‹ L'instruction civique a l'écoleChapitre 93 sur 105 · Duruy, Histoire de France, t. II, p · texte numérisé non relu

Duruy, Histoire de France, t. II, p

IA RÉVOLUTION

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naient une vie terrible, ramant sans relâche sur les galères royales, sous le fouet des gardes-chiourmes , étaient difficiles à se procurer. On sollicitait les juges d’en envoyer plus souvent, et alors on expédiait par bandes des contrebandiers, des marchands de sel, des braconniers ou des protestants, ou meme parfois les gens rencontrés en route. Sans cela, il fallait en acheter aux Turcs, qui vendaient à Louis XIV, au roi très chrétien, 300 francs des chrétiens volés en Hongrie ou en Russie.

DOUZIÈME LEÇON

LA JUSTICE (Suite), — ADMINISTRATION.

— Mais, bien entendu, tout cela était pour les rotu-

riers ; on ne mettait guère les nobles à la torture, et on

Avant la Révolution, il n’y avait que des sujets.

les envoyait encore bien moins aux galères. Les plus grands crimes des nobles trouvaient le roi bienveillant ; et la peine, quand il y en avait une de prononcée, était toujours commuée : quelque retraite loin de Versailles,

quelque exil, à îa grande rigueur quelque prison, et tout était dit.

Ajoutez que quand on condamnait à mort, il y avait des peines horribles En 1786, u Abbeville, wn jeune homme de dix- huit ans fut condamné , powr awotr cmsé une croix (encore ce n’était pas vrai), à être roué, c’est-àdire à avoir les quatre membres rompus à coups de barre de fer, puis à être brûlé vif : n’est-re pas horrible ? $>u reste, on pendait pour un rien, pour quelques sous volés par un domestique.

L’équité dans la justice, la fixité des peines et l égalité des peines pour tous les coupables d’un même délit , quel que soit leur rang , datent de la dévolution.

Et pouvait-il y avoir justice quand il n’y avait pas de lois? On en avait barbouillé beaucoup, et de quoi ruiner les plaideurs; mais à quoi cela servait-il? Le roi faisait ce qu’il voulait.

En 1766, Louis XV disait au Parlement . « C’est en ma personne seule que réside V autorité souveraine. .. C’est à moi seul qu’appartient le pouvoir législatif \ sans dépendance et sam partage ! L’ordre public tout entier émane de moi... Mon peuple n’est qu’un avec moi i. »

Avec ces idées-là, il n’était guère besoin de parlement, et on aurait bien fait rire nos rois, en leur parlant de chambre des députés et de discussion. Mais quelle colère, si on leur eût parlé du peuple souverain et du suffrage universel! C’est à la Révolution que nous devons tout cela. Il n’y avait avant elle que des sujets obéissants ; elle a fait des citoyens libres.

Je vous ai parlé de l’administration. Vous avez vu qu’aujourd’hui , malgré une complication nécessaire, cela est très clair, en somme, et j’ai pu vous l’expliquer en peu de temps. Mais pour ce qui se passait avant

1. Taine, p. 16. — « La France m’avait Mlle loi générale, positive, écrite. » (Lally-Tollendai, 1789.)

LA RÉVOLUTION

la Révolution , je ne voudrais pas me hasarder à vous le décrire. Les plus habiles.s’y perdaient. D’ailleurs, tout changeait de province à province, comme les poids et les mesures où personne ne se reconnaissait , et q.ue la Révolution a remplacés par le système métrique, si commode, si simple. Rien ne ressemblait à ce que nous voyons aujourd’hui. Ainsi, pour prendre un exemple, les lettres que nous envoyons par la poste sont respectées de tous, et personne ne s’aviserait de les décacheter par curiosité ; pour ouvrir les lettres il faut un ordre des magistrats. Or, à Paris, il existait un cabinet noir, où l’on décachetait chaque matin toutes les lettres dont il plaisait à la police de connaître le contenu1. Aujourd’hui, le registre des naissances , mariages et décès, de l’état civil comme on dit, est chose sacrée ; celui qui y toucherait irait en cour d’assises. Jadis, le roi en prenait tout à fait à son aise, et faisait arracher les feuillets quand il y avait quelque intérêt.

TREIZIÈME LEÇON

ce qu’était la liberté avant la révolution.

— Et maintenant vous pensez bien ce qu’étaient la

Liberté, l’Égalité, la Fraternité, sous un pareil régime.

La Liberté? Mais laquelle, d’abord? Nous savons déjà à quoi nous en tenir sur la liberté du travail, de l'association, du commerce, de lindustrie, et la liberté politique dans un temps où personne ne votait-

Est-ce la liberté de la presse ? Pour avoir écrit quelques vers contre une dame de la cour, Latude fut enfermé pendant 35 ans à la Bastille, sans jugement, bien entendu. Et l’on était obligé de faire imprimer en Hollande la plupart des livres, que les contrebandiers introduisaient en France, au risque des galères. H y avait

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