‹ L'instruction civique a l'écoleChapitre 95 sur 105 · Édit du 16 avril U · texte numérisé non relu

Édit du 16 avril U

LA RÉVOLUTION

dit ail roi : « Sire, aucun citoyen , dans votre royaume, « n'est assuré de ne pas voir sa liberté sacrifiée à une « vengeance , car personne n'est assez grand pour être à « l'abri de la haine d'un ministre , ni assez petit pour « n' être pas digne de celle d’un commis de ferme . »

Voilà le bon vieux temps!

Et la liberté de conscience, enfin ?

Ah ! il fallait être catholique et bon catholique, allant à la messe régulièrement, et faisant ses pâques*. Sans quoi d’abord, pas d’emplois publics, pas de maîtrise de métiers. Puis, les protestants ni les juifs ne pouvaient point avoir de temples à eux et prier Dieu en commun à leur manière.

On n’inscrivait pas leurs enfants sur les registres de l’état civil, tenus par les curés, ni leurs mariages, ni leurs décès. Le temps n’était pas loin où l’on traînait leurs cadavres sur la claie pour les jeter aux fossés, où l’on enlevait les enfants des protestants pour les mettre au couvent ou les tenir en prison. En 1762, un ministre protestant nommé La Rochette, fut condamné à mort et exécuté pour avoir prêché sa religion. Le roi, à son sacre, prêtait le serment suivant : « Je jure de m appliquer sincèrement et de tout mon pouvoir à exterminer de toutes les terres soumises à ma domination les hérétiques nommément condamnés par l'Eglise. »

Dans les dragonnades * des Cévennes, affreux massacres des protestants par de Bâville, Montrevel, de Broglie, etc., « il périt cent mille hommes et femmes, et de « ce nombre il y eut la dixième partie qui finit par le « feu, la corde ou la roue b »

Voilà pour la Liberté.

QUATORZIÈME LEÇON

l’égalité et la fraternité avant LA RÉVOLUTION.

— Et l’Égalité ? Nous savons déjà que penser de l’égalité devant le service militaire, devant l'impôt, de-

ic Boulainvilliers, État de la France , 1727.

vant la justice. Tout était basé au contraire sur l’inégalité. Le noble avait la prétention- d'êtn'e d'une autre race que le roturier .

C’était, disait-il, la noble rate des conquérants . Aux roturiers, tous les devoirs ; aux nobles, tous les droits et aussi au clergé. Au-dessus, le roi , le premier des gentilshommes*, qui commandait souverainement à tous, sans s’inquiéter des désirs, des plaintes de son peuple ; il gouvernait en vertu du droit divin.

L’idée de l’inégalité était tellement entrée dans la cervelle de tout le monde, que les roturiers eux-mêmes s’ingéniaient à inventer des privilèges. Je vous ai dit combien il était difficile au simple ouvrier de devenir maître. Mais pour les fils de maître, rien de plus aisé ; point de droit à payer, point de chef-d'œuvre à faire.

Jusque dans la famille, l’inégalité régnait. Aujourd'hui, quand un père de famille meurt, ses enfants partagent égale ment .son bien, comme cela est justice. Avant la Révolution, dans la plupart des provinces, l’ainé prenait tout, et donnait quelque argent à ses frères et sœurs, qui vivaient comme iis pouvaient et souvent entraient. au couvent. C'était l’affreux droit d'aînesse, aboli par la Révolution.

Non, on ne pensait pas à l’Égalité, c’est-à-dire à La justice. On ne pensait qu’aux privilèges, aux passedroits, c’est-à-dire à l’iniquité et aux caprices,

La Révolution a changé tout cela.

Et la Fraternité? Était-il possible d’y songer dans un état pareil? Parlez donc de fraternité à des moines qui possédaient des serfs ! Quelle fraternité pouvait-il y avoir entre les nobles orgueilleux et les pauvres roturiers ? Un orateur roturier ayant un jour comparé les membres du clergé à des frères aines , ceux de la noblesse à des puînés , et ceux de la bowyeoisie à des cadets, fut réprimande et forcé de faire des excuses i.

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