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Lettre du 30 octobre

150 l’instruction civique a l’école

bord pendant cinq ans chez le même maître, qui ne pouvait avoir qu’un seul apprenti, puis compagnon pendant cinq ans, après quoi on pouvait passer maître, à condition de faire un chef-d’œuvre accepté par les autres maîtres, et de payer une bonne somme d’argent. Sans compter qu’il fallait être bon catholique : ni juifs ni protestants ne pouvaient être maîtres. Et notez que les maîtres avaient intérêt à refuser le nouveau venu pour éviter un concurrent de plus.

Une fois maître, on ne pouvait faire que juste le métier dont on avait la maîtrise. Autrement, procès; procès aussi si l’on changeait de pays, si, maître maçon de Paris, on voulait aller exercer à Rennes ou à Lille. Et que de difficultés!

Les tailleurs ont plaidé contre les fripiers pendan t près de deux cents ans pour empêcher ceux-ci de vendre des habits presque neufs; les savetiers et les cordonniers ont eu un procès semblable. Les rôtisseurs ont obtenu après 150 ans, par arrêt du Parlement de Paris, qu’on empêchât les povdmlliers (marchands de volailles) de vendre des poules à la broche.

Tout cela, c’est ce qu’on appelait les maîtrises ou jurandes, que la Révolution a abolies, laissant ainsi le travail libre, comme cela est justice et raison ; car enfin chacun doit pouvoir faire ce quil vm&y à la condition de ne pas nuire à son voîsm, comme iükmis l’avonis déjà dit.

Yoilà encore un grand bienfait de la Révolution- Mais si nous voulons la bien comprendre tout entière, il faut reprendre tout ce que nous avons dit jusqu’id de i’Instruction civique, et le comparer au passé. Et vous verrez alors le mal qu’on a en en iT$9 pour en finir avec l’horrible bon vieux temps1, et amener le régime d’honnêteté et de bon sens où nous vivons anijOurdlhwL

1. «Le paysan du moyen âge... était peut-èire moins opprimé, moins ignorant, moins grossier que celui des derniers temps de la monarchie absolue. » (Vicomte de Chateaubriand.)

LA REVOLUTION

DIXIÈME LEÇON

— Prenons le service militaire d’abord.

Je vous ai dit avec quelle facilité on s’en exemptait. Il suffisait (T être valet de gentilhomme * pour échapper au service militaire l. « La modicité de la solde du soldat, « dit un écrivain de ce temps, la manière dont il est « couché, habillé, nourri, son entière dépendance, ren- « draient trop cruel de prendre un autre homme quun « homme du bas peuple 2 3. »

Les pauvres fils de paysans et d’ouvriers, qui seuls entraient dans la milice,, devaient, quels que fussent leur intelligence et leur courage, rester soldats ou sergents tout au plus. Pour être officier il fallait , sauf dans des cas tout à fait exceptionnels , être noblez. On achetait, étant noble, un régiment, comme on achète un cheval. Pour les non-nobles, rien. En 1789, Hoche, fils d’un palefrenier, Soult, Augereau, fils d’un maçon, Masséna, Lefebvre, fils d’un meunier, étaient sousoflkiers, en 1792., Larmes, fils d’un garçon décurie, Moreau, Ney, ouvrier tonnelier, Junot, Brune, Davout, Murat, fils d’un aubergiste, étaient simples soldats. Tous ces héros seraient morts sous-officiers sans la Révolution; quatre ans après ils étaient généraux et quels généraux ! Je nous en souhaite de pareils.

Et pourtant, le paysan se battait au moins aussi bien que les nobles. On l’a bien vu après rémigration; les régiments de nobles, ou ils étaient tous officiers, ont été rossés bien vite par les volontaires, paysans et ouvriers de 1792, « la cohue ctes savetiers » , comme disaient les beaux messieurs émigrés.

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