‹ L'instruction civique a l'écoleChapitre 30 sur 105 · COMMENT ÉTAIT ENTRETENUE L’ARMÉE AUTREFOIS · texte numérisé non relu

COMMENT ÉTAIT ENTRETENUE L’ARMÉE AUTREFOIS

— Il fut des temps où on n’y regardait pas de si près. Les rois levaient des armées, se procuraient comme ils pouvaient de l’argent pour les habiller et les équiper, et puis ils ne s’en occupaient plus guère. Bien souvent pas de solde, c’est-à-dire de payement régulier, pas de nourriture fournie chaque jour aux soldats. Ceux-ci s’arrangeaient comme ils pouvaient, et ainsi qu’on disait alors, vivaient sur le pays . Vous entendez bien ce que cela voulait dire. Ils passaient leur temps à piller le paysan, lui volant ses grains, ses bestiaux, ses économies, et, à la moindre résistance, cassant tout, incendiant les maisons, battant et tuant les pauvres gens.

l’impôt

Ah ! ceux-ci auraient été bien contents si on leur avait dit : Tous les ans vous donnerez une petite somme , et moyennant cela, vous ne serez plus jamais menacés ni maltraités. Avec cette petite somme demandée à tout le monde, on fait un gros trésor, parce que les petits ruisseaux font les grandes rivières , — quand il yen a assez, bien entendu. Et avec ce gros trésor on paie régulièrement l’armée.

Les soldats vivaient sur le pays.

Vous voyez bien la différence. Dans le temps, c’était seulement le pays où passait l’armée qui la nourrissait, et elle épuisait tout. Aujourd’hui, on donne pour elle dans toutes les parties de la France, et alors ce n’est plus grand’chose pour chacun.

Si l’on supprimait l’impôt qui sert à entretenir l’armée, et si les soldats venaient à passer par ici et à vivre sur le pays, ah ! ceux qui crient contre l’impôt seraient les premiers à le réclamer, pour qu’on les laissât tranquilles. Mais c’est toujours comme cela : il faut qu’on sente le mal pour ne pas trouver le remède trop mauvais .

l’instruction civique a l’école

TROISIÈME LEÇON

l’impôt est comme une compagnie d’assurances.

— C’est comme pour les incendies, voyez-vous. Il y a quatre ans, nous avons eu ici un grand feu; les plus âgés d’entre vous se le rappellent bien, c’était terrible : vingt maisons de brûlées! Aussi le lendemain, tout le village s’est assuré contre Vincendie.

C’est-à-dire que chacun donne chaque année une petite somme, et si sa maison brûle, on lui en paiera la valeur : il n’y aura rien de perdu. Je prêchais cela depuis longtemps, et personne né m’écoutait. Après le grand feu, tout le monde est venu, et il a fallu que j’écrivisse tout de suite à la compagnie d’assurances ; on trouvait que je n’allais pas assez vite; chacun craignait que sa maison ne brûlât le jour même. Eh bien, maintenant, comme il n’y a pas eu d’incendie depuis quatre ans, il y a des gens qui font la grimace quand il faut payer la prime, la petite somme annuelle.

L’impôt ou l'assurance, voyez-vous, c’est la même chose. Il vaut mieux payer un petit peu tous les ans, que d’être toujours en crainte de se voir ruiné.

Mais les impôts ne servent pas uniquement à l’armée. Voilà la grande route nationale qui passe devant TÉcole, et trois ou quatre chemins vicinaux qui traversent le village. Vous allez dessus à pied ou en voiture, sans rien payer.

Mais cela ne s’est pas fait tout seul. Il a fallu acheter le terrain, construire la route, bâtir des ponts, creuser des tranchées ou quelquefois des tunnels*. Et puis, tous les ans, il faut entretenir la route, y mettre du caillou, rafraîchir les fossés. Il faut payer les cantonniers .qui font tout cela, et les ingénieurs qui les dirigent. Il y en a comme cela dans toute la France !

Pour toutes ces dépenses, il faut beaucoup d’argent. Et

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à qui demander cet argent? C’est la même réponse que pour l'armée : à toutle monde, puisque tout le monde profite des chemins et des routes. Vous voyez bien qu’il faut payer pour cela encore un impôt. Il n’y a pas cent ans il n’y avait, én ce pays, ni routes, ni chemins tracés et entretenus. On passait comme on pouvait, dans les ravins et les fondrières*. C’était gratis, on ne payait pas pour cela de contributions. Demandez donc, Henri, à votre oncle

Ingénieur dirigeant des travaux.

et à votre père, s’ils voudraient revenir à ce temps-là? Ah ! il n’y a pas de danger ! Ils aiment bien mieux payer l'impôt et aller tranquillement, dans de bonnes voitures, vendre leurs denrées à la ville.

QUATRIÈME LEÇON

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