‹ L'institut de FranceChapitre 7 sur 23 · L'ACADEMIE DU XIX SIECLE · texte numérisé non relu

L'ACADEMIE DU XIX SIECLE

L'insuflisance de la troisième classe de l'Institut en ce qui concernait la littérature frappait tout le monde ; il était donc naturel que le souvenir de ce qu'avait été l'Académie française dans la seconde moitié du dernier siècle en lit naître le regret. Ce sentiment était entretenu, on le comprend, par les membres de la glorieuse compagnie qui v^ivaient encore ; ils avaient môme tenté de la rétablir en profitant de la loi qu'on venait de faire sur la liberté des associations. Ils espé-' raient y réussir avec l'aide de Lucien Bonaparte, qui comptait bien' se faire une grande place dans l'Académie, s'il la faisait renaître ; mais son frère, le Premier Consul, n'agréa pas le projet. Ce n'est pas qu'en principe il y fût contraire; l'Institut, tel que la Convention l'avait institué, ne le satisfaisait pas ; il y trouvait trop de discoureurs, trop d'esprits chimériques, ou, comme il disait, trop d'idéologues. La place qu'on y avait faite aux sciences morales et politiques lui semblait trop grande; c'était un levain de révolutions qu'il voulait supprimer. Il ne lui déplaisait pas sans doute de marcber sur les traces de Richelieu et de Louis XIV et d'associer sa jeune gloire aux grandes

institutions du passé; mais en même temps il tenait à ne pas rompre avec la Révolution ; il sentait bien (ju'il en était sorti et qu'il en tirait sa force. En restaurant les institutions anciennes, il entendait les accommoder au présent. Il garda ce qui était le principe même sur lequel était fondé Flnstitut, c'est-à-dire l'union en un même corps des lettres, des sciences et des arts, et, dans le cadre conservé, il distribua les quatre académies de l'ancien régime, l'Académie française, celle des Inscriptions, celle des Sciences et celle des Beaux-Ai'ts; seulement, en leur laissant à peu près leurs attributions, il refusa obstinément de leur rendre leurs noms. Elles y tenaient pourtant comme à un béritage et les réclamèrent ; mais il ne voulut pas leur permettre de les reprendre.

Ce (jui avait été l'Académie française (c'est d'elle seule (|ue je dois m'occuper) devint la classe de langue et lïuèvature françaises. Elle ne fut plus qu'au second rang : le premier, d'après les idées du xviji*' siècle, devait appartenir aux sciences. Pour constituer la comjiagnie nouvelle, on prit d'abord ce qui restait de l'ancienne. Il n'en restait guère : sept membres de l'Académie française avaient péri tragiquement sous la Terreur; beaucoup d'autres jetés en prison, réduits à se cacber ou à fuir, étaient morts de douleur et de misère en (juelques années; de survivants, en cliercbaul jjien, on n'en |)ut réunir (jue treize. Deux d'entre eux, et non des moindres, Labarpe et Saint- Lambert mourui'ciil au iiKtinciil iik'iiic ou ils allaienl reprendre b'ur place. On joignil à la lislc (|iirl(ni('s (''ciin ;iiiis (|iii appaih'iiaientà l'an- <"ien Inslihil. Aiidrieux, Cbénier, Le IJniii. liciiiaidin de Saint-Pierre, (laral, Eontanes, et pour compléter le noiuhic (b: (juaranle, on y mit quebiues personnages im|)ortants du régime nouveau. Lacompagnie, ainsi reconstituée, faisait boinie ligure ; eHe n'était pus indigne dt» eeUr (jui l'avail pn'*cédée, «U quoiqu'eUe n'rn porlAt pas b' nom, rT'tail bien rAcaib'Miir française.

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Ce nom, (ju'clh' r('<^relUiil, une lévolutioii le lui restitua. Il était difficile que le gouvernement de Louis XVIII approuvât tout à fait l'(euvre de la Convention et de l'Empire; dès ISIG, une ordonnance la remania.

Dans l'organisation nouvelle, l'Jnstitut était conservé comme en 1803; il resta le cadre dans lequel les académies étaient distribuées, seulement on leur rendit le nom qu'elles portaient avant la Révolution. En même temps on changea le rang qu'elles occupaient, et on les mit à celui que leur assignait la date de leur fondation : l'Académie française, étant la plus ancienne, fut placée la première ; puis vinrent les Inscriptions, les Sciences et les Beaux-Arts. On pense bien que des changements furent opérés dans la liste de la seconde classe, qui redevenait l'Académie française ; onze noms disparurent, les noms de ceux qui s'étaient compromis sous les régimes précédents; et l'on mit à leur place des amis du régime nouveau. Autant qu'il était possible on revint aux anciens règlements : déjà la classe de langue et de littérature avait tenu à s'approprier les usages du passé ; elle avait repris le Dictionnaire et la solennité des réceptions. L'Académie renaissante réclama tous ses privilèges d'autrefois, même les plus futiles, le droit de haranguer le Roi, son protecteur: d'être conduite à l'audience royale par le maître des cérémonies ; d'obtenir trois places aux fêtes de la cour, etc. : elle voulait redevenir absolument ce qu'elle avait été. Aussi fut-elle très sensible à une bonne fortune qui lui arriva l'année qui suivit son rétablissement : elle eut alors cette chance heureuse que la générosité d'un bienfaiteur lui redonna l'occasion de distribuer certains prix dont elle disposait à la fin du siècle précédent, et qui avaient beaucoup contribué à sa popularité.

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Pendant longtemps elle n'avait donné que deux prix, de 300 livres chacun, celui d'éloquence et celui de poésie, qu'elle décernait alter-

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