étroite et vénale, les lettres patentes opposent Jeton de l'Académie royale
. de Peinture et de Sculp-
en termes formels l'élite ouverte et désm- une (i70i). téressée. L'acte royal dit encore : a Et afin
que les arts de jjeinture et de sculpture pussent être exercés plus noblement, Sa Majesté ordonnait que tous peintres et sculpteurs, tant français qu étrangers comme aussi ceux qui, ayant été reçus maîtres, s'étaient volontairement (hq)artis ou se voudraient à l'avenir séquestrer dudit corps de métier, seraient admis à ladite Académie sans aucun frais, s'ils en étaient jugés capables par les douze anciens d'icelh;. »
Liberté et dignité de l'artiste, constitution d'un corps délite se recrutant par cooptation, création d'une aristocratie du talent, ouverte à tous, tout ce (jui fait la raison d'être, la grandeur et la force d'une Académie des Beaux-Arts est formulé dans la premil»re charh' dr la compagnie riMinic |);ir \a\ Hrun.
L'idée était grande. Son prestige et sa vertu durent encore. Le mérite d(; Le, Wvxxw consista surtout à vouloir cjue les libertés des
artistes fussent co(li(i«5es. La qualité, si enviée, de brevetaire, n'était en somme (ju'un présent de la faveur royale, un don de l'arbitraire essentiellement précaire et perpétuellement révocable. Le Brun comprit qu'il faiblit appuyer l'affranchissement des artistes sur la force collective. 11 comprit encore que ces droits nouveaux imposaient à l'élite de nouveaux devoirs.
L'Académie royale de Peinture et de Sculpture se constitua fortement. Nommons ses membres fondateurs : ils furent, avec Le Brun, Errard, Bourdon, La Ilyre, Sarrazin, Michel Corneille, Perrier, Beaubrun, Lesueur, Juste d'Egmont, Van Obstal, Guillain. M. de Charmois fut proclamé chef de l'Académie.
Les premiers statuts interdirent aux académiciens de tenir boutique de leurs ouvrages. Désormais, plus de ces enseignes qui confondaient les artistes avec des marchands et des manœuvres. C'est l'honneur professionnel que la nouvelle compagnie édicté en commandant à ses membres « de ne rien faire qui pût donner lieu à confondre l'état honorable d'académicien avec l'état mécanique et mercenaire des maîtres de la communauté ».
A peine l'Académie Royale fut-elle organisée que Le Brun sentit la nécessité de la faire servir à l'enseignement. Depuis son séjour à Rome, il songeait à la création d'une grande école d'art. Une école académique de dessin lui apparaissait comme l'annexe obligée de la compagnie nouvelle. Le l^' février 1648, s'ouvrait « l'Ecole du nu ». L'Académie, qui s'était réunie d'abord chez un ami de M. de Charmois, près de Saint-Eustache, s'installa rue des Deux-Boules, à l'hôtel de Clisson. Les douze anciens remplissaient les fonctions de professeurs.
L'Académie laissait sa porte ouverte. Elle appelait à elle les transfuges de la communauté. Quelques-uns s'empressèrent de venir à
elle. Mais la Corporation lutta, et non sans vaillance. Mignard, rival de Le Brun, éleva autel contre autel, école contre école; Simon Youet le secondait. La Jurande, sous le nom d'Académie de Saint-Luc,
1SIF.\.-IS PRIWiVS GAl.l-l ARVM KF.CIS VIC'VC HI.-'! OKI AH\ A\ IN MAIGRI IX) Il M A
Simon Voiwl M.S'id ir, i'i . prinliv du lloi. i(.i,,\^- p.,1 l;, \ . \.ii-', ,i,ipr.'s \aii Dyck.)
r/'sisia priidaiil |iliisi(Miis .iiiih'm's. h^lle avait, elle aussi, créé une «'•(•oie (le (Irssiii. ;i\rc riisrigiiriiieiit d'aprës le modèle, (jui ne fut pas >;iii^ itiidre des services.
LAr;i(|.'iiiir s<''iimi (lr se Noii' aiiisi mise en échec. Quelques-uns (Ir >. > iiHiiil)ir> s(mliailai( iii ime réconciliation entre les deux coni-
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pagnies rivales. Malgré la faveur de la cour, malgré d'illustres patronages, Finstitution naissante avait à combattre contre bien des difficultés. Elle manquait de ressources pécuniaires. Aucun local ne lui était concédé. Le Brun, avec son tempérament combatif, demeurait l'adversaire irréconciliable des maîtres-jurés; il se refusait (( à rien faire qui pût donner lieu à confondre l'état honorable d'académicien avec l'état mécanique et mercenaire des maîtres de la communauté ». Son intransigeance dut céder devant le sincère désir de fusion qu'éprouvaient la plupart des académiciens. Cette fusion se produisit en 1631. On vit les artistes de l'Académie et les membres de la Corporation de Saint-Luc siéger ensemble dans la maison Sainte-Catherine. La paix dura quatre ans ; ce ne fut qu'une paix boiteuse. Le 3 juillet 1635, il y eut de nouveau rupture.
Jusqu'alors TAcadémie Royale avait eu pour protecteur le chancelier Séguier. Il lui fallait désormais un patronage plus puissant encore. En se démettant généreusement de son titre de protecteur, le Chancelier, ami de la première heure des académiciens, leur conseilla de solliciter l'appui officiel du cardinal Mazarin. Le tout-puissant ministre, disions-nous plus haut, n'avait pu que voir d'un œil favorable se créer en France une institution qui lui rappelait l'Italie. Il n'hésita pas à accorder son patronage. C'était assurer à l'Académie la suprématie.
Dès lors elle triompha de ses adversaires. Sa première conquête fut celle d'une installation définitive. Un de ses membres, le sculpteur Sarrazin, devait à la bienveillance royale le privilège d'un logement au-dessous de la grande galerie du Louvre. Sarrazin renonça à cette faveur. Un brevet du Roi, daté du 6 mai 1636, dotait l'Académie de ce logement.
Avec Mazarin, avec Colbert, se multiplièrent les marques de la protection du pouvoir. L'exemption formelle des lettres de maîtrise
est accordée aux membres de l'Académie Royale. Des subsides pécuniaires sont concédés à la Compagnie.
Les statuts du 24 décembre 1668 nous montrent l'Académie entièrement affranchie de la maîtrise et vivant de sa vie propre. Cette
llluiuinalion de la galeiic du Louvre faite en riiouncur d»; la iiaissauco du duc de
Bourgogne (1682) par les artistes de rAcadéinie logés au Louvre.
(fjravurc do Jean Marol.)
rharh' «'st Tœuvre de Colbert. « Sa Majesté, disait-il, v(hiI appuyer et riiainlciiir solidement son Académie Royale de Peinture et de Sculpture. »
L'Académie Royale de Peinture et de Sculpture contenait lesdijî^nitaires suivants :
1 directeur;