II
1 chancelier; 4 recteurs ;
2 adjoints à recteur;
16 lionoraires (8 amateurs et 8 associés libres) ;
12 professeurs de peinture et de sculpture;
6 adjoints à professeur;
1 professeur de géométrie ;
1 professeur d'anatomie ;
8 correcteurs;
1 trésorier;
1 secrétaire.
Le nombre des académiciens n'était pas limité. Il oscilla toujours entre cent vingt et cent trente. L'Académie se recrutait par l'élection. Les femmes n'en étaient pas exclues. On ne pouvait faire partie de l'Académie qu'après avoir obtenu le titre d'agrégé, sur la production d'un (( morceau d'agrément ». Les agrégés, candidats au titre d'académicien titulaire, devaient présenter au jugement de leurs pairs un ouvrage dit « morceau de réception ».
L'Académie jouissait du monopole des expositions publiques. Ses membres avaient, seuls, le privilège d'exposer au Louvre. Les premières expositions de l'Académie avaient été faites en plein air, dans la cour du Palais-Royal. Ce fut seulement en 1699 que Mansart obtint de Louis XIV que l'Exposition eût lieu dans la grande galerie du Louvre.
La création de l'École française de Rome se rattache étroitement à l'histoire de l'Académie Royale. Au premier rang de ses prérogatives et de ses devoirs l'illustre compagnie plaçait sa mission éducatrice. L'idée de créer une école d'art supérieure s'imposait. Les académiciens ne pouvaient songer à l'établir que dans la ville de Rome, métropole des arts. Nos artistes avaient, à plusieurs reprises, pris, à leurs frais et à leurs risques et périls, la route de l'Italie.
Le Brun, grâce aux libéralités de Séguier, venait de faire dans la Ville éternelle un long séjour. Il rêvait de voir transformer ce stage volontaire en institution d'État. Golbert eut le mérite de prendre à son compte cette idée féconde. Tous les historiens de notre Académie romaine s'accordent à voir dans le grand ministre le véritable fondateur de l'institution. Les statuts de l'Académie de Rome furent publiés le 11 février 1666.
ti .^JOJl^i," ,/i.
Première exposition des artistes de l'Académie dans la grande galerie du Louvre (1699). (Daprès une estampe aiioinmc du xviio siècle.)
La lecture de ces premiers statuts suffit à faire bien comprendre ce qu'avaient voulu Golbert et Le Brun : mettre dans un lieu inspirateur, à l'abri des soucis matériels, une élite de jeunes artistes, les faire vivre en commun, les entraîner aux grands efforts, leur donner le goût et la force des grands sujets : « Tous lesdits estudianls mangeront ensemble avec leur recteur, qui en ordonnera un, par jour et par semaine, pour liir l'iiistoire pendant le repas, estant très important (jn'ils en soyent bien instruits. » Ces premiers règlements étaient austères. Les pensionnaires devaient se lever, l'été, à cinq heures, et Thiver à six. Ils commençaient leur journée, par
assister au saint sacrifice de la messe, qu'ils étaient tenus v d'écouler avec toute Tattention et la modestie requises ». Les statuts |)révoy aient le cas d'un pensionnaire qui refuserait de travailler : il était déchu tv de la grâce qu'il avait plu à Sa Majesté de lui accorder ».
Charles Errard (1608-1689).
Premier recteur do l'Académie de France à Rome.
(D'après une sanguine de Jac. Belly.)
Le jour de la Saint-Louis, un prix était décerné au pensionnaire le plus méritant.
Colbert proposa Errard pour premier recteur de l'Académie de Rome. Charles Errard, peintre et architecte, était un des « douze anciens » de l'Académie Royale, un des premiers professeurs de r« Ecole du nu ». Il connaissait et aimait l'Italie. Son père, peintre lui aussi, en même temps qu'architecte et ingénieur, l'avait mené à
Rome à Vàge de dix-huit ans. Il y fit, quelques années après, un long séjour, grâce à une pension du Roi que lui avait fait obtenir Fréard de Ghambray. 11 avait passé seize années à dessiner les monunientsde laVille éternelle. A sonretour en France, saréputation d'excellent dessinateur et la protection du surintendant des bâtiments Sublet des Noyers lui avaient fait obtenir un brevet avec logement au Louvre. AVant Le Brun, il avait su diriger de grands travaux d'ensemble et avait « donné tous les dessins des ouvrages qui se faisaient chez le Roi pour la sculpture, la menuiserie, la serrurerie et généralement pour tout le travail qui dépend du dessin ». (Guillet de Saint-Georges.) Sublet des Noyers Tavait choisi, comme le plus savant et le plus habile, pour décorer de peintures la galerie de son château de Dangu. M. de Ghennevières nous dit que ses ouvrages exécutés au Louvre montèrent à la somme considérable de 78.000 livres. L'œuvre de Gharles Errard a péri. Le Louvre ne possède de lui qu'un [)ortrait (dessin à la sanguine) de M. de Ghambray, son premier protecteur; ce dessin provient du cabinet de Mariette. Et pourtant le grand amateur prisait médiocrement le talent d'Errard. A en croire Mariette, Tinfluence du premier recteur sur ses pensionnaires aurait été fâcheuse : il les aurait « trop assujettis à ce que Fanatomie, les proporlions et les règles de Fart ont de plus servile ». Errard a donné les dessins de cette église parisienne de l'Assomption, qui ne devait pas être, il faut l'avouer, le plus léger de ses ouvrages. Fré- «b'iic Reiset dit de lui « qu'à force de mesurer des statues, des piédesl;m\ «1 <les colonnes, il avait contracté une manière lourde et sans rharmc ». Gc. lut, en tout cas, un premier recteur de notre Académie roinaiiH' j)i()fondémeiil (l<'\(ni«' h ses fonctions. Il y lit d'abord un séjour d«' scpl années ; puis (^olbert le confirma une seconde fois dans sts jonctions, en 1075. 11 inomul à Rome ; sa sépulture est à Saiiit-Louis-des-Français.
I^e <> mars 1000, (Jiarles i^irard vint faiic srs ndirux à ses Cim-
frères de rAcadéniie royale. U était escorté des douze premiers pensionnaires : six peintres, quatre sculpteurs et deux architectes. Le registre de la séance ne nous donne pas le nom des douze jeunes gens. Nous voyons toutefois, dans les Comptes des Bâtiments du Roi. publiés par M. Jules Guiffrey, qu'une somme de 900 livres fut versée, le 21 avjil 1GG6, aux sieurs Du Vivier jeune, architecte, Bonnemaire et Corneille, peintres, Raon, Lespingola et Glérion, sculpteurs. Le 4 juin suivant, un subside de 1.200 livres était versé, pour son voyage, au sieur Errard, peintre, « qui s'en va à Rome pour estre Recteur de l'Académie de peinture que Sa Majesté a ordonné y estre establie ».
Cette séance du sixième jour de mars 1666 est une date qui doit demeurer chère à tous les titulaires et à tous les partisans du prix de Rome. Les douze pensionnaires « prenant congé de FAcadémie, luy ont rendu leurs très humbles remerciemens et ont protesté de se soumestre religieusement aux status faictz par l'ordre du Roy... Sur quoy l'Académie a exhortez lesdits susnommés de rendre tous les respectz et obéissance qui sont deubz à M. Errard, lequel le Roy a choisi pour la direction et la conduite de ladite académie à Rome ». L'Académie décida que les noms des douze premiers pensionnaires seraient enregistrés dans le procès-verbal. Nous le répétons, sa volonté ne fut pas exécutée. Avait-elle déjà un secrétaire perpétuel susceptible de faillir quelquefois? Ce serait une consolation pour celui à qui il pourrait arriver de se tromper à son tour.
Nous avons signalé deux architectes parmi les élèves désignés pour se rendre en Italie, dès l'année 1666. L'Académie Royale ne portait pourtant que le titre d'Académie de Peinture et de Sculpture. L'Académie d'Architecture ne devait être instituée qu'en décembre 1671. Elle doit son origine au Conseil des bâtiments établi, vers 1663, par Colbert. L'Académie d'Architecture différa sur plusieurs points de sa sœur aînée. Les architectes n'avaient pas été
dans l'obligation de former un libre groupement pour lutter contre la tyrannie corporative. Aussi l'Académie d'Arcbitecture sortit-elle non de Tinitiative privée, mais de la volonté royale. En la créant, le Roi se réservait d'en nommer les membres ; ils ne furent d'abord que dix. UAcadémie d'Architecture ne se recrutait point par l'élection ; le Roi conférait des brevets aux architectes qu'il jugeait dignes
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Paldis de Nevers. ancien siège de l'Académie de Fiance ù Rome. (Gravure d'A. Specchi.)
de sa confiance. Elle fut surtout un conseil suprême pour toutes les ({uestions qui intéressaient Tart monumental. Le Surintendant des bâtiments la présidait et la dirigeait.
Mais, à l'exemple de TAcadémie de Peinture et de Sculpture, l'Académie d'Architecture était un foyer d'enseignement. Dès sa pi'emiire séance, Blondel, « professeur royal aux mathématiques et en arcliitccluic » s'exprime ainsi, dans son discours programme : « Communiquons-nous sincèrement nos pensées pour ravancement • If 'l'architecture, puisqu'il est vray (ju'il ne suffit pas d'avoir une nH'<li()(i«'connoissance des règles de cet art excellent pour (Hre véritabh'incul architecte et que cette qualité demande un concours de lantde
vertus et Je connoissauces diflérentes que la vie entière ne suffit pas pour l'acquérir. » Tels étaient les principes et l'idéal professionnel des Louis Levau, des Libéral Bruand, des Le Pautre et de
Le duc d'Antin (1665-17;i6), qui fit donner à l'Académie d'Architecture des lettres patentes du Roi, en 1717.
(Gravé par Audran, d'après Hyac. Rigaud.)
leurs successeurs immédiats : les Claude Perrault, les Le Nostre et les Hardouin-Mansart.
Le Conseil supérieur d'architecture directement placé sous l'autorité royale, annexe de la Surintendance, dura quarante-six ans. Ce fut seulement en 1717 que le duc d'Antin fit donner à l'Académie royale d'architecture des lettres patentes et des statuts. Aux termes
de ces statuts, le nombre des architectes académiciens était porté à vingt-quatre. Sous Louis XVI, le marquis d'Ang-iviller organisa délinitlvenient l'Académie. Les lettres patentes de 1775 précisaientles diverses catégories d'académiciens : membres titulaires, honoraires, associés libres, correspondants, associés étrangers et régnicoles. Le premier architecte du Roi était directeur. Le Surintendant des Bâtiments nommait le secrétaire perpétuel. Parmi les secrétaires perpétuels de l'Académie d'architecture, nous relevons le nom de Sedaine.
Depuis Colbert jusqu'au marquis d'Angiviller, l'Académie d^arcliitecture fut la conseillère de quatorze surintendants. Elle jouissait d'un local au Louvre et tenait école publique. Son influence a été souveraine sur l'art de bâtir.
L'histoire des deux académies royales, c'est l'histoire de l'art français pendant plus d'un siècle et demi. On citerait peu de peintres, de slatuaires, de graveurs, d'architectes, dignes de survivre, (jui liaient point appartenu à l'une des deux compagnies. L'Académie roviile, nous l'avons dit, constituait une sorte d'aristocratie du talent, mais ce n'était pas un milieu fermé. Une camaraderie égalitaire réirnait parmi ses membres. Les « académistes » se recrutaient hbreiiieiil el ne devaient h;urs titres et leurs prérogatives (ju'au lil)H' suffrage de leurs pairs. J^e pouvoir les protégeait sans les dominer. La Couronne n'intervient dans l'histoire de l'Académie que |»oui' garantir son indépendance. L'institution est souple, libérale, onveile au mérite. Elle représente à la fois un corps d'élite et un rentre d'enseignement, (^est le sénat de l'art français en mOnio temps (ju'une sorte de «Faculté» artisticjue. Cette assemblée de pratiejeiis ii'esl composée (|ue d'eiifanls du peuple. (|ui ne doivent leur
noblesse toute spirituelle qu'à Féclat de leurs services et de leur renommée.
A côté des artistes professionnels l'Académie réservait dans ses rangs des places aux historiens, aux érudits, aux amateurs, aux grands seigneurs protecteurs des arts. L'historien de l'Académie des Beaux-Arts, M. le comte Delaborde, appelle finement ces académiciens « les membres laïques de la congrégation académique ». Sous le titre d'abord de « conseillers honoraires », puis « d'honoraires amateurs », une quarantaine de savants ou de « curieux », recrutés aussi bien dans la bourgeoisie que dans la noblesse, furent étroitement associés aux travaux de l'Académie royale. Nous citerons parmi eux Félibien, Caylus, Mariette et Ghoiseul-Gouffier. Plusieurs architectes du Roi, appartenant à l'Académie d'Architecture, furent appelés, au titre de membres « honoraires », dans l'Académie royale de Peinture et de Sculpture : notamment Perrault, Mansart, les de Cotte, Gabriel, Soufflot.
Telle était l'ancienne Académie royale. Un grand artiste, Le Brun, l'avait fondée. Un autre grand artiste devait la détruire.
Il n'est point paradoxal de prétendre que cette institution de l'ancien régime, née de la révolte du talent contre la tyrannie du nombre, revanche de l'esprit idéaliste contre l'esprit mercantile, contenait en elle une vertu démocratique. L'académie n'en devait pas moins succomber avec la monarchie dont elle était la parure. Comme tous les corps d'élite, elle avait contre elle la foule des personnalités médiocres auxquelles elle demeurait fermée. Mais le danger ne lui vint pas de ce côté. Ce fut dans son propre sein, parmi ses membres, que se recrutèrent ses destructeurs.
En 1766, David avait été admis à suivre les cours de l'Académie.
Après être monté plusieurs fois en loge, il avait obtenu, en 1774, le grand prix de Rome. Il était parti pour l'Italie, en compagnie de son maître, Vien, nommé directeur de F Académie romaine. Ses travaux de pensionnaire avaient été appréciés par les académiciens :
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Le peintre Louis David 11748-1825).
(D'après une lilliographie de Boilly.)
« Des encouragemciils sont dus ;m sieur David; il montre la plus Lii Miide facilité dans le pinceau ». Il avait bénéficié d*une prolongation
• le >.'i(iiir cl ii';i\;iii .|iiilh' Hoino qu'en 1780. Dès son retour, il <»l)ii'iiiiii (If r \<';i(|(Miiii' Ir lilr«' d'agréé. Après son envoi au salon de 17«3 du la Duuiciir dAji(/romaf/i(e, il recevait le titre d'acadénii-
70 L'INSTITUT DE FRANGL:
cit'ii. C'était un ennemi irréconciliable qu'avec tant de bienveillance
l'Académie royale appelait à elle.
Les causes de cette liaine du peintre des lloraces contre les « officiers » de l'Académie étaient multiples. L'idéal nouveau auquel il obéissait rencontrait, nous en convenons, plus d'une résistance parmi ses illustres confrères. Mais, il faut bien le dire, le caractère, cliez ce grand artiste, n'était pas à la hauteur du génie. Ambitieux, hautain, insatiable, avide d'honneurs, et n'admettant pour lui-même d'autre rang que le premier, David conspira contre la compagnie, où il souffrait de se sentir « unus inter pares ». Il se fit démagogue pour devenir dictateur.
Dès le lendemain de la prise de la Bastille, il créait ce qu'on pourrait appeler « le syndicat des mécontents ». Mécontents de quoi? Peut-être des résistances inévitables qu'un corps, conservateur par essence, oppose aux tentatives nouvelles. Mécontents plus encore de subir le joug d'une camaraderie égalitaire. Désireux surtout de l'assembler une clientèle parmi la plèbe artistique que l'Académie tenait à l'écart des salons annuels. Douze académiciens s'insurgèrent, à l'appel de David. Ce n'était en somme, parmi plus de cent membres, qu'une poignée de treize séditieux. Mais il suffisait alors de prononcer le mot d'affranchissement et de dénoncer une tyrannie pour obtenir gain de cause. Ce que les conspirateurs du complot davidien signalèrent, par voie de pétition à l'Assemblée nationale, c'était cette chose condamnée d'avance : une aristocratie. « Tolèrera-t-on plus longtemps, disaient les pétitionnaires, qu'un tribunal autocratique et permanent reçoive, place, juge des hommes, des artistes éminents? »
Après avoir d'abord refusé de s'émouvoir de ce qu'elle ne considérait que comme une intrigue, l'Académie sentit le danger. Elle chargea Renou, son secrétaire, de rédiger un manifeste pour la défense de ses privilèges et la justification de son influence.
Le mémoire intitulé Esprit des statuts et règlements de l'Académie royale de Peinture et de Sculpture pour servir de réponse aux détracteurs de son régime eut le tort d'opposer un refus formel et systématique à toute tentative de réforme. L'Académie se raidit contre les attaques. Elle-même se divisa en deux camps • celui des partisans de la résistance à outrance et celui des ambitieux ou des timides, prêts à toutes les compromissions. Se diviser, dans une crise semblable, c'était se condamner à périr.
xMédaille donnée en prix aux lauréats de l'Académie de Pointure et de Sculptuie
sous Louis XVI.
(Gravée par B. Duvivier.)
Un premier coup fut porté par l'Assemblée Constituante àTun des principaux privilèges de l'Académie. Les représentants de la nation décidèrent que le Salon de 1791 serait ouvert, indistinctement, à <f tous les artistes tant français qu'étrangers ». L'arinée des méconleiils, (lirigée par David, devenait une foule. Le prestige de la comj)agni(^ fondée par Le Brun avait vécu. David pouvait impunément répondre à un dernier appel de ses confi'ères par ce mot perlirb' : '^ J "étais autrefois de l'Académie ».
Des pétitionnaires exposaient à l'Assemblée nationale (|ue la vieille institution monarciii(jue ne pouvait subsister avec un régime (b' liberté. Cependant b;s événements politiciues se préoij)itaient. David siégeait à hi (convention. Il dénonçait la compagnie à huiueUe il avail appartenu comme « le dernier refuge de rarislooralie ».
Toute.s les autres académies royales, toutes « les sociétés paten-
tées » étaient également frappées de suspicion. Leur perte était jurée d'avance. Dans sa séance du 8 août 1793, la Convention décréta la suppression de toutes les académies. Mais, en prenant cette mesure de destruction, la grande assemblée révolutionnaire sentait la vérité de ce grand principe de sagesse politique : on ne détruit que ce qu'on remplace. Ces aristocraties du talent et du mérite qu'elle abolissait par un vote, elle devait les reconstituer elle-même deux ans après. La Convention chargeait son Comité d'instruction publique d'étudier l'organisation d'une Société « destinée à l'avancement des Sciences et des Arts ». L'Institut de France était déjà né sur les ruines des anciennes académies.
Nous passons rapidement sur les tentatives de groupements qu'essayèrent les artistes pendant cette période transitoire. La Commune des arts, fondée par David, dès 1790, se transformait en Société populaire et républicaine des arts. Ce fut plutôt un club qu'une confrérie d'artistes. Le monde de l'art traversa une période d'anarchie. « Il était temps, dit M. le comte Henri Delaborde, que la légitime aristocratie du talent fût rétablie sur les ruines de la démagogie, comme, cent cinquante ans auparavant, elle avait été, par la fondation de l'Académie Royale, vengée des outrages de la maîtrise. »
En créant l'Institut national, la Convention ne faisait que reprendre une des meilleures traditions de l'ancien régime. Mais les législateurs de l'an IV eurent une vue plus haute et plus large que celle de Colbert. L'acte législatif du 2o octobre 1793 réunissait en un seul faisceau toutes les forces intellectuelles de la nation. A la veille de clore ses travaux, la Convention, complétant les projets de Condorcet et de Talleyrand, fondait, sur les débris des anciennes académies royales, une sorte d'académie unique. Comme l'a dit éloquemment M. Raymond Poincaré S elle édifiait ainsi « le sommet d'où les
* Le Centenaire de l'Institut 1795-1893 (25 octobre), Paris, Didot, 1896, in-S», page 34.
lettres, les sciences et les arts, groupés dans une solidarité puissante, auraient à veiller sur les destinées de la patrie indivisible ». Cette grande idée, réalisée dans une œuvre désormais impérissable, fut le testament de la Convention.
Il y a des académies, d'illustres compagnies d'écrivains, d'érudits, de savants, d'artistes dans tous les pays de l'univers. « La France seule, disait Renan, possède un Institut ». Cette conception magnifiquement unitaire était sortie de la pensée de Daunou, membre prépondérant du Comité d'instruction publique et rapporteur de la loi. Daunou peut être considéré comme le père spirituel de l'Institut de France.
On trouvera ailleurs qu'ici les détails sur l'organisation de l'Institut, telle que l'établissait la loi du 25 octobre 1793. Peut-être l'esprit de synthèse obéit-il tout d'abord à une logique trop rigoureuse. Les législateurs de l'an lY, épris d'unité et de symétrie, s'exagérèrent évidemment l'efficacité du travail collectif. En privant chacune des trois classes de l'Institut de toute autonomie, en imposant à tous les membres de ce grand corps des travaux communs et des décisions communes, on sacrifiait trop k l'esprit d'unité.
La Convention léguait au régime directorial le soin de constituer l'institution qu'elle avait créée. Lakanal fut le rédacteur du règlement voté par le conseil des Cinq-Cents. Aux cinq Académies royales, ce règlement substituait un Institut national divisé en trois classes. La troisième classe prenait le nom de Classe de Littérature H des Beaux-Arts. Elle était divisée en 8 sections : grammaire, langues anciennes, poésie, antiquités et monuments, peinture, seul pluie, architecture, musi(|ue et déclamation. L'arrôlé du 15 frimaire an IV (6 décembre 1795) nommait (juarante-huit membres de rinsiiliii national (deux dans chacune des vingt-quatre sections). Ces quarante-iiuit membres nommés en élurent quarante-huit autres. Puis, ces (juatre-vingt-seize membres nommî'reni h»s (|uaranle-huit
derniers. L'Institut tout enlicr comportait cent quaranto-quaire
membres (à raison de six pour chacune des vin^t-quatre sections).
Tl est intéressant de reprendre les noms des liuit artistes, nommés; par le Directoire, pour représenter l'art pioprement dit dans la Classe de Littérature et des Beaux-Arts, (^'étaient les peintres David et Yan Spaendonck, les statuaires Houdon et Pajou, les architectes Gondoin et de Wailly, le compositeur Méhul et le comédien Mole.
Cette huitième section de musique et de déclamation était-elle, comme on l'a si souvent aiïirnié, une innovation absokie ? Tout récemment un maître historien, M. Ernest Lavisse, dans sa savante étude du xvif siècle, nous montrait que l'idée de faire de la musique une chose royale avait été conçue et réalisée par Louis XIV et par ses commis. Le Roi avait voulu avoir ses musiciens à lui, comme il avait ses peintres, ses sculpteurs et ses architectes. Les musiciens de la Chapelle, de la Chambre et de la Grande Ecurie du Roi, phicés sous l'autorité d'un surintendant, se trouvaient en rivalité avec la Confrérie de Saint-Julien-les-Ménétriers, gouvernée par « le roi des violons ». Pour échapper à l'autorité de la maîtrise, le florentin LuUi demanda l'autorisation de créer « les petits violons ». Tl obtint ainsi le privilège de suivre le Roi dans tous ses déplacements, et même en campagne. Lulli, très en faveur auprès de Louis XIV, devint surintendant, chargé en outre de l'Opéra, en 1665. Cependant Colbert songeait, sous l'inspiration de l'abbé Perrin, à faire, dit M. Lavisse, « de la musique, comme des autres arts, comme des manufactures, une chose nationale ». En juin 1669, il fit donner à Perrin un privilège « pour des représentations en musique et en vers français ». Le Roi permettait aux gentilshommes de chanter à l'Opéra c( sans que pour cela ils dérogeassent au titre de noblesse ». L'abbé Perrin, malheureusement, gouverna mal ses affaires et fut incarcéré pour dettes. Lulli l'alla trouver dans sa prison et lui acbeta son privilège. Les lettres patentes du 12 mars 1672 autorisèrent
Lulli à établir à Paris une académie « pour faire les représentations (le pièces de musique, tant en vers français qu'en autres langues étrangères. » A ce privilège était joint le droit d'établir k Paris des écoles de musique. C'était faire du florentin Jean-Baptiste Lulli une
J.-|{. I.nlli ilf):?:MG87).
Direcleur de l'Acnh mn' dr inusiciur IoikN'c imi ltiT»>.
vGiiivt; juir iiuiumrl.)
s<Mh' (If fj' Hnin de I;i iiiiisi(jue. M. Lavissr nous fail l'emarquer 'pH'. iliiiis le piivilège de 1(>72, rAcadi'mie de musi(|U(î est qualifiée <l<' '■ ii;i I i(iii;i lr ■
\Ml|-^ voiiiiiirs donc en (Iroil <lr dire (jue là, enroro, en créant lu liuilifiiH' srriioii lie l;i rlii^>r dr Lilléralurc et tles Beuux-Ai'ts, le II. 6
82 L'INSTITUT DE FRANCL:
régime révolutionnaire reprenait à son compte une création de la monarchie. Son mérite était de fondre les représentants de Fart musical dans le corps unique où il entendait résumer toutes les énergies de la France intellectuelle.
Le Directoire innovait-il môme, si audacieusement, en nommant le comédien Mole membre de l'Institut de France? Rappelons que dans le privilège concédé à l'abbé Perrin, ce Le Brun avorté de l'Académie musicale, le Roi estimait qu'il pouvait être permis aux personnes de condition, » aux dâmoiselles, de chanter à l'opéra, sans déroger ». Les moralistes reprochent volontiers au temps présent d'accorder trop d'importance aux faits et gestes des comédiens. Nous oublions facilement, qu'avec nos défauts et nos vertus, nous ne faisons guère, en France, que continuer docilement nos ancêtres. Pour comprendre de quelle renommée jouissait Mole, il suffit de relire la notice que M. Albert Soubieslui consacre dans son ouvrage : Les membres de V Académie des Beaux- Arts, depuis la fondation de r Institut. « Mole devint, de la part du public, l'objet d'un engouement véritable. On le vit bien, quand il tomba malade. On exigea, jour par jour, des bulletins de sa santé. A sa convalescence, on lui envoya de tous côtés les vins les plus coûteux et les plus exquis. Pour l'indemniser des frais de médecin, une représentation fut organisée à son bénéfice, et le Roi lui fit remettre cent louis ». Lorsque Mole mourut, son frère Dallainville, comédien également et membre également de la troisième classe de l'Institut primitif, en qualité d'associé non résidant, écrivit à un journal pour demander que dans les divers théâtres chacun des spectateurs portât un crêpe au bras. « Cette marque d'honneur, disait-il, ce signe ostensible de regret, sera digne des Français, si amateurs de beaux-arts ». La société de FAncien régime avait légué à la société de la Révolution le goût des comédiens. La France révolutionnaire, éprise de logique, leur conférait, avec la continuation de sa faveur, tous les privilèges des citoyens.
L'arrêté de frimaire entendait n'oublier personne parmi ceux que l'éclat des talents et des services désignait pour former le premier
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iT^JJ-, HoIctluMiUuuropo.^
L'acteur Mole (1734-1802). rcrii mcmhie do rinstitut/fen 1796. (D'après une estampe ca coulcui» de DiilojU-p.'
'•">;"! (Ir I Institut national. Par (juelle singulière aberration ncglJL'* al -il <l( liii» représenter Tart de la Gravure dans bi classe de la Liih i.iiiiK! et des Beaux*Arls? Aupn*s de David, de Van Spaen-
84 L'INSTITUT DI-: FRÂiNGE
donck, (le Hoiidon, de Pajou, de Gondoin, de de Wailly, de Méhul, de Mole, la place n'était-elle pas marquée d'un Bervic ou d'un Tardieu? Seuls, les digues successeurs de Gérard Audran et de Nanieuil furent oubliés par le Directoire. Cette omission injustifiable ne fut réparée qu'en 1803.
Parmi les huit artistes, nommés membres de l'Institut par le Directoire, observons qu'à part Méhul et Mole, tous avaient fait partie des deux anciennes académies royales. Tous ces choix étaient irréprochables. Au point de vue politique, David avait ses violences robespierristes à faire oublier, mais le peintre des Horaces et de la Mort de Socrate régnait, sans partage et à bon droit, sur l'école française. Sans (Hre un maître, Van Spaendonck, professeur au Jardin des Plantes, jouissait d'une réputation incontestée comme miniaturiste et peintre de fleurs. Nous n'insisterons pas sur les titres de Houdon et de Pajou. Antoine eût pu être préféré à tout autre parmi les architectes, mais d'importants travaux l'appelaient sans cesse à l'étranger. Le théâtre de l'Odéon et l'École de médecine désignaient de Wailly et Gondoin. Quant à Méhul, bien qu'il n'eût encore que trente-trois ans, il était déjà l'auteur de Stratonice et du Chant du Départ.
Les nominations et élections complémentaires assurèrent, dans la troisième classe, une représentation équitable des artistes français. Nous ne citons que les noms principaux : les peintres Vien et Regnault, l'architecte Peyre, le sculpteur Roland, le musicien Gossec, et enhn Grétry. « En parcourant cette liste, dit M. Delaborde, on ne trouverait guère à regretter l'omission de quelque nom plus digne d'y figurer que celui de tel des nouveaux élus ».
A la première séance solennelle de l'Institut de France, tenue, le 4 avril 1796, au Louvre, dans la Salle des cariatides, aucun artiste
ne fut chargé de prendre la parole. Pendant toute la période directoriale, les peintres, statuaires, architectes et musiciens siégeant dans la troisième classe ne jouent, dans les travaux de l'Institut, qu'un
.l.-U. Suvée (1743-1807).
Nommô rlirecteur di; lAcadéniie de Franco à Rome par lo Directe (Peint par lui-même. Gravé par Huucl.)
rôle ellacé. On sait quel était le vice de cette organisation première : elle interdisait en quehjue sorte à l'Institut la division du travail. Toutes les délibérations d(^vaient être prises en conunun ; les élections, pour combler h*s vacances dans chîicune des trois chisses, exi-
86 L" INSTITUT DE KHANGK
geaieiit un vote émis par le corps tout entier; il était impossible aux diverses sections de vivre d'une vie propre.
Les concours du prix de Rome avaient été suspendus pendant trois ans. Tel était le respect superstitieux du principe de l'unité du travail qu'on avait songé d'abord à confier le soin de choisir les lauréats à l'Institut statuant en assemblée plénière. Le gouvernement directorial comprit qu'il était impossible de procéder ainsi. Les artistes furent chargés de prononcer un jugement préalable, sous réserve d'une ratification de pure forme demandée au corps de l'Institut tout entier.
Le poste de directeur de l'Académie de France à Rome avait été supprimé par la Convention. Mais l'institution elle-même avait été maintenue par les pouvoirs révolutionnaires. Placés « sous la surveillance de l'agent français près le Saint-Siège », les pensionnaires avaient été mêlés à des événements tragiques. Le Directoire rétablissait les fonctions de directeur et confiait ce poste à Suvée; cependant, ni le nouveau directeur, ni ses pensionnaires n'étaient en mesure de gagner l'Italie. Cette incertitude se prolongea pendant toute la période qui s'étend de 1796 à 1800. Il appartenait au régime consulaire de faire cesser cet état provisoire, comme aussi d'assurer aux artistes membres de l'Institut national une situation indépendante et l'autonomie dont ils manquaient.
Le Premier Consul s'enorgueillissait d'appartenir à l'Institut; il avait été, en 1800, élu président de la première classe. Il tint à honneur de donner au grand corps créé par la Convention une organisation définitive et d'apporter à l'œuvre des Daunou et des Lakanal les retouches dont une première expérience montrait la nécessité. L'arrêté du 23 janvier 1803 (3 pluviôse an IX) fut l'œuvre personnelle du général Bonaparte.
Aux trois classes créées par le texte de 1795, l'arrêté de l'an IX en substituait quatre :
Sciences physiques et mathématiques ; Langue et littérature française ; Histoire et littérature ancienne ; Beaux-Arts.
L'ancienne troisième classe était dédoublée. Dans la quatrième classe des Beaux-Arts, désormais exclusivement composée d'artistes, les graveurs, oubliés par le Directoire, constituaient une section spéciale. Le gouvernement appelait à siéger dans l'Institut Bervic, Dumarest et Jeuffroy, un graveur en taille-douce, un graveur en médailles et un graveur sur pierres fines.
En revanche, Tart de la déclamation ne devait plus avoir de représentants.
Le nombre des membres de la quatrième classe fut, aux termes de l'arrêté du Premier Consul, de vingt-huit, plus un secrétaire perpétuel. Aux membres titulaires étaient adjoints huit associés et trentesix correspondants.
Depuis sa fondation, l'Institut avait été installé au Louvre, dans les locaux occupés, jusqu'à leur suppression, par les anciennes académies royales. Il avait à sa disposition la presque totalité de l'aile du palais, dont le Pavillon de l'Horloge forme le centre. L'Empereur Napoléon voulut compléter l'œuvre du Premier Consul en dotant l'Institut d'un établissement définitif. Un décret du !•" mars 1805 (10 ventôse an XIII) lui attribua le Collège des Quatre Nations.
L'architecte Vaudoyer fut chargé d'aniénager la cliapelle du collège en salle des séances publiques. L'honneur d'inaugurer la nouvelle salle appartint à la classe des Beaux-Arts. Ce fut elle qui tint l;i jirrmiiK séance <l;iiis l'ancienne église. Elle se réunit, le 4 octoi)ro 1800, sous la présidence de rarchitecle Heurtier. Un ancien jxmsionnaire de TAcadémie de France à Rome eut l'honneur (I in nu II nr la coupole ; les artistes ont la fierté de ce souvenir.
Heurtier avait obtenu le Grand Prix en 1764 : il appartenait à l'Institut depuis 1801.
Cette séance du 4 octobre 1806 fut consacrée à la lecture d'un discours de Joacbim Lebreton, secrétaire perpétuel de la classe des Beaux-Arts. De 1795 à 1803, chacune des classes de l'Institut avait chargé un de ses membres de remplir les fonctions de secrétaire, mais ce mandat n'était conféré que pour une année. L'arrêté du Premier Consul réorganisant Tlnstitut, décidait qu'à chaque classe serait attaché un « Secrétaire Perpétuel ». Nul homme n'était plus digne que Joachim Lebreton d'être honoré du suffrage des artistes.
Le premier secrétaire perpétuel de la classe des Beaux-Arts était d'humble origine. Elevé dans un collège de théatins, il s'y distingua; à peine âgé de vingt ans, il se voyait chargé d'une chaire de rhétorique dans un établissement de l'Ordre. Bien qu'ayant embrassé avec ardeur la cause de la Révolution, à la politique il préféra toujours l'érudition. Lebreton avait collaboré activement à l'organisation du Muséum national. Sous le Directoire, il remphssait au ministère de FLitérieur, la charge de chef du bureau des Beaux- Arts. Il traversa le Tribunal. Lors de la fondation de l'Institut, il était devenu membre de la classe des Sciences morales et politiques. Ses services antérieurs, son savoir, son expérience administrative, l'aménité et l'indépendance de son caractère le désignaient au choix des artistes.
Dans son premier discours prononcé en séance publique, Lebreton traçait, non sans éloquence, tout un vaste programme de travaux. « Nous invoquerons, disait-il, le génie de la France; puisse-t-il ne pas cesser d'être fécond en grands artistes, en grands talents dans tous les genres ! » Il ne cessa de prodiguer son dévouement au corps qui l'avait honoré de sa confiance. Parmi toutes les traditions qu'il a fondées, nous citerons l'usage de lire, à la séance annuelle, une notice sur un membre décédé. La première pensée d'un Dictionnaire
de la langue des Beaux-Arts se trouve également dans le programme initial tracé par le premier secrétaire perpétuel. Dans la pensée de Lebreton, il ne s'agissait encore que de fixer le caractère technique de certains mots. Ce fut seulement bien des années après,
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i.liclic Aliuuri.
Lo villa Médicis, siège de rAcadéiiiie de Fiaïui' à Home
sous le second Empire, ({u'on traça le plan général d'après lequel les travaux du Dictionnaire se poursuivent encore.
La période consulaire et impériale vit la classe des Beaux-Arts de l'Institut de France se développer iieureusement. Sous son patronage, l'Académie de France à Rome se repeuplait de pensionnaires. Elle intervenait aupri's du pouvoir pour hâter la réalisation du projet d'installation définitive conçu par Suvéo. Le i"' novembre 180i, N's hôtes du Palais Mancini allaient s'installer sur le IMncio, dans l'exquise et somptueuse villa Médicis. L'obligation (h^ fournir,
90 L'INSTITUT DE FRAiNGK
comme couronnement de leurs études, la restauration d'un édifice antique, était imposée aux pensionnaires architectes.
11 manquait encore à la classe des Beaux-Arts le droit de porter ce beau nom « d'Académie » (jui l'eut rattaché étroitement aux traditions glorieuses du passé. 11 appartenait à la Restauration de lui octroyer cette faveur. Mais au lendemain de la chute de l'Empire, l'Institut devait traverser encore une crise difficile.
Rien, dans les procès-verbaux de la classe des Beaux-Arts, ne se ressent du grand drame de l'agonie napoléonienne. Le lendemain de l'abdication de Fontainebleau, la classe s'occupe paisiblement du jugement des concours de Rome. David se tient éloigné des séances hebdomadaires. A la séance publique de 1814, présidée par le duc d'Angoulême, un incident se produit, qui trouble la sérénité de la cérémonie. Un usage touchant, qui dure encore, faisait aux jeunes lauréats un devoir d'aller embrasser leurs maîtres. Quand fut proclamé le nom de Léopold Robert, second grand prix de gravure, le maître des cérémonies vint dire à l'artiste de rester à son banc. Léopold Robert était l'élève de David : il fut mentionné « comme n'ayant pas eu de maître ». Cet incident qui n'eut pas d'autres suites, était-il voulu par le pouvoir? Faut-il n'y voir qu'un excès de zèle de la part d'un chambellan contre-révolutionnaire ? Il trahissait en tout cas un état d'esprit peu favorable aux libertés de l'Institut décrétées par la Convention et codifiées par Napoléon.
Nous avons tenu à rattacher l'histoire de l'Institut de 1795 à l'histoire des anciennes Académies Royales. Nous croyons pouvoir dire sans paradoxe que la conception des ïalleyrand, des Condorcet, des Daunou, des Lakanal, réalisée par le Directoire, le Consulat et l'Empire, prolongeait dans la société moderne, toutes choses égales
d'ailleurs, l'idée de Le Brun et de Colbert. Ce serait néanmoins commettre une erreur historique que de vouloir pousser trop loin l'analogie entre la quatrième classe de l'Institut et les deux académies artistiques de l'ancien régime. L'Académie Royale de peinture et de sculpture était en somme une corporation privilégiée, dont la Couronne protégeait et sanctionnait les monopoles. L'Académie d'architecture jouait surtout le rôle du conseil technique des surintendants des Bâtiments. Moins nombreuse que ses devancières, la classe des Beaux-Arts est investie d'une mission plus haute que la défense d'intérêts corporatifs. Dans la représentation de la France intellectuelle elle incarne l'éclat de l'art national. Ce qu'elle a perdu en prérogatives et en attributions, elle l'a regagné en prestige. Ce n'est plus une confrérie, mais une compagnie d'élite dont la force et la vertu sont faites avant tout de renommée et d'influence. Le pouvoir que la classe des Beaux-Arts possède et qu'il lui est possible d'exercer est un pouvoir tout spirituel. Certes, il eût déplu à Napoléon que les artistes fissent trop largement usage de la liberté. Toutefois, si impérieux que soit son patronage, l'esprit de la société issue de la Révolution anime la classe des Beaux-Arts, comme toutes les autres classes de l'Institut de France. L'Institut porte le titre d' (f impérial », mais l'esprit national l'anime tout entier. Il n'a pas rompu avec un passé glorieux, mais entre lui et ce passé tout un monde nouveau a été créé. Une société nouvelle s'est constituée, dont il est la parure.
La première Restauration devait périr pour avoir méconnu l'attarhement profond des Français aux institutions de la Révolution et de l'Empire. Une coterie d'émigrés lit le rêve insensé d'effacer vingtriiHj ans d'histoire. Ces amis imprudents de la monarchie rétablie coururent le projet de remphicer toutes les créations de la France moderne par les institutions de l'ancien régime. On sait jusqu'à (juel degré de fanatisme ingénu fut poussée, dans certains milieux,
cette superstition du passé. « Est- il vrai, Monsieur le Garde des Sceaux, disait une dame de la cour, qu'on va nous rendre nos anciens supplices? » Quelques ambitions aigries tentèrent d'exploiter ce funeste courant de réaction pour détacher de l'Institut la classe des Beaux-Arts. Le rétablissement pur et simple de l'ancienne Académie royale de Peinture, de Sculpture et de Gravure faillit être tenté ; on songea à rompre le puissant faisceau de forces intellectuelles qu'avait constitué la Convention.
Y eut-il là un projet sérieusement médité par le pouvoir, ou seulement un complot de mécontents? Nous pendions pour la seconde hypothèse. Dans tous ses choix, la classe des Beaux-Arts de l'Institut avait fait, depuis dix-neuf ans, uns large part aux membres des anciennes académies royales. Quels que fussent à cet égard son bon vouloir et son souci d'équité, un certain nombre des c< académistes » d'autrefois n'avaient pu être appelés à siéger sous la coupole du Collège des Quatre-Nations. Un syndicat de rancunes s'était constitué. Il pensa trouver dans la restauration d'une institution abolie l'occasion de prendre sa revanche.
Le sculpteur Deseine se fit le porte-parole des conspirateurs. Il était sans génie, sinon sans mérite. On lui doit la Mise au tombeau de l'église Saint-Roch, et les statues de l'Hôpital et de d'Aguesseau, du Corps législatif. Deseine avait été élu membre de l'Académie Royale, le 26 mars 1791, dans la dernière séance tenue par cette académie pour une élection. Il était hors d'emploi depuis lors. Tous les exilés de l'Institut, toutes les victimes, plus ou moins réelles, des violences révolutionnaires et du despotisme impérial se groupèrent autour de Deseine. Un grand corps fermé ne peut éviter de faire des envieux. L'armée delà jalousie se recrute toujours au premier appel. Un comité des anciens académiciens de la monarchie se constitua sous la présidence d'un peintre médiocre, Le Barbier. On affectait de ne parler que de transaction, de fusion. L'abbé de Montesquiou,
ministre de rintérieur, prêtait à ces revendications une oreille complaisante. Dans une lettre du T) août 1814, adressée aux membres de la quatrième classe, les anciens académiciens faisaient un pressant appel aux sentiments amicaux de « leurs confrères ». F]n réalité, inviter une des classes de l'Institut à se séparer de Tlnstitut même et à venir se fondre dans un groupement purement corporatif, ('"était exiger d'elle un suicide.
Le secrétaire Joachim Lebreton esquiva fort habilement le péril. Au doucereux appel de Le Barbier, il n'opposa qu'une réponse évasive : ( Toutes les académies ayant été supprimées par une loi ne peuvent avoir d'existence légale que quand cette loi aura été abrogée. Jusquelà, ce serait pour la classe des Beaux-Arts une démarche irrégulière d'agir comme si la loi n'existait pas. » Lebreton ajoutait adroitement, sentant bien que toutes les difficultés venaient de quelques ambitions inassouvies, que la classe des Beaux-Arts de l'Institut était toute prête à solliciter du gouvernement l'augmentation du nombre de ses membres.
Cependant l'abbé de Montesquiou était circonvenu. L'idée de rétablir intégralement une institution de l'ancienne monarchie plaisait à son zèle royaliste. Le o mars 181 S, le ministre de l'Intérieur faisait rendre une ordonnance qui supprimait la quatrième classe de l'Institut. C'était porter à l'œuvre de la Révolution un coup mortel. M. le comte Delaborde, qui nous guide pas à pas dans le récit de cette dangereuse crise, a dit excellemment : « Condamnée à se fondre dans TAcadémie royale reconstituée, la classe des Beaux-Arts n'aUail plus (Hr(3 ({u'un groupe d'artistes associés à d'autres en nombre ilHmité, vivant avec eux d'une vie banale, dans une sorte de promiscuité d'autant moins profitable à leur dignité que l'inégalité entre 1rs lalriits snait ()lus grande et Tégalité des droits plus hasardeusenuMil consacrée. »
Le letour dr l'ib; d'Elbe sauva l'Institut (b' la destruction. Quinze
jours après Fordonnance du T) mars, l'esprit de la France révolutionnaire rentrait aux Tuileries, avec Napoléon. L'Empereur donnait aussitôt à Carnot, ministre de Tlntérieur, l'ordre d'écrire au Président que l'ordonnance du î) mars devait être considérée comme non avenue.
Cette alerte fut bonne à quelque chose. A plusieurs reprises, la classe des Beaux-Arts avait sollicité l'augmentation du nombre de de ses mernbres titulaires. L'arrêté consulaire de 1803 avait fixé ce nombre à 29, y compris le secrétaire perpétuel. C'était trop peu pour que l'école française fût sincèrement représentée. Un décret des Cent-Jours porta le nombre à 41. Napoléon, devenu libéral, laissait à la quatrième classe licence de choisir ses douze nouveaux membres. L'Institut appela ainsi k lui les peintres Girodet, Gros, Guérin, l'arcliitecte Rondelet, les compositeurs Berton, Lesucur et Ciierubini.
Aux cinq sections créées par le Consulat, le décret des Cent-Jours ajoutait la section nouvelle &' Histoire et théorie des Beaux-Arts. Ainsi constituée la classe des Beaux-Arts de l'Institut, soucieuse d'éviter les luttes politiques, se croyait à l'abri des révolutions. Avec le désastre de Waterloo et le second retour des Bourbons commença pour elle une nouvelle ère de difficultés.
La reprise par les commissaires des Alliés des tableaux de conquête fournit aux artistes, membres de l'Institut, une occasion douloureuse de se faire les interprètes du sentiment public. Denon s'était efforcé de nous conserver les richesses d'art que jadis il n'avait pas vu, sans inquiétude, transporter à Paris. Devant les réclamations violentes de Bliicher et de Welling^ton, il était contraint de démissionner. Depuis son départ^ le dépôt du musée était livré à la soldatesque étrangère : on emballait hâtivement les chefs-d'œuvre, ainsi que des prises vulgaires. Le monde de l'art tout entier souffrait des procédés brutaux des vainqueurs. « Il faut, avait dit Wellington.
AGADÉMIb: DES BEAUX-ARTS* 95
donner aux Français une leçon de moralité. » Le Roi eût été d'humeur à résister, mais les politiques ne lui donnaient que des conseils de résignation. On prêtait ce mot à Talleyrand : a Cette question de
Vivant Dmfjn travaillant au milieu (roliji'ts d'aiL de toute nature apportés en France
à la suite de» conquêtes de Napoléon l«f.
(Gravure au Irait anonyme mise ii l'cfTct ])ar llciiii.)
tableaux n'est pas une all'air'j. » C'était une allaire pour les artistes. Ils considéri'rent comme un devoir de protester.
Celle protestation, énergique et noble, l'ut formulée, dans la séance publi(iu(î du 28 octobre 1815, par le secrétaire perpétuel, Joacbim Lebreton. « Nos pertes, s eeria-t-il, sont irréparables ; ne
pas les déplorer ici serait d'une insensibilité honteuse ou une lâcheté. )) Entraîné par son sujet, Lebreton commit l'imprudence de vouloir donner, h son tour, une leçon de moralité ;i l'Angleterre. « Ce ne sont pas des Français, disait-il, qui ont arraché par lambeaux les sculptures de Phidias des monuments d'Athènes et mis en ruines les portiques des temples violés. » Cette allusion aux spohations de Lord Elgin exaspéra Wellington. La destitution de Lebreton fut exigée par lui. Le premier secrétaire perpétuel de la classe des Beaux-Arts dut abandonner les fonctions qu'il remplissait depuis treize années. D'unanimes regrets l'accompagnèrent dans sa retraite. 11 n'avait pas cessé de se consacrer, avec autant d'aménité que de dévouement, aux devoirs de sa charge. Lebreton s'exila. Le roi Jean IV lui offrait l'iiospitahté au Brésil. Il se rendit en Amérique, avec quelques Français, pour fonder une colonie littéraire. Son projet échoua. Trois ans plus tard, il mourait à Rio de Janeiro, victime de sa patriotique franchise. — Un membre de la section d'architecture, Dufourny, avait été nommé secrétaire perpétuel intérimaire.
Cet incident n'était pas le seul qui put inquiéter et contrister la classe des Beaux-Arts. Dès les premiers jours de la seconde Restauration, elle avait pu s'apercevoir de l'hostilité du gouvernement. Sous le prétexte d'économies budgétaires, on rapportait' le décret impérial du 21 avril portant de 28 à 41 le nombre des membres; la classe de théorie et de l'histoire de l'art, à peine créée, était supprimée d'un trait de plume. Le ministre enjoignait aux artistes de l'Institut de se séparer de leurs récents collègues, d'un Cherubini, d'un Girodet, d'un Guérin, d'un Gros. Ces mesures vexatoires semblaient annoncer la reprise de ce projet, dont la réahsation n'avait été empêchée que par le retour de l'île d'Elbe, de réédifier sur les ruines de l'Institut révolutionnaire et impérial les anciennes académies de la monarchie.
Rendons à Louis XVIII cette justice qu'il sut, en cette circonstance comme en plusieurs autres, résister à l'esprit outrancier de réaction. Il sut ne reprendre d'un passé aboli qu'un nom glorieux. Alors qu'il rendait aux différentes classes de l'Institut le beau titre d'Académies, il respecta, dans ses grandes lignes, la création de la Convention.
A cette période de vexations, d'incertitude et de malaise succédait enfin pour l'Institut de France une ère de sécurité. L'ordonnance royale du 21 mars 1816 lui octroyait sa cbarte définitive.
VU
Nous n'avons à parler ici que de la classe des Beaux-Arts. L'ordonnance de 1816 lui donnait satisfaction, tout d'abord en rétablissant, pour les peintres, sculpteurs, architectes et compositeurs de musique, le chiffre de 40 membres. L'ordonnance royale maintenait la suppression de la classe de Théorie et Histoire de l'Art. En compensation, elle créait une nouvelle classe, celle des membres libres. Ces nouveaux membres, pris en dehors des artistes de profession, étaient appelés à reprendre la tradition des Caylus et des Mariette, de ces cr conseiUers honoraires » et « honoraires amateurs », en qui les académiciens d'autrefois avaient trouvé de puissants et dévoués amis. A vrai dire le gouvernement de la Restauration entendait peutêtre donner là aux artistes moins des confrères que des protecteurs. En relisant la liste des premiers membres libres, on est tenté de leur trouver plus de titres de noblesse (jue de titres artistiques. L'innovation n iMi était pas moins des plus heureuses, et, sous l'apparence d'uin' création nouvelle, ne faisait que reprendre une des meilleures traditions du passé. Le nombre des correspondants, tant nationaux (ju'étrangers, éhiil poité d»' tirnte-six à quarante. Enfin le nom «l'Académie des Beaux -Arts était rendu à la grande Compagnie artisti(jU('. Ce n'était plus, comme on l'avait rôvé un instant dans
Pascal, par Pajou.
(Ycslilulc de la Ctupole.)
OS r/ INSTITUT 1)K K l{ A N G K
rcMilourage de l'abbé du Montes- ([uiou, ramener en arrière une des plus belles institutions de la France moderne. C'était lui conférer l'ancienne noblesse en respectant cbez elle l'esprit nouveau. Il n'y a qu'à louer les termes dans lesquels Louis XVII I expli([uait ses intentions. 11 se plaisait à rendre bominage à l'Institut. « Nous n'avons pas vu, sans douleur, disait-il, la chute de ces académies dont la fondation a été un titre de gloire pour nos augustes prédécesseurs. » Mais il se bâtait d'ajouter : « Dept/is l'époque où elles ont été rétablies sous une dénomination nouvelle... » Il entendait, par là, et sa prétention n'avait rien d'injustifié, que la Révolution, en créant l'Institut national, avait continué, en l'adaptant aux mœurs de la société nouvelle, une œuvre de la monarcbie.
Il ajoutait : « Nous avons vu avec une vive satisfaction la considération et la renommée que Tlnstitut a méritées en Europe. » 11 expliquait enfin pourquoi il tenait à restaurer le nom d'Académies.
« Nous avons jugé convenable de
rendre à chacune des classes son
Corneille, par Gaffieri.
nom primitif, afin de rattacher leur (Vcsubuic ('e la coupoio.)
Molière, par Caffieri. ( Vcslibulo (le la Coupole. )
gloire passée à celle qu'elles ont acquise et de leur rappeler k la fois ce qu'elles ont pu faire dans des temps difficiles et ce que nous devons en attendre dans des jours plus heureux. »
On ne pouvait mieux dire. Le gouvernement de Louis XVIII s'exécutait galamment. Eté l'ordonnance du 21 mars 1816, date l'organisation encore en vigueur de l'Académie des Beaux-Arts.
La quatrième classe de l'Institut, devenue 1 ' Académie royale des J3eaux-Arts, tint une séance extraordinaire, le mercredi 21 mars. Son président l'avait convoquée
spécialement. Nous citons, dans l'ordre du registre des procès-verhaux, les noms des membres présents : DufoLirny, (irandmesnil, Gondoin, Peyre, Dejoux, Lemol.
Visconti, Heurt icj", Vernet, lloudon, JeulFroy, R(*gnault, Gros, Lecomte, Bonnard, Diipaty, Van Spaendonck.
Holaiid, Gosscc, (niérin, Gheruhini, (îé'rard, Percier, Rondelet, Car- It'llier, Lesueur, Hervic, Bosio, Desnoyers, Le Barbier aîné, Fontaine, l)eiu)n, Mi'ynier, Méhul.
Dufourny, remplissant les fonctions
Montosfjuicu, par Glodion.
(Vosiibuic de u Coupole) de secrétaire perpétuel, donne lec-
ture d'une lettre du ministre, secrétaire d'État de l'Intérieur, M. de Vaublanc, transmettant « l'ordonnance rendue par Sa Majesté sur l'organisation nouvelle donnée aux Académies qui composent l'Institut ». Le ministre faisait part à l'Académie du désir du Roi que « le nombre des membres de l'Académie fût complet pour l'assemblée générale du 24 avril prochain ». Il demandait à l'Académie de procéder sans retard à l'élection de son secrétaire perpétuel.
Lecture fut donnée de l'ordonnance royale, aux termes de l'article 21 ; l'Académie royale des Beaux-Arts était constituée ainsi :
Section de peinture.
Van Spaendonck.
Gérard.
Vincent.
(luérin.
Regnault.
Le Barbier aîné.
Taunay .
Girodet.
Denon.
Gros.
Visconti.
Mejnier.
Menagcot.
Carie Vernet.
Section de sculpture.
Section d'architecture.
Rolland.
Gondoin.
Houdon.
Pe jre .
Dejoux.
Dufournj.
Lemot.
Heurlier.
Cartellier.
Perciet*.
Le Comte.
Fontaine.
Bosio.
Rondelet.
Dupaty.
Bonnard.
Section de gravure.
Section de composition musicale
Bervic.
Méhul.
Jeuffroj.
Gossec.
Duvivier.
Monsigny.
Desnojers (Auguste).
Grandmesnil.
Cherubini.
Lesueur.
Parmi les quarante académiciens titulaires, quatre, Le Barbier,
Dupaty, Bosio et Desnoyers étaient nommés directement par le Roi.
L'Académie procéda immédiatement aux premières opérations de
ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS iOl
Félection de son secrétaire perpétuel. La commission de présentation se retira et revint prendre séance en apportant une liste de trois noms : ceux de Dufourny, Quatremère de Quincy et Castellan. Plusieurs membres proposèrent d'ajouter à cette liste Visconti, Méhul et Bonnard. Ces trois académiciens ayant déclaré qu'il leur serait impossible de remplir les fonctions de secrétaire perpétuel, la liste fui close, d'après les présentations de la commission. L'élection fut remise à la séance du samedi suivant.
Avant de se séparer, l'Académie dut prendre encore une importante délibération. L'article 21 de l'ordonnance royale était ainsi conçu : « L'iVcadémie des Beaux-Arts aura également une classe d'académiciens libres, dont le nombre sera déterminé par un règlement particulier, sur la proposition de l'Académie elle-même. » A l'unanimité, l'Académie décida de fixer a dix le nombre des académiciens libres.
Trente-cinq membres assistèrent à la séance suivante du samedi 30 mars 18 K). Au premier tour de scrutin, l'arcbitecte Dufourny, qui, ainsi que nous l'avons dit déjà, était, depuis la destitution de Lebreton, cbargé du secrétariat intérimaire, fut élu secrétaire perpétuel à l'unanimité. Les titres de Dufourny le désignaient particulièrement au clioix de ses confrères. Plus archéologue que constructeur, il n'avait guère édifié qu'un seul monument, l'École botani(|ue de P;»]('rme ; mais ses longs séjours «mi Italie, ses importantes rc -II. 'kIk's scientifiques à la Bibliothè(ju«' et au (iabinet des Estampes, son rôle comme administrateur du mnstr du Louvre, sa bienveillance poussée peut-ôtre jusqu'à 1 r\( i s, l'élévation de son caractère faisaient de cet homme érudit et aimable le digne successeur <le Lebretoti. Il déclina pourtant, j)our raison de santé, Thonneur que lui déclinaient ses confrères. Après avoir exprimé les regrets que lui causait la détermination de Dufourny, rAcadémie dut procéder à uiu' élrrtion nôuvrllc. Vur niajoiité de vingt luiit voix désigna
IOi> LINSTITLT DE FRANCE
Qualrenière de Quincy, « membre de la commission du Dictionnaire des Beaux-Arts », membre de TAcadémie des Inscriptions et Belles- Lettres.
Ancien député à la Législative et aux Cinq-Cents, Quatremere de Quincy, après avoir joué un certain rôle politique, ne se consacrait plus qu'aux lettres et à l'érudition. Sainte-Beuve, tout en rendant justice aux mérites de Lebreton, se plaît à voir en Quatremere, deuxième secrétaire perpétuel des Beaux-Arts, le créateur d'un noble type académique, a C'est M. Quatremere de Quincy, dit-il, (jui élève décidément le genre, qui le fonde et le constitue. » Faisant allusion à ces sévérités qui aliénèrent plus d'une fois à Quatremere la jeunesse des écoles, le critique des Lundis ajoute : (( Cet esprit supérieur, que la France n'apprécia pas assez de son vivant, que la jeunesse, vers la fin, insultait à plaisir, qui ne s'appliquait point en effet à plaire, et qui ne craignait point du tout de cboquer ou même de braver son public et son temps; espèce de Royer-CoUard, dans sa spbère. » Tel était l'homme énergique et savant qui devait occuper pendant vingt-cinq ans le poste de secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-Arts.
Cette académie se trouve enfm constituée définitivement. Si nous examinons la liste des académiciens, à cette date de 1816, nous n'y notons plus que onze noms ayant figuré sur la liste des premiers membres de l'Institut national : ceux des peintres Van Spaendonck, Taunay, Regnault, Vincent ; des sculpteurs Houdon, Rolland, Dejoux ; des architectes Peyre et Gondoin; des musiciens Gossec et Méhul. Les autres académiciens avaient été élus, pendant le Directoire, l'Empire et les Cent-Jours. Quatre membres venaient d'être nommés directement par Louis XVIII. ^
Un nom illustre manque à cette liste. Le gouvernement royal avait exclu David. Ses rigueurs ne devaient point s'arrêter là. Dans le grand peintre, la Restauration voulait châtier l'ancien conven-
tionnel régicide, radiniraleur de Marat, l'ami de Robespierre, le favori de Napoléon. La loi, ironiquement appelée « loi d'amnistie », condamna David à l'exil. Il quitta la France, avec une simplicité qui ne fut pas sans grandeur. Le malin de son départ, il alla corriger ses élèves à l'aleliei*. L'Académie, quelle que fut son admiration
liC gravjur J.-U. Chaplain dans son atelier de lluslilul,
pour les talents supérieurs de David, se sépara, sans regrets, du collègue envieux, despotique et peu sûr. David d'ailleurs avait cessé, dans les derniers temps, de prendre paît à ses travaux. Les liaines que 1<; grand jx'intiT s'jillira j»ai- son cai-aclèir sonl, aujourd'hui, profondément oui)liées. La postérité ne voit plus en lui (jn'une des plus liaut(;s gloires de l'école fran(;aise. KUe est tentée de reprocher à l'Académie de 181 G d'avoir subi, sans protestation, une mesure de rarl)itraire royal qui la frappait à la tète : à lu tête, assurément, mais non au c(rur. Le malheur <le David et son clultiment furent
L'INSTITUT DE FIIANGK
d'avoir compté, parmi ses confirros, une unanimilr dadmiialcm-s et pas un ami.
David avait donné, dans les compagnies artistiques, le triste exemple des capitulations de la peur. On agit envers lui comme il avait si souvent agi envers les autres. 11 eût été périlleux, pour la classe de Tlnstitut, à lacjuelle venait d'être rendu le titre traditionnel <( d'Académie royale des Beaux-Arts » de prendre fait et cause pour le proscrit. Nous ne donnons point cette raison comme une excuse, mais comme une explication du silence, un peu humilié, des collègues de David.
"Les méfiances du gouvernement de la Restauration n'avaient pas désarmé. Dès les premiers mois du secrétariat de Quatremère, un incident venait rappeler aux membres de l'Académie des Beaux- Arts que le pouvoir surveillait toujours en eux les fils d'une création révolutionnaire.
Le peintre Ménageot, ancien directeur de l'Académie de France à Rome, mourut au mois d'octobre 1816; il appartenait à l'Institut depuis 1809. Son décès fut notifié officiellement à l'Académie dans la séance du 12 octobre 1816, après que Prud'hon, élu en remplacement de Vincent, eût pris séance pour la première fois. Le 16 novembre, l'Académie choisissait, pour remplacer Ménageot, Lethiëre, ancien directeur de l'Ecole de Rome pendant plus de dix années. Le 14 décembre suivant, le ministre de l'Intérieur écrivait k l'Académie « qu'ayant soumis au Roi l'élection de M. Lethière, Sa Majesté n'avait point approuvé cette mesure ». En conséquence, « Son Excellence engageait l'Académie à se réunir, pour faire un autre choix ».
L'auteur de La mort des fils de Briitus expiait ainsi,- moins ses anciennes opinions révolutionnaires, que sa fidélité à Lucien Bonaparte, dont il avait été le commensal et l'ami à l'ambassade d'Espagne. Le veto royal était sans appel; l'Académie ne pouvait que
ACADÉMIE DES BEAl'X-ARTS i05
s'incliner. Elle procéda à une élection nouvelle et donna à Garnier la succession de Ménageot. Deux ans après, à la mort de Visconli, elle proposa une seconde fois Lethière à rasfrément de Loiiis XV1[[ : apaisé, ou mieux conseillé, le Roi ratifia alors l'élection.
Cet épisode ne pouvait passer inaperçu dans un historique, même très sommaire, de l'Académie des Beaux-Arts. C'était, depuis la fon-
Yisile de Charles X au Salon.
(Gravure de Foret, da[)r('s Ilciiii.)
(lalioii de riiistilul, la première lois que le chef de l'État usait du droit de refuser son approhation à une élection. Le fait ne se renouvelii jamais. Depuis Tincident Lethière, tous les choix de lAcadéniie des lieaux-Arts ont été ratifiés par le pouvoir.
Nous a\i)ii^ iiisisié sur la |)ériode de la Restauration, parce (u'elle fut celle où rAcadéiîiie a été constituée, telle qu'elle fonctionne encore jnijoni-d'liiii. De 170!*) ;i IHIG, la (•lass<' des Heaux-Arts de rinslilut avail roiimi hum des vicissitudes. A dater de l'ordonnance de Louis \\ III sa composition et son organisation seront définitives.
4 0(1 LINSTITl T I)K KIIANCK
Ainsi que Fa dit son meilleur historien, le comte J)elal)o:'ile : « Malgré le nombre et la diversité des gouvernements tour à tour imposés à la France, l'Académie des Beaux-Arts, comme les autres classes de l'Institut, a j)u poursuivre ses travaux sans subir le contre-coup des révolutions politiques, sans éli*e troublée non plus |)ar aucun changement de lé^ime intérieuj". J^es hommes qui l'honoraient, en 1816, aussi bien que ceux qui rillusti'ent encoie, n'ont eu, pour en continuer la gloire, qu'à en appliquer invariablement les lois. *>
Nous passerons rapidement sur les règnes de Charles X et de Louis-Philippe. Est ce h dii'e que, pendant ces périodes, l'histoire ds l'Académie des Beaux- Arts ait été sans intérêt? Non certes, mais elle fut sans oi'ages. 11 va sans dire que les attaques ne lui furent point épargnées. Un corps conservateur et pourvu de prérogatives ne saurait éviter ni les critiques plus ou moins sincères, ni les rancunes de l'ambition déçue. Pendant les luttes du romantisme, les attaques se firent plus d'une fois violentes. L'Académie jouissait du dangereux privilège de constituer exclusivement le jury d'admission du Salon annuel. Se montra t-elle parfois trop rigoureuse dans ses verdicts? Nous l'accorderons voloniiers. Plus d'une fois, le jury académique vit ses arièts cassés par l'opinion. Lorsqu'éclata la Révolution de 1848, on vit un libéralisme effréné succéder à des sévérités excessives. Au lendemain des journées de février, le gouvernement provisoire décréta que « tous les ouvrages envoyés au Salon seraient reçus sans exception ». C'était faire du Salon annuel, non plus un foyer d'enseignement artistique, mais une manière de marché banal. Les artistes sentirent le danger. En élisant euxmêmes leur jury, ils constituèrent un tribunal indépendant. Dans ce tribunal, qui fonctionne encore aujourd'hui, une part considérable de représentation numérique et d'influence est réservée, aux membres de l'Académie des Beaux-Arts.
Pendant la période du second Empire, il arriva à l'Académie de
se trouver un moment en lutte ouverte avec le pouvoir. Le décret, 1res inattendu, du 13 novem}>re 1863, lui enleva, par une sorte de coup d'État administratif, deux de ses prérogatives essentielles. Ce décret modifiait l'organisation de l'École des Beaux-Arts et celle de lAcadémie de France h Rome. Nous avons vu qu'au xvif siècle, l'Académie royale de Peinture et de Sculpture, à peine constituée, avait considéré comme son devoir primordial de fonder et de diriger l'enseignement; l'Académie royale d'Architecture avait suivi son exemple. Après la suppression des académies, on avait compris la nécessité de décréter la création dune École spéciale des Beaux- Arts. Sous le Consulat et sous l'Kmpire, cette École, après avoir voyagé du Louvre au Palais-Royal et du Palais-Royal au Louvre, fut installée, auprès de la quatrième classe de l'Institut, dans l'ancien Collège des Quatre-Nations. L'ordonnance de 1816 lui affecta le local de l'ancien couvent des Grands Augustins où Lenoir avait abrité le Musée des monuments français. Une ordonnance de 1819 dota l'école d'un premier règlement. Sans confondre l'École spéciale des Reaux-Arts et l'Académie, le gouvernement avait su établir un lien solide entre les étudiants d'art et les plus autorisés de leurs maîtres. L'enseignement n'élail plus le privilège exclusif de professeurs académiciens; mais, grâce à un système de présentations, le personnel enseignant se trouvait, à part de rares exceptions, recruté dans l'Académie. Cet état de choses dura de 1819 à 1863. Le gouvernement du second Empire, mal renseigné, mal conseillé surtout, s'avisa brusquement de priver l'Académie du droit de présenter les professeurs de l'école. Le maréchal Vaillant <'l le Surintendant iNieuwerkerke faisaient j)lus encoi-e : ils dépossédaient l'Académie di' la haute tutelle qu'elle avail toujours exercée sur noire grande école romaine. C'était la frapp(^r à la UHg et la blesser dans ce qu'elle avail de plus cher. De tous les devoirs qui lui incombent, aucun ne lui est plus précieux et plus doux cjue celui de son palro-
108 L'INSTITUT l)K FRANCK
nage à Tégard des pensionnaires de la villa Médicis. Le souci de sa dignité ne lui permettait pas de subir en silence ce coup immérité. Elle trouva dans son cinquième secrétaire perpétuel, Beulé, successeur, des Lebreton, des Quatremt re, des Raoul-Rochette et fies Fromental Halévy, le défenseur intrépide, éloquent et dévoué de sa
Beulé (1826-1874).
Secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-Arts.
(Lithographie de Fuhr, dapics Baudry.)
cause. L'histoire de ce conflit a été souvent écrite. A quoi bon le raconter de nouveau ? L'Académie en appela au souverain lui-même, au Conseil d'État, surtout à l'opinion publique. Jusqu'à la chute du second Empire elle supporta, sans se résigner, le régime de pur arbitraire administratif qui avait été substitué à ses traditions. Ainsi que le disait Beulé, « une institution que tant de révolutions avaient respectée avait été renversée à l'improviste > .
Il devait appartenir à deux membres de l'Institut, le président Thiers et son ministre de l'Instruction publique, Jules Simon, d'accorder à l'Académie des Beaux-Arts une réparation éclatante. Au mois d'août 1871, Jules Simon informait l'Académie que « le moment lui semblait arrivé de faire cesser Tétat de choses établi par le décret impérial ». L'accord se fit aisément entre l'Académie et le gouvernement de la République. En ce qui concernait l'École des Beaux- Arts, il suffisait à l'Académie d'y exercer, en collaboration av^ec le pouvoir, l'influence individuelle de quelques-uns de ses membres les plus illustres. Tout en revendiquant, pour les jugements du prix de Rome et le patronage de la villa Médicis, l'intégralité de ses attributions, elle consentait volontiers à s'adjoindre des jurés supplémentaires, choisis en dehors d'elle. Le décret du 13 novembre 1871 rétablit l'Académie dans ses privilèges essentiels et dans le plein exercice de son autorité. Faut-il voir une simple coïncidence dans le fait que le président Thiers signa cet acte réparateur, au jour anniversaire du regrettable décret impérial?
Depuis trente-six ans, l'Académie des Beaux-Arts poursuit, en paix, le cours de ses travaux. De ces travaux, les articles 34 et 35 de l'ordonnance de 1810 ont donné la définition. Les séances de l'Académie sont consacrées, soit à la lecture des mémoires et dissertations de ses membres ou des étrangers admis par le bureau à lui fairr pari de leurs recherches, soit à examiner les découvertes, les procédés nouveaux ou les nouvelles applications d'anciens procédés dont le gouvernement ou les particuliers lui soumettent le jugement. Elle discute les articles du Dictionnaire général des Beaux-ArtSy qu'elle est appelée à composer. Etant formée pour s'occuper de tout ce qui peut contribuer aux progrès et au perfectionnement des dlIFé-
410 L'INSTITUT l)K FHAiNGl-:
renies parties des Beaux-Arts, rAcadéinie donne son avis motivé sur tous les projets, problèmes, difficultés ou questions d'art, qui lui sont adressés par le gouvernement. Elle propose tous les projets d'amélioration dont Tétude des Beaux-Arts est susceptible. Elle dirige spécialement les concours annuels du Piix de Rome, en
Musée De Caen.
donne les sujets, en rédige les programmes, en juge les résultats. Elle fait part au ministre de Tlnstruction publique et des Beaux-Arts des jugements qu'elle a rendus à la suite des différents concours. Ses séances ont lieu le samedi, à trois heures et demie. Elle lient annuellement une séance publique solennelle, dans laquelle elle proclame les lauréats du Prix de Rome et les bénéficiaires des divers prix dont elle dispose. Après un discours de son président, où sont énumérés les événements de l'année, et la lecture d'une notice rédigée par son secrétaire perpétuel à la louange d'un membre
ACADI^MII-: Di:S BEAUX-ARTS \\l
défunt, a lieu l'exéculion de la cantate écrite par le titulaire du grand prix de composition musicale.
Le " Voltaire nu > do Pigalle, placé à l'cnlrée do la Bibliothèque de l'Inslilut.
Le nombre des icadémiciens reste lixé à cinquante et un, soit : (juatorze peiiilics. Imil smljjfruis. huit archilectes, quatre graveurs, six coniposit(;urs ilc niu.si«|U(', <li\ acadéniiciens libres, et un secrétain^ perpriuei. Lej associés étrangers sont au nombre de dix.
Depuis le décret du 2o avril 1863, le nombre des correspondants, peintres, sculpteurs, architectes, graveurs, compositeurs de musique, correspondants libres, a été élevé à cinquante.
Nous avons plus d'une fois, au cours de ce récit sommaire, recouru à l'excellente Histoire de r Académie des Beatix-Ai^ts, du comte Henri Delaborde. C'est encore à notre éminent et regretté prédécesseur que nous demanderons la conclusion de ce rapide travail. « L'Académie des Beaux-Arts n'est ni un parti, ni une école dans le sens limité du mot, encore moins un groupe de talents en rivalité ou en lutte. Arrivés à la plus haute situation que des artistes puissent ambitionner, les membres de l'Académie empruntent de leur élévation môme un calme, une modération dans le jugement des opinions ou des choses qu'on ne rencontrerait pas aussi sûrement chez ceux que préoccupent encore le progrès de leur propre réputation et l'incertitude du succès. »
Le rédacteur de ces pages empruntera une dernière citation à l'ami si cher, dont il a eu l'honneur de recueillir la succession. Gustave Larroumet écrivait, en 1892 : « L'Académie des Beaux-Arts, comme toutes les classes de l'Institut, n'a qu'un but : offrir aux hommes de talent la consécration de leur mérite, constituer ainsi un foyer de lumières et de travail commun. »
HliNRY ROUJON,
; , Secrétaire perpétuel de rAcadéinie
des Beaux-Arts.
Vestibule conduisant au secrétariat de l'Institut et aux salles de séances des différentes académies.