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l3a LIS ST J T U ' l' E V S PIUMAUIG.
m'eifaroucLais maintenant de la difficulté de plusieurs autres. .A l'examen du second degré, j'avais trouvé mauvais qu'on revînt sur d'anciens objets; je savais maintenant qu'il est utile d'y revenir, et je trouvai sage la partie du programme que j'avais autrefois blâmée si vivement. Mais je fus beaucoup moins content de la dernière moitié, de celle qui concerne l'arpentage, l'histoire et la géographie. Répondre en général sur tous les termes 4e géographie, sur les grandes divisions du globe , les principales chaînes demontagnes , lesjleuves , les peuples célèbres , les productions naturelles des principaux pays, leur industrie et leur commerce/ répondre en particulier sur les divisions administratives , judiciaires et ecclésiastiques de la France, la situation respective des département , et celle des rivières qui les sillonnent; sur les montagnes, le* genres de culture et les génies d'industrie qui les distinguent, c'est répondre sur beaucoup de choses. Joigi*e»-y la connaissance des événement remarquables de l'Histoire de France , celle des instrument et méthodes d'arpentage ., colle des figures qui servent à mesurer lesswfaces, celle de la règle du toisé , des différentes opérations pour rapporter les mesures sur le papier et pour dessiner les plans, et «pus n'aurez pas ruêwe ui*e idée coin plile de ce qui est demandé pour Je premier degré. En effet , il faut encore posséder des notions sur la sphère et .sw la perspective, ainsi que le dessin linéaire , sans comptUr le plain-
0MÏIJ3ME SOIRÉE. l53
(lien de toutcera nem 'était étranger; mais je n'en «vais-rien étndié avec profondeur. Je pria «ne année entière peur me préparer, et je me fis indiqoer p*r la commission des examinateurs les meilleurs livres qui traitent de ce que' je savais si peu.
Quand on a les- notions élémentaires d'une science, la répétition est une sorte de jouissance ; on est tout étonne de comprendre si aisément ce qui jadis offrait tanl de difficultés; où, plus: jeune, on ne voyait que des mots, des théories, (fin utiles ab*straelions, ow Toi t dans l'âge mûr toute une série d'applications.
Un instant je voulus m'en tenir aux résumés; ib étaient de vogue à cette époque; tout se mettait en résumés et en beautés, comme maintenant tout se met en abrégés et en manuels. Mais ces tristes et sèches prodnetions ne sont que des squelettes ; elles n'ont pas de vie, elles n'en communiquent point, elle» fatiguent ï'atteAsn et ne laissent rien dans la mémoire. Les traBvvo lumineux ont d'autres dé* fonts- : la plupart des leeteurs ne les comprennent pas, ou n'en achèvent pas l'élude : il faut des traités clairs, à ta portée du lecteur, concis, mais complets, j'en sentis vivement le besoin; mais je n'en trouvai guère.
Il me fallut use année entière pour me mettre en état de passer l'examen. J'avais pour principe qu'il ne faut se présenter devant des examinateurs qu'avec la certitude d'être reçu ; Sine faut jamais s'exposer de gaké de cœur à une humiliation. Rien
1 34 l'ihstitctbuii pmmaike
n'abrège d'ailleurs un examen comme une bonne prépara lion ; rien n'est plus dons que de s'en être, tiré avec honneur : c'est un souvenir qui vous reste toujours , qui vous donne une sorte d'attitude dans l'exercice de vos fonctions, dans vos rapports avec vos supérieurs , comme dans ceux avec vos inférieurs.
J'ignore si mes examinateurs furent contens de moi ; je fus enchanté d'eux. Leurs questions m'avaient ouvert quelques points de vue nouveaux, et mon brevet du premier degré me fut Lien cher. Les études qui y conduisent étant d'un ordre un peu supérieur vous élèvent un peu au-dessus de la sphère assez étroite et monotone de l'enseignement vulgaire. Quand on est instituteur du premier degré, on s'imagine qu'on est homme de lettres; on jouit, à part soi ef dans le monde, de l'opinion qui ; se rattache à ce litre qu'on trouve si beau quand il vient de vous échoir.
Mou examen étant passé, ((•figeai sérieusement à l'organisation complète de l'IHe, au plan général de l'enseignement, auxréglemens d'admission, de discipline et d'études.
Les écoles normales devant conduire les élèves jusqu'aux connaissances du premier degré , le minimtlm de nos études était fixé par les ordonnances royales et les instructions ministérielles. Dès l'origine, ce minimum était dans mes vœux, dans mes calculs. Le séjour à l'école étant fixé à trois années, je prescrivis successivement pour chacune d'elles les études exigées pour les trois degrés sucées*
sifs. Mais je fusd'abord loin du compte. Il fallait, a tout prix , des instituteurs à l'académie. Je fus obligé de recevoir les candidats lelsqu'ils se présentaient, c'esl-J-dire presque tous dans un état d'ignorance et d'incapacité tel qu'il me fut à peine possible de les conduire dans l'espace de trois ans jusqu'au troisième degré ! Quelques uns arrivèrent ausecond, à la fin de la troisième année; aucun n'arriva au premier. Je dois dire qu'il n'y avait pas moyen d'aller si loin : je manquais des professeurs, nécessaires. L'inconséquence élailgvave. Les dispositions duOouverneincnt prescrivaient les études du premier degré ; les rcglemcns du préfet et du recteur exigeaient des brevets de ce degré, de la part des candidats qui se présentaient pour les écoles des villes ; et cependant aucun moyen n'était donné pour feire des études si indispensables. J'aurais pu élever de belles réclamations auprès de l'autorité.
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citoyens , il appartient
de le comprendre, de le seconder. Le tracasser, le d^rier, s'en prendre à lui dm bien qu'on ne vent pas faire soi-même, est d'un factieux. Je tachai de mieux faire, de pourvoir aux besoins les plus jiressims; ne pouvant pas fournir d'instituteurs tels
que je les eusse voulus, je tachai de fousnii le* meilleurs qu'il me fût possible* .
Quand les premières demandes fusent satisfaites,, quand 1» nombre des aspirans dépassa celui des places vacantes , je.devins plus exigeant daus les.admissions. L'Université avant déclaré que, passé une certaine époque, il ne serait plus délivré de brevets du troisième degré , je demandai qu'on fût muni de ce brevet , pour être admissible à l'école. La mesure était simple et conséquente : elle fut approuvée , et elle reçut son exécution.. Désormais je pus former de» élèves-maîtres du premier degré. J'eus pour candidats des jeunes gens un peu dégrossis, un peu moins rustres , ayant des mains un peu plus blanches (ce qui ne laisse pas que d'être un petit commencement d'éducation), et use intelligence où avaient déjà frappé quelques idées.. Règlement de discipline et d'études , plan général; d'enseignement, tout put être chaagé après le règlement d'admission.
Un règlement de discipline est une chose indispensable dans toute maison d'éducation ; il faut que la suite des exercices elles rapports des commensaux soient réglé» d'une manière précise: sans cela point d'ordre ; partant , point de progrès. Je ne donnerai pas les détails du règlement que j'établis; mais j'en indiquerai les principes^ qui sont applicables paetout. IL est des accessoires qui varient suivant les localités. Un règlement universel pour toutes les écoles du même genre serait
soiiiue.
peut-être un chef-d'œuvre de conception; mais ceserait à coup sûr une chose impraticable.
Voici mon opinion à cet égard : il faut une loi ; il la faut écrite, U la faut affichée, exposée a us
tuellemcm, religieusement. Ou doit ainsi, dans les bonnes écoles , former de bons citoyens. Mieux vaudrait l'absence de toute loi qu'une loi mal observée, qu'une loi qui s'interprète , qui se plie, qui s'applique ou se tait, suivant le caprice des chefs.
Mai» il faut aussi qu'un règlement d'études et de discipline soit conforma au but qu'on veut atteindre. Une école normale ne doit former ni des automates., ni des soldats ; elle doit former avaij.t lout des êtres raisonnables*, puisqu'elle doit fournir des êtres raison nans et faisant raisonner les autres. Four eux, tout règlement de discipline doit. Cire éminemment raisonnable , ot toute disposition qu'il contient djïil être acceptée par leur iiiielli-
L'e n'est pas dite qu'il puisse y avoir des lois qui plaisent à tout Je monde ; mais aussi ce n'est pas l'individu qu'il faut satisfaire, c'est une majorité d'hommes doues de boa sens et de raison. L'individu qui par ses travers fuit exception aux règles de la raison et dn bon sens, est un être mal organisé ou mai portant ;il faut le traiter à part, et lui appliques les remèdes les plus propres à le guérir.
L'élève le mieux organisé , ie plus sage , a quelquefois aussi des uiumcus de dérangement , de dé-
egards de tous, les élè'
l| d la faut exécutée ponc-
l38 l'iNSTITUTEUK PHIMAlftE.
sordre , d'indiscipline, où il trouve la loi mauvaise , la règle gênante : c'est le cas de la lui appliquer avec indulgence. Mais l'élève- maître doit commander, doit gouverner un jour : qu'il aitapprisd'abord à obéir , qu'il sache mieux obéir que tout autre. C'est pour cela qu'il convient de lui appliquer la loi avec une justice intègre et plus complète.
Depuis cinq heures du malin jusqu'à neuf heures du soir, tout était prévu , tout était réglé dans la maison , et toute violation de la règle se réprimait sur-le-champ. Cette sévérité affligeait les nouveaux-venus, et leur tristesse me déchira souvent -le cceur; cependant je ne la vis jamais durer au-delà de trois jours : l'exemple fait tout auprès des jeunes gens; ils imitent sans peine ce qu'ils voient faire à d'autres. Si j'usais de ménagemens et de complaisances, mes anciens élèves se gâtaient dans trois jours , les nouveaux ne se formaient ja-
êlèves se félicitent des habitudes d'ordre, de propreté , d'exactitude, d'obéissance à la loi , de prompte et pure justice, qu'ils ont prises à l'école. Leurs propres écoles , leurs familles auront le reflet de ces habitudes; elles les communiqueront à d'autres familles, à d'autres écoles , et l'exemple du bien exercera une action infinie.
Mais le bien ne se fait jamais sans la force et l'énergie. 11 en faut beaucoup pour diriger des élèves- maîtres. Ils auront un jour un grand pouvoir, ils vivront avec une classe d'hommes simples,
estimables , excellens, mais de mœurs rudes, un peu grossières même. Ils seront sans cesse tentés de faire comme font tons ceux qui les entourent: c'est pourtant ce qui les discréditerait le plus ; car Je paysan , comme tout père de famille, est exigeant à l'égard du maître de ses enfans.
Pour porter mes élèves à une certaine hauteur de vues, il fallait , en peu 6e temps., détruiredes habitudes prises pendant quinze ou dix-huit ans, et prévenir celles qu'ils pouvaient prendre pendant quarante ou cinquante autres. La tâche était grande; je ne l'exagère pas. Si d'antres ne la comprennent pas comme moi, c'est qu'ils ne se donnent pas la peine de l'envisager. Je la mesurai dans toute son étendue, et je ne m'en effrayai point. On peut beaucoup, quand on sait bien re qu'on veut. Ju voulus non aeiileinciii relie propreté", qui en am-ini morale que physique, et cet ordre, qui seul rend l'enseignement pnasililc , jo voulus de la tenue, du goût, de l.i politesse, de U dignité.
l'our l'urdre et la propr^é , il n'y a qu'il vouloir , prescrive s louer et punir : cela suflit pour le séjour à l'école; cela ne suffit pas pour la vie. Faites-en une affaire de goût, si vous visez si loin. Je fis remarquer à mes élèves tous les avantages que s'assure un homme qui se distingue par son goût pour la propreté ; j'insistai particulièrement sur le respect que par celle habitude l'instituteur inspire à ses élèves, aux familles, à lotis ceux qui visitent son école ; j'y joignis même des observations
l4<> L'iNS'FITUTEUll FIUKAII1 E.
sur !* m lime connexion qui existe entre la propreté et ta moralité ; et, comme tout <te qu'on avait sous les yeux appuyait mes discours , ils firent effet. 11 en fui île même pour l'ordre. J'insistai sur cette idée, que l'ordre est le bonheur, qu'il en est la che-. min , le seul chemin; qu'il fait gagner de la place, du temps , de l'argent, du calme , du plaisir; je donnai au mot d'ordre toute l'étendue qu'il comporte.
Quand je conduisis ces pauvres jeunes gens à lai bibliothèque, au cabinet de physique , h l'écolepratique, leurs: regards frappés , jusqu'à leur entrée dans la maison, du spectacle de la confusion et du. désordre qflù régnent ordinairement a lai campagne, exprimaient une satisfaction ravissante pour moi , et qui me semblait de bon augure pour leur avenir.
La tenue n'est pas moins essentielle. Celle: du corps s'apprend facilement. : j'ai déjà dit ce qi»e je faisais pour la donner. La tenue de l'aine est. autre chose; elle est 1'ex.pression de la valeur macule, de la valeur véritable de l'individu;, elle ne se donne pas , ou se la donne. 11 en est de même dela politesse. (Je qui est de politesse vulgaire a peu de. valeur,. et s'apprend en peu de temps; il n'en esd pas de môme de la politesse qui vient de famé; elledépend de l'étendue de natre esprù,, des dispositions du cœur i c'est une affaire de bonnes moeues et de bon goût. On ne la reçoit pas des au tres , chacun se la fait à lui-même. Elle est, comme le style, l'eijwressioa de l'homme; elle peut se résumer en.
OSZIÈ.MU ÏOIttRIi. 1 4 I
quelques règles ; mais les règles ne l'enseignent pas. il faut se l'enseigner.
Voici, je trois , les principales de ces règles. Soj'ce attentifs à vos pensées, à vos seniimens. Avant de les communiquer, voyez s'ils sont justes, s'ils peuvent plaire It d'autres et vous faire honneur. Si œlu est, nagea à les communiquer sous la forme J,i plus simple, la plus nelie , la plus concise : c'est toujours la plus agréable. Les formes les plus concises, les plus simples, les plus nettes, soin toujours les plus élégantes : cotte élégance est la seule qui soit de bon goût et de bon ton. Tout discours -recherché , toute diction fleurie est de mauvais goût. Le langage le plus insupportable dans la conversation est le langage prétentieux ; et paflBr comme un livre est parler comme un sol. Quand on dit que les mots doivent être choisis, c'est dans ce sens qu'entre plusieurs termes a peu pies synonymes il faut toujours prendre le plus propre à désigner la chose , sauf à éviter des sujets ueshonnêics. Il n'est aucun choix d'expressions qui fasse excuser une mauvaise pensée , on sentiment coupable, une action malhonnête, et U est des discussions qu on n'aborde pas en bonne compagnie.
En un mot, que vos pensées soient belles et pures, que vos sentimens soient généreux, q 0e vos habitudes soient honnêtes, et vous serez toujours assez poli. Dépouillé de ces qualités, fussiezvous né sur le trône et élevé par des fées, vous ne serez, jamais ni aimable ni aime.
i4a L'rasWTDTBUR pbim*tre.
Je me rappelai pendant ces leçons que dans les écoles allemandes on donne les principes et les règles de la tenue et de la politesse qui conviennent à un honnête homme et j'eusse désiré un manuel de ce genre dans notre langue. Ceux que nous possédons jusqu'à présent sonurop imparfaits et souvent trop ridicules ; ils sont tous remplis de niaiseries cl de platitudes , dont la lecture fait infiniment de mal. A défaut de guide , je joignis à quelques leçons un peu de pratique. J'astreignis
ticulée, à un langage pur et choisi } reprenant avec soin ce qui choquait le goût, l'honnêteté ou la grammaire; j'établis même quelques discussions un peu solennelles sur des questions indiquées d'avance. J'accordais une grande liberté d'opinion, mais je proscrivais avec énergie toute espèce de personnalité et d'emportement ; je recherchais moimême tontes sortes d'occasions pour faire causer, et j'insistais sans cesse sur ce principe que les discours d'un homme nous donnent toujours ia mesure de la manière dont il mérite d'être traité. Je crois aussi que les lectures à la bibliothèque elles entretiens qui s'y rattachaient, ont produit quelque bien sous ces rapports; mais j'avoue que je ne me suis pas satisfait moi-même.
Un petit volume *Ut ce sujet, rédigé par un homme du peuple de ,bonnc compagnie , est fort à
■ AntUuidsUhre.
désirer, et serait fort utile. En attendant, il faut y suppléer par des leçons d'un genre analogue.
Tout ce qui concourt à inspirer au jeune homme le sentiment de sa dignité, à développer le sens moral , à former l'esprit et le cœur aux devoirs de la politesse, à lui donner des habiludes d'ordre, de - proprcyij«le travail et d'obéissance, se fait dans l'intérêt des études. Lui donner ces habiludes, ces leçons et ces goûts , c'est lui tracer le meilleur règlement d'études. Le notre fut court. Les cours déterminés, on se bornait à fixer les heures pour la préparation aux cours, ei celles pour la répétition de ces cours. C'est à cela que se réduit l'étude ; mais il faut tout cela : sans préparation et sans répétition . tout le reste est peine perdue.
Enfin , les réf;kim:;iis égaient achevés,
et le rôle
du pouvoir législatif fini, li fallait col
exécuter. Celte exécution devait être se
fonctions de l'instituteur [ne semblent éi
re la chose
de toutes la plus grave. Tout le mond(
: reconnaît
que l'instruction primaire fait les peuplt
sont. Notre cours d'études s'onvrai t tous
[es ans par
une leçon sur l'importance des fonctions
de maître.
La plupart des jeunes gens suivent ui
,e carrière
pour avoir du pain; ils s'y jettent sans a
acunc pré-
pa ration : aussi marchent-ils en aveugles , et ne sont-ils que des machines.
Ce fut cette grave considération qui motiva ma leçon sur les fonctions d'instituteur. Je vous la dirai à peu près mot à mot.
l4i L'iHSmiUTSU» PMMÀIBE.
Qu'il cOB»i«i de bien eïaminer li eai-rière Je l'Instituteur avant ; d'ï entrer. — Qneilc en est l'importance. — Quels en sont les devoirs. — Quels en sont les travaui , les peines et les jouissances. — Quelles sont les dispositions et les qualités qu'il faut pour les bien remplir.
La carrière de l'instituteur n'est ni brillante , ni lucrative; elle est pourtant belle. Elle von* entoure de cette hotme jeunesse qui est l'espoir de la patrie , de cette jennesse si douce , si docile, si vive, si spirituelle, ai accessible aus nobles pensées et ans senti mens généreux. Avide de contes, d'instruction, de nouveautés de tout genre ; désireuse d'aimer et d'être aimée ; confiante en tous ceux que lui désigne son instinct , cette jeunesse vient à vous , vous écoute , tous croit , vous imite , vous chérit , vous vénère. Elle forme votre société pendant toute votre vie; elle vous entoure de ce que l'humanité a de plus beau, de plus pur. Grâce à elle , votre vieillesse , comète votre âge mûr , se couvre de fleurs qui sans cesse se renouvellent sous vos regards. Toutes ces têtesqui vous entourent, avec leur riche profusion de cheveux blonds, bruns,
IUZIÈME
noirs, vous foui oublier les cheveux Mancs de la
Un philosophe a demandé , pour remuer l'univers, un point pour s'appuyer. Ce point pour agir fortement sur les hommes , vous l'avez : e'est le cœur de l'enfant. Il vient s'offrir à vous; vous n'avez qu'à le prendre. Vous l'aurez toutes les fois que vous lui donnerez le votre en échange. Quel champ vaste et quel beau champ vous est confié ! A qu elle culture il se prête! Y laissorez-voiis venir la mauvaise herbe? Y mettrez-vous des plantes funestes? Y jetterez-vous une graine morte? L'abandon ne rezvous aux ravages d'animaux pernicieux? Ne vous sentez-vous pas appelés à y cultiver les plus belles fleurs , les fruils les plus délicieux? N'y appliquerez-vous pas toute votre intelligence , toutes vos facultes, toute votre vie?LesimpleouvrierquîbêcheIa terre a de l'ambition, il veut obtenir ce que son champ peut donner de plus paifait. Vous seriez raille fois au-dessous de lui , vous seriez condamnables devant Dieu et devant les hommes, devant vous-mêmes, si vous étiez capables de tant d'indifférence.
Oui, elle est grave, la responsabilité qui pèse sur vous. L'immense majorité de la population des empires est confiée à votre direction première ; elle devient ce que vous en faites. Les impressions primitives sont toutes-puissantes ; elles contiennent les germes de toutes les vertus, de tous les vices. Jadis les classes supérieures delà socieLe éloignaient leurs
1^6 l'ibstituteur prikaiBe.
enfans des écoles; elles rormaieni unecaale. Il n'y a plus aujourd'hui qu'un peuple et des citoyens. En France du moins, la nombreuse race des vilains s'est éteinte dans la loi commune; le fils du paysan peut être duc et pair, maréchal et ministre. Le règne de la capacité est inséparable de celui des lumières , et celui des lumières fait irruption dès que le progrès est possible. C'est là que nous en sommes. Le progrès n'est pas fait; mais son principe est reconnu, est proclamé : le progrès aura lieu; votre tache est de l'amener.
Jadis dominaient le matérialisme , la fortune , le> rang , la naissance , la force brute. Cet enipire s'est évanoui et a fait place à un autre, à l'empire moral dont l'heure a sonné, dont la beauté, dont la légitimité , dont la nécessité est admise. La puissance morale est là aussi ; elle s'annonce , elle fait irruption de toutes parts ; mais elle est loin encore de dominer. Votre tâche est d'en achever l'établissement, de former un peuple digne des principes, des lois el des droits proclamés par ses législateur» et ses faages.
Cependant , si l'empire moral commence à se faire jour, s'il doit soumettre les peuples et que son triomphe doive s'achever par vos efforts , 1» prospérité matérielle des nations ne dépend pas moins de vous.
En effet, on ne vous demande pas , il faut vous le dire, des élèves qui aient la tête pleine de grands principes, d'idées chimériques, de vaines théories - r
douzième soirée, i/ij on vous demande des hommes de lion sens, de bonne volonté, de bonne conduite; des hommes de travail, d'industrie, de commerce, de science utile. Des hommes qui ne voudraient plus connaître que leurs droits , qui ignoreraient leurs devoirs, qui ne les affectionneraient pas, seraient de mauvais hommes et de pires citoyens. Les lumières ne peuvent jamais aller sans les mœurs [ les sciences et les arts , sans l'industrie ; le commerce et l'agriculture , sans le travail , la tempérance et l'économie. Il faut t avant tout , qu'un citoyen sache gagner de quoi vivre en honnête homme. 11 n'y a que celui-là qui soit loyal et bon ; tout autre est un fardeau , est une peste, est un sujet de trouble cl de désordre pour la société.
Commencez par donner à vos élèves ces principes d'ordre et de sagesse: sans cela les principes de liberté et d'égalité, les vues de perfectionnement et de progrès, ne font que bouleverser les têtes, que troubler les existences. Si , au contraire , vous donnez des habitudes de travail, d'ordre, d'obéissance, de modestie, de résignation et de bonne moralité, vous travaillez au bonheur des individus et à la prospérité de l'Etat.
Cesi chez vous que les hommes prennent leur pli; ils le gardent toujours. Si vous n'inspiriez pas le goût du travail , l'amour de l'ordre , l'habitude de la soumission ; si , par les vices de la paresse , du désordre, dé l'insubordination , vous démoralisiez l'enfant, à un âge oii il passe sa journée sous vos
HST1TUTBOB WUMAIllE.
JOUI, où il p
end à la fois vos leçous et vos exem-
pies, la colèr
de l'humanité ne saurait trouver
pour vous de
ensure assez sévère.
D'un autre
coté , si vous avez les vertus île votre
état, si voua éte.
communiquezàvosélèveslesqualitésetles vertus qui forment l 'lionne te homme, comhien ia patrie vous devra d'actions de grâces , d'estime cl d'hommages! Dans ce cas, combien l'opinion publique sera reconnaissante à votre égard ! De commune en commune vole le nom d'un bon maître; dcgéitériiuiiueu gém.: ration , c'est à qui bénira le plus ses travaux.
Croyez-m'en , le monde ne vous oublie pas , il ne vous néglige pas ; j'ajouterai', il ne vous perd pas de vue un seul instant.
H ne peut pas vous perdre de vue. Il vous confie ce qu'il a de plus précieux, son avenir. 11 doit suivre vos travaux, il doit surveiller votre fidélité , il doit 'stimuler votre zèle, seconder vos efforts, fortifier vos moyens , punir votre négligence , récompenser votre mérite.
Aussi l'Etat vous suil-il aujourd'hui pas 1 pas ; aussi tient-il compte de tous vos besoins, favorise-t-il tous vos essais, couronne-t-il toutes vos bonnes
Jadis le maître d'école jouait au hameau et a la ville un rôle bien différent, un rôle tout modeste. Il était inaperçu ; son influence était imperceptible. Valet de tout le monde, il se perdait sous l'ombre du tous les autres, et personne ne s'avisait d'être
ouL/.niM r;
rai eanlàson '
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teufue fa te
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maître jprtHtt
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faire marchand
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se faire avocat,
'quand on
daignait
d'éire
(i t magister de vi . __ p Tout est changé aujourd'hui , le mot, la chose. Il n'y a plus de magisters , il n'y a plus de maîtres d'école , il y a des instituteurs. Us ne sont plus les valets de personne , ils sont des fonctionnaires aussi indépendaus, aussi honorés, autant rétribués que d'autres de leur catégorie.
Tout est réellement changé dans la position de l'instituteur primaire. Mais les exigences sont en raison du progrès , et ce serait à lort que prétendraient au bénéfice ceux qui ne- prennent pas la charge. Qui est del'ancien ordredes choses, est traite comme tel. Ce serait a plus grand lort encore que l'instituteur, quand l'opinion publique le met b sa place, essaierait d'abuser de la faveur du jour pour s'élever au-dessus, pour sortir d£a sphère. Ce serait le moyen de tomber au-dessous. Non , vous êtes ce que vous êtes : ne l'oubliez jamais , on vous le rappellerait. Voua n'êtes pas chefs do la communauté civile; vous n'êtes pas chefs de la communauté religieuse ; vousn êtes l'organe ui de l'uneni del'autre de ces lois ; vous n'êtes ni autorité ecclésiastique ni autorité administrative. Vous instruisez et vous élevez la jeunesse au nom. des familles , de l'État el de l'église : c'est là tout voire rôle ; il est assez beau
l5o 1,'lHSTlTUTEUR PRIMAIRE.
pour vous contenter. Elever autel contre autel, ce serait faire la guerre : or, votre mission est toute pacifique ; vous ne sauriez la quitter que pour tous briser contre plus fort que vous. La fable du pot (le terre et du pot fer n'est pas une fable : c'est l'kùtoire de tous les sols. Gardez-vous que ce ne soit aussi la vôtre. Elle a été celle d'un grand nombre de vos prédécesseurs. Je l'ai vu, je l'ai vu avec douleur.
En général , ne vous créez pas d'obstacles : vous en trouverez assez sans cela. En effet , si tout semble vous sourire aujourd'hui, tout n'est pas encore homogène, de même nature, d'accord. Les chefs de la communauté civile et religieuse, les parens de vos enfans, sont hommes ; c'est vous dire qu'ils son! faibles, qu'à coté de quelques vertus, il y a en eux beaucoup de défauts. Vos élèves eus-uicmes , à coté de leurs meilleures dispositions , en ont de mauvaises. Vous aussi , vous avez vos faiblesses et vos fautes; et chaque jour, ces fautes, ces faiblesses, ces mauAses dispositions, vont se trouver eu contact. Joignez à la paresse de vos élèves la malice de l'écolier; joignez à l'ignorance et à la grossièreté du village les préventions et les habitudes qui y sont héréditaires; joignez à la susceptibilité de ceux qui s'élèvent a côté de vous et au-dessus de vous, cet amour-propre qui est inséparable de notre cœur, qui , s'il ne peut nous précéder dans le monde, nous y survit quelquefois; joignez-y ces conflits , ces jalousies sans fin et sans
DOUZIÈME SOIRÉE. l5l
bu[,qui divisent les notabilités du hameau comme celles de la ville , ei vous comprendrez, comme le dît le mol populaire , que tout n'est pas rose dans voire position.
Oui, vous rencontrerez assez d'obstacles pour n'avoir pas besoin de vous en créer par voire vanité, par vos prétentions. N'en ayez pas si Vous vous aimes. Si pourtant vous en aviez, ne vous coudiez pas le soir , ne vous levez pas le matin sans vous reprocher ces fautes devant voire conscience ; j'ajoute, devant Dieu. 3e ne vous le dis qu'ici, et je vous le dis eu peu de mois, mais je vous le dis avec une conviction profonde : les journées commencées avec Dieu et avec notre conscience valent mieux que les autres.
Mais c'est surtout le moment où je vous parle qui doit être pour vous celui d'un profond examen
Je viens de vous esquisser votre future carrière dans ce qu'elle a de plus général , ses devoirs, ses peines et ses charmes. Qu'est-ce qui vous engage à y entrer? Avez-vous pour cela une vocation un peu prononcée?
11 faut beaucoup de choses pour la parcourir avec fruit, avec honneur. Si vous no l'abordez que pour avoir du pain, vous avez tort : mille autres eu donnent à moins de frais. Écoutez-moi jusqu'au bout, puis faites vos réflexions : je vous faciliterai la retraite encore plus que je ne vous ai facilité l'admission.
Diyinzedb/fSoogle
l53 l'iBSTITUTEHR PRIMAIRE.
Avez-vous , au contraire, une volonlé un peu raisonnée , ou bien suivez-vous un de ces entraînemens auxquels on ne résiste pas? il faut voir encore si vous avez la force et la saute' , la vois et la taille nécessaires pour une carrière où il faut toujours parier et agir avec aisance ei bonne hn-
La capacité intellectuelle est bien quelque chose aussi. A voire âge, on ne sait guère si l'on a un esprit médiocre ou de haute portée ; néanmoins on n'est pas sans savoir que penserdesesmojens.il en faut beaucoup, si non pour acquérir les connaissances nécessaires a l'instituteur, du moins pour les communiquer 1 des élèves d'âges si divers. Cela mérite d'être pesé.
Ce que vous devez étudier avec autant de soin, c'est la nature de voire caractère. Eles-vous doués de celle douceur, de cette bonté', de celte aménité , de cette affabilité qui gagnent les cœurs des jeunes et des vieux? Si vous n'avez point ces qualités, si au contraire vous étiez un peu brusques, un peu hautains, un peu moroses; si vous aviez l'humeur impatiente , la main prompte , le cœur dur , la tête vive et la langue mauvaise, gardez-vous de vous exposera tous lesdesagrémens qui vous attendent au milieu d'écoliers malicieux et de parens toujours prêts à vous jeter la pierre. A chacun de vos de'fauts ils opposeraient tous leurs défauta réunis ; de génération en génération vous rencontreriez une
■DOUZIÈME SOIRÉE. l55
hostilité plus acerbe. La première génération vous donnerai!, la phihisie, la seconde un tombeau.
II y a une question plus grave : étes-vous moralement dignes de former la jeunesse? Votre moralité est-elle à l'abri de tout reproche ? A-t-elle ce degré de vérité, de profondeur et de pureté, que le père do famille a le droit d'exiger du maître de ses enfans? Sans cette condition, vous n'aurez jamais ni tenue ni dignité; vous no vous respecterez pas ; on ne pourra pas vous respecter. Que si vous déco uï ne/, en vous les élémens de quelque vice d'intempérance, ce serait le comble de la folie que d'aller sans cesse vous exposer aux regards de tout le monde : l'intempérance d'un maître ne se pardonne jamais.
La vertu ordinaire ne suffit pus elle-même. Il faut, pour une carrière si élevée et si pénible , un dévouement de tous les jours, de toutes les heures ; il faut que le maître , qui ne doit presque jamais être homme, qui toujours doit être b<m , jeune , pur, éloquent, inspiré, ait dans l'ame un peu de cet élan, de cet enthousiasme, qui fait voir le monde autrement qu'il n'est, et y faire un peu plus qu'il n'est possible. Vous me comprenez : avez-vous cet enthousiasme, tel élan, ou bien espérez-vous le prendre dans vos lectures, dans vos études, dans vos méditations, dans vos entretiens avec Dieu , dans votre école?
Enfin, c'est la parole qui est viitre grand moyen, votre levier le plus puissant. Avez-vous le don de lu
i54 l'instituteur PRIMATRK.
parole? Espérez-vous l'acquérir 7 II est de tome nécessité que vous parliez facilement ; c'est la condition indispensable. Lisez, écrivez, contez, récitez ; prenez dans nos meilleurs livres, dans vos entretiens avec les hommes les plus cloquens de notre littérature , tout ce que notre langue a de richesse, de charmes, de clarté: vos succès sont a ce prix.
J'ai beaucoup exigé ; vous verrez un jour que ce n'était pas assez ; mais je ne veut pas que vous me quittiez tous. Je veux garder quelques amis de la jeunesse , tous ceux dont le coeur sent de doux battemens à l'aspect d'un écolier , tous ceux dont la voix s'écrie avec celle du Sauveur : Laissez-les venir à moi! Ils auront besoin d'études consciencieuses et pourtant rapides. Mais il faut de la science aux instituteurs, il leur en faut beaucoup, pareequ'il leur en faut pour plusieurs âges, pour plusieurs générations qui se succèdent.
En effet, la science des bous instituteurs n'est pas à eux; elle est due tout entière à leurs élèves; c'est pour ces derniers qu'Us l'acquièrent, et l'art de la communiquer est aussi indispensable que la science elle-même. Cet art de former les ames est l'un des plus difficiles. Pour l'exercer avec succès, il faut non seulement étudier les facultés de lame, il faut encore étudier les moyens de les développer. C'est là ce qui constitue la science de l'éducation, la plus précieuse de toutes.
Dans les hautes écoles on donne à l'étude des facultés de lame le nom &e psychologie ; à l'art d'e-
DOUZIÈME SOI BÉE- l5S
lever les enfans, celui de pédagogie. L'art d'enseigner d'après les meilleures méthodes et les procédés les plus expéditifs , prend le nom de théorie des méthodes ou de méthodique. J'emploierai peu ces grands mots; mais je vous ferai connaître les choses. Je veux être compris, je veux être utile ; je neveux pas paraître savant. Dans vos écoles, vous devez, un jour vouloir la même chose.
Tel était à peu près le langage que je tenais aux futurs instituteurs, avant de les admettre à mes leçons. J'eus quelquefois le plaisir d'arracher quelques jeunes gens à une carrière qui ne leur convenait pas. J'eus plus souvent la joie de voir des esprits un peu endormis jusqu'alors se réveiller de leur long sommeil comme en sursanU Je commençais les leçons par une courte analyse de l'homme. L'homme est le terrain que le maître cultive : on cultive toujours mal ce que l'on neconnaît pas. Il est indispensable que l'instituteur s'cmdie, étudie l'homme, et surtout l'enfant. Sans cette étude , il n'est qu'un aveugle montrant le chemin à d'autres aveugles.
Je vous lirai prochainement la leçon que je faisais aux jeunes maîtres pour leur faciliter l'étude de l'homme. Vous connaissez BuSôn; si vous avez lu aussi le Traitéde l'Homme, parLacépède, vous, verrez que j'ai beaucoup suivi et souvent copié ces, grands écrivains.
L'iaanTUTEDK 'humàuie.
Etude de l'Homme. — Etude de l'Enfant. — Le corps. — L'union du corps et de l'aine.— L'anatomie.— Développement
slmullané du corps et de l'ame Premières impressions que
reçoit l'enfance. — Premières sensations Les premières
— Leur affaiblissement et leur culture chez les peuples civilisés. — Les différentes races de l'espèce humaine. — La séparation du corps et de l'ame. .
Il faut connaître l'homme pour se mêler de son éducation. L'élever, c'est donner à toutes ses facultés, ou bien à celles de ses facultés auxquelles on s'adresse, le degré de force et de développement dont elles sont susceptibles, l'our former ces facultés , il faut commencer par les étudier; oit les étudie en les observant d'abord , en les analysant ensuite, en résumafit enfin ces analyses et ces observations en idées générales.
L'homme est corps et anie, être visible et être invisible, liu plutôt composé d'iine partie visible que peuvent apercevoir les sens, et d'une partie invisible que les sens n'aperçoivent pas.
Le corps s'offre le premier à notre étude. Nous le voyons, nous le touchons; nous en sentons les mouvemens , nous nous apercevons de toutes les sensations de douleur ou de plaisir qu'il éprouve ;
TllEIZIÙMF. SOIEÉE. ] 5^
nous le connaissons par conséquent mieux que l'ame, qui ue s'aperçoit pas au moyen des sens.
Le corps a .pourianl aussi sa partie mystérieuse. Ses organes intérieurs, invisibles dans l'état de vie, rie sa ni pas moins curieux que les organes extérieurs. Les veincs ? les muscles, les nerfs, le cerveau, les poumons, les entrailles, les os, les tendons offreut à notre étude des organes du plus haut intérêt. Mais, pour qu'on puisse les examinerle scalpel à la main , il faut que l'homme ait cesse de vivre, qu'une séparation entre le corps et l'ame se soit opérée ; et ce n'est plus alors que dans un cadavre qu'on peut suivre toute cette organisation si belle, si merveilleuse , qui fait île nous la plus parfaite des créatures de la terre.
L'art de décomposer, de disséquer le corps humain, d'en faire connaître les différentes parties après la mort, s'appelle analomie. Il est bon que l'instituteur en ait quelque idée. Sans cela, il ne serait guère en étal de donner aux enfans les leçons nécessaires pour la conservation de leur santé, ni aux pères de famille les conseils dont ils ont si souvent besoin pour se dérober aux ruses des charlatans qui exploitent leur crédulité.
Ce que le corps humain offre de plus curieus à étudier, c'est son développement successif, ci ce sont les rapports qui existent entre le progrès de ses facultés et le progrès de celles de l'ame.
Quand l'enfant vient au monde, le corps n'a que einquanleou soixante centimètres de taille, et rien k
Diyiiized
l5S t'iICSTITOTEUB l'HlBAlllE.
peu près n'annonce encore son aine, si ce n'est la vie elle-même. Les premières fonctions de ce pelit hôte de l'univers , ses cris et ses mouvemens appartiennent à la nature animale. A mesure que se forme le corps, l'âme se développe de son côté. Dès le quarantième jour, l'enfant dislingue les choses qui lui font plaisir ou peine; il sait sourire et pleurer j il sait manifester ainsi les sentimens qu'il éprouve .d'une manière qui caractérise l'espèce humaine , car l'animal ne sait ni rire ni pleurer.
Placéà la meilleure des écoles , celle d'une mère , l'enfant fortifie si bien ses organes ; son ame observe si Lieu, recueille tant de sensations et d'idées, qu'au quinzième mois il essaie de bégayer. Il a entendu parler, rendre des sentimens par la voix, il veut en faire autant. Ses idées et ses sentimens sont «n petit nombre ; ses organes sont encore malhabiles. Il n'a retenu qwe très peu de syllabes, mais il en a retenu, il en a compris le sens. Il parle; il simplifie le langage trop compliqué pour lui; il attache à certaines articulations un sens particulier, mais il exige qu'on le comprenne. Il s'impatiente lorsqu'on ne veut pas l'entendre , mais il ne se décourage pas; les obstacles, en irritant ses facultés , semblent leur donner plus d'énergie cl un développement plus rapide- La voyelle que les enfans articulent te plus aisément est l'A , parccqu'il ne faut pour cela qu'ouvrir les lèvres et pousser un son. L'E suppose un petit mouvement déplus; la languese relève en haut
treizième somËii. 1&9 en même temps que les lèvres s'ouvrent. Il en esi de même de l'I ; la langue se relève encore plus et s'approche des dents de In mâchoire supérieure. L'Odemandeqiie la langue s'ahaissc et que les lèvres se serrent. Il faut qu'elles s'alongent un peu et qu'elles se serrent encore plus pour prononcer l'U.
Les premières consonnes que les enfans prononcent sont aussi celles qui demandent le moins de mouvement dans les organes. Le B, le M et le P sont les plus aisées à articuler : il ne faut, pour le B et le P, que joindre les deux lèvres et les ouvrir avec vitesse. L'articulation de. toutes tes autres consonnes suppose des mouvemensplus compliqués que ceuxci ; etily a un mouvement delà langue daus leC,le D,leG,leL,leIS,leQ, leR, le S et le T. Il faut, pour articuler le F, un son continué plus long temps que pour les autres consonnes.
Ainsi , de toutes les voyelles, l'A est la plus aisée; et de toutes les consonnes, le B, le P et l'M sont aussi les plus faciles à articuler. Il n'est donc pas étonnant que les premiers mois que les enfans prononcent soient composes de cette voyelle et de ces consonnes , et l'on doit cesser d'être surpris de ce que, dans toutes les langues et chez tous les peuples, les enfans commencent toujours par bégayer baba, marna, papa. Ces mots ne sont, pour ainsi dire, que les sons les plus naturels à l'homme, pareequ'ils sont les plus aises à articuler. Les lettres qui les composent , ou plutôt les caractères qui les représentent , doivent exister chez tous les peu-
pies qui ont l'écriiure ou d'autres signes pour représenter les sons.
On doit pourtant observer que la prononciation de quelques consonnes éiant à peu pt£s. semblable (comme celle du Bet duP, celle du C et du S, ou du K et du C dans ceriiiius cas; celle du D et du T; celle du F et du V; celle du G et du J ou du G et du K, celle du L et du H), il doit y avoir beaucoup de langues où ces différentes consonnes ne se trouvent; pas ; mais il y aura toujours unBou un P, un G ou un S, un D ou un T, uu F ou.ua V , un G ou un 3, un L ou un R. line peut guère y avoir moins de six ou sept consonnes dans le plus petit des alphabets , parceque ces six ou sept lettres ne supposent pas des mouvemens bien compliqués, et qu'elles sont toutes très sensiblement différentes entii! elles. Les enfans qui n'articulent pas aisément le R, y substituent leL; au lieu du T, ils articulent le D; parcequ'en effet ces premières lettres supposent dans les organes des mouvemens plus difficiles que les dernières. C'est de cette différence et du choix des consonnes plus ou moins difficiles à exprimer, que vient la douceur ou laduretéd'unelangue.'. .
Au reste, ce n'est guère que vers la troisième année que les enfans prononcent distinctement, répètent ce qu'on leur dit et commencent à parler avec facilité. Ceuï auxquels on prodigue trop de
TBB1ZIÈME SOIRÉE. i6;
soins, trop d'attention, et qui n'ont besoin que de quelques gestes pour faire comprendre et remplir leurs désirs, parlent ordinairement plus tard que les autres. On dirait qu'ils ne veulent pas se donner une peine inutile , ni employer, pour se faire entendre, des mots qu'ils remplacent si commodément par des signes.
Quoi qu'il en soit , il ne faut pas se presser imprudemment de donner des leçons à l'enfant; il faut ménager des organes encore faillies; ne- pas imprimer trop de mouvement à dos ressorts encore tendres et qu'on pourrait déformer; ne pas exiger une attention trop soutenue d'une intelligence qui , pour se développer convenablement , a besoin de s'exercer sur plusieurs sujets et de passer rapidement d'un objet A un .iulre. I,a mobilité de l'esprit est aussi nécessaire a l'enfant que celle du corps '. D'ailleurs, une foule de ces pniiis prodiges qui tint étonne le monde par leur savon 1 préeuce n'ont été plos tard que des hommes très ordinaires.
L'éducation morale de l'homme, à tout âge,
doit aller de pair avec l&Lccat physique ; mais
c'est principalement par 1rs exemples dont on entoure r enfance, que s'opère son développement moral. Que l'enfant ne puisse voir, dans les actions dont il est le témoin , que cette justice qui se fait sentir si aisément à son cœur et a. son esprit , que cette douceur et cette bonté qui sont l'apanage de . l'homme vertueux; qu'on l'accoutume ans
• Lncépéde, nhloire naturelle A /' 'Homme.
l63 l'iHSTITUTEuTI tnlMilBE.
plaisirs de la bienfaisance , qui sont à la portée de tous les âges ; qu'on l'habitue à maîtriser ses mouvemcns, à soumettre sa volontéà sa raison , et que des épreuves ménagées avec soin lui fassent sentir les effels heureux ou malheureux des bonnes ou. des mauvaises actions; qu'on écarte surtout de son esprit les erreurs que tant de personnes se plaisent à donner à l'enfant sous ie préteste de l'amuser, ou pour se débarrasser do questions que leur adresse sa curiosité si naturelle. Il est de ces questions auxquelles il n'est point nécessaire de répondre; à toutes les autres la simple vérité est la meilleure réponse.
Mais c'est surtout l'époque de- l'adolescence qui doit être surveillée : c'est celle du plus grand développement, c'est aussi celle où dans le cœur du jeune homme naissent les pensées , les résolutions, les affections les pins généreuses. De faons exemples, des paroles sages., une société honnête-, une instruction soiguée , raffermiront dans se» habitudes d'ordre et de sagesse. L'ignorance,- la mauvaise compagnie, des livre» pernicieux et de funestes conseils le perdsai eut pour toute la vie..
Vers la trentième année , le développement de l'homme s'achève, ses proportions s' établi ssent.. les femmes, dont les muscles sont moins compactes, moins solides, arrivent plus tôt au termedo leur accroissement. C'est à vingt ans; qu'elles parviennent au degré le plus remarquable de ce* fonmes adoucies, de ces membre» svehes, de cas traits délicats, de ces proportions si gracieuses qui
TREIZIÈME SOIHÉE. l63
les distinguent. Elles régnent par la beauté et la grâce, -comme l'homme par la force et la majesté.
Tout annonce dans les deux sexes les maître* de la terre : tout marque dans l'homme , même ù l'extérieur, sa supériorité sur les autres êtres vivans : il se soutient droit et élevé ; son attitude est celle du commandement ; sa tête regarde le Ciel et présente une face auguste sur laquelle est imprimé le caractère de sa dignité ; l'image de l'ame y est peinte par la physionomie , l'excellence de sa nature perce à travers le* organes matériels , et anime d'an fea divin les traits de son visage. Son port majestueux, sa démarche ferme et hardie annoncent sa noblesse et son rang ; il ne touche a la terre que par ses extrémités les pins éloignées; il ne la voit une de loin et semble la dédaigner. Les bras ne lui sont pas donnés pour servir de piliers 1 la masse de son corps ; sa main ne doit pas fouler la terre, et pendre par des frottemens réitérés la finesse du toucher , dont elle est l'organe. Le bras et la main sont faits pour servir a des usages plus nobles , pour exécuter sa volonté, pour saisir les choses éloignées, pour écarter les obstacles, pour prévenir les rencontres et le choc de ce qui pourrait nuire-, pour embrasser et retenir ce qni peut plaire , et le mettre k la porté* de* autres sens < .
Dans l'intérieur du corps, les parties les plus intéressantes sonlle cerveau et le coeur , l'un considéré
l64 I.'lUSTITUTEUR TBIMilBB.
comme le siège de l'intelligence, l'autre comme celui de la sensibilité.
Au cerveau de l'homme aboutissent tous , les nerfs et toutes les impressions extérieures , touies les sensations. C'est par cinq organes différens qu'elles y parviennent, et c'est dans ces organes que résident les sens extérieurs : la vue, l'ouïe , l'odorat , le goût et le toucher. Les trois premiers de ces sens paraissent s'être affaiblis par la civilisation; ils ont du moins plus de finesse ou plus d'étendue chez les Sauvages; le goût et le toucher , au contraire , sont plus parfaits chez les peuples civilisés.
tes diflérens peuples de la terre se distinguent en général , si non par l'organisation intérieure du corps , du moins par sa couleur et sa conformation, extérieure. La différence des climats, des mœurs , du genre de vie, a produit dans l'espèce humaine , qui est une, qui est sortie de la main du Créateur dans la personne d'un seul couple primitif, trois races différentes : ï 'arabe -européenne ou caucasique; la mongole j la nègre ou Yéthiopique. Le Caucase paraît avoir été le berceau de la première ; les monts Adas, celui de la seconde; les grandes montagnes africaines ont sans doute formé les premières habitations des nègres.
On distingue la race caucasique , à laquelle appartiennent les peuples de l'Europe , en quatre variétés : ce sont celles des Indiens , des Scythes , des Pélasges et des Celtes. Les Celtes se sont divisés en Germains et en Gaulois : ils ont occupé l'AUe-
■ ■ TREIZIÈME SOI BÉE. irj£>
magne, la France, une partie (te l'Italie et Je l'Espagne, les îles britanniques et les régions du Nord.
Ces indications. suffisent, je pense, pour vous faire comprendre , en général , ce que tous entendrez dire sur les différentes races du genre humain, et sur la question de savoir si les nègres sont nos frères. Vous comprendrez aussi ce que vous liiez dans l'histoire, sur le mélange des populations gauloises et germaniques, mélange qui a eu. lieu à différentes époques , et qui a donne' origine' à la nation française, les Francs s'étant trouvés én majorité parmi les Germains, lorsque ces peuples ont envahi la Gaule au cinquième siècle de notre ère.
Mais il est temps de porter nos regards sur intérieur, sur la partie invisible de l'homme, sur l'ame. C'est elle qui nous intéresse le plus; c'est elle que nous entendons quand nous . disons nous-mêmes ; c'est elle qu'il vous importe le plus de former-, d'élever.Elle est d'une origine supérieure au corps, elle vient de Dieu. Quand le corps meurt et retourne.! k-terre d'où il est tiré, elle retourne à Dieu qui l'a faite à son, image, et prend part à la félicité pour laquelle elle est créée. '
En un mot, le corps n'est que l'instrument de l'ame; il lui est -donné pour l'éducation que celle-ci doit recevoir dans ce monde, pour les travaux qu'elle doit entreprendre, pour les vertus qu'elle doit pratiquer, pour les épreuves qu'elle doit subir.
IÔ6 1,'lHSTtTl/TJiUO PftlHAlHE.
De l'âme. — De ses principales faculté* La pensée. — La
— La réfleiion. — Le jugement. — La science. — Les idées
— La haine. — Les instincts. — La sympathie, — La liberté,
— La moralité. — La religion.
Cette partie de nous- mêmes si supérieure au corps , lame ciéee à l'image de Dieu , se distingue par trois grandes facultés, celle de sentir, celle de penser, celle de vouloir. Toutes les trois s'exeroen* et seperfectiounentau moyen des organes du corps.
En nous étudiant nous-mêmes, nous reconnaissons l'ordre dans lequel elles se développent. Nous sentons avant de penser et de vouloir. Nos sens reçoivent des impressions; le magnifique spectacle du ciel étoile frappe notre vue; une musique délicieuse s'adresse à notre ouïe; notre odorat est ravi du parfum qu'eshale la fleur ; nctre goût est flatté de la saveur d'un mets exquis , et Je baiser que j'imprime sur les joues vermeilles de mon Adolphe me donne une sensation aussi agréable que profonde.
Si ces sensations s'arrêtaient aus sens ou au*
QUATOSZIÈUB SOillÉE. 167 organes des sens; si elles n'arrivaient point jusqu'à 1 intelligence , au bout de quelques instans il n'en resterait rien. Nous éprouvons ainsi mille impressions -qui passent inaperçues, dont notre entendement n'apprend rien ou presque rien, auxquelles il ne prête pas d'attention, qu'il n'esamine pas, ou dont il n'a pas conscience. C'est qtie dans ces momens nous sommes préoccupés par d'autres sensations plus fortes , plus intéressantes pour notre ame. Par esemple, au moment où un boulet ennemi passerait *ur la tête d'un soldat, le parfum d'une rose, quelque rapprochée qu'elle fut de sa personne, ne frapperait guère son odorat. Son attention se porterait ailleurs ; elle serait absorbée par un autre objet.
Ces «as ne sont pas rares. Cependant , dans l'état ' ordinaire, nous nous apercevons des impressions qu'éprouvent nos sens; elles parviennent à fraie; l'entendement s'en empare, les analyse, les décompose, les compare entre elles, en remarque le caractère.
Cette activité de l'entendement se Minore la pensée. En effet , ce ne sont pas nos sens qui comparent, qui analysent, qui remarquent les carac ■térea des objets et les classent; c'est notre ame, notre intelligence qui (ait tout cela au moyen d'un acte général qu'on appelle penser. '
L'une des premières choses que fait la pensée, c'est de tien distinguer les objets extérieurs qui agissentsar nos sens , de nos senset de nous-mêmes :
i68 l'ihstitutbuh PRIMAlItU.
c'est ce que les philosophes appellent distingua- le nionde intérieur du monde extérieur, le moi du non-moi : mots un peu barbares , et que je me dispenserais de vous citer s'ils ne se rencontraient dans quelques livres, et que vous ne fussiez oblige's de
L'acte, ou bien la faculté d'observer ce qui frappe nos sens, s'appelle /"attention; celle de conserver le souvenir de nos impressions se nomme la mémoire; celle de nous rappeler l'image de ce qui nous a frappes y se nomme l'imagination ; celle de bien examiner nos sensations se désigne par le mot réflexion ; celle de comparer les choses, les images ou les impressions avec tous leurs caractères, se dit la comparaison. Il en est une autre qui se rattache à la comparaison : c'est le jugement. Dès que nous comparons deux choses, nous les trouvons ou égalesou différentes, plus grandes, plus belles, plus petites , plus laides l'une que l'autre : énoncer ce résultat , c'est prononcer un jugement. Peutêtre Y attention, la comparaison et la réflexion ne sont-elles pas l'effet de faculte's particulières; peutêtre nesonl-ce.là que des actes de la pensée; mais celte discussion ne vous intéresse guère : ce qu'il y a de plus positif, c'est que les facultés se développent presque toujours dans l'ordre où nous venons de les nommer.
Pendant l'enfance , c'est la mémoire qui est la faculté la plus facile à exercer ; et , dans un bon système d'enseignement, on doit présenter à l'at-
QUATORZIÈME. S01KÉE. 1 69
tendon de l'enfant le plus d'objets qu'il est possible. Les mots étant indispensables pour le rappel des choses, et les nombres pour la connaissance des grandeurs et des rapports, il faut surtout enrichir la mémoire de ces sortes de signes, sans toutefois jamais sacrifier les choses aux mots ni les mots aux choses. . . . i- ;. . .1-, L <„ : '.
L'imagination se développe davantage a l'époque de l'adolescence, et c'est dans l'âge mûr que l'âme, plus exercée à comparer , possède dans toute sa plénitude la faculté de juger et de connaître. ■
En effet, la connaissance exacte, la science , est le dernier et le plus beau résultat de toute cette activité de l'intelligence, de tous ces actes de la pensée. ■■ ■-: !-.'; ■. .., ■.;<■!
Quand nous avons bien examine un objet ou un phénomène, dans tous ses caracières , nous eu avons une notion claire , une idée complète. On sait fort bien, par exemple, ce que c'est qu'un arbre; on sait que c'est une plante très forte, très dc'veloppée, dont les racines plongent dans le sol , dont le tronc s'élève en l'air, dont les branches s'étendent dans l'espace, et qui a de nombreux rameaux, des feuilles, des fleurs, des fruits. Ce n'est pourtant là qu'une notion abstraite, une idée générale; et, après tout , s'il existe des poiriers , des pommien et des cerisiers , appelés communément arbres, il n'existe rien qui s'appelle tout simplement arbre : tout arbre est pommier, poirier, sapin , etc. Cela est si vrai, que dans .l'antiquité et dans le
l'7<> l'iBSTITUTSUII PIUHAUIE.
moyen âge les philosophes ont attache une importance extrême à bien constater ce fait, qui pourtant se constate bien facilement. On pourrait dire dès-lors que, puisque -dans le monde réel rien ne répond à certaines idées générales , ces idées ne sont que des mots, des abstractions inutiles. Cela s'est affirmé, mais bien 1 tort. En voici la preuve : il n'eiiste sans doute dans le monde aucun objet , au cmt être qui soit la justice , ou la vertu, ou la charité en personne; cela n'empêche pasqu'on ne sache très bien ce que c'est que chacune' de ces •remis, ni qu'elles ne soient ce qu'il y a parmi nous de plus admirable etdc plus nécessaire. Si ces vertus ne se trouvent pas personnifiées ni incarnées tout entières dans qui que ce soit , elles n'en existent pas moins : il y aurait folie à le nier.
Rapprocher les unes des autres nos connais-, sances les plus certaines , nos idées les plus complètes , nos notions les plus nettes ; les éclairer, les compléter, les rendre plus instructives les unes par îes antres ; en déterminer la nature , la valeur , les rapports, la portée; en Tirer des conséquences , en induire des théories , des croyances , des enseignemens , c'est la plus belle occupation de notre rnleUigenee, et la faculté de le ïàire se nomme la raison. "S'en servir, c'est raisonner ou faire des raisonnement.
La raison est, pour ainsi dire , la reine des autres facultés de l'intelligence ; c'est celle qui contrôle les autres , qui leur demande raison de leurs