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LES FAMINES. — LES TAXES ROYALES

— Aussi l’Assemblée a confisqué les biens de ce traître ; on les a vendus comme ceux de l’abbaye. Et aujourd’hui, à la place des broussailles, des genêts et des bruyères, on voit des vignes et de belles récoltes; et dans ce pays presque tout le monde est propriétaire, et chacun fait ce qu’il veut sur sa propriété. Et s’il y a toujours quelques malheureux, on n’y voit plus les grandes misères d’avant la Révolution, ni surtout les famines qui étaient terribles quand la récolte manquait1.

Pensez donc, dans ce temps-là, il n’y avait ni chemin de fer ni routes. On ne pouvait pas faire venir du blé de loin. D’ailleurs, il aurait eu d’énormes droits à payer en traversant les diverses provinces, et même on ne pouvait quelquefois les traverser sous peine de mort; sans compter l’infamie du roi de France, Louis XV, le Bien- Aimé , qui avait organisé le pacte de famine*, et

1. « La famine ne quitta plus les campagnes, mais avec des redoublements aigus, en 1740, 1741. 1742, 1745, 1767, 1/68, 1775, 1776, 1784, 17 89. » (Bonnemère, t. Il, p. 161.)

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qui fit mourir de faim des milliers de Français pour gagner quelque argent sur le blé. Ainsi, j’ai trouvé dans les anciens registres de la paroisse qu’en 1784 les récoltes ayant manqué dans tous les pays aux alentours, il est mort de faim environ cinquante personnes sur cinq cents, qu’on mangeait des chardons crus et toutes sortes de bêtes, et qu’un enfant, pressé parla faim, coupa avec ses dents un doigt à son frère, et l’avala, n’ayant pu arracher au pauvre petit une limace que celui-ci avait mangée1. Gela n’était pas tout le temps aussi horrible; mais la misère et la faim étaient continuelles, et bien rares étaient ceux qui mangeaient leur soûl de pain d’orge et d’avoine. « Lisez les voyageurs des deux derniers siècles ; vous les voyez stupéfaits en traversant nos campagnes , de leur misérable apparence , de la tristesse , du désert , de Vhorreur de pauvreté , des sombres chaumières nues et vides , du maigre peuple en haillons . Ils apprennent là ce que V homme peut endurer sans mouriè 2.»

Et pendant ce temps-là, les barons et les abbés s’amusaient à Versailles ! Tenez, j’ai tort de me fâcher, mais quand je vois des fils de serfs dire du mal de la Révolution qui leur a donné la liberté, la tranquillité, la propriété, je ne peux pas me retenir !

Et ces droits féodaux n’étaient pas les seules misères du pauvre paysan d’avant la Révolution. En outre des impôts dus aux seigneurs, il y avait les impôts dus au roi pour les services généraux de l’État. Il y avait toutes sortes de taxes, sans compter la corvée du roi. Les trois principales étaient : la gabelle, les aides, la taille.

La gabelle était un abominable impôt perçu sur le sel, matière indispensable à la nourriture de l’homme. Et non seulement il fallait payer, et très cher, pour le sel que l’on mangeait, mais on vous taxait à l’avance comme

1. Historique. Placard affiché à Paris par le comité de charité* (Eug. Pelletai), Décadence de la monarchie , p. 144.)

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