I. Arehim$ éê P^rU
Diaprés les AnnaUs du Petit Séminaire, ces quatre élèves que nomment les Transcripta^ avaient été envoyés en 1685 au Cap-Tourmente, d*où ils revinrent en 1686; nouvelle preuve que ce collège ne dura qu*une année.
Au reste, les directeurs du Séminaire se plaignaient déjà, à Pautomne de 1686, que ce petit séminaire n'avait pas en le succès qu'on en attendait '.
Si nous avons parlé un peu longuement de cette institution éphémère, c*est parce que, dans la pensée de M* de Saint- Vallier et de M. de Denouville, elle ne devait être qu'une seule et même œuvre avec rétablissement des manufactures, et comme une extension de r£cole des Arts et Métiers, qui existait déjà à Saint-Joachim. Il aurait été difficile, ce semble, de faire la part exacte de Tun et l'autre.
On serait peut-être porté à croire que la mort du collège classique entraîna celle de l'Ecole des Arts et Métiers : il n'en fut rien cependant.
L'établissement de Saint-Joachim, rendu à sa première destination, reprit une nouvelle vigueur. M*' de Laval, revenu de France en 1688, prit plus que jamais intérêt à cette école qu'il avait créée et pour laquelle il devait bientôt fonder des lx>urses. Il commença « par rassembler un bon nombre de jeunes gens, la plupart de la campagne, ponr les appliquer, comme autrefois, à des travaux dans lesquels ils montraient une grande dextérité » '.
M** l'Ancien ne s'en tint pas là, et voulut assurer l'existence de cette école. En conséquence, il fonda, le 8 juin x6<)3, six pensions pour les élèves de Saint-Joachim.
I. AftkHm ém Shmimëirg, Lettre de Pftrit, 13 juia, tôS;. t. Cf. /.*^Ar///r. I, n«4i.
ACOLR VMS ARTS ST mATIERS 359
• Ces enfants, est-il dit dans le contrat, doivent être do pays, de bonnes mœurs, propres an travail ; ils seront choisis par les snpérieais et directeurs pour être nourris, entretenus et instruits aux bonnes mœurs, à la piété, à lire, à écrire, ou formés au travail <iu à quelques-uns des métiers qui s'y exercent . . . * •
Quelques jours après, le 17 juin, M. Soumande fonde à son tour trois pensions en faveur de la même œuvre dont il reconnaît toute Tutilité, « tant à cause de Tinstruction et éducation que par les travaux ou métiers qu'ils y apprennent . . . • •
Toutes ces citations font bien voir que l*école était pleine de vie à cette époque. Les modifications apportées dans la suite à rétablissement de Saint-Joachim, comme par exemple la fermeture de l'école latine, aussi bien que les deux incendies du Séminaire, ne contribuèrent pas peu à accélérer sa chute. Elle se maintint cependant encore quelques années. Seulement, à partir de 1705, elle paraît avoir été, â proprement parler, une école d'agriculture. Cette annéelà, M. de Maizerets écrivait aux directeurs du Séminaire de Paris: « Nous avons six enfants à Saint-Joachim suivant la fondation de M" l'Ancien, qu'on appelle miioyens parce que Ton leur apprend à lire, à écrire, et après leur étude, ib vont au travail, aidant à sarcler les bleds, les jardins, à faner, à engerber les bleds . . . * •
M. Bniaaon de Saint-Cosme, procureur du Séminaire, ne comptait pas beaucoup sur ces élèves, et il écrivait, la même
t. Artkiwn ém Sèmimmûr», a. mé.
y tbéâ.
année : • Les mitoyens aident aux travaux des champs en tont ce qu'ils sont capables de faire; on tâche seulement qu'ils ne se mêlent point avec les engagés, parce que ce commerce ne leur vaut rien. Je souhaiterais par la suite n'avoir qu'un très petit nombre de ces mitoyens, parce que l'expérience nous fait voir qu'il n'en reste aucun à la maison, contre l'attente de M" l'Ancien et de M. Soumande. Cependant comme les voilà sur le pied d'être mieux réglé» et veillés il faut prendre patience, peut-être en restera-t-il quelques-uns ; du moins, ils ne sont pas inutiles, et comme plusieurs commencent d'être forts, cela rend d'assez bons services. »
Le manque de renseignements ne nous permet pas de dire quand disparut cet établissement. Nous avions bien cru tout d'abord que les écoles élémentaire et latine de Saint- Joachim avaient pris fin vers 17 15; des documents rencontrés presque par hasard nous ont appris qu'elles existaient toutes deux sur la fin de la domination française. Peut-être aurons-nous la même bonne fortune pour ce qui concerne l'école des arts et métiers. En attendant, qu'on nous permette d'ajouter quelques notes à ce que nous avons déjà dit : c'est par là que nous terminerons.
On se souvient que, d'après le mémoire de 1685, on en* seignait au Cap-Tourmente la menuiserie, la sculpture, la peinture, la dorure, etc., et qu'il y avait là des tailleurs» des cordonniers, des taillandiers, des serruriers, des coavreurs, etc., chargés d'apprendre leurs métiers aux jeunes gens. Les maîtres ne manquaient donc pas. Nous le •avions déjà par nos livres de comptes, où l'on peut relever les noms de tous ces ouvriers. Cette liste, an reste, offrirait
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peu d*intérét. Noos nous cooteotcfoiis de dire un mot sur les arts proprement dits : sculpture et peinture.
Ce fut peut-^tre dsns la sculpture que les élèves de Saint- Joachim, ausu bien que ceux de Québec, se disting^uèrent le plus. Ce succès, ils le durent sans doute à leur travail, à leurs aptitudes, mais aussi en grande partie à Thabileté et au dévouement de ceux qui étaient chargés de leur enseigner cet art délicat Le Séminaire eut, durant de longues années, deux ou trois sculpteurs à son service. En 1675, Michel Fauchois et Samuel Genner s*engageaient comme sculpteurs, à raison de 300 livres par an chacun.
A partir de 1690, ce furent Mallet et Jacques LeBlond de la Tour. Celui-ci surtout était un sculpteur et un architecte remarquable. M" de Laval écrivait quelque part, que si Ton voulait un jour rebdtir la cathédrale, il serait d*un grand secours. Souvent, paraît-il, maître LeBload était pris comme arbitre avec le Père Juconde, récollet, par les autorités de la colonie K
Pendant plusieurs années, Jacques LeBlond fut à la tête de Patelier de sculpture, soit au Séminaire, soit à Saint* Joachim ; de 1690 à 1696, comme laïque, et de 1698 à 1706, comme ecclésiastique.
Il forma de nombreux et habiles sculptenrs. Ce sont ses élèves qui, sous sa direction très probablement, firent les sculptures de la chapelle du Séminaire qui passait pour une merveille, et de Téglise de Saint-Joachim que Ton construisit à peu près vers le même temps.
M. Bédard avait dû entendre parler de M. LeBlond, dont
t. Pcriaad: Rcg. A, à l*AfclMv«ciié d«
il avait certainement vu les œuvres et celles de ses élèves, et il pouvait écrire eu 1766: « Il fut un excellent sculpteur qui forma des élèves qui partagèrent avec lui Phonneur du sacerdoce ainsi que Tart de manier le ciseau. Les rétables de Sainte-Anne, du Château-Richer, de rAnge-Gardien déposent en leur faveur '. »
Diaprés ce témoignage, ce serait donc M. LeBlond et ses élèves qui auraient fait, pour Téglise de TAnge-Gardien, « ces trois rétables dont les six colonnes corinthiennes, couvertes de sculptures, supportant un entablement également très riche, forment, avec les autels, un ensemble si harmonieux, si bien proportionné, qu'il attire Pattention de tous les étrangers et leur cause une agréable surprise ■ '.
Peut-être pourrait-on en dire autant du tabernacle du maitre-autel, que le cardinal Taschereau considérait comme « Pun des plus beaux de son diocèse « '.
A Saint-Joachim,on n'apprenait pas seulement à scuipter des rétables, des chapiteaux et des tabernacles, on s'exerçait encore à faire des chandeliers, des statues, etc. Vers 17 10 ou 171 1, le Séminaire de Québec donnait à la cathédrale, pour la chapelle de Sainte-Anne, six chandeliers de bois, sculptés par M. LeBlond lui-même.
Quant aux statues, il n'est pas impossible que plusiems de celles qui ornaient nos plus anciennes églises aient été faites par ses élèves. Quelques-unes étaient de véritables
I. 7>aiiJ^rf>/4i.«M. LeBload prit U toutime en 1696, fat ofdoaaé !• ts avril 1706. Nominé madtM curé de U Baie S«int-Fiul. U 7 .ca JaUlet 1715.
a. M. Tabbé René Cai^tain: V Amge^mrdiim, p. 96.