CONCLUSION
Poor terminer ce travail sur Tinstruction et r61ncatioo au Canada, sous le régime français, nous avons cm qti*il serait utile, sinon nécessaire de donner, en quelques pages, une vue d*ensemble et comme un résumé de tout Touvrage. On aimera sans doute à faire avec nous la synthèse des éléments dispersés et des détails accumulés dans les cba|n« très qui composent ce volume. I^^es conclusions particulières, réunies comme en un faisceau, ne paraîtront au lecteur, nous Tespérons, ni moins nettes ni moins claires, et elles lui permettront de porter un jugement général sur cette importante question.
En France, depuis le moyen-âge jusqu*à la Révolution, rinstruction primaire suivit une marche ascendante, et Ton peut affirmer qu*aux XVII* et XVIII* siècles en particulier, toutes les villes de province et la majorité dc0 paroisses de campagne étaient pourvues d*écoles éléne»taîres.
Encouragée par les évéqaes et les curés qui \*ei liaient à sa diffusion et à son bon fonctionnement, fondée on scmtenue par des communautés religieuses ou de pieux latqiMt, favorisée de la protection de PEtat, rinstmcttoo, cbct le
peuple, devait naturellement s^étendre et prospérer seloD le temps, les circonstances et les besoins de Tépoque.
Il en fut de même, toute proportion gardée, dans la Nouvelle-France.
Les colons, partis de différentes provinces de France, apportaient en Canada avec la foi des ancêtres, les goûts, les aspirations et la mentalité quMls avaient pris dans la mère patrie. Plusieurs d*entre eux ayant reçu une instruction qui leur permettait de lire, d*écrire et de compter, voulurent procurer le même avantage à leurs enfants. Une année à peine s^était écoulée depuis l'arrivée des quelques familles passées au Canada en 1634, qu'une école élémentaire était fondée à Québec.
Aussi longtemps que cette seule école put suffire, il n'y en eut pas d'autres au pays. Mais, lorsque le nombre des habitants eut augmenté, lorsque ça et là, les colons se furent formés en groupes, lorsque les groupements furent assez populeux pour qu'il fût possible de rassembler en un seul et même endroit, un certain nombre d'enfants, d'autres écoles furent ouvertes à la jeunesse canadienne. Et c'est ainsi que l'on eut simultanément ou successivement, an XVII» siècle, les petites écoles de Sainte-Foy, de Plie d'Orléans, de Saint-Joachim, de la Pointe-de-Lévy, dn ChAteau-Richer, de Québec, de Montréal et des Trois- Rivières, et plus tard, au XVIII* siècle, celles des Frères Charon, de Beauport, de Charlesbourg, de Sainte-Anne, de Saint-Antoine, de LaDurantaye, etc., sans parler des classes tcntiea par des fils de famille et les professeurs ambulants.
Ces écoles que nous venons de nommer étaient destinées aux garçons. D'autres érigées pour les filles furent tenues
par les t'rsulines à Québec et «nx Trob-Rivièiet, par let Religieuses de rHôpitaU^éoéiml à Qnébee, psr ks Sœart de la Congrégation à Moatiéal, à Québec et dans les eampagne* où neuf coux-ents de cette Congrégatioo furent ouverts à différentes époques.
Ainsi donc, malgré les circonstances défavorables dans lesquelles ils se trouvaient placés, les colons n*éuient pas tout à fait privés de moyens de faire instruire leurs en^ts. Qu'ils n*aient pas tous profité de ces avantages, c*est autre chose. Bu tous cas, les encouragements et les secours, même pécuniaires, ne leur firent pas défaut
L*école ouverte en 1635, alors qu'il n'y avait encore qu'un tfès petit nombre d'enfants dans cet embryon de ville qu'on appelait Québec, ce sont, nous le répétons, les PP. Jésuites qui Tont fondée, soutenue et maintenue jusqu'en 1776. Ht ce qu'ils avaient commencé à Québec, ils le continuèrent à Sainte-Poy, probablement à Sillery et dans toutes les missions françaises confiées à leurs soins.
C'est à la charité de M** de Saint- Vallter que les citoyens de Québec durent la fondation d'une nouvelle école en 1699, l'établissement d'un couvent des Sœurs de la Congrégation en 1686, l'ouverture d'un Pensionnat pour les filles à l'Hôpital-Général, en 1725, etc.
En agissant ainsi, en travaillant pour la cause sacfée de l'éducation populaire, le second é\*éque de Québec ne faisait que suivre l'exemple de son vénérable piédéocssenr qui n'avait rien négligé pour promouvoir et encourager dans son diocèse l'instruction soit élémenuire, soit secondaire, soit technique. Et pour ne parler ici que de l'éducation primaire, n'est-ce pas M' de Laval, en effet, qui avait envoyé
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les premières instituiriccs aux Trois-Rivières ? N'est-ce pas lui qui fonda les petites écoles de Saint-Joachim et dn Château-Richer, qui assura des pensions aux élèves pauvres, qui paya pour un certain nombre de filles dans les couvents de Québec, de Sainte- Famille et du Château-Richer ?
Que l'on refasse, si Ton veut, Phistoire de chacune de ce» petites écoles, de chacun de ces couvents établis en Canada, sous le régime français, et Ton trouvera toujours ou presque toujours comnie fondateur ou bienfaiteur insigne un é\'éque ou un prêtre zélé, un pieux laïque, une institution charitable.
Et qui donc a fondé et soutenu Técole de Saint-Josephde-Lévy, si ce n'est le curé du lieu, M. Philippe Boucher ?
A qui la paroisse de la Sainte-Famille dut-elle son couvent, le premier dans les campagnes de la région de Québec, sinon au curé Lamy d'abord, puis aux libéralités de M. Berthelot, seigneur de Tîle d'Orléans, et à celles de Toussaint Lefranc, ancien maître d'école ?
M" de Laval et son Séminaire avaient fondé et doté le couvent du Château-Richer. Ce fut l'abbé Basset qui établit celui de la Pointe-aux-Trembles de Québec, quelques années après que M. GeofiFroy, curé de Champlain, eut donné à sa paroisse une institution du même genre.
Nous l'avons déjà dit, les régions de Montréal et dea Trois-Rivières n'eurent rien à envier à celle de Québec, sous le rapport de l'instmction primaire. Presque toutes les écoles érigées dans ces devx gouvernements, aux XVII* et XVIII* siècles, le furent par des communautés religieuses. Les prêtres de Saint-Sulpice, on le sait, n'épargnèrent rien pour établir des classes non seulement dans la
ville de Montréal, mais coGorc àan» ici paméwci confiées à leur sollicitude ; les Frères Cbatoo, non contents d*oovrir une école dans leur Hôpiul, se chaigèrent de recruter des instituteurs et de les envoyer étam les aunpegncs; les Récollets, durant de longues années, tinrent des classes ouvertes aux Trois- Rivières ; enfin les Sœurs de la Congre» gatîon Notre-Dame, avec une tendresse tonte maternelle et souvent au prix des plus grands sacrifices, distribuèrent aux pauvres comme aux riches, et souvent gratuitement, Téducation et rinstruction élémentaire.
On est émerveillé et touché de tant de générosité et de dévouement et l'on se demande comment, avec des ressources si modiques et dan5 des circonstances si peu favorables, les pionniers de l'éducation en notre pays, ont pu arriver à de pareils résultats. Pour ceux qui connaissent un peu la largeur de vue, le désintéressement, l'esprit de charité et le patriotisme de ceux à qui la Providence avait confié nos destinées religieuses, la réponse est toute trouvée.
L*éducation secondaire en Canada fut-elle, proportion gardée, moins répandue que l'instruction primaire? Non. Le collège classique des PP. Jésuites fut éubli à Québec dans un temps où la population entière du pays ne dépassait pas quelques centaines drames. Il fut maintenu sur un bon pied jusqu'à la cession et même après, grâce su sèle et an dévouement de la Compagnie de Jésus. S'il ne fut pm aussi fréquenté et aussi prospère que d'autres institutions de ce genre en Europe, il faut s'en prendre aux circoo» stances plutôt qu'à la négligence des colons ou à leur anti» pathie pour l'instruction. Ce n'est pas dans nn pays comme
^Uit alors la Nouvelle-France, que l*on pouvait espérer voir l'enseignement secondaire aussi répandu et aussi recherché qu'il rétait dans l'ancienne France. Le petit nombre des colons, la médiocrité des fortunes, et surtout l'absence presque complète de carrières libérales dans lesquelles auraient pu se jeter les jeunes gens qui ne se sentaient pas appelés à l'état ecclésiastique, voilà autant de raisons qui expliquent cette apathie plutôt apparente que réelle pour l'instruction secondaire. Ce qui doit nous étonner, c'est qu'un si grand nombre d'enfants aient pu entreprendre, et plusieurs pousser jusqu'au bout, des études longues et coûteuses quand à peu près seule la vocation à l'état ecclésiastique pouvait les y engager.
Hâtons-nous d'ajouter, pour être juste, que les autorités civiles et religieuses unirent leurs efforts pour suppléer an manque de carrières libérales. On comprit de bonne heure qu'il fallait pour la jeunesse canadienne quelque chose qui remplaçât l'étude de la médecine ou du droit, un enseignement qui tînt le milieu entre l'enseignement primaire et le cours classique. L'enseignement spécial et technique lut créé. Pendant que M" de Laval ouvrait à Québec, dans son Petit Séminaire et à Saint-Joachim, sur l'une de ses fennes, une Ecole des Arts et Métiers, l'intendant Talon faisait donner, à Québec, des leçons de mathématiques, d'arpentage et de navigation, exemple qui fut suivi plus tard à Montréal par les PP. Jésuites et les Frères Charon.
La fondation Talon, de simple école de mathématiques qu'elle était à l'origine, se transforma, vers 1686, en école d^hydrographie. Cette école, placée d*abord sous la direction d'un professeur spécial, subventionnée par le gouver-
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netnent, pMsa eniuite lotu la ooodnite des PP. Jé»uitcsqui la maintinrent jusqu'à la fin de la domination française
Les autorités civiles ne se contentèrent pas de cet eocoii* rarement donné à Técole d*hydropraphie. Elles s'intéressèrent encore, soit à la création, soit au dé\'eloppement, soit au maintien et au bon fonctionnement des différentes institutions scolaires du pays. Pour le prouver, il suffira de rappeler ici les noms de Talon, de Denonville et de Cham« pigny, de V^audreuil, de Raudot et de Bé|{:on, de Beauharuois, de Dupuy et de Hocquart Si les efforts de totis ces personnages n*ont pas toujours été couronnés d*un plein succès, leur bonne volonté du moins ne saurait être mise en doute. Quant au gouvernement de la mère patrie, il ne se contenta pas de louer et d'encourager, par de bonnes paroles, ceux qui travaillaient à répandre l'instruction, il subNTUtionna encore, en terres ou en argent, plusieurs communautés enseignantes, laissant ensuite aux autorités lo> cales et aux institutions de chanté le soin de faire le reste.
Les méthodes et les programmes d'enseignement n'étaient pas compliqués. Dans les écoles primaires, on enseignait, avec le catéchisme, la lecture, l'écriture et le calcul. On estimait sans doute que ce programme, tout simple qu'il fut, était suffisant pour des enfants dont le pltis grand > nombre seraient un jour voyageurs, artisans ou laboureurs, ' et dans un temps où les correspondances étaient diffidlea, ^ les livres rares et les journaux chose inconnue.
L'instruction secondaire était atissi bonne, aussi complète ici que dans les collèges de France. Elle aurait pu conduire facilement à toutes les carrières libérales, si celles<t avaient existé; elle permit du moins à un bon nombre
d'arriver jusqu'à Tétat ecclésiastique et donna au pays des prêtres, curés et missionnaires qui ne paraissent pas avoir été moins instruits que ceux qui venaient d'outre-mer.
Pendant que dans les écoles de mathématiques, de navigation et d'hydrographie, se formaient des arpenteurs, des pilotes et des capitaines, les écoles d'Arts et Métiers fournissaient à la colonie un certain nombre de bons et honnêtes artisaiis, en sorte que l'on Ipeut dire qu^aucun genre d'instruction, si ce n'est l'instruction supérieure, ne manqua à la Nouvelle-France, sous le régime français. De là à conclure que, dans la pratique, Péducation au Canada prise dans son ensemble, fut aussi complète, aussi perfectionnée qu'elle Tétait aux mêmes époques en France, il y aurait exagération.
Avant la Révolution, si on en croit Taine, pour qui ces chiffres semblent satisfaisants, on comptait, en France, environ vingt à vingt-cinq mille écoles pour trente-sept mille paroisses. Et pourtant, toujours d'après le même auteur, « en des milliers de petits villages écartés et pauvres, celui-ci (le curé ou le vicaire) était le seul homme qui sût couramment lire et écrire. Dans nombre de communes plus grosses, mais rurales, sauf le seigneur résident et quelques hommes de loi ou praticien d'éducation bâtarde, nul autre que lui n'était lettré » ^
La France comptait cependant quatorze siècles d'exis. tence et elle avait, à l'époque de la Révolution, une population de vingt-quatre millions d'âmes. Les paysans établis le plus souvent dans des paroisses ou communes relative-