‹ L'instruction civique a l'écoleChapitre 84 sur 105 · LA QUINTAINE , LES TAILLES SEIGNEURIALES · texte numérisé non relu

LA QUINTAINE , LES TAILLES SEIGNEURIALES

— Personne n’avait le droit de monter un moulin , un four , un pressoir. Ceux qui existaient appartenaient à Monsieur le baron. Et le pauvre blé qu’on avait eu tant de mal à récolter, il fallait encore le faire moudre au moulin banal et cuire au four banal, comme on

disait, et en laisser le seizième pour la peine. Pour les bestiaux, on n’en avait que le nombre qu’il plaisait b Monsieur le baron de vous autoriser à entretenir. Si on les conduisait sur le chemin du château, il fallait payer Je droit de pulvérage ; sur les terres vagues, le droit de folairage. Quand on les tuait pour manger, il fallait aller à la boucherie banale, et payer, toujours payer. Pour creuser un puits, il fallait payer encore.

Tout cela était ruineux et odieux. Il y avait encore des choses ridicules et humiliantes1.

Quand on pense que Monsieur le baron seul avait le droit de mettre une girouette sur son château! Et les gens mariés dans l’année qui devaient, quand venait Monsieur le baron, courir devant lui la quintaine*! Et les serfs de Saint-Gildas qui passaient la nuit, quand l’abbé était là, à battre l’eau dans les fossés du couvent en chantant... Ah ! vous connaissez tous le refrain :

Pâ, pâ, renottes, pâ, Paix, paix , grenouilles , paix ,

Voci l’abbé, que Dieu gâ I Voici l’abbé, que Dieu garde !

Je voudrais bien y voir le fils Dupontville à battre les grenouilles, pour rire un peu et lui demander des nouvelles du bon vieux temps !

Et quand tout cela était payé, et qu on se voyait pour l’hiver un peu de blé en grange, et quelquefois un peu d’écus au fond d’un vieux bas, pensez-vous que tout fût fini ? Point : Monsieur le baron mariait sa fille, il fallait payer; il naissait un enfant au château, il fallait payer, et ainsi de suite. C’est ce qu’on appelait les tailles seigneuriales»

Et que faisait Monsieur le baron de tout cet argent? Croyez-vous qu’il s’occupât d’améliorer la culture, d’aider ses paysans, de canaliser le ruisseau, d’assainir le

1. « Qu’on abolisse les chevauchées, quintaine, soûle, saut de

poisson, , chansons, transport de l’œuf sur la charette, silence

de grenouilles, et autres usages aussi outrageux qu’extravagants.» < Cahiers de Rennes aux Etats généraux de 1789.)

la révolution

marais ? Point du tout. Il était à Versailles, à la cour, il s’y amusait fort et n’avait de rapports avec nous que pour nous pressurer. Et avec tout cela, il était criblé de dettes comme presque tous ses pareils.

Aussi, quand les plus honnêtes parmi les nobles se sont mis à rougir d’une exploitation si abominable, et quand, dans la nuit du 4 août 1789, V Assemblée constituante décréta labolition des droits féodaux, c’est-à-dire de toutes les monstruosités que je viens de vous dire, Monsieur le baron s’enfuit, émigra en même temps que le comte d’Artois, frère du roi, que Gondé, Polignac, de Broglie, etc., et prit du service dans les armées allemandes : il fut tué en 1797, comme je vous l’ai dit, dans un combat où il était sous les ordres du duc d’Enghien, le petit-fils du grand Gondé, émigré comme lui.

SIXIÈME LEÇON

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