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INSTEOCTION DBS PRRMIKES COLOHS t$
par des relations nécessairement fréquentes, en soient venus, à la longue, à parler une langue assez uniforme, et il faut bien l'admettre puisque des auteurs sérieux comme Le> clercq, Charlevoix et la Potherie Taffirment catégoriquement *. •
Est-ce à dire que le patois disparut complètement de la langue du peuple ? Nous ne le pensons pas. Aussi bien, nous croyons qu'il ne faut pas prendre à la lettre ces lignes de Tabbé Perland parlant des premières générations canadiennes : « La langue française s'établit, dit-il, uniforme et sans mélange de patois, mais marquée par des particularités d'expressions et de prononciation propres à la Normandie, au Maine et au Poitou '. • Nous laissons aux maîtres en la matière le soin de résoudre la question. En attendant, nous restons convaincu que, tout en adoptant le français comme langue générale, les colons continuèrent à émailler leurs conversations de formes dialectales qu'ils s'empruntaient les uns aux autres et qui finirent par se fixer dans la langue, comme on peut le constater encore aujourd'hui.
Ce qui a dû contribuer pour beaucoup à unifier la langue, à l'épurer, à faire accepter, par le plus grand nombre, le doux parler de France, c'est l'instruction qu'avaient reçue^ plusieurs de nos premiers colons.
En France, nous l'avons démontré, l'instruction populaire éuit passablement répandue dès le XVII* siècle. Nom*
I. Cf. <;c«ldMct Riirmrd : Biàiiogrm^ù dm Pmrêgr Frmm{M mm Cm* mmdm, Québec. 1906. pp. 9 et toliraBtM.
9, Comrs d* Hitloire xtA. II. p. I».
a6 L'iNSTRUCnON AU CANADA
breux étaient ceux qui pouvaient lire, écrire et compter Pourquoi les émigrés qui nous arrivèrent aux XVII* et XVIII* siècles, auraient-ils fait exception? Comment supposer qu*on n*aurait choisi que des ignorants pour les envoyer au Canada? Au reste, cette pensée n*est venue à personne, et tout le monde convient que des idées plus larges présidèrent au choix des émigrants. Si donc les colons furent recrutés indifféremment parmi les gens instruits ou nou instruits, il est probable que Ton rencontrera ici les uns et les autres dans la même proportion ou à peu près, que se trouvaient les habitants des différentes provinces de France. Or, nous savons que dans la plupart des anciennes provinces l'instruction primaire ne faisait pas défaut On peut donc en conclure qu^un bon nombre des premiers habitants du Canada savaient lire, écrire et compter.
En règle générale, celui qui peut signer son nom sait lire et compter quelque peu. La signature d'une personne ne prouve pas absolument une certaine instruction, mais elle constitue du moins une présomption en sa faveur. Il est donc naturel qu'on s'appuie sur un témoignage de ce genre quand il s'agit de l'instruction populaire, et, à ce point de vue, on comprend toute l'importance que peuvent avoir les actes publics et les registres de l'état civil.
Malheureusement, il ne parait pas que nos anciens missionnaires se soient mis beaucoup en peine de faire signer par les témoins les actes de baptêmes, de mariages et de se* pultures. D'ailleurs la chose n*était pas facile à cause de l'étendue des missions ou paroisses confiées à leurs soins.
Un missionnaire comme M. Thomas Morel qui, pour ne ester qu'un exemple, desservit longtemps toute la côte de
INHTRrOTIOK DES PRKMIKIUI COLOIfS tj
Beaupré et Ttlc d'Orléans et plus tard les 27 lieues qui séparent Saint-Thomas de la Rivi^re-du-Loup, ne de\'ait pas toujours, au cours de ses voyages, transporter les re* gistres de Tétat civil ; il prenait plutôt les notes nécessaires sur une feuille volante, et, de retour à sa résidence, inscrivait au registre les actes qui, conséquemraent, portent rarement d*autres signatures que la sienne. Tel fut le cas, pour les premiers temps, non seulement dans les missions étendues, mais même dans les villes, comme on peut le constater aux registres de Québec, de Montréal et des TroivRivières.
Nous avons sous les yeux les registres de Château-Richer de 1661 à 1679. ^^ y cherchera en vain une signature aux actes de baptêmes et de sépultures. Le registre des mariages en contient quelques-unes. Souvent le missionnaire ne prenait pas la peine de sMnformer si les témoins savaient signer. Quelquefois, il déclare qu*ils ne le savent, ce qui n'empêche pas quelques-uns d*entre eux, comme Pierre Saint-Denis, Etienne de Lessard, Simon Guyon, David Létourneau, de signer trois ou quatre actes un peu plus loin. Ces braves gens savaient donc écrire leur nom.
On peut se demander après cela quelle foi il faut ajouter à ces aflBnnations que Ton rencontre si souvent à la fin des actes : « ont les dits témoins déclaré ne savoir écrire ni signer de ce enqnb ou interpellé suivant Pordonnance. •
Cette autre déclaration que • les témoins n*ont pu signer • est peut-être plus exacte ; elle laisse supposer, du moins, qu*un individu Mchant écrire a été empêché par quelque raison d^apposer sa signature au bas de tel ou tel acte.
Pour être juste, il faut ajouter que dans la suite, aprè* Pordonnance de 1667, par exemple, on apporta un peu plus
s8 l'instruction au canada
de soin à faire signer les actes publics. Et pourtant, le Conseil Supérieur de Québec se crut obligé, en 17 15, de revenir sur ce sujet. Il insiste de nouveau sur la forme dans laquelle les registres de Tétat civil doivent être tenus, et entre autres choses, il fait remarquer que tout ce que contient Tordonnance à cet égard a été fort négligé, en partie en certains lieux et tout à fait en d*autres. « Même dans cette ville, où Tordonnance a été le mieux suivie, lisonsnous dans Tarrét, les curés et autres qui ont fait les fonctions curiales n'ont point encore fait signer sur les registres lors des sépultures, deux des plus proches parents et amis qui y avaient assisté, quoique Tordonnance le prescrive expressément par l'article dix *. »
Nous avons voulu rapporter ces faits afin de faire voir que ce n'est pas dans les premiers registres de nos plus anciennes paroisses que l'on trouvera la preuve que les colons savaient signer ou non. C'est dans les greffes des notaires qu'il faut aller la chercher.
Nos historiens et nos érudits ont été à même de faire cette preuve au cours de leurs travaux. Tous ou presque tous ont constaté que le nombre de ceux qui savaient signer leur nom était plus grand qu'on ne serait porté à le croire à première vue.
Gameau, après avoir compulsé les études de trente-trots notaires sur trente-cinq qui exercèrent leur profession à Québec avant ou durant l'année 1700, pouvait écrire dans ion HUiêirÊ du Canada ' :
I. BéiiiH9réammmmcêt, Québec, éd. de iSss, vol. II. p. 167. t. Bd. àm 1H9. vol II.. p. 104. note. Cm rmtigMmeat» netc troavcat pi«mlèfw4ditkatda
INSTRUCTION DR.S PRKyiKR*> iOir^KIt t^
■ Une chose «juc nouj» avonn rciiMrqiicc cl qui meriic d*étre notée c*est qu'un grand nombre de contrats portent la signature des époux et des parents ou amis, preuve que rinstruction était plus répandue parmi les colons qui venaient d*outre-iner, qu*on ne le pense généralement. Les contrats de mariage sont lignés par plusieurs témoins. . . •
Ce témoignage vaut la peine d*étre retenu parce qu*il est basé sur des documents sûrs.
De même nous souscrivons entièrement, en l'appliquant à la généralité des colons, à ce que dit de ceux de Lauzon, M. Joseph-Edmond Roy dans sa belle histoire de cette seigneurie : ■ .'Vvcc quel orgueil, écrit-il, ces pauvres colons que Ton traite d'ignorants, ne signaient-ils pas leurs noms au bas des contrats ou des actes où les circonstances de la vie les amenaient à comparaître. Nous Tavons prouvé surabondamment au cours de cette étude en reproduisant leurs signatures autographes. Tous ou presque tous savaient lire et écrire *. »
Cette affirmation est pour nous d'un grand poids, puisque Monsieur Roy a compulsé lui-même presque tous les greffes des anciens notaires.
A ces témoignages nous pouvons ajouter ceux de M. Benjamin Suite qui, en 1870, publiait 43 fac-similés de signatures des anciens colons des Trois-Riviéres \ et de Tabbé Casgrain nous montrant, à la RivièreOuelle, vingtcinq témoins sur cinquante sachant signer leur nom '.