‹ L'instruction civique a l'écoleChapitre 92 sur 105 · De Tocqueville, C Ancien Régime, p · texte numérisé non relu

De Tocqueville, C Ancien Régime, p

3. L' ordonnance royale de 1781 exigeait pour être officier quatre quartier» de noblesse.

l’instruction civique a l’école

ONZIÈME LEÇON

l’impôt. — LA JUSTICE.

— Je vous ai assez parlé de l’impôt ; ce n’est pas la peine d’y revenir. Rappelez-vous que le roturier payait seul, que le roi prenait ce qu'il voulait, et ne rendait compte de rien; cela suffit. Notez qu’il était grugé par les nobles, qui passaient leur vie auprès de lui à mendier. Les plus riches quémandaient et recevaient d’énormes pensions ; des dizaines de millions étaient donnés souvent pour des motifs honteux. « Quand je vis que tout le monde tendait la main, racontait un prince, je tendis mon chapeau i. »

Et la justice ! A dire le vrai, il n’y avait pas de justice du tout. Mais, en revanche, il y avait terriblement de juges, et de bien des espèces. Les seigneurs avaient leurs juges d’abord, qu’ils nommaient, payaient et destituaient à volonté ; vous pensez quelle confiance le paysan pouvait avoir en eux ! Aussi il se gardait bien de plaider contre son seigneur. D’ailleurs, comme disait le proverbe : « Entre le seigneur et le vilain il n'y a de juge que Dieu. » Puis, il y avait les juges du roi. Mais quand on plaidait contre un grand personnage, il fallait aller droit au Parlement, et là intriguer et payer les juges.

Oui, payer les juges, leur donner ce qu’on appelait les épices. Sans cela, condamné. Ainsi on achetait la justice, et le plus riche avait presque toujours raison : cette chose honteuse paraissait toute naturelle.

Quand il s’agissait d’une accusation de crime, on mettait le pauvre accusé à la torture, on lui brisait les os, disloquait les membres, brûlait les pieds, jusqu’à ce qu’il , eût avoué ou fût estropié. Jugez un peu de l’honnêteté , des jugements I Et alors les juges condamnaient à leur fantaisie, à l’arbitraire, comme on disait.

Et le roi renchérissait sur le tout, gardant, pour en tirer profit, les prisonniers aux galères après leur temps de condamnation expiré. Car les galériens, qui me-

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