Arcàiwi ém Sémimmirt
en 1705, il dut abandonner sics chers enfants pour aller remplir les fonctions de vicaires puis de desservant à la cure de Québec
Il avait fait beaucoup de bien au Petit Séminaire où i\ avait réussi à maintenir la ferveur et Tobservance exacte des règlements. Et pourtant, durant ces quinze dernières années, les sujets de distraction n'avaient pas manqué aux élèves.
En 1690, par exemple, les Anglais venaient faire le siège de Québec. Les Canadiens, ayant à leur tête Frontenac en personne, leur firent une si chaude réception, que Tennemi, honteusement battu à la Canardière, dut retourner en toute hâte à Boston. Les élèves du Petit Séminaire de Québec, aussi bien que ceux de Saint- Joachim, n'avaient pas été complètement étrangers à ce succès. Ils s'étaient enrôlés dans la milice canadienne, et sous la conduite du brave Juchereau de Saint-Denys, ils avaient, tout comme des hommes, fait le coup de feu contre les Anglais. Ils payèrent eux aussi le tribut du sang à la patrie, et les Annales nous rapportent que l'un des élèves du Séminaire de Québec, Pierre Maufils, qui venait de terminer sa philo* Sophie, reçut, au combat de la Canardière, une blessure dont il mourut un mois plus tard ^
I. TVtmscripia, p. 49. Voici U note qoe trmntcrivait M. Bédard: • Pierre Maufilt, ftgé de 38 «as, «prêt avoir achevé ta philoaophie, et demeuré dans le Petit Séminaire plut de neuf aaa. est mort à l'hôpital» le 16 novembre 1690. avec beaucoup d'édification, d'une bleteore qa*il avait reçM an bras, par let Anglais qni assiégeaient Qnébcc, s'y étant volontairement exposé avec plusieurs de ses camarades par le motif de la gloire de Dieu et|i!u bien dn pays, pour les harceler et les obliger de se retirer, oe qa'iU firent la nuit suivante, qu'ils se rembarquèrent tons
LE FKTIT SÉMINAIRB DK QUÉBEC 399*
On est généralement tous rimprcaiion que les élèves de Saint-Joachtm prirent seuls parti contre les Anglais en 1690, mab il est certain que les écoliers du Séminaire combattirent comme les premiers. Au témoignage de» AmmaUs que nous venons de citer, on peut ajouter celui de M. Bédard qui écrivait en note dans les Transcripta : • En 1690, année du siège de Québec, et les deux suivantes, notre mémoire ne marque quasi que des sorties d*écolier» alors en philosophie ou en théologie ... A quoi attribuer cette désertion? au siège sans doute, en grande partie, car il changea nos écoliers en guerriers et même en braves guerriers *. •
Cette année-là, en efiFet, il n'y eut au Petit Séminaire que deux nouveaux élèves: Dominique Migeon, entré le 28 octobre, après que les Anglais eurent levé le siège, et Pierre Boulanger. La campagne des Anglais était bien suffisante pour justifier cette diminution chez les nouveaux.
En 1693, ^° commença à bfttir la chapelle du Séminaire. L'année suivante, elle était déjà assez avancée pour que Ton pût y célébrer. M" de Saint- Vallier ne voulut pas permettre qu'elle fût ouverte au public.
En même temps que Ton travaillait à l'intérieur de cette chapelle, des travaux d'agrandissement se £aisaient au Petit Séminaire, et ils furent poussés avec tant d'activité que vers 1699 ^^^^ ^^^^^ terminé. M'' de Laval pouvait être content: Dieu bénissait visiblement son œuvre qui allait
pcotecUoo partlcalièM. • I. Page».
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chaque jour grandissant. Convenablement logés, ses enfants auraient désormais à leur disposition une belle et pieuse chapelle, qu*il avait choisie lui-même pour y dormir son dernier sommeil. Mais la Providence en avait décidé autrement Aux œuvres comme aux hommes, il faut des contradictions, des difficultés et des épreuves. Le Séminaire de Québec n'échappa point à cette règle générale. Il eut ses longs jours de souffrance et de deuil, de privations de toutes sortes. Ils s'ouvrirent par le premier incendie du Séminaire en 1701.
C'était le 15 novembre, un mardi, jour de promenade, lorsque tous, tant ecclésiastiques qu'enfants étaient à Saint- Michel, dit une relation qu'on nous permettra de reproduire ici *. « Le feu prit vers une heure et quart avec une telle violence qu'en moins de quatre à cinq heures il consuma l'ouvrage de plus de trente ans. Ce fut par un ballet (sic) à ce que l'on croit que la chose arriva. Un ecclésiastique ayant mis le feu de la cheminée dans le poêle, à la fin de la récréation, et ayant ballié les charbons qui étaient tombés dans la place, remit le ballet sous son lit, et sortit pour aller à l'église dire les vêpres avec deux ou trois qui étaient restés avec lui; un demi-quart d'heure après, un autre ecclésiastique qui travaillait à la sculpture au-dessus de cette chambre, entendant quelque chose qui pétillait en bas, court pour voir ce que c'est: ayant ouvert la porte, il aperçut toute la chambre en feu et en fumée qui était si épaisse qu'il pensa en être étouffé en ouvrant qu'il ferma
I. Vtetts OMBiiicrit reprodnit par M. Bédard dans les Tlrmmsari^^ p. $5. Lersateur de Nér^. ingénieur à Québec à cette date, a laiaaé ium rtlalloa qoi diffère en pluaieun points de cclle-d.
LB PBTIT stMINAIRB DS QOinC 40I
•tiithôt. Il va avertir partout et fonne le tocquesctn (tic) avec la cloche de la chapelle. On accourut de tous côtéa, ils firent tous leurs efforts pour éteindre le feu dans la salle« mais n'ayant pas pu en \'enir à bout, ils furent obligés de céder et de 8*addoniier à sauver tout ce qui était dans les chambres. Quelques-uns étant montés dessus la maison, voulurent couper le toft, mais ils furent obligés de se retirer promptement, le feu les ayant gagnés ; le monde se mit à sauver les meubles et tout ce qui était dans la maifon qui fut sauvée pour une bonne partie. Pendant ce temps-là, ceux qui étaient à S. Michel s^étant aperçu qu*il s^élevait une grosse fumée de Québec, se mirent tous en chemin pour être témoins de ce qui s*y passait ; ils n*étaient pas pour la plupart à moitié chemin qu'un courrier qui venait au* devant de nous, nous annonça que c'était le Séminaire et que déjà la moitié était brûlée quand il était parti ; nous pressâmes un peu le pas, mais pour ne rien faire, car tout était brûlé quand nous arrivâmes. •
Ces dernières lignes font voir que l'auteur de ce récit était à Saint-Michel au moment de l'incendie. Il ne fut donc pas témoin oculaire et sa relation pourrait pécher en certains détails '. Quoi qu'il en soit, les dégâts causés par le feu, l'eau et la fumée étaient considérables. «J'estime le dommage de cette maison 50,000 livres pour son rétablissement seulement •, écrix'ait Levasseur de Nérée.
Inutile d'essayer de peindre la douleur de M*' de Laval,
I. VtrwÊÊtnr de Néréc prétend que c'était na lundi, et U iffirat qm te tett fnt mi* par M. Pttit. (pcttri iaSraM) ^ voohtt scgOBiModsf te poète. IXapfé*lttiftanl.otfQtM.lowhsr.av<da te qui décottvrit te tea.
la consternation et rembarras des directeurs de la maison. Qu*allait-on faire? où prendre l'argent nécessaire pour rebâtir? Où loger, en attendant, ces quatre-vingts enfants que l'on élevait? La Mère Juchereau rapporte que les particuliers furent obligés de retirer leurs enfants du Séminaire *, mais ce ne fut pas pour longtemps, car, dans une lettre du 23 mai 1702, M. Tremblay disait à M. de Maizerets: • Nous avons été tout à fait édifiés de votre confiance en la Providence qui vous a fait reprendre tous vos enfants avec vous, malgré le mauvais état de vos affaires après Tin-
cendie*. »
Dans ce grand malheur, le Séminaire eut les sympathies
de tout le monde. Callières et Champigny prirent la peine
d'écrire au ministre pour implorer les secours du roi, et
comme les derniers vaisseaux étaient déjà partis, Joncaire,.
porteur de cette lettre, alla s'embarquer dans un port de la
Nouvelle-Angleterre. Ce voyage devait être infructueux.
On n'attendit pas le retour de Joncaire pour entreprendre les travaux de reconstruction, et, à l'automne de 1702, les réparations étaient assez avancées pour qu'on pût loger cent enfants.
Quelques années plus tard, en 1705, il s'en fallait de peu que toutes les réparations ne fussent terminées.
Le Séminaire achevait donc de se relever de ses ruines, lorsqu'un nouveau malheur vint fondre sur lui. Le i*'' octobre 1705, le feu le détruisait de fond en comble. Les élèves étaient alors àJ'^Saint-Joachim. On les fit revenir
1. iiiMiûirê dt tHÔUl-Oieu, éd. de ICootMbaa, p. 396. fl. Aftkivti ém Sèmimmirt,
UC PSTIT sAmINAIES DK QITttIC 403
tout d» suite pour les renvoyer peu après chcs leurs parents, à U réserve de douze que Ton garda à la maison.
Ce nouvel incendie, arrivé moins de qua\re ans après le premier, ne déoounigea ni M' de Laval ni les directeurs du Séminaire, et« dès 1706, on se préparait à rebâtir. M. Tremblay ne croyait pas la chose urgente, et il n*était pas loin de conseiller de fermer le Petit Séminaire pour uo temps. M' de Laval, M. de Maizerets et M. Buisson, procureur, ne se laissèrent pas effrayer par ces protestations, encouragés qu'ils étaient, du reste, par les autorités civiles, notamment le gouverneur et Tintendant Celui-ci, dans une lettre au ministre, le 19 octobre 1705, demandait du secours pour les Messieurs du Séminaire : « Ils ne peuvent, disait-il, soutenir le zèle qu'ils ont eu pour former un établissement si avantageux, que par la gratification que Sa Majesté leur donne qui doit être regardée comme une chanté faite à un pays pauvre ' . . . •
Le Séminaire, moins la chapelle, fut donc reconstruit ; mais les dettes s'accumulèrent d'année en année, si bien qu'en 17 18 Vaudreuil et Bégon écrivaient de nouveau: «Les Messieurs du Séminaire des Missions Etrangères de cette ville nous ont priés de représenter au Conseil que l'état de leurs affaires est très mauvais par les pertes considérables qu'ils ont souffertes par les deux incendies qui leur sont arrivés et que pour le rebAtir il se sont engagés dans des dettes considérables, ayant cependant toujours continué de rendre service à la colonie par l'éducation des enfants depuis plus de cinquante ans qu'il est établi, puisque c'est dans ce