‹ L'instruction au Canada sous le régime françaisChapitre 13 sur 233 · Urne froissé Cmmadi^mme, éd. populaire, p. i · texte numérisé non relu

Urne froissé Cmmadi^mme, éd. populaire, p. i

Tout porte à croire qu'une enquête générale et bien conduite, dans les greffes des notaires, dans les registres de rétat civil et dans les documents particuliers, épars ici et là, ne contredirait pas ces témoignages. Bien plus, elle ne ferait qu'y ajouter une nouvelle force. Pour notre part, sans être remonté nous-même à toutes ces sources, nous avons pu, dans les Archives du Séminaire de Québec et grâce aux notes précieuses que nous a fournies M. Philéas Gagnon, Térudit conservateur de nos anciens greffes qu'il connaît si bien, relever pour la période qui va de 1634 à 1680 ou à peu près, environ 800 signatures d'hommes seulement, et l'on sait que la population du pays fut asses restreinte durant cette époque, puisqu'elle ne s'élevait qu'à 2,500 âmes en 1663 et à 9,677 en 1681 \

Notre enquête s'est bornée presque exclusivement à la région de Québec; il y a cependant un certain nombre de signatures de colons de Montréal et des Trois-Rivières. Dans cette liste de 800 noms ne sont pas compris les personnages importants qui, par état ou condition, devaient savoir écrire, non plus que ceux des prêtres séculiers et des religieux, jésuites ou récollets.

Il nous a paru intéressant de savoir à quelles provinces de France appartenaient les émigrés qui savaient signer leur nom. Nous avons pu retracer les lieux d'origine de 540 ; les autres, 260, ont échappé à toutes nos recherches. Tout incomplet qu'il soit, le petit tableau que nous en avons dressé pourra offrir un certain intérêt et nous le donnons en appendice *. Pour le moment, qu'il nous snl-

t. Mêeêmstmêmiê ém Cmmëé^ 1871. vol. IV. a. Appeadiot A.

INSTHT'--*' V DBS PttRMIKRS - «^^v^ -!

fisc de dire que U Normandie, qui nous d fourni le plu* grand nombre d*éniigrants, arrive bonne première avec 146 signatures sur les 54a Viennent ensuite l'Ile-de-Prance, avec 62, TAunis 50, le Poitou 45, le Perche 42, rAnjou 23, la Bretagne 20, etc., etc.

Ces chiffres ne prouvent pas que telle province avait un meilleur système d*instniction que telle ou telle autre ; ils s'expliquent par le nombre des émtgimnts sortis de chaque province. Si la Normandie, par exemple, a fourni â elle seule, de 1608 à 1680, 840 colons, tandis que TAunis n*en a envoyé que 428 et le Poitou 411 S ce n*est pas dans ces dernières provinces qu'on devra s'attendre à trouver le plus grand nombre de personnes qui savaient signer, à moins de supposer, ce qui serait contraire aux faits, que la Normandie était très arriérée sous le rapport de Tinstruction.

De ce qui précède, nous concluons que bon nombre de colons savaient signer leur nom à leur arrivée au Canada.

On peut en dire autant des femmes qui les accompagnaient ou qui furent envoyées en différents temps. Parlant des filles à marier que le roi envoyait dans la colonie, M. Joseph- Edmond Roy, qui avait vu la plupart de leurs contrats de mariage, écrivait : « Ce qui nous a surtout étonné en parcourant ces dossiers poudreux. c*était de voir quel degré d'instruction possédaient ces filles. . . presque toutes savaient écrire leur nom et d'une manière remarquable au point de vue calligraphique '. •

I. CI. Vorifimt et U Pmrkr éit Cammékms-Ftmwfmit, par Tabbé Si-A. Lortie. QoélMC, 19^. p. 11.

a. Le Bmrûm éê Lm Honimm, — Ménotm d« \m booété Aojrak. iS9«. p. 157.

ja l'instruction au canada

Tout ceci ne prouve^t-il pas, une fois de plus, que Tinttniction populaire n*était pas trop négligée en France au XVI P siècle ? Ne pourrait-on pas aussi trouver dans ce fait Texplication de Tintérét que portèrent les premiers colons du Canada à Tinstruction de leurs enfants?

« Les premiers habitants du Canada jouissant d'une certaine instruction voulurent, écrit encore M. Roy, la léguer à leurs enfants avec Tamour de la race et le souvenir de la grandeur du nom français *. »

Pour quelques-uns, cette assertion semblera peut-être forcée ; elle nous parait cependant Texpression exacte de la vérité. Les pages qui vont suivre fourniront des preuves convaincantes de cet état d^esprit. On verra, par exemple, les habitants de Québec, après avoir demandé aux Pères Jésuites d'apprendre à leurs enfants la lecture, récriture et le calcul, les presser encore de leur enseigner les sciences et les lettres. Les efforts tentés au commencement du XVI II** siècle, par les citoyens de Montréal pour procurer à leurs enfants Tavantage d*un cours classique font voir que là comme à Québec on savait apprécier le bienfait de Tinstruction.

Si les colons en général firent preuve de bonne volonté, il faut ajouter, pour être juste, que les autorités religieuses surtout s^mployèrent de toutes leurs forces à favoriser ces excellentes dispositions. Aussi, en admettant même que les résultats n*ont pas toujours répondu aux efforts des uns et des autres, il ne faudra s'en prendre ni à leur négligence, ni à leur antipathie pour l'instruction, mais bien plutôt aux temps, aux lieux et aux circonstances.

t« Sêignemrii éi Lmêworn^ vol. I, p. 49s.

Page 1