‹ L'institut de FranceChapitre 5 sur 23 · TD · texte numérisé non relu

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se contentaient de se moquer d'elle. Le j'idicule est chez nous une arme facile à manier et qui n'en fait pas moins de graves blessures. Comme ces beaux esprits se fip:uraient aisément que dans leur façon

Louis Guez de Balzac (lo97-l654).

(Grave par J. Vallet.)

d'écrire il n'y avait rien à reprendre, ils la criblaient d'épigrammes à propos de la tâche qu'elle s'était donnée d'épurer notre langue. Ils la représentaient comme une société de pédants insupportables, uniquement occupés « à regratter les syllabes », à peser les mots, à supprimer les anciens dont tout le monde se servait, et à en for-

ger de nouveaux et de bizarres. L'iVcadémie, qui se sentait soutenue par l'opinion, ne s'émut pas de ces attaques et décida de n'y pas répondit'. Elle laissa dire et continua son œuvre.

Jean Chapelain (lo9.")-1674), qui encouragea l'Académ il' .i tnlicprcndre la composition du Dictionnaire.

iii.ur par Dcsrccliors.)

Di's i()!ii. a\aiil méiin' (ju'rllr IVil iM'uuliJ'renu'ut oi'iianisée, clic ciNiiil plis l;i it'solulioii, sur les instances de ('liap(dain, de faire le Itii iin/uniirc de la langue française , V.w icalih' le travail in' commeiKM >('Ti('iis('uiriil (|u'<mi \iV.V}. (jimiid Vjiu^elas eu prit la direction, (.••'.ut un LiiMiiiiiiaii'icii d un imit incrilt'. le plus L:r.niil

peut-être que la France ait produit. Pendant dix ans, il s'en occupa avec passion, et gràoe à lui, l'ouvrage y fut poussé jusqu'à la lettre I. Mais après sa mort, le zèle se refroidit. Le dictionnaire marcha si lentement que Colbert, qui en comprenait toute l'importance, finit par se fâcher. Comme il était lui-même membre de l'Académie, il vint un joui* assister à une séance où il n'était pas attendu, fort disposé à faire des remontrances à ses confrères et à leur reprocher leurs lenteurs. Mais on raconte que lorsqu'il vit combien il est difficile de définir exactement un mot, l'en préciser le sens et l'usage, de chercher les

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S^ ' * épithètes qui s'y joignent naturellement, d'ex-

i pliquer les phrases et les proverbes oii il s'em-

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.;^ ploie, il dit, en se levant, qu'il voyait bien qu'on

"^"Wu^u.vv^- ^^^ pouvait aller plus vite. « Ce témoignage,

ajoute notre récit, doit être d'autant plus consi- Jeton de l'Académie

française (1684). déré qu'on sait que jamais homme, dans sa place,

n'a été plus laborieux et plus dihgent. » 11 crut pourtant devoir prendre quelques mesures pour que le travail ne se ralentît pas. Jusque-là les académiciens n'avaient reçu aucun salaire ; Colbert, pour encourager leur assiduité, institua les jetons de présence, qui, depuis le 2 janvier i()83 jusqu'à nos jours, sont distribués aux membres de l'Académie qui assistent aux séances. Ce n'était assurément pas une fortune : le jeton valait 32 sous, — il ne fut porté à 3 francs que sous le ministère de Calonne. — Il est vrai que, comme ceux des absents étaient distribués entre les membres présents, la part de chacun s'en trouvait souvent fort accrue. Il leur est arrivé de toucher une fois cinq jetons, c'est-à-dire huit livres, ce qui était une somme assez importante pour l'époque. Il y avait des académiciens pauvres qui étaient loin de dédaigner ce petit surcroît de revenu. C'est, dit-on. Corneille qui créa le moi de Jeton?iiers, pour

désigner ceux de ses confrères que l'appât du jeton plus que les cluirmes du dictionnaire attiraient à TAcadémie. Il était pourtant fort jetonnier lui-même, et La Fontaine encore plus. On sait (jue les amis de La Fontaine lui fournissaient « le souper et le gîte )) ; c'était le jeton qui lui donnait « le reste ».

Malgré tout, le dictionnaire n'avançait guère. Colbert n'en vit

Les membres de l'Académie française venant oiïrir au Roi la première édition

du Dictionnaire (1691).

(Gravure do Maricllc, d'après J.-l{. Coriieillo.)

j)as la lin, ni la plupart dr ceux ([ui l'avaient commencé. Les malins ne man([uaieiil pas de dite (ju'il ne serait jamais terminé. Il s'acheva pourtant, et le 2i août IGDi l'Académie en olfrit au Roi le j)remi<'r exemplaire. Elle avait mis soixante ans ;i le faire.

Depuis. «'Il<' (Ml a puhlit' sept ('dilioiis. L;» seconde, en 1718, la troisii'iiir, eu I7i0. ne dillricnl de la [)i('mièi'«' qiu' [)ar le classement tl«'s mois: la (juatrii'me, en 1702, (jui lut surtout l'œuvre de Tublié dOlivet, est r<îman|ual)!(' par un grand «dl'ort pour réfornuT i'ortliograplic fiancaise et la rendre plus conforme à la pronoiUMalioii. On allirme (|ue les modilicalions ((u'idle contient alleignent près de i.OOO mois sur 20 n(l(). (*.««< i«''l'oruM's fureul a<i-iu'illii's fa\oi*ald«»-

Mi(3iil péircc (jif elles étaient failes avec mesure et sagesse; on ne changea guère (jiie les mots (|iie 1«' |)ul)li(^ avait cessé d'écrire à l'ancienne mode. « On ne doit point, est-il dit dans la préface, en matière de langue, prévenir le public, mais il convient de le suivre, (m se soumettant non pas h l'usage qui commence, mais à l'usage généralement établi. » La cinquième édition préparée par l'Académie fut publiée, après qu'elle eût été supprimée, par ordre de la Convention, avec une préface de Garât. Enfin la sixième et la septième ont paru en \HM') v[ IS77. L'Académie travaille en ce moment à la huitième.

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Richelieu s'était contenté de prendre le titre de protecteur de 1 Académie française. Dans la liste académique, son nom venait en tète, à quelque distance des autres. Mais ce protecteur avait la main un peu rude : quand les membres de l'Académie ne sont pas assidus aux séances ou qu'ils résistent un peu trop à ses volontés, on sent que la patience lui échappe. Il avait promis (ju'il n'interviendrait pas dans les élections et que les choix seraient entièrement libres, mais on s'aperçut bien que quand on se permettait de nommer des^ gens qu'il n'aimait pas ou qu'il croyait ses ennemis, il n'était pas content ; en sorte qu'on décida de ne choisir personne qu'il n'eut d'avance agréé. Ce qui est surprenant, c'est qu'avec son goût de magnificence et les sentiments que lui inspirait l'Académie, il ne l'ait jamais établie dans une demeure qui lui appartint. On nous (ht qu'il y avait songé ; mais précisément, il avait fornié pour elle des projets si magnifiques qu'il ne put jamais les réaliser. Tant qu'il vécut, elle tint ses réunions tour à tour chez chacun de ses membres, dans tous les quartiers de Paris. C'est ce qui donna l'occasion aux poètes qu'elle contenait dans son sein, et qui étaient, comme on

Froutispici' ilu Dictionnaire \IGDi).

(Coinpodilion de J.-ii. (loriirillo. Kravt^c par Martt<((t

400 L'INSTITUT DK FHANCl-:

sail, tiTS férus d'anli(juitt% de la coiiiparer à Tilc de Délos a errante cl IloUaiUc jiis(jirà la naissance de son Apollon ».

L'EntuiTcment du Dictionnaire.

(Gravure saliri(iue do lli!»i.)

A la mort de Richelieu, en 1G42, il lui fallut choisir un autre protecteur : c'était une crise. Après avoir hésité entre plusieurs grands personnages, elle se décida pouj* .le chancelier Séguier qui lui avait fait l'honneur, malgré sa grande situation, de demander à

elre compris parmi ses membres. Séguier fut protecteur de l'Académie pendant trente ans. On comprend bien ([u'il ne pouvait pas «Hre pour elle un maître aussi dur que Richelieu; mais comme il était riclie, il fut p:énéreux pour beaucoup de ses confrères et obtint

LA ivsricz FT.ESB^UTE ses BA.LAUC£S au chancelier 5E0UIER.,PCi;P. MARQ-UEB. CUE^CCMME CHEF^EULE LE FAIT DEFCJITAÎaE DE „'^-:J AVrORITZ- DEl/r: A- SCS VERTUJ , ET A JES T-^r^SJ TAUENJ-

Allcgorio en riionneiu- du cliaiicclicr Sé^'uicr (1635).

iTeux j»;ii- iTcoiiiiaissance ce (jue sou jjrédécesseui' exijz^eait par autorih'. ( hi lui siil [ivr suiioul (TiiNoir iccm'illi rAcadéiiiie cliez lui. Tant (juil \('ciil vWv habita rh(>l('I de sou protecteur.

Il iiioiiiul «'Il {(112 «'I elle (In! se iiicllie «mi (juéh' (l'un protecteur nouveau ; mais cette fois «Ile ne le clu'rcha pas parmi les ministres ou les jçrands seigneurs, elle alla droit au Roi lui-mém«». La proposition lui en fut faite par rarchevè(|ue «le Paris, M**' do llarlay, qui élait membre de la compagiii*', et le Roi acc<»pta du premier cou|>.

i02 l/INSTITUÏ DE FHANGK

« (lu persuada sans jxMnc. «lil d'Olivct, Ji un princr (jui aituail jxissioiiiKMUiMil la gloire, et (|ui faisait de si graiules elioses pour la mérite!', (ju'il avait un int«4*et personnel à pi'otég^er rAcudéinie. » L'intérêt de l'Académie était ]dus grand encore; pour elle, c'était un véritable cou|) de lbrtun(^ En se l'attachant directement à cidui dont tout dépcndail. elle échappait ainsi au dan<^er d'avoir un j)J'()tecteur (jui avait hesoin lui-niénie d'être prbtéj^é. A défaut du lUn, elle aui'ail pi'ohahh'nienl choisi un de ses ministres, comme elle

Mêdaille commémorativc de rinstoHation de l'Académie française au Louvre (107i).

((iravée par Mander.)

avait fait deux fois de suite. Les ministres sans doute duraient alors plus qu'aujourd'hui, cependant ils n'étaient pas inamovibles et à 1 abri de tous les accidents. Il pouvait se faire que celui qu'aurait choisi l'Académie fut renvoyé, comme Fouquet, et sa disi^race serait retombée sur ceux qui se seraient mis à son ombre. D'ailleurs il est bon que le protecteur ne soit pas très près^du protégé ; il pi'se moins sur lui s'il est placé à quelque distance. Un roi, par sa situation même, est plus étranger qu'un autre aux mesquines jalousies et aux basses intrigues ; il plane au-dessus des coteries, il a moins d'amis et d'adversaires, et son indilférence garantit son impartialité. C'est ce qui fut très visil)le pendant les quarante-deux ans que Louis XIV fut protecteur de l'Académie. Il gêna beaucoup moins son indépendance que Richelieu et même que Séguier. Il était lier

Coin[.»..^iiit»n ulir-f^uiiquo tic S»';vin gravée par Gantrcl.

4 01 . I.'INSTITI T 1)K FRAxNCK

(l'olle et la regardait coinine une des gloires de son joyauine. Aussi la conibla-t-il de ces distinctions, qui peuvent sembler aujourd'hui un peu futiles, mais qui à cette époque et dans celte société avaient un grand prix. 11 lui donna des places aux fêtes de la cour; il décida qu'au retour de ses campagnes et dans les circonstances solennelles elle serait admise à le haranguer parmi les cours souveraines. C'était la mettre au nombre des grands corps de l'Etat. Tout se faisait pour elle comme pour les autres. Au jour lixé pour la réception, TAcadémie se rendait à Versailles avec le Parlement, la Chambre des Comptes, la Cour des 'Aides. Elle se réunissait dans la salle des Ambassadeurs, où le grand maître des cérémonies venait la chercher. Les académiciens s'avançaient deux à deux, le directeur et le chancelier à leur tête, puis les autres par ordre d'ancienneté. Ceux que leurs occupations retenaient à la cour, Bossuet, pendant qu'il faisait l'éducation du Dau])hiii, lemarcjuis de Dangeau, Colbert lui-même avaient grand soin de se réunir à leurs confrères et prenaient place à leur rang. Ce qui était plus important pour l'Académie^ française c'est le privilège que le Roi lui accorda de s'adresser à lui sans passer par l'intermédiaire des ministres. Ce privilège, elle l'a gardé. Encore aujourd'hui elle est la seule des académies qui soumette directement les choix qu'elle a faits au chef de l'Etat et les fasse approuver par lui.

Avec le souci qu'il avait, et qu'ont tous les grands despotes, d'être informé de tout, il se tenait au courant des moindres incidents qui se passaient chez elle. 11 connaissait très bien le règlement et le faisait observer : il fit recommencer des élections parce qu'il sut que les votants n'avaient pas été en nombre. Il était surtout préoccupé des choix de l'Académie ; il savait bien que les grands personnages de sa cour cherchaient d'une manière scandaleuse à pousser leurs créatures. Un jour, une très vive rivalité s'éleva entre Monsieur, le frère du Roi, et le prince de Conti, à propos

d'une place vacante que Tun demandait pour le secrétaire de ses commandements, et l'autre pour le précepteur de sa lille. Ces compétitions impatientaient le Roi qui chargea un académicien de bien dire à sa compagnie « qu'elle choisirait toujours de meilleurs sujets (relle-méme qu'elle n'en prendrait à la prière et à la recommandation )). Il répéta si souvent ces paroles ({ue l'Académie crut

Sceau do rAcadôinio IVançaiso.

(Gravé par Wariii.)

devoir preiithr (juehjues mesures auxquelles depuis plus de deux (•«'Fils ans elle n ;i pas renoncé.

Aujourd'iuii «'ncoïc il se passe dans les élections une petite cérémonie qui surprend un peu ceux (jui sont nouveaux venus dans la compagnie. Le secrétaire perpétuel lit, dans un vieux règlement, ces j)aroles sacramentelles : « La'Vépulation de l'Académie dépiMidant princi|)alement de son attention à bien remplir les jilaces vacantes, elle n'aura nul égard aux brigueH et aux sollicitations, de (|uel()ue nature (|u'(dles soient, et tout académicien conservera son sullVage

dOfi 1/ INSTITUT IH: FKANCI':

libre jusqu'au nionieiiL do Félcclion, pour im le donner alors qu'au sujet qui en sera le plus digne ». Puis le directeur demande séparémenl à cliaeun des académiciens présents, en l'interpellant pjir son nom, s'il n"a point engagé. sa parole, et chacun ne mancjue pas d'idlirmer ((u'elle est tout ii fail libre. 'J'out ce petit rituel remonte au 2 décembre de l'année 1()75, et il a été adopté pour donnei- une satisfaction au roi Louis XIV, défenseur de la liberté et de la sincérité des élections académ icjiies.

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Le plus grand service que Louis XIV rendit à l'Académie fut de lui donner non pas un asile temporaire, comme avait fait Séguier, mais une demeure défmitive. Il l'établit dans son palais même, au Louvre, et elle y est restée cent vingt ans, jusqu'en 1793.

Elle y occupait deux grandes pièces du rez-de-chaussée, qui font partie aujourd'hui du Musée de la sculpture française, et s'appellent la salle du Puget et celle des Coustou. La première servait d'antichambre, l'Académie siégeait dans l'autre. L'année môme où elle prit possession du Louvre, en 1672, il s'était fait une innovation importante. Depuis Patru, la coutume s'était établie que chaque nouvel élu prononçât une allocution en prenant possession dç-son siège pour remercier ses confrères. Celle de Perrault fut reçue avec tant d'applaudissements qu'il ne put s'empêcher de dire que, « puisqu'elle avait fait plaisir à Messieurs de l'Académie, elle l'aurait fait à toute la terre, si on avait pu l'entendre ». Il proposa donc que désormais on ouvrît les portes aux honnêtes gens le jour oii l'on recevrait un académicien nouveau et que « L'Académie s'y montrât dans toute sa parure ». C'est ce qui eut lieu dès l'année suivante, à la réception de Fléchier, oh il se trouva, nous dit-on, une foule de monde, et de beau inonde, Les réceptions se firent d'abord

lo:

Ucceplion d'un acadcinicien vers 16i)0.

((Jravure de Do Poil I y, d'après Delamoncc.)

dans la salU* <I«vs sraiuMîs ; mais vu l'IiJ, (|iian(l on rul ivni- |)lacé les sil^ges ordiiiaiios par «les fauh'uils ((iii lenaitMil plus «Ir

place, t't sans doute aussi (juaud rallluence du public devint plus considérable, on se transporta dans la première salle qui pouvait contenir plus de monde. Le milieu était occupé par une table lonj^ue (( ornée d'un beau tapis ». A Tune des extrémités se tenait le directeur, entre le cbancelier et le {Secrétaire perpétuel ; à l'extrémité opposée, le récipiendaire, et les académiciens des deux côtés. Tout était réglé d'avance avec un soin minutieux. Quand tout le

Plan du logement do 1" Académie française au Louvre (167:2-171)3).

monde est assis, Flmissier va cherclier le lécipiendaire, qui attend dans une pièce voisine et le conduit à sa place ; le directeur ôte son chapeau, pour lui faire savoir qu'il peut prendre la parole ; l'orateur garde le sien pendant qu'il parle et ne se découvre que quand il dit : Messieurs, ou quand il prononce le nom du Roi. Les chaises des assistants entourent la table; les dames, qui sont admises depuis 1702, occupent des tribunes qu'on a ménagées dans les fenêtres. A l'époque où l'Académie fut établie au Louvre, deux ou trois générations d'académiciens s'étaient déjà succédé ; il n'est pas sans intérêt de jeter un regard en arrière et de voir comment elles s'étaient jusque-là recrutées. Les gens de lettres qui se réunissaient chez

Coniart étaient fort peu nombreux, neuf ou dix seulement, d'apn-s Pellisson, puis une quinzaine, quand ils attirèrent l'attention de Richelieu, jjorsqu'on eût décidé que l'académie nouvelle se composerait de quarante membres (ce fut une des premières résolutions adoptées) il fallut combler les vides. Les premiers choix se firent un peu au hasard : on ne prenait même pas la peine de voter au scrutin, chacun proposait ses amis ou ses connaissances ; c'étainil en généial des gens attachés à la maison de quelques grands personnages conune secrétaires ou clients; ou, pour parler la langue <hi h'iiips, comme domestiquer ; d'autres portant le petit collet et pourvus d'un modeste bénélice qui les faisait vivre ; des auteurs de pam[)hl«'ls el de factums politiques, dont le cardinal se sersait contre ses ennemis du dedans et du dehors et qui occupaient dans cette société la place que tieimciil les journalislcs clic/ nous ; ciilin cjuehjuesuii> (|iii se r'ittachaienl au Parleiiienl : des mailics des recjuétes, des conseillers, des avocats. Parmi ces gens qui ap[)arliennenl à la bourgeoisie lettrée et de fortuiu; moNcnuc on voit de bonne heure

MéJailli's (Oiutuciiiuralives du l'iiiâtaU lalion (le rAc-adciiiiu frauraUe au LouMo. Irappoub en 1673.

((iravôcs [tar Maugor.}

MO 1/lNSTITl T Dl-] FRANGli)

glisser (juelques «»raii(ls seigneurs. Le preniier lui !<> «lue de Coisliu pelit-fils de Séguier, pour lequel son grand-père demanda une place, (juoiqu'il n*eût que dix-sept ans. Les grands seigneurs ont été nombreux à TAcadémie sans (jue jamais la plus parfaite égalité ait cessé d'y régner. Le fils d'un boulanger, connue Quinault, un maître à danser, comme (loibaud Dubois, un ancien ma(|uignon, comme l'abbl Genest, y traitaient d'égal un duc et pair et l'appelaient leur confrère.

Cette première génération académicjue avait un caractère particulier. Les gens dont elle se composait appartenaient à la littérature du début de ce siècle ; c'étaient les contemporains, les amis, les admirateurs de Desmarets, de Scudéiy, de Cbapelain et, quand il leur fallait cboisir un confrère, ils se recrutaient volontiers dans leur parti : même le grand Corneille, qui n'était pas de leur coterie, ne fut admis dans le sanctuaire qu'à sa troisième candidature. Parmi ces débris du passé, qui avaient été élus jeunes, beaucoup survécurent longtemps et la plupart restèrent fidèles aux goûts de leur jeunesse ; dans la ({uerdle des anciens et des modernes, ils étaient avec Perrault et riaient de bon cœur des épigrammes qu'il lan(;ait contre Homère. Aussi Racine, que ces impertinences irritaient, ne fut-il jamais à son aise parmi ses confrères. On pense bien (jue Boileau eut grand'peine à y être admis : il y rencontrait toutes ses victimes. Il fallut bien pourtant qu'à la longue la compagnie s'accomniodàt aux temps nouveaux ; elle ne pouvait pas résister toujours à l'opinion, et peu à peu tous les grands écrivains de cette merveilleuse époque y entrèrent. La dernière victoire de l'école nouvelle sur l'ancienne fut l'élection de La ]3ruyere, en 1693. On sait combien elle fut disputée et la lutte (ju'il eut à livrer « contre ces vieux coi'beaux, qui ne cessaient pas de croasser autour de ceux qui, d'un vol libre et d'une plume légère, s'élevaient à la gloire par leurs écrits ». 11 se vengea d'eux en les forçant

J'écouler, dans son beau discaui's de réception, et d'entendre applaudir l'éloge des grands ' aniis-'qm avaient fait trioinpher sa candidature. L'Académie était, à ce irîdine«*t,' merve-îlleusement composée ; elle avait sans doute perdu tiornerilc-tHM^ttlhert. mais elle venait de se donner La Bruyère ; elle possédait encore' lîossuet, Fléchier, Fénelon, Racine, La Fontaine, Boileau,ét, au-dessous d'eux, le savant é\ èque d'Avranches, Huet, Serrais, Perrault, Thomas Corneille et Fontenelle. Je ne crois pas (ju'elle ait jamais contenu un ensemble d'aussi beaux noms sur ses listes.

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