I. Mmmdenumis det E%^mes éê Qmèétt, voL I. p. S
a. Voy^t de Knlm a m CmmétJm, Tiadaciioa MaictauMl. iSto,
En supposant qu'il y ait eu peu d*instituteurs dans les campagnes, surtout dans les premiers temps, la chose s'explique aisément. La raison apportée par Vaudreuil et Bégon, en 1 718, est peut-être la meilleure. Le même argument donné soixante-dix ans plus tard par M' Hubert vaut la peine d'être cité : « La rudesse du climat de ce pays, dit-il, la dispersion des maisons dans la plupart de nos campagnes, la difficulté pour les enfants d^une paroisse de se réunir tous dans un même lieu, surtout en hiver, aussi souvent qu'il le faudrait pour leur instruction, Tincommodité pour un précepteur de parcourir successivement, chaque jour, un grand nombre de maisons particulières, voilà des obstacles qui ont rendu inutiles les soins de plusieurs curés que je connais et leurs efforts pour Tinstruction de la jeunesse dans leurs paroisses '. »
L'évéque de Québec écrivait ces lignes en 1789. N'aurait-on pas pu dire la même chose, avec autant de vérité, pour n'importe quelle époque de la domination française?
Comment, en effet, dans des paroisses de plusieurs lieues d'étendue, sans village pour la plupart, et où les chemins n'existaient souvent que de nom, comment les colon:> auraient-ils pu envoyer, chaque jour, leurs enfants à l'école, cette école eût-elle été placée au centre de la paroisse? On oublie trop facilement qu'à la fin du XVII* siècle, il n'y avait encore dans tout le pays que quarante-six paroisses tenant registres et que, durant toute la domination française, il n'y en eut que cent-onze là où l'on eu compte aujourd'hui plusieurs centaines.
t. MûHéemenU éa Bwêftm éê Qméèêt. vol. II. p. 594.
ÉCOLRS DR CAMP\c;NK AU XVIIl* SI^LR 1^
Rt si Ton ajoute à ces raisons de l*éloi{^ne nient et de Im rigueur du climat, le fait que les colons, pour un bon nombre^ étaient pauvres, qu*il leur fallait presque toujours défricher arpent par arpent la terre qu*ils avaient prise en Ms éebout, que souvent enfin, obligés de s*ab8enter pour catiie de guerre ou de traite, ils laissaient ainsi à la femme et aux enfants le soin de cultiver la terre, on comprendra que pendant de longues années, les maîtres d*école n*avaient que faire dans la plupart des campagnes, les plus nouvelles surtout.
Toutefois, cet état de choses n*en aurait pas moins été très regrettable, s*il eut privé la grande majorité des enfants de toute instruction ; mais il nous semble qu*il n*en fut pas ainsi. Ceux qui ont quelque peu parcouni les greffes des notaires et les registres de Tétat civil, sont étonnés da grand nombre d*hommes qui, parmi les premières générations canadiennes, savaient signer leur nom. Où donc avaient-ils appris à écrire? Dans les écoles des villes, pour plusieurs : chez quelques curés ou amis de Téducation ou encore dans la famille, pour les autres.
Cette dernière affirmation pourra paraître un paradoxe. En voici l'explication. On sait que, sous le régime français, rinstruction des filles de la campagne fut passablement soignée, pas autant qu*on Ta dit, probablement, mais enfiu d'une façon satisfaisante grâce an dévouement des Sceurs de la Congrégation. I)e leur côté, les I>ames Ursulines de Québec et des Trois- Ri \nercs, et pins tard les religieuses de THÔpitaU^énéral, compuient parmi leure élèves bon nombre de filles venant des paroisses environnantes.
Paudra-t-il s'étonner que, de retonr au foyer paternel.
CCS élèves de couvent aient consacré quelques-unes de leurs longues soirées d*hiver, quelques jours de la morte saison, à enseigner la lecture et récriture à des frères plus jeunes on même plus «Igés, que des circonstances de temps ou de fortune avaient peut-être jusque là retenus dans Pignorance ? Et pourquoi ces mêmes filles, devenues plus tard mères de famille, n^auraient-elles pas fait pour leurs fils ce qu'elles avaient été heureuses de faire autrefois pour leurs frères ' ?
Au reste, s'il n'y avait pas de maîtres d'école dans les paroisses, où donc avaient appris à lire et à écrire ces élèves qui entraient au Séminaire de Québec, par exemple, prêts à commencer le latin? Sans doute, plusieurs venaient des villes, mais combien aussi arrivaient des paroisses de la campagne. Ainsi, sur cent trente élèves inscrits sur nos Annales^ de 1693 ^ '703t vingt-trois avaient commencé le latin : soixante et huit savaient lire et écrire, huit seulement sont indiqués comme absolument ignorants ; on ue dit rien des trente et un qui restent Et parmi ces enfants, il y en avait non seulement de Québec, de Montréal et des Trois-Rivière<, mais encore de Batiscan, de Champlain, de l'île d'Orléans et de l'île Jésus, de Boucherville et de rAnge-Gardien, etc. Ces élèves entraient relativement jeunes, puisque la moyenne d'âge prise sur soixante et quinze d'entre eux est de dix ans.
Une étude sérieuse faite sur les registres des paroisKS, U surtout où les curés prenaient la peine de faire signer les témoins, serait tiès instructive, à ce point de vue. Voici quelques exemples tirés des paroisses de la région de Qué^ bec ; nous ne tenons compte que des signatures d'hommes.
t. Cf. OuniviMi. !.* tmttrmHon ^mktiqmi^ pw S^
6COLKS DE CAMFACNS Al n m i i SlfcCLB I37
Nous en avons trouvé 75 à Notre>Danie-de-Foy, entre 1704 et 1714; près de xoo au ChAteau-Richer pour la décade qui va de 1717 à 1727, et tout auUnt entre les années 1679 et 1689. A L* Ange-Gardien, de 1727 à 1736, nous avons relevé 106 sig;natures.
Dans cette dernière paroisse, les actes de mariages portent parfois huit ou dix signatures d'hommes ou de femme». Il n*y eut dans cette décade que 212 actes de baptêmes, mariages et sépultures, soit une moyenne de 21 actes par année.
Cette enquête, poursuivie dans toute la région de Québec et dans les districts des Trois-Rivières et de Montréal, donnerait probablement des moyennes aussi satisfaisantes.
A Contrecœur, par exemple, de 1720 à 1730, sur un total de 120 actes, on trouve 193 signatures d*homnies; plusieurs se répètent d'année en année, mais la grande partie n'apparaissent qu'une fois '.
Enfin, au Cap^ie-la-Madeleine, de 1700 à 171 1, 68 actes ont donné 35 signatures différentes d'hommes.
Concluons donc que s'il n'y avait pas d'écoles, les gens trouvaient pourtant moyen d'apprendre à écrire, et qu'il ne faut pas trop se hâter de crier à l'ignorance quasi universelle an Canada, sous le régime français.
Certains historiens n'ont pas toujours trouvé la note juste quand il s'est agi de parler de l'instruction, tant primaire que secondaire, au Canada, aoos l'ancien régime. Avec la meilleure foi du monde, noua voulons le croire, ib
t. Ces BOlM.priM» tar te» rag«0tfc» dt CostVMorar. mam oat été ioar- BiM avec U pins parfaite obliynw par M. fabbé Jean Daclurac. c«fé de la paroéMe.
tfi l'instruction au CANADA
ont porté à ce sujet des jugements erronnés et regrettables. Notre historien Garneau, par exemple, n*a certainement pas eu entre les mains les documents qui lui auraient permis de juger de la question avec équité; autrement, il n*aurait pas écrit cette page malheureuse que nous reproduisons en entier pour être juste à son égard \
Après avoir fait Péloge des Sœurs de la Congrégation et exprimé le regret qu'on n'eût pas, dans le temps, formé une institution semblable pour les garçons, l'auteur ajoute :
• L'éducation des jeunes garçons fut abandonnée entièrement à la direction du clergé, qui fut le seul corps enseig^an t , à peu d'exceptions près, avec les religieux, sous la domination française. Le gouvernement ne s'occupa jamais de cet objet si important, si vital. Soit politique, soit désir de plaire au sacerdoce, en lui léguant l'enseignement, il laisM le peuple dans l'ignorance ; car alors, il faut bien le reconnaître, les clergés comme les gouvernements sous lesquels ils vivaient, considéraient l'instruction primaire comme plus dangereuse qu'utile. Le Canada fut encore moîiis exempt de ce préjugé funeste que plusieurs autres pays. Il n'y fut jamais question de plan général d'éducation; il n'y eut jamais d'écoles publiques dans les paroisses, qui restèrent plongées dans les ténèbres; et, chose inonîe, l'imprimerie ne fut introduite en Canada qu'en 1764, ou cent cinquante-six ans après sa fondation.
• Les maisons d^éducation, nécessairement peu nombreuse»,
t. iiisMrf dm Camûda, t^ Hiiiom. /84s» vol. ' fiolci que mm» avoM pabliéM dans !• SmiîêHm dm J u 1907. noM dtioM ta 4« édItkM. Foor avoir Ynptmêhon île lu pensée piofliièft «la Oarncan. ttoitt favanoot à ealla-d.
IECOLKS DR CAMPAGNE Al wiir sn.ci.K IJ9
fuient en général confinéfsi anx villes. Les Sétntnatret de Québec et de Montréal ouvrirent des dafies pour les enfants. Les Récollets firent aussi Técole dans leur monastère. Mais les Jésuites étaient ceux qui, par état, devaient se placer â la tête de Tenseif^enient et lui donner de Timpulsion. Ils furent moins heureux au Canada qn*ailleurs ; leurs classes furent de tout temps peu considérables ; on n*y comptait qu'une cinquantaine d*éléves au temps de Tévéque de Saint- Val lier. Aucun d'eux n'a laissé un nom dans les lettres. Contents d'une certaine mesure de connaissances suffisantes pour le courant des emplois, ils n'ont produit en aucun genre de science des hommes profonds: il faut même convenir qu'il y avait peu de secours, peu de livres et peu d'émulation. Le gouvernement se donnait bien de garde de troubler un état de choses qui rendait les colons moins exigeants, moins ambitieux, et par conséquent plus faciles à conduire, car l'ignorance et l'esclax'age existent toujours ensemble.
• Telle est, en peu de mot«, l'hûitoire de l'éducation an Canada, durant le premier siècle et demi de son existence ; c'est la page la plus sombre de nos annales, et nous en , sentons encore les premier» effets. La métropole fut punie* z^^^*^.^-*** la première de son oubli coupable et impolitique à cet égard ; si le peuple eut été plus éclairé lorsque la guerre de 1755 éclau, il aurait été plus industrieux, plus riche, plus populeux et il aurait pu en conséquence opposer une rériatance non pas plus longue, car la guerre dura six ans et avec acharnement, mais plus efficace et plus heureuse, à ses ennemis. •
Ce jugement sévère et, disons-le, injuste, fut quelque pen
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modifié dans la troisième édition du même ouvraii^e, en 1859. L^auteur veut bien reconnaître cette fois que • la charité et Tamour des lettres ont fondé en Canada tous les grands établissements destinés à Tinstruction publique ou au soulagement de Thumanité souffrante ». Il parle des Frères Charon, de quelques maîtres d*école répandus dans les campagnes et même des Frères des Ecoles chrétiennes qui, en 1737, partageaient renseignement avec les Frères Charon. Le reproche aux Canadiens de n'avoir laissé aucun nom dans les lettres, ni produit en aucun genre de science des hommes profonds est aussi disparu. En un mot, Tauteur mieux renseigné se montre plus équitable. Cependant, malgré ces corrections, il y a encore dans cette page, des inexactitudes, des lacunes, des injustices même, que nous nous reprocherions de ne pas relever ici.
Garneau nous apprend bien, par exemple, qu^en 1714) il y avait 75 pensionnaires au Séminaire de Québec *, mais il ne nous dit pas combien en avaient les Pères Jésuites ni combien d'externes fréquentaient leurs classes. Quand on sait, pour ne citer qu'un fait, qu'en 1668, leur Collège comptait 50 à 60 pensionnaires et autant d'externes \ on peut se demander si, en 17 14, ce nombre était bien diminué. En 1699 et en 1735, les Pères Jésuites recevaient au delà de xoo enfants dans leur petite école seule. Aussi bien, pour notre part, nous ne serions pas prêt à affirmer que les Jésuites, • qui par état devaient être à la tète de l'enseigne* ment, furent moins heureux au Canada qu'ailleurs • et,