‹ L'Institut et le Musée colonial de MarseilleChapitre 12 sur 27 · III . — GRAINES GRASSES NOUVELLES OU PEU CONNUES · texte numérisé non relu

III . — GRAINES GRASSES NOUVELLES OU PEU CONNUES

NOTAMMENT CELLES QUI FIGURENT A L’EXPOSITION DU TROGADÉRO ET PROVENANT DES COLONIES FRANÇAISES, PAR ED. HECKEL.

On semble admettre dans certains milieux industriels que les graines grasses coloniales connues et exploitées sur une grande échelle en ce moment pour la fabrication du savon et des bougies, voire même pour l’alimentation, se réduisent à un petit nombre d’espèces, telles que Y arachide, le sésame, le ricin, le pourghère, pour les huiles liquides, etles coprahs, les illipés, pour les huiles concrètes; on ne croit pas devoir chercher au-delà parce qu’on ne pense pas pouvoir trouver mieux. C’est là une erreur préjudiciable au développement de l’industrie des corps gras, si prépondérante à Marseille, et . c’est pour la dissiper et orienter les efforts des industriels vers un courant d’approvisionnement plus fructueux, que M. Heckel a entrepris une série de recherches sur nos graines grasses coloniales les plus importantes et les moins connues encore et même sur quelques-unes qui sont jusqu'ici absolument inconnues. Publiées dans les Annales de l’//2s/7Ïiif colonial de i8gqà 1899, ces recherches méthodiques et aussi complètes que possible (elles englobent l’étude du végétal producteur et de la graine à tous les points de vue) ont eu d’heureux résultats comme il fallait s’y attendre, car plusieurs graines abondantes dans nos possessions de l’Afrique occidentale (Guinée et Congo), telles que le lamy, le bouandjo, le méné, le carapa , Yowala, le karité, le maloukang d’Afrique et le krébao de l’Indo- Chine (pour ne citer que les plus importantes), se sont montrées à la fois très riches en huiles concrètes et donnant des acides gras stéariques de haute valeur industrielle à tous les points de vue. Les tourteaux eux-mêmes de ces graines grasses (et c’est un produit secondaire à ne pas dédaigner) se sont montrés quelquefois de bonne valeur nutritive pour les bestiaux ou d’excellents engrais.

La première partie du travail de M. Heckel a paru dans les Annales de Y Institut colonial de 1894, la seconde, plus ample, en 1899 et la dernière paraîtra en fin 1900, formant un ensemble richement pourvu de figures, de 3oo pages environ. Quelques-uns des produits compris dans cette étude sont ou vont être englobés dans un courant commercial nouveau. Evidemment, il sera profitable à

la colonie qui les possède sans en tirer jusqu'ici aucun parti, et à l’industrie marseillaise dont les rapports transactionnels avec la côte d’Afrique sont si bien assurés, à raison même des besoins industriels spéciaux à cette grande cité manufacturière. Sans insister sur les graines huileuses qui n'offrent qu un intérêt scientifique, pour le moment du moins, et qui, soit à cause de leur pauvreté en huile, soit à cause de leur rareté actuelle, soit à raison du manque d’application de leur produit à une industrie actuellement existante, soit pour toute autre raison, ne paraissent pas devoir sortir immédiatement de leur obscurité, comme, par exemple, le pongam de l’Inde, 1 ’elo\y- 41 égué et le coula du Congo et du Gabon, Yochoco et Yodjendjé de la même région, le kokan de l’Inde, le panda et Y enjessan du Congo, Yisano ou onguéko du Gabon, etc., etc., nous mettrons ici en lumière la valeur de celles qui ont atteint ou sont appelées prochainement à atteindre un grand avenir industriel à raison de leur composition même, si l’intérêt des industriels et des négociants est attiré utilement sur leur valeur, comme il faut le désirer:

10 Le lamy ou kanya (. Pentadesma butyracea Don) est le plus intéressant de tous parce qu’il est produit par un arbre qui existe en forêts à côté du Méné et est commun dans notre Guinée, ensuite parce que le rendement de sa graine (toute décortiquée à l’état naturel) est de 33 o o, enfin parce que ce corps gras solide donne 81. 65 d’acide gras solide de distillation (acide stéarique). Le tourteau est aussi un bon engrais; 20 le karité ( Butyrospermum Parkii Kotschy) est déjà entré dans 'l’industrie stéarique et y pénétrera de plus en plus, s'il peut arriver à la côte d’Afrique à l’état de graines d’un prix acceptable. C’est un bon produit à tous égards, qui vient du Soudan où l’arbre abonde en forêts. La graine donne 32 0/0 d’un beurre solide employé par les indigènes comme aliment et qui renferme q3.5 0 o d’acides gras solides de distillation (acide stéarique). Le tourteau, excellent au goût et riche en azote, est mêlé au cacao dans les chocolats de qualité inférieure (Espagne). Ce beurre est connu sous le nom de beurre de Galam, il est de grand avenir industriel ; 3° Yowala est une graine plate, brune et lisse vernissée, fournie par le Pentaclethra macrophylla Bentham, du Gabon et du Congo. Dans ce dernier pays on l’appelle pawÿa. Le végétal (grand arbre) est

commun surtout dans la forêt de Mayombé (Congo français). Le rendement de la graine, non décortiquée, en huile concrète (la décortication est très difficile) est de 36 o/o, la distillation des acides gras donne 38 o/o de belle stéarine qui fait de magnifiques bougies vernissées dont le point de fusion est très élevé ( 58.7 degrés). Le tourteau amer est un excellent engrais contenant 3o.5 o/o de matières albuminoïdes ;4° le maloukangon ankalaki est une graine nouvelle des contreforts du Foutah-Djallon, appelée, par M. LIeckel, Polygala butyracea et étudiée avec soin pour être propagée dans nos colonies chaudes à cause de sa valeur. Très petite, mais moins que le sésame, elle est fournie par une petite plante qui la porte dès la première année de semis. Le beurre qu’elle donne, quand elle est fraîche, rappelle le meilleur beurre de vache, mais son rendement est assez faible (17.53 0/0). Ce corps gras blanc jaunâtre donne 67 0/0 d'acide gras de distillation formé d’un mélange de palmitine, de myristicine et d’acide palmitique libre. Ce corps gras entrera certainement dans l’alimentation soit en Europe, soit dans nos colonies ; la culture, surtout en Indo-Chine (Java ayant donné l'exemple), commençant à s’occuper sérieusement delà plante, sous la conduite deM. Achard. Déjà cette graine pénètre en Hollande pour la fabrication des beurres artificiels (margarine); 5° le bouandjo, fourni par Y Allanblackiafloribunda Oliver, est une graine d’avenir en raison de sa grande valeur et parce que, vraisemblablement, l’arbre qui la fournit abondamment, réputé rare aujourd’hui, semble devoir se trouver avec abondance dans le haut Congo, l’Oubanghi et sur la route suivie par le colonel Marchand. Il en a été longtemps ainsi du lamy dont M. Famechon a trouvé récemment de véritables forêts à côté du mène dans la Guinée française. Pour le moment on ne connaît le bouandjo que dans le Congo et le Gabon, mais rare. Ses graines, assez volumineuses, mais qui n’exigent aucune décortication préalable comme le lamy, donnent 46 0/0 de corps gras solide, jaune foncé, renfermant g2.35 0/0 d’acides gras solides de distillation (acide stéarique). C'est, indiscutablement, une des graines à rendement industriel le plus élevé en matière stéarique : en outre, la blancheur, le point de solidification (Ô2ù3o) de cet acide la feront sûrement rechercher par

l’industrie. Le tourteau fournit un bon aliment pour les bestiaux mais peu azoté; 6° le krébao ou chung-bao de Cochinchinea déjà fait son apparition dans le commerce de Marseille et y restera probablement. La graisse qu'elle donne est demi solide ; l’arbre qui fournit la semence est Y Hydnocarpus anthelmintica Pierre, de Cochinchine, où il est commun. L’amande, dépouillée de sa coque dure, donne un corps gras semi-solide blanc, rancissant rapidement, à odeur agréable d’axonge, et dont le rendement en acides gras solides de distillation (acide laurique) est de 73.80 0/0. Leur point de solidification est de 3 7°9 . Ce corps gras ne saurait avoir un emploi en stéarinerie à cause du faible point de solidification des acides gras solides, mais il pourrait être d'un grand secours pour les savonniers. Le tourteau, assez riche en matières albuminoïdes, constitue un bon aliment pour les bestiaux ; 70 les carapas : il en existe deux, celui dit touloucouna, propre à l’Afrique chaude, et celui dit carapa, propre à la Guyane. Mais ces deux graines sont produites par deux espèces voisines du mêmegenre Carapa, savoir : C. Guianensis Aublet et C. Touloucouna G ni 1 1 et Perr. La première graine est la plus intéressante parce qu’elle abonde dans les forêts de la Guyane où elle attend une exploitation. La graine décortiquée donne 3o 0/0 d’une huile liquide qui rend 49.280/0 d’acide gras de distillation (acide palmitique) dont le point de solidification est de 3g°20. Cette huile a son emploi marqué dans l'industrie stéarique. Les localités les plus importantes de notre Guyane où ce végétal existe en massifs forestiers importants sont : le Cachipour, le Carséwène, le Couanany et surtout l’Oyapock. Il conviendrait d’établir une huilerie sur place dans les forêts. Quant au touloucouna du Sénégal et surtout du Haut-Niger, il donne une graisse solide mais de moindre importance, quoiqu'elle soit plus abondante dans la graine (43.64 0/0), et elle pourrait être utilisée que dans la savonnerie. Le rendement en acides gras de distillation est de 83 0/0. celui en acides gras solides de distillation de 48 0/0 et le degré de solidification des acides gras de distillation est de 3g°. Comme dans l'huile de Carapa, on trouve dans le beurre de touloucouna de la palmitine et de l’oléine, mais ces glycérides existent en proportions inégales dans les deux graisses. Les tourteaux deCarapa

d’Afrique ou d’Amérique, inutilisables en tant qu’aliments à cause de leur amertume, sont de très médiocres engrais à cause de leur faible teneur' en azote et en acide phosphorique ; 8" enfin le méné clôt actuellement la liste de nos graines nouvelles des colonies françaises. Elle est fournie par le Lophira a/ata Banks et enfermée étroitement dans le fruit. C’est un végétal très abondant en Gambie où M. Famechon en a trouvé des forêts compactes de 3o à 35 kilomètres de long. C’est une graine grasse de grand avenir. Elle donne une huile solide blanc verdâtre qui est employée par les indigènes pour leur alimentation (i). Le rendement des graines en corps gras est de 40 o 0 : on en extrait 80 0/0 d’acides gras de distillation et 20 o o d’acides gras solides de distillation (stéariquel dont le point de solidification est de q5 degrés. Le tourteau esttrès utilisable mais commeengrais seulement à cause de sa saveur désagréable. Les bougies faites avec l’acide stéarique sont fort belles. Tous les produits que nous venons d’examiner avec leurs dérivés, acides gras de distillation et de saponification, glycérines, bougies, figurent dans l’Exposition du Musée colonial de Marseille.

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