‹ L'instruction au Canada sous le régime françaisChapitre 158 sur 233 · I. Coaipajs«. op, cit., ^ 19Q · texte numérisé non relu

I. Coaipajs«. op, cit., ^ 19Q

a. Umt9iiigêéêJémUê$ûm AT/A nhU. vol. IV.

LES 8C1RNCS8 AU COLLtel 509

prince ; fi Ton célèbre les funérailles d*un héros, qa*«iissi» tôt nos écoles retentissent du chant joyeux des muses on de leurs lamentations *. •

Ces recommandations étaient mises en pratique dans tous les coUèices des Jésuites, au Collège de Québec comme ailleurs. Le 14 octobre 1651, un nouveau gouverneur du Canada débarquait à Québec; quelques jours après, il faisait sa première visite officielle au Collège où les élèves le reçurent • laiina oratione et versibus gallicis » '.

Le 18 juillet 1658, M. d'Argenson était à son tour reçu solennellement par les autorités du Collège et par les élèves. Après le diaer, le gouverneur, Tabbé de Queylus et les autres invités se rendirent au jardin, et là, devant cet auditoire distingué, les écoliers représentèrent un petit drame composé en français, en huron et en algonquin.

La pièce en question, la première composée à Québec, peut-être, nous a été conservée et plusieurs la connaissent*. Cependant, pour Tavantage de ceux qui ne Tout pas relue depuis longtemps, nous demandons la pennission de nous y arrêter quelques instants. Elle nous fournira, du reste. Toccasion de faire connaissance avec les acteurs.

Ce compliment, car ce n^est rien autre chose, porte pour titre : • La Réception de Monsieur le Vicomte cPArgenson tar toutes les nations du pats de Canada^ à son entrée am gomvernéfftent de la Nouvelle- France. •

Le personnage principal est le génie universel de la

I. R»Ho diseemdi, cité ^ta Rochemoatdx, Um cctUge.... III. p. 61.

a. Jamrwmi des Jhwites.

i. PabUét par M. P.^. S07. QoaMc 1890.

jio l'instruction au canada

Nouvelle-France, représenté par Pierre Dupont. Quatre français sont chargés de faire Téloge du gouverneur. Ce sont : Ignace de Repentigny, Jean-Prançois Buisson, Charles Sevestre et Denys Masse.

A cette époque, au Canada, une pièce sans sauvages aurait péché gravement contre la couleur locale. L'auteur, probablement un Père Jésuite, connaissait trop bien les règles de la tragédie pour tomber dans ce défaut. DifiPérentes nations seront donc représentées. Charles Denys parlera pour le sauvage Huron, et Jean-François Bourdon pour TAlgonquin ; un étranger du nord et un autre du sud seront personnifiés par Guillaume Brassard et Paul Denys, tandis que Jean-Raptiste Morin et Jean Poupart, joueront le rôle d'un Huron et d'un Nez-Percé captifs.

Mais ces nations, pour la plupart, n'entendent pas le français, et M. le gouverneur n'a pas eu le temps de se familiariser avec les langues sauvages, il faudra donc un interprète, un truchement qui explique leurs paroles. Ce sera le génie des forêts, incarné pour la circonstance en la personne de René Chartier de Lotbinière.

Au génie universel de la Nouvelle-France revenait Thoii* neur de présenter ces différentes nations à l'illustre compagnie. Naturellement, il commença par les Français : • Vous voyez dans ceux-ci, dit-il, l'élite de notre petite académie française. >

Il eut ensuite un bon mot pour chacune des nations pré* sentes.

Après lui, les quatre Français vinrent faire, en vers, leur compliment à M. le gouverneur. Le tout se composait de quatre strophes de dix vers chacune. Le troisième, le

LIS SaSKC» AC COUJCGE JII

iiea\'ième et le dixième vers toot de douze pieds, les antres de huit. 11 faut bien Tavouer, il y a dans tout cela plus de versification que de po^îr • <*<• sont encore les rimes qui valent le mieux.

Jugez plutôt : c*est Denys Masse, grand garçon de quatorze ans qui parle :

Après mille mort* évitent.

Bafts, «algré It aMOvait tort.

Voos ircnct, Mosteignctsr. par no bcnrcux transport.

Pour favocitcr ocf oootréca.

Qm dm vcraz nous avons offcrtal

Qœ toavent noa moitea panpièrea.

Avec l'ardeur de noa prières

Ont oombattn contre l'enfer !

Bnfer. qui contre noua luttant avec Neptune.

Voulait, en vous perdant, ruiner notre fortune.

Sevestre, fils du premier commis de la Compagnie, et Buisson poussèrent plus avant Ce dernier surtout, dépassa presque les bornes du permis. Parlant de la marche glorieuse du gouverneur, il s'écrie :

La terre en est ravie et. dit<on. par honneur Qu'elle en sera pliu plantureuse.

Au petit de Repentigny, qui n'avait pas encore douze ans, était réservé le morceau le plus délicat, et il récita sans donte de bon cœur :

Vos laarkn çoi m m tèdMat pis Nons soot des mêtqam mnKém Que le nombre de vos twpbjas Monte su nombre de vos combats.

ii e:it inutile de faire remarquer que, dans tout cela, la pensée vaut mieux que Texpression. Quant à la partie sauvage, nons en faisons grftce au lecteur.

3Xa L i.NMKUCTION AU CANADA

On fit rhotnmage d'une réception de ce genre à M* de Laval, le 3 août 1659. On joua une petite pièce au Collège, et \t Journal des Jèsuiles assure que « tout alla bien •.

On dut continuer à représenter ainsi de petites comédies an Collège, jusqu'à la fin du XVII* siècle, alors que M" de Saint- Vallier crut devoir défendre aux Pères Jésuites de donner, à l'avenir, des représentations dramatiques ou des séances littéraires. Le Père Gennain écrivait au Général de la compagnie, le 26 octobre 1699: ■ M" de Saint- Vallier a voulu qu'il n'y ait dans notre Collège nî déclamation, ni tragédies ^ *

Cette défense ne datait-elle pas de quelques années déjà ? Ne suivit-elle pas de près l'affaire du Tartuffe^ que Frontenac eut l'intention de faire représenter à Québec en 1694? Nous le pensons. En tout cas, nous n'avons pas à raconter ici ce scandale l Qu'il nous suffise de faire remarquer que depuis longtemps on représentait des tragédies et des comédies en Canada. La Relation de 1640 * en mentionne une de ce genre où Martial Piraube se rendit du coup, célèbre et comme impressario et comme acteur.

Le 27 février 1647, ^^ supérieur des Jésuites écrivait ao /oumal: « Il y eut un ballet au magasin ; c'était le mercredi gras. Pas un de nos pères ni de nos frères n'y assista, ni aussi des filles de l'Hôpital et des Ursulines, sauf la petite Marsolet. •

I. Rochmionlrix ! t ft I^KmiUt et U X.F an XVTÎ* Ki>tl^ \cA ÎT|

t. Noua «iiMinn rr uanaauix ciiuftc «iti bnni que souirva c«iie anaire, car Le Tmrlmffe ne fut pa» Joué à cette occatioa. (Cf. M. l'abbé Auguste Ooticliii. Atf dé Sûimt' yattier et som temps, p. 34.)

Page 1